Le site archéologique d'Alésia est le site archéologique de l'oppidum gaulois d'Alésia, du siège d'Alésia de −52 et de la ville gallo-romaine d'Alésia, situé à Alise-Sainte-Reine, sur le mont Auxois, entre Montbard et Dijon, dans le département de la Côte-d'Or, en Bourgogne-Franche-Comté. Les divers vestiges de monuments du site sont en partie inscrits et en partie classés aux monuments historiques entre 1908 et 1992..
Le site fait partie du projet d'aménagement global appelé MuséoParc Alésia, dont le point d'accueil principal des visiteurs est un bâtiment circulaire dessiné par Bernard Tschumi, devenu depuis juillet 2021, un musée-centre d'interprétation consacré à l'histoire du site depuis le Néolithique jusqu'à ce jour.
Historique de l'occupation vignette|gauche|Carte d'Alésia et d'Alise-Sainte-Reine sur le mont Auxois de La Conquête de la Gaule par César, de (1899). Dans le cadre de son récit de la légende de l'origine des Gaulois, l'auteur grec de la fin de l'époque républicaine, Diodore de Sicile fait d'Héraclès le fondateur mythique de la ville d'Alésia : celui-ci aurait épousé la fille du roi de la Gaule celtique et aurait contribué à civiliser la Gaule. D'après cette légende, c'est son fils le roi Galathès qui aurait donné son nom aux peuples sur lesquels il régnait.. Cet épisode de la geste d'Héraklès s'intègre dans la perspective plus vaste de la fonction pacificatrice et civilisatrice du héros, explorant les confins du monde et permettant, en éradiquant la sauvagerie qui s'y trouve souvent sous la forme de monstre, de rendre possible l'établissement des peuples dans des villes sédentaires.
Sur le plan archéologique, le territoire de l'oppidum d'Alésia et ses environs sont relativement documentés : on sait ainsi que le site est fréquenté au Néolithique, notamment sur le mont Auxois et dans son prolongement oriental, le mont Pennevelle ; à l'âge du bronze (entre 2300 et 800 av. J.-C.) le territoire du Haut-Auxois est un secteur dynamique avec plusieurs foyers de peuplement..
Alésia gauloise Le site d'Alésia, au cours des derniers siècles de la protohistoire, ne se résume pas à l'oppidum gaulois des Mandubiens, lieu du célèbre siège d'Alésia de 52 av. J.-C. Le plateau est en fait occupé probablement dès le , du fait entre autres de son positionnement stratégique au débouché d'un axe de circulation rejoignant Massalia et utilisée par les commerçants gaulois travaillant avec les Phocéens.. Les modalités de l'urbanisation de l'Alésia celtique sont mal connues cependant, du fait de la présence de niveaux archéologiques romains bien conservés sur le site. Toujours est-il qu'il se mue progressivement en petite communauté urbaine, se dotant d'un rempart de type murus gallicus. Selon Diodore de Sicile, la ville est le , l'historien grec évoquant le mythe selon lequel elle aurait été fondée par Héraclès lors de son passage en GauleDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 19.. Une telle centralité religieuse reste cependant probablement reconstruite a posteriori par l'historien grec. En l'état actuel des données archéologiques, il est difficile d'y identifier par la fouille, un réseau de sanctuaires celtiques d'envergure, peut-être du fait de son oblitération partielle par les édifices romains ultérieurs. Faire d'Alésia un centre important du monde celtique procéderait chez Diodore de Sicile d'une forme de narration téléologique, visant à faire du siège un couronnement religieux des campagnes de César, l'aboutissement de sa guerre, en capturant d'un coup le chef des coalisés et la métropole religieuse des vaincus. Des traces d'un espace de banquets communautaires enclos par un vaste fossé comblé par de nombreux restes d'animaux abattus, cuits, et consommés, ainsi que des milliers de fragments d'amphores vinaires italiques, ont été découvertes sous les niveaux romains du sanctuaire d'Apollon Moritasgus, localisé sur les pentes orientales du plateau au lieu-dit de La-Croix-Saint-Charles. Ce lieu de réunion pré-romain daterait des années 100 - 80 av. J.-C. ; le sanctuaire romain — un sanctuaire faisant la part belle au culte des eaux de sources qui jaillissent à cet endroit du fait du changement de couche géologique — situé au même emplacement, fut quant à lui fouillé par Émile Espérandieu au début du et par Olivier de Cazanove au cours des années 2008-2018. Ce temple et les édifices associés témoignent, si ce n'est d'une connaissance par la communauté romaine d'Alésia d'un lieu de culte antérieur, d'une topographie religieuse opportunément liée aux sources qui s'y trouvent.
Siège d'Alésia vignette|Carte de la Guerre des Gaules de Jules César.
vignette|gauche|Carte schématique du siège d'Alésia établie à partir des fouilles françaises et franco-allemandes (1991-1997). Le siège d'Alésia, bataille décisive de la guerre des Gaules (à 380 km au nord-est de Gergovie, capitale des Arvernes, 120 km au nord-est de Bibracte, capitale des Éduens, et 200 km au nord-est d'Avaricum et Cenabum...) voit s'affronter d'une part (environ ) de l'armée romaine de Jules César avec en plus des troupes auxiliaires (dont sa cavalerie), dont le nombre exact n'est pas connu, et d'autre part, près de avec en plus une cavalerie dont le nombre exact n'est pas connu, assiégés dans l’oppidum avec Vercingétorix, ainsi que plus de des peuples gaulois venus leur porter secours. À la suite de différentes escarmouches de cavalerie et d'une poursuite de plusieurs semaines, Vercingétorix est contraint de s'enfermer dans l'oppidum des Mandubiens avec ses hommes. Rapidement, César installe un vaste dispositif d'encerclement et d'investissement, refusant de mener un assaut meurtrier, et préférant affamer les défenseurs contraints d'évacuer les civils et la cavalerie.
vignette|gauche|Reconstitution de la contrevallation romaine dans la plaine des Laumes.
Malgré une infériorité numérique, la victoire de César, dont les troupes sont mieux organisées, marque la fin de la résistance des peuples celtiques indépendants sous l'égide de Vercingétorix, et sanctionne définitivement la réussite de la conquête romaine de la région, qui ne sera organisée et divisée en provinces que sous Auguste, ouvrant l'époque que l'on qualifie traditionnellement de gallo-romaine.
vignette|alt=Le témoignage de César : Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César, édition incunable d'Ottaviano Scoto, Venise, 1482, Bibliothèque Alésia (Dijon)|Le témoignage de César : Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César, édition incunable d'Ottaviano Scoto, Venise, 1482, Bibliothèque Alésia (Dijon). Un grand nombre de vestiges de ce siège ont été découverts à Alise-Sainte-Reine et dans ses environs. Ces vestiges, constitués de plusieurs dizaines de kilomètres de structures linéaires fossoyées, de talus fortifiés en motte de gazon coiffés de palissades, de tours, de fosses et de pièges destinés à briser les charges de cavalerie et d'infanterie, de campements, de centaines d'armements romains, celtiques, germaniques, de monnaies romaines, ou des monnaies celtiques provenant de tous les peuples de la Gaule ou frappées par Vercingétorix, ont constitué dès le un ensemble d'indices probants pour identifier Alise comme le lieu du fameux siège. On y retrouve en effet tous les éléments constitutifs du système d'investissement établi par César au cours des deux mois de la bataille (circonvallation, contrevallation, campements légionnaires) et relatés dans La Guerre des Gaules, la composition multi-ethnique des armées en présence, la présence de généraux attestés par l'épigraphie (Titus Labienus, Vercingétorix).
Alésia gallo-romaine thumb|left|Territoire des Éduens (de Bibracte) et d'autres peuples gaulois : les Mandubiens constituent un simple pagus. La fin du conflit avec Rome n'entraîne pas la fin de l'occupation pour l'oppidum d'Alésia. Même si les Mandubiens ne se virent jamais accorder le droit de former une cité au sein de la province de Gaule lyonnaise, constituant une fraction administrative (un pagus) du territoire des cités voisines, le site reste habité et s'urbanise progressivement selon des modalités architecturales et urbanistiques romaines : on y retrouve un théâtre, un forum, une basilique civile, ainsi qu'un certain nombre de sanctuaires monumentalisés, comme le sanctuaire d'Apollon Moritasgus situé sur les pentes orientales du plateau, au lieu-dit de la Croix Saint-Charles. La ville romaine fut principalement mise au jour lors des fouilles du début du , menées notamment par Émile Espérandieu.
vignette|350px|Plan du centre urbain d'Alésia à l'époque romaine.
Alésia est une ville prospère grâce notamment à l’activité réputée d’artisans bronziers et forgerons réunis en corporation sous la protection de la divinité Ucuetis, dont on a retrouvé le siège ; on estime qu'elle abrite une population de à son apogée, sur .
Déclin de la ville romaine et christianisation La ville semble occupée et active au moins jusqu'au deuxième tiers du , période au cours de laquelle Alésia semble souffrir d'une rétractation partielle et progressive de son tissu urbainMichel Kasprzyk, Les agglomérations / vici / castra du Centre-Est de la Gaule : morphologie et fonctions (- s. apr. J.-C.), Gallia, 74-1, , 2017., que l'on explique traditionnellement par la multiplication des incursions liées aux migrations germaniques (Francs et Alamans) en 269 puis en 276Christine Chadier, Recherches sur la formation du paysage religieux d'une ville gallo-romaine : L’exemple d'Alésia, Visions de l’Occident romain : hommages à Yann Le Bohec, 2012. Lire en ligne. La ville, dans ses formes et lieux d'occupation romains, est abandonnée au , époque à laquelle elle porte encore le nom de pagus alisienses dans les sources.
Un culte chrétien à la sainte locale, sainte Reine, semble se développer très tôt sur le site, puisque certaines découvertes archéologiques permettent de le faire remonter au . Vers les une basilique chrétienne est construite au centre de ce qui n'est plus guère qu'un hameau. Le site perd définitivement toute importance au , à la suite du transfert des reliques de sainte Reine à l'abbaye Saint-Joseph de Clairval de Flavigny-sur-Ozerain à quelques kilomètres de là.
Redécouverte à l'époque contemporaine Un site prometteur : indices anciens et fouilles impériales vignette|redresse|Monument à Vercingétorix d'Alise-Sainte-Reine, du sculpteur Aimé Millet, érigée en 1865 sous , près du site archéologique, au pied du mont Auxois. vignette|gauche|Pierre de Martialis « in Alisiia » d'Alise-Sainte-Reine, du Ier siècle.