Le canon Paixhans, également appelé « canon à la Paixhans » ou « obusier à la Paixhans » est un canon naval conçu pour tirer des munitions explosives. Il est inventé par le général français Henri-Joseph Paixhans en 1822-1823. Il sera utilisé par les armées françaises, américaines et russe pendant la Seconde guerre de l'opium, le blocus franco-britannique du Río de la Plata, la guerre de la pâtisserie, la guerre américano-mexicaine, la guerre des Duchés, la guerre de Crimée, et la guerre de Sécession.
Contexte Les obus explosifs étaient déjà utilisés depuis un certain temps dans la guerre sur terre (notamment pour charger les obusiers et les mortiers), avec des tirs en cloche à des vélocités relativement basses. Les obus sont, de manière inhérente, dangereux à manipuler, et aucune solution n'avait encore été trouvée pour combiner la puissance explosive des obus avec la puissance élevée et la trajectoire plus tendue des boulets de canons.
Cependant, avant l'invention des moyens modernes de télémètrie optique, les tirs en cloche n'étaient pas adaptés au combat sur mer. Le combat naval requiert des trajectoires tendues pour avoir des chances raisonnables de toucher sa cible. Ainsi, les affrontements sur mer avaient opposé, depuis des siècles, des bâtiments armés de canons utilisant des projectiles inertes, n'infligeant que des dégâts ciblés sur les coques en bois des bâtiments ennemis Robert L. O'Connell, Of arms and men , ..
Mécanisme Paixhans défend le recours à des obusiers pouvant tirer selon lui des trajectoires droites dès 1822 dans son ouvrage Nouvelle force maritime et artillerie Jeff Kinard, Spencer C. (INT) Tucker, Artillery, , .
Paixhans développe un mécanisme de retardement permettant de tirer, pour la première fois et de manière sûre, des obus avec une vitesse élevée et une trajectoire droite. Les dégâts causés par ces obus explosifs contre les coques en bois des bâtiments ennemis étaient potentiellement dévastateurs. Ces effets sont démontrés pour la première fois lors d'essais menés par Henri-Joseph Paixhans contre le Pacificateur en 1824, au cours desquels le vaisseau est coulé. Deux prototypes de canons Paixhans avaient été fondus en 1823 et 1824 pour mener à bien ces essais. Paixhans rapporte les résultats de ces essais dans un ouvrage intitulé Expériences faites sur une arme nouvelle. Les obus sont équipés à cette occasion d'un fusible provoquant automatiquement une étincelle au moment du tir. Une fois tiré, l'obus perfore la coque en bois du navire, avant d'exploser à l'intérieur quelques secondes plus tard :
Les premiers canons Paixhans destinés à la Marine française sont fondus en 1841. Les canons pèsent environ 4 000 kg et se révèlent précis jusqu'à une distance de . Dans les années 1840, la France, le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis adoptent tour à tour ce nouveau canon naval.
L'efficacité du canon dans un contexte opérationnel est démontrée pour la première fois pendant les combats à Eckernförde en 1849 pendant la guerre des Duchés, et en particulier pendant la bataille de Sinope en 1853 pendant la guerre de Crimée.
Selon la Penny Cyclopaedia (1858) : vignette|Obus Paixhans avec un sabot.
Adoption du canon Paixhans France En 1827, la Marine française commande cinquante gros canons sur le modèle de Paixhans auprès des arsenaux de Ruelle et d'Indret près de Nantes. Le modèle retenu, le « canon-obusier de 80 », était appelé ainsi car, avec sa bouche d'un diamètre de , il pouvait tirer des obus de 80 livres. Le canon de de long pèse et possède un calibre de de diamètre et il tire un obus pesant . La production de ce type de canon débute lentement, et leur fiabilité est testée en mer tout au long des années 1830. Il ne constituent alors qu'une faible partie de l'artillerie embarquée sur les navires de guerre français, armés progressivement de Paixhans. Cependant, certains navires expérimentaux, plus petits et propulsés à la vapeur, sont dans le même temps armés du canon-obusier de 150, d'un calibre de , qui représente une part plus importante de l'armement de ces bâtiments. Par exemple, le bateau à roues à aubes Météore, emporte, en 1833, trois canon-obusier de 80 et six petites caronades. En complément des gros canons dont Paixhans avait défendu l'utilité, la Marine française se dote d'obusiers de taille moins importante, d'un calibre de tirant des obus d'un poids standard de et de caronades en grand nombre. Les navires de premier rang pouvant emporter jusqu'à ..
États-Unis vignette|Le canon Dahlgren est conçu comme une amélioration du canon Paixhans. Ici sur le pont de l' un obusier « XI-inch Dahlgren ».
La United States Navy adopte le canon Paixhans, et équipe plusieurs de ses bâtiments de canons de 8 inch de 63 et 55 en 1845, puis par la suite de canons de 10 inch de 86 cwt. Les canons Paixhans sont utilisés à bord du (armé de 4 canons Paixhans) en 1842, sous le commandement de , ainsi qu'à bord de l' (10 canons Paixhans) et de l' (6 canons Paixhans) pendant la mission du commodore Perry pour contraindre le Japon à s'ouvrir au monde occidental en 1853-1854 Walter Millis, Arms and men : a study in American military history, , Arthur Walworth, Black Ships Off Japan - The Story of Commodore Perry's Expedition, , .
Le canon Dahlgren est développé par John A. Dahlgren en 1849, afin de remplacer les canons Paixhans : .
Russie La marine impériale russe est la première à avoir recours massivement au canon Paixhans pendant un combat. Lors de la bataille de Sinope en 1853, des bâtiments russes attaquent et anéantissent une flotte turque au moyen de canon-obusiers Paixhans. Les obus explosifs parviennent à percer la coque en bois des navires turcs et explosent à l'intérieur, mettant le feu à la coque.
Notes et références
Annexes Sources et bibliographie
Étienne Taillemite, Henri-Joseph Paixhans et sa nouvelle force maritime, Institut de stratégie comparée,
Articles connexes Artillerie navale Henri-Joseph Paixhans
Catégorie:Arme navale Catégorie:Invention française