La sourate Al-Baqarah (, « la Vache »), est la deuxième sourate selon l'ordre de 'Uthman (et la la commission de l'Azhar) et la plus longue du Coran. Elle comporte 286 ayat (versets), et le est le plus long du Coran. Parmi tous les versets, deux sont particulièrement connus : le , dit verset du Trône, et le , qui affirme qu'il n'y a .
Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La Vache, du fait d’un dialogue dans la sourate entre le prophète Moïse (Moussa) et les enfants d'Israël à propos d’une vache, qu’ils devaient offrir en sacrifice (à ne pas confondre avec l’épisode du veau d’or). Selon des exégètes musulmans, cet épisode, présent dans les versets 67-74, est une réécriture de récits présents dans le Livre du Deutéronome. Les chercheurs occidentaux y voient davantage un développement issu du mélange de ce récit mais aussi d'un extrait du Livre des Nombres et d'un midrash talmudique. D'autres parallèles sont envisagésSegovia C. A., "Sourate 2", Coran des Historiens , t.2a, 2019, et suiv..
Historique
Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq () et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la . Elle aurait été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .
Plusieurs variantes de ce texte sont connus, soit par les témoignages de codices disparus, soit par des manuscrits anciens. Cela va de la "variation dans la formulation à un contenu plutôt différent" et concerne plus de 110 versets.
Un texte, intitulé surat al-Baqara et dont il n'est pas possible de déterminer le contenu, est évoqué à plusieurs reprises par des auteurs chrétiens du . Celui-ci, différencié du Coran dans un dialogue écrit par un anonyme du début du siècle, semble plus court que la sourate actuelle. La sourate occupe un rôle important particulier chez les auteurs musulmans anciens. Un récit du évoque une harangue avant la bataille à la bataille de Hunayn s'est faite au nom de cette sourate. Pour Segovia, "l'histoire est des plus remarquables, car une longue surat al-Baqara n'aurait pas fait grand sens dans ce contexte" et évoquerait peut-être que la seule histoire de la vache.
Imbert relève la présence d'un grafitto du mélangeant le verset 33 et un autre passage coranique. Pour l'auteur
Interprétations Cette sourate, la plus longue du Coran, évoque des sujets divers : des avertissements, des promesses faites aux croyants, des péricopes anti-juives ou anti-chrétiennes.... Plusieurs plans ont été proposés, comme celui qui divise la sourate en 1. Prologue (v.1-39), 2. Les fils d'Israël (v.40 -121), 3. L'héritage d'Ibrahim (v.122-141), 4. Normes sociales et religieuses (v.142-242), 5. Allusions et instructions pour le combat armé (v.243-283), 6. épilogue (v.284-286). Farrin voit plutôt un plan circulaire autour d'un centre composé des versets 142-152. Ces plans, qui "fonctionnent parfaitement", sont cependant dépendant du postulat de l'unité de la sourate. À l'inverse, Droge montre une composition "alambiquée" de thèmes successifs.
Versets 30-39 : la prosternation des anges Les versets 30-39 illustrent la polyphonie du texte coranique. Pour Azaiez, la multiplicité des locuteurs se rapproche d'une forme scénique. Ce style se retrouve dans les poèmes religieux syriaquesM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 2 Q 2:30–39". Pour Prégill, cet extrait est un exemple de réécriture du texte de la Torah pour le faire correspondre aux thématiques coraniques. L'auteur souligne les liens avec la littérature des différents monothéismes de l'Antiquité tardive. Reynolds associe davantage cette prosternation au christianisme, celle-ci n'étant pas une adoration sacrilège mais une préfiguration de la prosternation devant Jésus. Pour Segovia, la nature elliptique de ce récit, et en particulier l'absence du nom d'Ève, illustre le fait que les histoires bibliques étaient "connue de l'audience coranique".
Pour Dye, le texte coranique ne permet pas de comprendre la prosternation des anges devant l'homme. Dans le monde chrétien, cela s'explique par la création de l'Homme à l'image de Dieu et . Il se pourrait sinon qu'il s'agisse d'une décision divine mettant en valeur un écart entre Dieu et Adam. Pour Hilali, l'épisode de la prosternation pourrait être un test adressé aux anges.
Younes relève une incohérence grammaticale dans ce passage ; . Il relève aussi des différences de lecture éclairant la mise en place et le développement du système de la langue arabe.
Verset 178-179 : la loi du Talion Ces versets appartiennent à un ensemble de prescriptions. Ici, le Coran rappelle la règle antérieure - celle du Talion provenant de la Torah (et dans tout le Proche-Orient ancien) - mais l’allège. S'il présente l'attitude que doit adopter le coupable, il doit être lu en parallèle avec le verset 5:45 qui encourage au pardon.
Pour Zellentin, si la loi du Talion peut s'appliquer vie contre vie, elle privilégie déjà dans le monde rabbinique une compensation financière. Dans le monde chrétien, le pardon est encouragé. Pour Dye, M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 3 Q 2:178–179" À la différence d'un auteur comme Ptolémée (Lettre à Flora), le Coran n'interdit pas l'application stricte de la loi du talion.
Verset 255-256 : Nulle contrainte en religion Selon Azaiez, si la méthode d’analyse rhétorique développée par Cuypers est appliquée au verset 255 (dit « du Trône »), on remarque une symétrie concentrique de forme (ABCD / x / D’C’B’A’). L'ensemble converge vers l'idée que M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 4 Q 2:255–256" Le verset est un hymne de glorification de Dieu. Pour Dye, l'usage de l'expression "vivant et subsistant" . El Badawi associe ce verset à l’Évangile selon Matthieu dans sa version syriaque tandis que Grodzki y voit des réminiscences d'Isaïe et du psaume 121.
Dye y voit un texte probablement liturgique tandis que Hilali confirme l'aspect indépendant de ce verset 255. Pour Imbert, la plus ancienne version épigraphique de ce verset provient d'un palais omeyyade et date de 710. Dans un autre graffito, cette formule est suivie d'une malédiction contre celui qui l’effacerait.
Le verset 256 (« [...] ») . Pour l'auteur, Cette compréhension de ce terme ferait que la traduction du verset serait "aucune décision ne peut être forcée". Ce verset et le suivant sont construits en style apocalyptique. La proposition "Nulle contrainte en religion" peut être lue comme un décret de tolérance, ou comme une résignation "face à l’entêtement des idolâtres".
Voir aussi
Articles connexes Islam, religion monothéiste Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran
Bibliographie
Segovia C. A., "Sourate 2", Coran des Historiens , t.2a, 2019, et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.
Liens externes Texte de la sourate 2 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783. La vache un manuscrit, datant du , de la Al-Baqarah via la Bibliothèque numérique mondiale
Notes et références Notes
Références
Baqara