Mikhaïl Efimovich Koltsov (en , de son vrai nom , Moïssei Haimovich Friedland), né à Kiev le et mort le probablement indiquent une date de décès à d'autres dates, en 1940 ou 1942 à Moscou, est un journaliste et agitateur soviétique « Mijail Koltsov: corresponsal soviético en la Guerra Civil Española », Razón y palabra..
Il a été l’envoyé personnel de Joseph Staline en Espagne au début de la guerre civile espagnole. Il est considéré par la plupart des historiens comme l'un des responsables des massacres de Paracuellos qui voient l'assassinat de plusieurs milliers de prisonniers politiques par des membres du camp républicain. Bien qu'il ait déployé une activité notoire dans le camp des républicains, il est rappelé à Moscou en 1937, arrêté en 1940 et exécuté. Il est réhabilité en 1953, après la mort de Staline.
Biographie Débuts Koltsov, fils d’un cordonnier juif et frère aîné du fameux dessinateur et caricaturiste russe Boris Efimov, participe à la révolution russe de 1917, devient membre du parti bolchevique en 1918, et combat pendant la guerre civile.
Communiste convaincu, il devient une figure connue de l’intelligentzia soviétique. Journaliste à la plume élégante et acerbe, il critique dans ses essais et satires la bureaucratie et les aspects négatifs de la société soviétique.
Koltsov comprend très tôt l'importance de la photographie et du cinéma en politique : il écrit dans Kinogazeta, dirige en 1918 le département "Actualités filmées" du commissariat du peuple à l'Éducation, il fonde avec le photographe Arkadi ChaïkhetLe photographe Arkady Shaikhet qui deviendra célèbre pour sa technique du reportage artistique sur l'URSS en construction (voir http://www.nailyaalexandergallery.com/exhibition/arkady-shaikhet). le magazine en 1926, il écrit pour le cinéma en particulier pour le film Un cas simple (1933) (, Prostoy sloutchaï) dirigé par Vsevolod Poudovkine et Mikhaïl Doller (selon l'article de WP en "A simple case")..
Koltsov a écrit une multitude d'articles, en commençant par le journal de son école, en passant par les bulletins de divers corps de l'Armée rouge pendant la guerre civile, jusqu'à la Pravda : il commence à collaborer avec l'organe du Parti communiste en 1920, et devient membre du bureau éditorial du journal.
Il crée les revues populaires et satiriques Krokodil et , et fait reparaître le journal comico-satirique Ogoniok (Étincelle) fondé en 1899. En 1927, Koltsov a l'idée de publier dans Ogoniok un roman-feuilleton intitulé Brasiers, écrit en collaboration avec 24 autres écrivains. Mais ses collaborateurs sont peu à peu arrêtés, et la publication du roman s'interrompt après la disparition de 6 des 24 auteurs. Pour Ilya Ehrenbourg,
Très connu en Occident, il joua un rôle important dans l’accueil des intellectuels occidentaux (écrivains, savants artistes...), notamment lors du Premier Congrès des écrivains soviétiques durant l'été 1934 (création officielle de l'Union des écrivains soviétiques). Il fut en effet le premier secrétaire de la Commission étrangère de l’Union des écrivains.. À ce titre, il dirige la délégation soviétique au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture qui a lieu à Paris en 1935Il profite de ce voyage pour renforcer les liens de Louis Aragon avec l'Union soviétique (selon l'article de WP fr Louis Aragon, chapitre "L'intellectuel engagé", § "La fidélité au stalinisme"). et à Barcelone en 1937.
Comme membre du comité de rédaction de la Pravda, il est autorisé à voyager à l’étranger (Asie, Hongrie, Allemagne, Yougoslavie) et à décrire ses expériences de voyage.
Koltsov en Espagne (août 1936 à novembre 1937) Il a visité l’Espagne en mai et , et a décrit pour la Pravda le Printemps espagnol : la Seconde République espagnole venait d'être instaurée ().
Pendant la guerre civile espagnole, sous le nom de Miguel Martínez, il retourne en Espagne républicaine comme journaliste de la Pravda et conseiller culturel – mais surtout comme agent du NKVD, agitateur-propagandiste, conseiller technique aux armées, et espion et envoyé spécial de Staline. Il a pour mission de lutter contre les nationalistes espagnols, contre les anarchistes, les trotskystes et les marxistes anti-staliniens du POUM. Il doit aussi surveiller les conseillers et les soldats russes, d'autant plus qu'ils seront au contact d'étrangers venus de toute l'Europe et même d'Amérique.
Selon l’historien Miguel Vázquez Liñán :
Sur le plan politique, il traite avec Durruti, le président de la république Manuel Azaña, Francisco Largo Caballero, Juan Negrín, et suit la ligne la plus dure du Parti communiste tendance stalinienne; il est l'adversaire acharné du POUM et des anarchistes. Sur le plan militaire, il assiste aux combats les plus durs : fin du siège de l'alcazar de Tolède, bataille de Guadalajara, offensive de Ségovie. Sur le plan de la propagande, il soutient les Brigades internationales, collabore aux journaux des unités combattantes (comme celui du Cinquième régiment) et crée le personnage mythique de l'héroïque « Général Rouge », « El Gran Capitán » (José Miaja).
Koltsov, qui est polyglotte (comme la plupart des conseillers russes) écrit aussi dans Mundo Obrero, l'organe du Parti communiste d'Espagne et dirige (par-dessus la tête du communiste ) la Sección de Radio, Prensa y Propaganda du Commissariat politique de l'Armée du Centre.
Inspection en Asturies En , Koltsov part en avion de Madrid, et, après avoir survolé les lignes nationalistes, atterrit à Gijón en Asturies. Il est là pour une visite d'inspection et pour montrer aussi au peuple de la province assiégée que la République ne l'oublie pas; il visite des mines et constate que seuls des enfants et des vieux travaillent : les adultes sont au front. Il juge les Asturiens sérieux et solides, mais mal nourris et très mal équipés. Il assiste à une offensive républicaine sur un quartier d'Oviedo. Les républicains sont écrasés par une contre-attaque venue du ciel, et les bombardiers Junker des nationalistes font la noria sans être inquiétés : aucun avion républicain ne se voit dans le cielJesus Aller, Las jornadas asturianas de Mijail Koltsov, lne.es.
Après un crochet par le Pays basque, Koltsov retourne à Madrid où l'attend un travail considérable : la pression des nationalistes s'accentue sur la capitale.
Bataille de Seseña Le , Koltsov assiste à la bataille de Seseña : les tanks soviétiques T-26 récemment arrivés font leur première apparition dans la guerre. Le commandant Lister et Koltsov déplorent que les hommes des Brigades internationales qui courent après les tanks s'arrêtent après de progression seulement. Il faut dire que, vu l'urgence et le manque de moyens du côté républicain, aucune préparation d'action coordonnée entre les tanks et les unités d'infanterie n'a eu lieuSteven J. Zaloga, Soviet Tank Operations in the Spanish Civil War. Mais, bien que 3 T-26 aient été détruits par des cocktail Molotov lancés par des nationalistes, le raid des tanks soviétiques est un grand succès sur le plan psychologique pour les Républicains, d'autant que le même jour Séville est bombardée par des avions Katyouska (Tupolev SB) soviétiques.
Massacres de Paracuellos Sa responsabilité dans les massacres de Paracuellos est évoquée par plusieurs historiens :
Hugh Thomas, (cité par Ian Gibson dans son livre Paracuellos: cómo fue) décrit Koltsov comme l’agent personnel de Staline en Espagne et affirme qu’il avait une ligne téléphonique directe avec le Kremlin. Ian Gibson le considère comme le responsable de la série de massacres de Paracuellos ( à sommaires de sympathisants supposés de la droite, en novembre et , près de Madrid, alors que les troupes nationalistes approchaient de la capitale) Jorge M. Reverte, Paracuellos, 7 de noviembre de 1936, Agentes de Stalin indujeron la matanza de presos sacados de las cárceles de Madrid, El País, 5 novembre 2006, (Paracuellos : le 7 novembre 1936, des agents de Staline dirigèrent le massacre de prisonniers extraits des prisons de Madrid).
L’historien Miguel Vázquez Liñán pense que Koltsov a été directement responsable de l’extermination des prisonniers enfermés dans les prisons de Madrid quand, sous prétexte d’un transfert, ils furent extraits (« sacas de presos ») des cellules puis emmenés et assassinés dans les villages de Paracuellos de Jarama et de Morata de Tajuña « directamente responsable del exterminio de los presos de Madrid cuando, con pretexto de un traslado, fueron asesinados en los pueblos de Paracuellos del Jarama y Morata de Tajuña ». Mijail Koltsov: corresponsal soviético en la Guerra Civil Española, razonypalabra.org. Miguel Vázquez Liñán cite l’ouvrage de José Luis Alcofar Nassaes: Los asesores soviéticos (los mejicanos) en la Guerra Civil Española, Barcelona, Dopesa, 1971, ..
Selon l'historien Antony Beevor la responsabilité des massacres de Paracuellos incombe au communiste espagnol José Cazorla Maure José Cazorla Maure : des JSU (Jeunesses Socialistes Unies), adjoint puis suppléant de Santiago Carrillo à la commission "Ordre Public" de la Junta de Defensa de Madrid et au conseiller soviétique Mikhaïl Koltsov Anthony Beevor, The Spanish Civil War, 1999, . De nombreux auteurs ont par ailleurs souligné la participation de Santiago Carrillo à l'organisation des massacres. Julius Ruiz, dans son ouvrage centrée sur le sujet, rejette explicitement l’idée selon laquelle le NKVD ou Koltsov auraient été les principaux responsables des massacres. Selon lui, les auteurs principaux étaient les membres du CPIP (Comité provincial d’investigation publique), c’est-à-dire des structures révolutionnaires espagnoles. Il admet néanmoins que des conseillers soviétiques ont pu approuver ou connaître l’opération Julius Ruiz, 'Paracuellos': The Elimination of the 'Fifth Column' in Republican Madrid During the Spanish Civil War (Liverpool Studies in Spanish History), Liverpool University Press, 2016, 340 pages.
En ce qui concerne le révolutionnaire espagnol Andrès Nin, Koltsov ne semble pas avoir participé à son enlèvement par le NKVD (dans l'été 1937) et à l'exécution (après d'abominables tortures) du leader du POUM, suivis d'une campagne de désinformation l'accusant d'être un agent des fascistes et de les avoir rejoints à Salamanque ou à BerlinClaudio Albertani, dans Vittorio Vidali, Tina Modotti, el stalinismo y la revolución sur le site de la Fundación Andreu Nin (voir http://www.fundanin.org/albertani3.htm#) énumère les noms des agents du NKVD qui ont éliminé les POUMistes : « Slutzki et Orlov, secondés par Vittorio Vidali, Antonov-Ovseenko, Togliatti, Codovilla, Stepanov, Wenceslao Roces » mais ne cite pas Koltsov..
La responsabilité personnelle de Koltsov dans la liquidation début 1937 de José Robles Pazos, intellectuel ami de John Dos Passos, n'est pas non plus prouvée.
Le Journal de guerre en Espagne thumb|Signature de Koltsov sur un exemplaire de son livre Journal de guerre en Espagne. Koltsov a décrit son séjour en Espagne dans son Journal de la guerre en Espagne, publié avec grand succès en Russie en 1938 (et traduit en espagnol en 1963 et 1978). Il y parle ainsi de l’Espagne :