thumb|Total des ressources en eau douce renouvelables du monde, en mm/an (moyenne à long terme pour les années 1961-1990). L'eau douce est une ressource naturelle rare et vulnérable. Cf. ., ce qui en fait un objet de convoitise au cœur de tensions (diplomatiques, politiques et sociales) et de conflits de l'eau internationaux ou intra-nationaux, et ce qui complique sa gestion.

La gestion de l'eau est l'activité qui consiste à protéger, planifier, développer, distribuer et gérer l'utilisation optimale des ressources en eau et des milieux aquatiques, des points de vue qualitatif et quantitatif. Ceci inclut la gestion des risques « quantitatifs » et évènements extrêmes de sécheresse et pénurie, d'inondations et de crues, érosion des sols et du trait de côte, d'intrusions marines, notamment liés au changement climatique, à la déforestation et à la destruction des zones humides. S'y ajoutent les questions de pollutions telluriques des zones côtières et des mers et océans, par les activités humaines, essentiellement charriées par les fleuves.

Axée sur le développement des ressources en eau depuis les années 1970, cette activité se tourne sur leur gestion dans les années 1980 et sur la gestion intégrée des ressources en eau dans les années 1990, cette évolution traduisant la mobilisation du secteur public et privé en faveur du développement durable..

En 2017, au moins mondiales, soit de personnes (20 % de la population) sont considérées comme confrontées à des problèmes de gestion de l’eau selon le CDP[196 villes mondiales sont confrontées à des problèmes de gestion de l’eau], Environnement magazine, 30 août 2017. (ex. : Miami, Pittsburgh (États-Unis) et Johannesburg (Afrique du Sud), qui sont confrontées à un risque « extrême » d’inondations.

Les actions de gestion sont de court, moyen et long termes et pour certaines doivent concerner tout un bassin versant. Elles concernent donc de nombreux acteurs (dont collectivités publiques, entreprises agriculteurs et habitants), entités décisionnelles réunies sous le nom de gouvernance de l'eau. Dans un contexte de marchandisation l'eau est de plus en plus perçue comme une ressource naturelle précieuse et un bien commun à partager avec les autres êtres vivants de la planète ; une ressource limitée et inégalement répartie, à utiliser de manière économe et à dépolluer avant de la rendre au milieu naturel.

Inégalités face à l'eau

Les ressources en eau douce étant très inégalement réparties dans le monde, certaines régions ont des surplus, alors que d'autres sont en manque par rapport aux besoins.

Idéalement, la planification de la gestion de l'eau a un rapport avec tous les besoins en eau et cherche à allouer l'eau équitablement pour satisfaire tous les usages et les demandes.

Des outils de solidarité entre bassins ou entre l'amont et l'aval d'un bassin se mettent parfois en place, possiblement via les contrats de rivières devenus des SAGE en France, avec l'aide des agences de l'eau.

Formes de gouvernance Selon Molle, la gouvernance de l'eau, concept en constante évolution, peut prendre différentes formes en fonction des caractéristiques de la ressource et de la société, ainsi que de l'échelle considérée. Elle peut être envisagée au niveau global, national, ou local comme au niveau des bassins versants ou des agglomérations urbaines en particulier. À ces différentes échelles, les décisions varieront en fonction du temps, du contexte des acteurs, des registres de connaissances mobilisés, des perceptions et des intérêts en jeu . Utilisations de l'eau

Il faut distinguer eau consommée, eau prélevée et préciser les lieux d'utilisation. Si l'eau prélevée par les collectivités et les producteurs d'énergie est restituée au milieu naturel (sous forme des rejets plus ou moins pollués dans les cours d'eau ou les nappes, eau prélevée), l'eau peut aussi avoir été absorbée (par les plantes, pour la production de produits industriels) et ne plus être restituée au milieu, eau consommée donc.

Les utilisations de l'eau sont traditionnellement réparties entre secteurs domestique – l'eau domestique – agricole – l'eau agricole et industriel – l'eau industrielle –, en pourcentage de l’utilisation totale de l’eau. Le secteur domestique comprend généralement des utilisations domestiques et municipales ainsi que l'utilisation commerciale et gouvernementale de l'eau. Le secteur industriel comprend généralement l'eau utilisée pour le refroidissement des centrales électriques et la production industrielle. Le secteur agricole comprend l'eau pour l'irrigation et l'élevagePeter Gleick. Water Use. Annu. Rev. Environ. Resour. 2003. lire en ligne. Le secteur de l'énergie (y compris la production d'électricité et la production d'énergie primaire) est souvent inclus dans le secteur industriel dans les analyses de l'utilisation de l'eau; gros utilisateur et consommateur, il peut faire d'autre part l'objet d'un comptage séparé IEA Water Energy Nexus, Excerpt from the World Energy Outlook 2016, Agence internationale de l'énergie .

Bien que cette classification fournisse des données précieuses, il s’agit d’un moyen limité d’examiner l’utilisation de l’eau dans un monde globalisé, dans lequel les produits ne sont pas toujours consommés dans leur pays d’origine. Le commerce international des produits agricoles et industriels crée en effet un flux mondial d’eau virtuelle, ou eau incorporée (assimilable à la notion d’énergie incorporée ou énergie grise). La notion d'empreinte eau y est attachée.

Selon la FAOL’état des ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde. Gérer les systèmes en danger, FAO Water withdrawal by sector, around 2010, Prélèvements d'eau par secteur, vers 2010, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture , l’agriculture occupe aujourd’hui 11 % de la surface des terres émergées de la planète aux fins de la production végétale et utilise autour de 70 % de toute l’eau tirée des aquifères, des cours d’eau et des lacs (eau douce). Elle est suivie par l'industrie (autour de 20 %) et le secteur domestique (autour de 10 %).

L'agriculture est donc le premier secteur de prélèvement d'une façon très générale dans les pays d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient.

En France l'agriculture, représente alors 48 % de la consommation nette. L'agriculture est le plus gros consommateur d'eau et compte pour la moitié des volumes consommésLes prélèvements en eau par usage et par département sur observatoire-des-territoires.gouv.fr. Elle prélève d'autre-part beaucoup d'eau pour ses centrales thermiques, 59,3 % des prélèvements totaux en eau douce du pays en 2012 (OCDE 2012) OECD Publishing, 21 avr. 2005 - 324 p. OECD Environmental Data: Compendium 2004. lire en ligne.

Organisation

Faute d'une organisation adaptée, les dysfonctionnements dans les usages de l'eau débouchent trop souvent sur du stress hydrique et des maladies dues au manque d'eau, quelquefois sur de la mortalité, ou à des conflits entre pays frontaliers qui partagent un même bassin versant.

Une bonne gestion de l'eau repose sur la mise en place d'une organisation adaptée. Certains pays ont mis en place des agences de bassin, organisations publiques qui participent à la gestion de l'eau sur un bassin versant. C'est le cas par exemple de la France avec les agences de l'eau et Voie navigables de France (VNF).

Néanmoins, comme le montre l'exemple du Viêt Nam, calquer un modèle de gouvernance du Nord dans un pays du Sud sans prendre en compte la complexité du terrain peut s’avérer peu efficace à court terme.

Il est essentiel de considérer les autorités et réseaux de gestion déjà mis en place, héritiers d’un système parfois séculaireViêt Nam : le bassin du fleuve Rouge en partage, Institut de recherche pour le développement.

En France

Une gestion visant d'abord l'accès de tous (particuliers, industrie, énergie, agriculteurs…) à l'eau potable dans tout le pays s'est mise en place au début du , grâce notamment à l'adduction d'eau dans les campagnes, et par la verdunisation (désinfection par le chlore) dans un contexte hygiéniste. Depuis les années 1980 les tuyauteries de plomb sont peu à peu remplacées (avec du retard sur les objectifs).

Plusieurs lois sur l'eau et le modèle des Agences de l'eau ont renforcé ces objectifs, et l'assainissement privé, collectif et industriel, à une gestion à l'échelle des bassins versants. Le contrat de rivière a été transformé en SAGE, dans le cadre de SDAGEs, en application de directives européennes dont la Directive cadre sur l'eau, la Directive Nitrates…

En 2013, selon le Centre d'analyse stratégique (CAS) la France peine encore à gérer les fuites du réseau et le gaspillage d'eau potable, à respecter la législation européenne sur les nitrates, les pesticides et les pollutions diffuses. De grands bassins risquent en outre de manquer d'eau d'irrigation et/ou potable (bassins Seine-Normandie, Adour-Garonne et Rhône-Méditerranée) ; Le modèle français va devoir être adapté pour faire face à de nouveaux défis qui sont quantitatifs, liés aux risques accrus d'inondation et de sécheresse (dans le cadre du dérèglement climatique). Ils sont aussi qualitatifsrecommandations du Centre d'analyse stratégique (CAS), en trois notes d'analyse publiées le 3 avril 2013, avec de « nouveaux » polluants à gérer dont les pesticides, nitrates, perturbateurs endocriniens, PDB, dioxines, furanes, perchlorates, etc.). Ils concernent aussi la soutenabilité de la tarification de l'eau et de protection ou gestion restauratoire de la ressource.

Le CAS a recommandé en 2013 de passer d'une approche priorisant le à une gestion intégrée et globale du , incluant la protection des nappes et zones humides ; tout en rationalisant les investissements publics, avec un effort de mises aux normes européennes et de renouvellement matériel de certains segments du parc. Le CAS suggère que les collectivités (communes, établissements publics chargés de la gestion des services d'eau et d'assainissement) soient encouragées à réinvestir leurs éventuels excédents budgétaires dans l'amélioration de la qualité de l'eau. Ceci est théoriquement permis par la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema) depuis 2006, mais interdit par l'article L.1618-1 du Code général des collectivités territoriales. Ce dernier ne permet pas à une collectivité de « placer » des excédents de sommes récoltées auprès d'usagers de services d'intérêt public à caractère industriel et commercial. Le CAS estime que les services gérés en délégation de service public devraient être obligés d'avoir un compte de trésorerie propre (comme pour les services gérés en régie).

Le CAS invite à limiter les consommations d'intrants agricoles, (avec des mesures fiscales si nécessaire, en augmentant par ex. la TVA sur les engrais azotés, avec des compensations adéquates via les mesures agro-environnementales par exemple). Des pratiques culturales économies en eau, plus résilientes et plus résistants à la sécheresse sont recommandées (modes d'irrigation, variétés et assolements adaptés au contexte bioclimatique).