vignette|Exemple de recherche en humanités numériques : répertoire d'archivesBibliothèque de l'Office des Nations unies à Genève, Archives de la Société des Nations, Fonds de la Commission internationale de coopération intellectuelle. sous forme d'analyse de réseau de métadonnées.
Les humanités numériques. (traduction française de ) ou sciences humaines numériques., sont composées de différents champs d'études qui sont les suivants : la recherche, l'enseignement et l'ingénierie au croisement de l'informatique et des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales.
Elles se caractérisent par des pratiques liées au développement et à l'utilisation de méthodes et d'outils numériques en sciences humaines et sociales (les ou « humanités computationnelles »), en ligne et hors ligne, ainsi que par la volonté de prendre en compte les nouveaux contenus et médias numériques, au même titre que des objets d'étude plus traditionnels (les , ou « études numériques »).
Les humanités numériques s'enracinent souvent d'une façon explicite dans un mouvement en faveur de la diffusion, du partage et de la valorisation du savoir.
Définition Les humanités numériques peuvent être définies comme l'application du « savoir-faire des technologies de l'information [et de l'informatique/infosciences] aux questions de sciences humaines et sociales »Olivier Dessibourg, « Venise, machine temporelle », Selon Frédéric Kaplan, professeur en humanités numériques à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, Le Temps, , samedi 23 février 2013, pages 17-18.. Cette vision ne doit pas éclipser le dialogue entre les disciplines : il ne s'agit pas uniquement d'une mise à disposition d'outils dans les champs des sciences humaines, mais d'un mouvement fédérateur – la métaphore du « grand chapiteau » met en valeur le fait que cette communauté se pense comme extrêmement accueillanteWilliam Pannapacker, « Big Tent Digital Humanities », The Chronicle of Higher Education, 31 juillet 2011 (page consultée le 8 mars 2013). –, qui vise à renouveler les pratiques savantes et leur épistémologie, tout en réconciliant la recherche et la demande sociale. Elles peuvent également être envisagées de manière réflexive comme l’étude, par les sciences humaines, de l’impact des technologies numériques sur leurs divers champs disciplinaires. Cette dernière approche permet de dépasser la dimension strictement applicative des technologies numériques pour interroger la fonction et l’effet de l’outil dans ses différents champs d’application.
Dans Les humanités numériques: Une histoire critique, Pierre Mounier en donne la définition suivante :
Dans l'espace francophone, une proposition de définition a été élaborée par les participants du THATCamp Paris de sous la forme d'un « Manifeste des digital humanities »Marin Dacos, « Manifeste des digital humanities », That Camp Paris 2010 : Non-Conférence sur les Digital Humanities, 26 mars 2011 (consultée le 23 octobre 2018). dont voici un extrait :
Les Non-actes de la non-conférence en humanités numériques« Non-actes de la non-conférence en humanités numériques » (page consultée le 9 octobre 2012). du THATCamp Paris de témoignent de la poursuite de cet effort de définition interdisciplinaire.
Certains auteurs différencient en outre les usages du numérique d'ordre documentaire (constitution et diffusion de bases de données et corpus numériques), d'usages plus herméneutiques, s'appuyant sur des méthodes informatiques ou mathématiques (par exemple, statistique, modélisation et intelligence artificielle) pour répondre à des questions de recherche en sciences humaines et sociales..
Histoire Le jésuite italien Roberto Busa est souvent cité comme un pionnier, avec sa concordance de l'œuvre de Thomas d'Aquin, travail entamé en 1949 et qui s'est terminé trente ans plus tard ; Busa avait entrepris d'informatiser l'index de l’œuvre de Thomas d'Aquin en collaboration avec IBM. La volonté du Père Busa était de rendre l'information accessible, rapide et plus simple : on parle de literary and linguistic computing, « c’est-à-dire d’une discipline qui met les outils informatiques à disposition des sciences humaines pour augmenter la capacité d’analyser des textes grâce à la puissance de calcul des premiers ordinateurs ». Mais, au-delà de l'accélération et de la facilitation du travail du chercheur par les outils informatiques, Busa pose les bases d'une approche où l'informatique conduit à des analyses d'un niveau jusqu'ici inaccessible qui permettent des interprétations nouvelles des matériaux textuels.
Dans le courant des années 1960 et 1970, on voit une émergence de travaux similaires à ceux de Busa qui sont consacrés à l'amélioration du « processus mécanique de recherche et de la quantification de données ». L'histoire du domaine est toutefois plus complexe et débute bien avant les travaux de Roberto Busa.
Les humanités numériques ont pris le relais de ce que l'on nommait Humanities Computing, sciences humaines assistées par l’ordinateur. Certains champs disciplinaires ont tout particulièrement utilisé des outils informatiques dans l’analyse de corpus, notamment l'étude des textes littéraires anglais. La liste de diffusion par courrier électronique Humanist, créée en 1987 par Willard McCarty, est devenue une sorte de « séminaire électronique » permanent. Cette époque est également celle de tentatives d'inventaires, comme le Humanities Computing Yearbook.
L’expression Digital Humanities est forgée durant la préparation de l’ouvrage A Companion to Digital Humanities (2004), qui popularise le terme, déjà présent dès les années 1990, en rappelant qu'il ne s'agit pas d'une simple numérisation (la maison d'édition leur avait proposé de parler de « digitized humanities », ou « humanités numérisées »)Voir Digital Humanities..
Terminologie La traduction exacte de l'anglais digital humanities est « sciences humaines numériques ». Toutefois, c'est le terme d'« humanités numériques », adopté par la plupart des institutions francophones, qui tend à s'imposer. Le terme « numérique » rattache le terme au fondement théorique et matériel de l'informatique actuelle, à savoir la représentation binaire des données. Il inscrit ce champ dans les transformations à la fois technologiques, intellectuelles et institutionnelles de nos sociétés. Cependant, le terme « humanités digitales » est parfois préféré, notamment en Suisse, où il prédomine....
Dans la désignation du champ, les discussions sur la référence aux humanités, terme désuet qui connaît un renouveau, témoignent de la très grande diversité des cultures académiques nationales. L'Office québécois de la langue française propose ainsi le terme « sciences humaines numériques ».
Le substantif « humanités » en français et humanities en anglais ne concernent traditionnellement pas les mêmes disciplines académiques dans les deux langues. L'appellation anglophone est un terme employé pour se référer aux sciences associées à la culture tel que l'anthropologie culturelle, la sociologie, l'art et la littérature tandis que dans le monde francophone, le terme désigne davantage une tradition intellectuelle associée à un type d'humaniste qu'un champ disciplinaire. Dans son article, Humanités numériques ou computationnelles: enjeux herméneutiques, Jean-Guy Meunier explique qu'« on accepte cependant de plus en plus le recouvrement des deux extensions de ces termes Humanities et Humanités, surtout si on accole les qualificatifs digital au premier et numérique au second ».
Le terme « humanités digitales » est un anglicisme, car l'adjectif « digital » désigne quelque chose « qui appartient aux doigts » (Le Petit Robert, 2016). Le terme est néanmoins parfois utilisé, en France et en SuissePlus précisément, trois entités institutionnelles ainsi qu’un programme de maîtrise universitaire ont adopté ce terme dans leur titre : l'Institut des humanités digitales de Bordeaux, le Laboratoire de cultures et humanités digitales de l'université de Lausanne ainsi que la Section et l’Institut des Humanités digitales de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, qui délivre un titre appelé Master of Science en Humanités digitales.. Lorsqu'il s'agit d'un choix conscient, cet usage est notamment justifié par le fait que « nous entrons en contact avec les humanités digitales avec les doigts ».. Une telle dénomination rejoint la réactivation occasionnelle du sens premier de digital en anglaisPour un exemple ludique et provocateur, voir Jeffrey Schnapp, Todd Presner et UCLA Digital Humanities & Media Studies, Digital Humanities Manifesto 2.0, 2009. et les hésitations du français face au développement de l'informatique après la Seconde Guerre mondiale, qui était largement le fait des pays anglophonesVoir numérique.. Elle met surtout au premier plan le renouvellement des supports et des pratiques. De fait, l'interpénétration de la pratique et de la théorie est un thème constant des humanités numériques, indépendamment des termes employés.
Il arrive que les humanités numériques soient assimilées à l'« humanisme numérique » que propose Milad Doueihi dans Pour un humanisme numérique (2011), ou qu'elles soient confondues avec la notion vague d'« humanité numérique » (au singulier) qui désigne dès lors toutes les conséquences de la révolution numérique pour l'humain.
Champs et disciplines concernés Certains établissements français proposent des enseignements universitaires intitulés « Humanités numériques » (EHESS, École des Mines de Nancy...), celles-ci sont désormais reconnues en France par le Conseil national des universités., et en « voie d’institutionnalisation dans le monde académique, où [elles tendent] à redéfinir les contours disciplinaires établis dans les facultés des universités », comme à l'université de Caen dans l'UFR « Humanités & Sciences sociales » qui propose depuis la rentrée 2017 une licence « Humanités » parcours « Humanités numériques »..
Sciences historiques
Bien que marquées par le rejet de certains traits de l'histoire quantitativeClaire Lemercier et Claire Zalc, Méthodes quantitatives pour l'historien, Paris, La Découverte, 2008, 120p., les disciplines historiques font la part belle aux outils numériques, en particulier aux bases de données. Plus récemment, de nouvelles perspectives s'y dessinent, grâce à l'analyse de réseauxGrandjean, Martin, "Introduction à la visualisation de données : l’analyse de réseau en histoire", Geschichte und Informatik, 18/19, 2015, ., à leur visualisation, mais aussi à l'analyse de texte (text mining) et à la fouille de données (data mining), qui permettent d'approcher les sources dans leur globalité par une distant reading ou lecture distanciéeFranco Moretti, "Distant Reading", Verso, 2013, 224p., souvent avec l'aide de procédés de visualisation (et/ou représentation graphique de données statistiques). En outre, au croisement de la public history et des Humanités numériques, on trouve de nombreux projets dits de valorisation (ou vulgarisation dans un sens noble), utilisant des outils numériques et à destination d'un large publicVoir : Noiret, Serge. "Digital history 2.0" in Clavert, Frédéric, Noiret, Serge, L'Histoire contemporaine à l'ère numérique, Bruxelles: PIE-Peter Lang, 2013..
Littérature et linguistique