vignette|La mosquée de la ville de Kota Kinabalu. L'islam est la religion majoritaire en Malaisie (63.5 % de la population). Les musulmans y sont principalement d’obédience sunnite chaféiteWu & Hickling, p. 35..

L'islam y a été introduit par des marchands arrivant d'Inde, d'Arabie et de Chine et s'est fermement établi au . La constitution confère à l'islam le statut de ce qui symboliser son importance dans la société malaisienne. Cependant, d'autres religions y sont librement pratiquées.

Les musulmans ont interdiction de changer de religion, sous peine de sévères châtiments car ils sont soumis au droit islamique la Syariah .

Plusieurs fêtes musulmanes telles le Mawlid ont le statut de fête nationale au même titre que Noël, le Nouvel An chinois ou le Divali.

Histoire Jusqu'au début du , l'actuelle Malaisie fait partie du même monde que l'archipel indonésien. La diffusion de l'islam s'y fait dans le cadre de réseaux marchands. Ce mode de diffusion avait déjà été le cas auparavant pour le bouddhisme et le vishnouismePierre-Yves Manguin, "Southeast Sumatra in Protohistoric and Srivijaya Times: Upstream-Downstream Relations and the Settlement of the Peneplain", From Distant Tales: Archaeology and Ethnohistory in the Highlands of Sumatra (Dominik Bonatz, John Miksic, J. David Neidel et Mai Lin Tjoa-Bonatz éds.), Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne (2009), .

Des marchands musulmans étrangers commerçaient avec l'Asie du Sud-Est insulaire et la Chine depuis des siècles. Ce sont surtout les sources étrangères, notamment chinoises mais aussi européennes, qui donnent des éléments permettant d'établir les jalons d'une histoire de la diffusion de l'islam en Asie du Sud-Est insulaire. On voit ainsi une diffusion à partir de Sumatra vers la péninsule Malaise, la cité-État de Malacca jouant un rôle fondamental.

Le contexte de cette diffusion est l'essor du commerce international entre d'une part, les Moluques productrices d'épices et la Chine et d'autre part, l'Inde et le Moyen-Orient. Ce commerce passe nécessairement par le détroit de Malacca. Situé au point le plus étroit de ce détroit, Malacca devient vite une escale obligée de ce commerce florissant, dominé par les marchands musulmans.

Comme pour l'archipel, on peut attribuer le succès de l'islam auprès des souverains et des classes dirigeantes des cités portuaires de la péninsule par plusieurs facteurs :

Nombre de marchands étrangers étaient liés à des confréries soufies, dont la spiritualité présentait un attrait et pouvait se couler dans les conceptions religieuses traditionnelles des habitants de l'archipel. L'islam apportait une conception individualiste des rapports sociaux et la notion de protection des intérêts par le contrat, ce qui ne pouvait manquer de séduire les milieux marchands. Religion prosélyte, l'islam encourageait les nouveaux musulmans à promouvoir leur foi. Enfin, la menace que représentait l'expansionnisme portugais a favorisé l'émergence d'une conscience commune chez les souverains musulmans.

Les habitants de la péninsule deviennent en fait musulmans sans s’en rendre compte. Un indice est le mot adat, qui désigne la coutume et les traditions antérieures à l'arrivée de l'islam et distinctes de lui. Ce mot est d'origine arabe. On peut donc penser qu'à un moment, les gens aient éprouvé le besoin de nommer quelque chose qui était intrinsèque à leur existence et dont ils n'avaient pas conscience, et qu'ils n'aient pu le faire qu'avec un mot étranger.

L'islam contemporain Actuellement, l’islam est la religion d'État, précisément le sunnisme d’école chaféite. Certains termes islamiques, comme le mot Allah, sont interdits aux non-musulmans à l’oral et à l’écrit, ce qui a créé une polémique Le magazine catholique Herald avait utilisé le mot Allah pour parler de Dieu : Non-Muslims not to use 35 Islamic terms: Diktat Zeenews.com, 1( janvier 2010. En , la Cour d'appel malaisienne a validé l'interdiction par le gouvernement de l'usage du mot « Allah » par les non-musulmans, infirmant la décision de 2009 d'une Cour de première instance « Malaisie : "Allah" interdit aux non-musulmans », Mathilde Tarif, Le Journal International, 26 octobre 2013.

Jusque dans les années 1970, beaucoup de musulmans malais vivaient un islam libéral et modéré, comme les musulmans indonésiens. À cette période, une vague de raidissement de l’islam est apparue (suscitée par différents conflits sociaux et ethniques, liés aux partis Al-Arqam et au Islam Se-Malaysia), de sorte qu'aujourd’hui, la Malaisie vit dans un islam rigoureux. Les Malais, qui représentent 50,4 % de la population totale, sont quasiment tous musulmans. Environ 70 % des musulmanes d’origine malaise portent le foulard, alors que son port était resté marginal jusque dans les années 1980. L’habit malais traditionnel, d’origine islamique, est également porté par beaucoup de Malais.

Bien que son port ne soit officiellement pas obligatoire en public à l'heure actuelle, certains états n'en tiennent pas véritablement compte. En 1996, le conseil municipal de la ville de Kota Bharu, qui est la capitale du Kelantan a rendu obligatoire le port du foulard islamique sur les lieux de travail pour les femmes aussi bien musulmanes que non-musulmanes, cette imposition est allée de pair avec une interdiction de porter du maquillage ou du rouge à lèvres sur ces mêmes lieux. Au fil des années, d'autres mesures ont été mises en place : en 2002, le conseil municipal a depuis interdit aux affiches et panneaux publicitaires de présenter des femmes qui ne sont pas voilées. En 2006, un nouveau décret a été voté punissant d'une amende de 608 ringgits, toutes femmes qu'elles soient musulmanes ou pas surprises à porter des « vêtements sexy ou indécents » en public « Malaysia: Totalitarian Aspects of a "Moderate" Muslim Nation », www.islam-watch.org, 20 avril 2007.

D'autres États, invoquant la lutte contre ce qu'ils perçoivent comme « l'occidentalisation » de la nation, ont également établi des règles concernant la tenue vestimentaire des femmes. Ce fut le cas quand l'état multiethnique du Selangor a publié en 1995 un décret interdisant aux femmes musulmanes de participer à des concours des beautés en vertu de la charia « LA PLACE DES FEMMES DANS L'ISLAM MALAISIEN », http://eglasie.mepasie.org/, 16 mars 1998.

L'application du décret fut mis à l'épreuve en , à la suite de l'arrestation de la mannequin Noni Mohamad qui était l'une des finalistes au concours de beauté Miss Malaisie. Arrêtée par la police religieuse en compagnie de deux autres candidates musulmanes répondants au nom de Shalina Shaari et de Fahyu Hanim Ahmad, elles ont par la suite été condamnées à plus de 400 ringitts d'amende après qu'elles ont été reconnues coupable «d'indécence». Elles ont en outre été menacées d'une amende de 1000 ringgits et d'une peine de six mois de prison, en cas de récidive « In Malaysia, Pressure Builds Over Enforcement of Islamic Laws », https://www.nytimes.com/, 18 août 1997. En réponse à cette condamnation la féministe Marina Mahathir a pris la défense des candidates en déclarant : « Excusez-moi, mais les talibans sont-ils en train d'infiltrer notre pays ? » « Malaysia debates Islam after beauty contest row », , http://www.hurriyetdailynews.com/, 30 août 1998

L'ancien premier ministre malaisien Mahathir Mohamad a défini, en , la Malaisie comme étant un État : « Fondamentaliste, et non un État islamique modéré » « Malaysia a fundamentalist Islamic country, says PM », , www.malaysiakini.com, 12 juin 2002 « Malaysian prime minister’s sudden resignation points to political instability ahead », , World Socialist Web Site, 5 juillet 2002.

Le , le sultan du Perak, a déclaré « Agama ibarat bom jangka jika disensasikan secara politik », Utusan.com, 26 janvier 2016 en faisant allusion au pourrissement des relations entre les différentes confessions qui ne cessaient de s'aggraver depuis l'indépendance du pays que : « D'autre part, lorsque la religion est utilisée à des fins autres que pour semer l'esprit divin, surtout quand elle est sélectionnée pour faire du sensationnalisme politique, la religion devient une bombe hautement explosive, ayant le potentiel pour déclencher le chaos et la catastrophe... » « Sultan of Perak: Religion is like a time bomb if abused », The Borneo Post, 25 janvier 2016

Le , en réponse à «l'affaire Sharifah Farlearton» dans laquelle le MAPIM (L'organisation du conseil islamique consultatif malaisien) a décidé de poursuivre un couple de malais parents de cinq enfants ayant ouvertement reconnu sur Facebook d'avoir apostasié l'Islam et s'être convertis au christianisme, la famille s'étant réfugiée à Melbourne, en Australie un an plus tôt a refusé de retourner en Malaisie pour échapper aux menaces de mort « Pasangan murtad sejak setahun lalu », BH Online, 20 mai 2016. Le président du conseil, Mohd Azmi Abdul Hamid expliquait que cette décision venait du fait que l'Islam devait rester inattaquable à l'inverse des autres religions en Malaisie pour la simple raison qu'il s'agit de la religion officielle de la fédération « MAPIM desak siasat pasangan murtad », BH Online, 19 mai 2016.

Liberté de culte L'article 3, paragraphe 1 de la constitution malaisienne dispose :

« L'islam est la religion de la Fédération; mais les autres religions peuvent être pratiquées en sécurité et en paix dans toutes les parties de la Fédération. »

Mais l'article 11 de la constitution dispose :

« Toute personne a le droit de professer et de pratiquer sa religion et de la propager. » « Controverse concernant l’utilisation du mot « Allah » », Emer Mccarthy, Observatoire de la liberté religieuse, 28 janvier 2013.

Initialement autorisée à l'indépendance du pays en 1957, l'apostasie est devenue illégale à la suite d'un amendement de la constitution du pays en 1988 « The Islamisation of Malaysia », Elizabeth Kendal, EA Foundation, 30 mai 2007. Le scandale international déclenché par l'affaire Lina Joy http://www.project-syndicate.org/commentary/islamicizing-malaysia/spanish « Maznah Mohamad on La islamización de Malasia »], Maznah Mohamad, Project Syndicate, 19 septembre 2006 en est une des plus célèbres représentations http://www.economist.com/node/9262452 « Lina Joy's despair »], Anver M. Emon, The Economist, 31 mai 2007.

Alors que cela ne posait aucun problème sous l'époque coloniale, les musulmans désirant changer de religion doivent faire face à de sévères processus de dissuasionLes aspects juridiques de la déconversion de l'islam en Malaisie : The Legalities of Deconverting from Islam in Malaysia http://www.malaysianatheists.org/, 12 décembre 2012. Avant 1988 la question de la liberté de culte et par conséquent des questions relevant du désir des citoyens de changer de religion était exclusivement de la compétence des tribunaux laïques, dit séculiers. Mais depuis que la loi a changé, un amendement stipule que les tribunaux séculiers n'ont plus droit de traiter des litiges réclamés par des musulmans et que seuls les tribunaux islamiques, relevant de la charia ont compétence à débattre sur les questions relatives aux droits de la communauté musulmane « Right To Change/The Religion In Malaysia » « Religious Conversion and Sharia Law », Lionel Beehner, Council of Foreign Relations, 8 juin 2007. L'apostasie en fait partie et il en résulte qu'il est légalement d'un point de vue constitutionnel presque impossible pour un musulman de changer de croyance.