thumb|Alexandra Ansanelli et David Makhateli dans La Belle au bois dormant (Royal Ballet). Le costume de ballet est le costume utilisé par les danseurs classiques en représentation.
Notions générales Il faut distinguer, tout d'abord, le costume de ballet de la tenue spécifique à la danse classique : ce dernier, essentiellement pratique, employé pour suivre les cours et les répétitions, est conçu pour répondre aux exigences de confort du danseur, comme la tenue d’un sportif. Il faut cependant que cet habillement laisse le corps totalement visible, aussi bien pour en apprécier la ligne, que pour détecter les erreurs et perfectionner chaque détail du mouvement. Se composant en général d'un maillot et d'un tee-shirt pour le danseur, et de collants et d'un justaucorps pour la danseuse, accompagnés éventuellement de légers lainages, cette tenue devra être élastique, très ajustée et aisément lavable. La danse classique exige aussi le port de chaussons de danse (pointes ou demi-pointes) conçus spécifiquement pour cette activité.
En revanche, le costume de ballet est porté exclusivement pour la représentation et sert en général à magnifier l’aspect spectaculaire de la danse, à situer les personnages, ainsi qu'à exalter la beauté des danseurs. Mais il véhicule aussi des messages de genres divers, correspondant aussi à la composition du public et au rôle joué par la danse classique elle-même au cours des différentes époquesSylvie Perault, Le costume de scène, une écriture du corps physique et social. thumb|150px|7. Louis XIV, Ballet de la nuit 1653 maquette de Henri de Gissey Cette fonction du costume de ballet, ne peut donc s'analyser qu'avec l’évolution historique du ballet lui-mêmeValérie Folliot, Le costume comme support d’inscription, 1997.
On peut distinguer : L’affirmation du statut social de la classe dominante (à l’époque où le ballet est représenté par la noblesse et pour la noblesse)Marie-Françoise Christout, Sémiologie des habits de danse : du ballet de cour au ballet d'action, 1997.. La nécessité de situer le personnage dans un cadre historique ou tout au moins vraisemblable, par rapport à l’action représentée (exigence qui naît avec le ballet d'action). L'adaptation au rôle, à la nature du personnage et à ses sentiments (le costume bleu ciel de Giselle au premier acte, exprimant son innocence, et le costume blanc de Giselle « willi », vierge morte par amour). Le besoin d’évocation, d’exotisme, de rêve (qui correspond à la pulsion du romantisme et que plus tard, l'on percevra nettement dans les Ballets russes). .
Le choix de la structure et des matériaux du costume de ballet est lui aussi étroitement associé à l’évolution historique de cette discipline mais surtout à son développement technique.
On peut affirmer aussi que le costume de ballet reflète de façon directe le style de chaque époque, en raison de la relation étroite entre la danse et les autres artsLouis de Cahusac, Le ballet et son histoire..
Enfin, de tout temps, la mode et le costume de ballet se sont réciproquement influencésLes costumes du ballet romantique sur Chroniques de la costumerie .
Histoire du costume de ballet L'apparat : le ballet de cour Les danses rurales ne nécessitent pas de costume. Les villageois les exécutent à l’occasion de mariages ou de fêtes en habit de fête ou habillés du mieux possible.
La création d’un costume spécifique pour l’exécution d’une danse naît chez les classes sociales élevées, ayant les moyens, la nécessité sociale et le plaisir de « représenter » leur état social et leur richesse. C’est l’époque du ballet de cour : la danse, apanage de l’aristocratie, a lieu dans les grandes salles des demeures seigneuriales, avec une fonction récréativeL’Histoire de la danse. Repères dans le cadre du diplôme d’État, Centre national de la danse, 2000, p. 66-67.. Les bals se tiendront donc en habit de cour (Fig.1), mais lors de grandes fêtes spectaculaires organisées à l’occasion de la visite d’une personnalité ou d’un événement, intermèdes et divertissements demanderont l’usage d’un véritable costume créé pour l'occasion, ce qui donnera aussi à la noblesse le plaisir de se travestir.thumb|200px|4. Maquette de Jean Bérain pour Le Triomphe de l'Amour, 1681
Le costume de danse aura donc la double fonction de véhiculer l’idée de la puissance et de la richesse du Roi et des nobles qui le portent (et en général de la cour pour laquelle ils ont été créés) et de satisfaire au « plaisir des yeux ». Le costume n’est donc pas fonctionnel au geste dansé : au contraire, c’est souvent lui qui conditionne fortement les pas, de par son poids et sa complexitéDanser à la cour, sur le site ladanse.net.
Les dessinateurs de costumes du , Daniel Rabel (Fig. 2), Henri de Beaubrun, parviennent toutefois à donner libre cours à leur imagination quant aux personnages de fantaisie (fig. 2).
L’argument des ballets puisant souvent dans la mythologie, les personnages seront souvent des divinités latines accompagnées de leurs suivants. Dans un curieux métissage des signes de richesse de l’époque (emploi de riches et lourds brocards brodés d’or ou de dentelles sans prix) et des emblèmes traditionnels du pouvoir (sceptre, lourd manteau, couronne ou coiffure couronnée de hauts plumets), et sans vouloir renoncer non plus à la mode en vogue, on verra donc Vénus arborer une fontange, ou Apollon porter perruque et talons rougesMathilde Januel, Lire le costume dans le ballet de cour, article dans le site Cerpcos.com.
L’idée de la puissance militaire sera évoquée par le rappel à la Rome antique. Le costume des princes et héros antiques sera donc conçu sur l'uniforme du chef militaire romain, naturellement revisité avec moult plumes et dorures, ainsi qu’avec l’indispensable perruque (fig. 3).
Louis XIV, le Roi-Soleil, grand danseur et grand politique, se sert des ballets auxquels il participe et que Jean-Baptiste Lully compose pour lui, comme des affirmations de la prédominance politique et culturelle de la France. Les costumes seront donc tout à l’exaltation de sa personne quasi-divinisée (fig. 7)Louis XIV, Dictionnaire de la danse, Le Moal, Larousse.
La réalisation des costumes de ballet est confiée, non pas à de simples couturiers, mais à des artistes décorateurs spécialisés: les dessinateurs de costumes renommés de la fin du seront Henri de Gissey (Fig. 7), puis Jean Bérain (Fig. 4.) Le ballet de cour, Dictionnaire de la danse, Le Moal, Larousse.
Les danseurs portent tous un masque qui couvre le plus souvent toute la figure (fig. 2). Les femmes ne pouvant se produire en scène dans les rôles comiques, ceux-ci sont joués par des hommes travestisJean-Pierre Pastori, La Danse, du ballet de cour au ballet blanc, ..
Les ballets ont souvent un sujet allégorique: les costumes arborent une quantité de symboles et sont complétés par des emblèmes représentant un personnage abstrait, souvent une vertu, une saison, ou une partie de la journée (Fig.5).
Pour les personnages des danses comiques, personnifiant souvent des métiers, le costume comportera des emblèmes de leur travail (Fig.6).
Le : grâce et préciosité thumb|150px|left|8. Danseur portant un « tonnelet » (1755) Au , bien que les danseurs n'évoluent plus à la cour, mais dans des théâtres, les costumes évoqueront toujours, indépendamment du personnage et du cadre où se situe l’action, les somptueux habits de la noblesse de l’époque, dont ils ne se différencieront que par certains détails nécessaires à la danse elle-même,thumb|150px|right| 9.Danseuse portant une robe à "paniers"(1755) comme les jupes légèrement plus courtes, par rapport à celles portées par les dames de l’époque, pour laisser voir le jeu des pieds, ainsi que, chez les hommes, le port d'une sorte de trousse ou caleçon bouffant, nommé « tonnelet », qui rappelle la forme bombée des « paniers » propres au costume féminin, tout en laissant les jambes libres (fig. 8).
Au début du le peintre Claude Gillot s'illustre par des dessins de costumes de ballet (Fig. 10).
Dans les arguments des ballets, les personnages de l'Antiquité sont toujours à la mode, mais ils continuent à porter des atours bien peu vraisemblables (Jason et Médée portent perruque. Fig. 14).
Le souci de vraisemblance : le ballet d'action thumb|left|13. Dauberval et Marie Allard. thumb|right|14. Gaëtan Vestris dans Jason et Médée (1781) C’est Jean-Georges Noverre qui théorise la nécessité de supprimer les masques et de libérer le corps des danseurs des costumes traditionnels[Le ballet d’action sur le site ladanse.net]. :
C'est l'époque ou naît le ballet d'action, c'est-à-dire un ballet pourvu d'une vraie narration. Noverre, ainsi que Gasparo Angiolini, plaident en faveur d'un « danseur pantomime qui puisse exprimer toutes les passions et tous les mouvements de l'âme »Gasparo Angiolini, Dissertation sur les ballets pantomimes des anciens, 1765.. Le costume est donc un élément à part entière de cette sorte de « spectacle total » qu'est le ballet-pantomimeFlavia Pappacena, Les lettres sur la danse de Noverre, LIM, 2012..
Noverre réalisera ces idées avec l'aide du dessinateur Louis-René Boquet.
Vers 1730, deux danseuses vont contribuer à l’évolution rapide du costume de ballet féminin: Marie Sallé danse à Londres en 1734 dans Pygmalion et apparaît sans paniers, sans corps de jupe, les cheveux épars et sans ornement, vêtue d'une simple robe drapée sur le modèle des statues grecquesLa danse des costumes, Repères, cahier de danse , 2011.
Marie-Anne de Camargo réalise des prouesses habituellement réservées aux hommes (divers sauts complexes, cabrioles, entrechats) et raccourcit donc sa jupe pour que le public puisse apprécier son jeu de jambes.
Les jupes courtes vont triompher mais, comme l'exigera le règlement de police, à condition d'être portées avec des « caleçons de modestie », qui semblent être à l'origine de ce qui sera plus tard le collant. Il s'agit de bas en laine, en coton ou en soie, tenus par des jarretières accrochées à un petit pantalon.
Le retour à la pureté de l'art classique
La Révolution française ayant balayé perruques, soieries et talons hauts, le retour à la pureté des lignes classiques préconisé par Winkelmann, s’exprime d'une part par un retour à la simplicité, et de l'autre, par la vogue pour les vêtements inspirés de l’antique. Courtes tuniques pour les hommes et robes-tunique fluides et légères évoquant des péplos, en voile et en mousseline diaphane, pour les danseuses. Celles-ci pourront désormais faire usage de légers souliers plats en satin, pourvus de rubans entrecroisés à la cheville, tout à fait semblables à ceux que portent les femmes à la mode, les "Merveilleuses"). C'est la naissance du chausson de danse.
Carlo Blasis s'inspire des bas-reliefs et des fresques de l'antiquité pour créer de nouveaux pas nommés arabesques, et l'on commence à entrevoir le corps des danseuses, caché jusque-là par les « paniers ».
Lady Emma Hamilton danse ses attitudes inspirées du monde antique en s’aidant parfois d’un grand châle, accessoire dont la mode était née à l’époque.
Le ballet romantique, le triomphe du rêve thumb|left|A. Marie Taglioni et Joseph Mazilier, La Sylphide, 1832 La première moitié du est l'époque du ballet à thème, racontant des histoires puisées dans l'imaginaire du Moyen Âge et de la Renaissance (Giselle), de l'Orient (La Péri, La Bayadère) ou des pays nordiques (La Sylphide). Cette période marque aussi le début du ballet-conte (Cendrillon d'Albert - 1823).