L'expansion du français au Sénégal commence avec la colonisation.

Histoire Les différentes ethnies dont les langues sont soit devenues langues nationales, soit tombées dans l’oubli, ont eu un rôle déterminant dans l’évolution du territoire sénégalais, bien que les colons français l’aient métamorphosé.

Au , période des grandes découvertes et de l’expansion commerciale de l’Europe, l’explorateur portugais Bartolomeu Dias découvre le Cap-Vert. Grâce à cette découverte, les Portugais purent y installer un de leurs nombreux comptoirs commerciaux. Ils eurent par la suite la permission papale d’explorer le continent africain. Pour effectuer de telles expéditions, les Européens profitèrent de la main-d’œuvre africaine au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui le commerce triangulaire. De plus, les Européens, qui se considéraient comme la race la plus évoluée à l’époqueG. Bruno, Le tour de la France par deux enfants, Paris, Éditions Belin, 1985, 331 p., avaient pour intention de perfectionner la population du continent africain. Plus tard, lors de la conférence de Berlin, qui s'est tenue de 1884 à 1885, les différentes nations exploratricesLes nations les plus puissantes présentes (et leurs colonies) sont : l’Allemagne (Cameroun, Burundi, Rwanda, Tanzanie, Namibie, Togo et Ghana), la Belgique (République Démocratique du Congo, Rwanda et Burundi), le Royaume-Uni (Égypte, Soudan, Somalie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Afrique du Sud, Gambie, Sierra Leone, Nigéria, Cameroun, Botswana, Zimbabwe, Zambie, Ghana et Malawi), l’Espagne (Sahara occidental, Maroc et Guinée Équatoriale), l’Italie (Libye, Érythrée, Somalie), le Portugal (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Cap Vert et São Tomé et Príncipe) et finalement la France (Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie, Sénégal, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Gabon, Congo-Brazzaville, République Centrafricaine, Tchad, Cameroun, Djibouti, Madagascar, Comores et Bénin). La France et le Royaume-Uni sont les pays qui ont eu le plus de possessions coloniales. se partagèrent le continent et établirent les frontières étatiques qui demeurent aujourd'hui. Le principe de cette division était simple : chaque pays gardait le territoire dans lequel ses colons avaient pu s’implanter. Par ce partage, la France hérita donc officiellement du Sénégal, territoire où les colons français s’étaient installés officiellement depuis le début du .

Présence du français avant la colonisation Les Portugais n’ont laissé que très peu de traces dans la nation sénégalaise actuelleIl existe toujours un créole portugais qui est moins en moins employé.. À leur instar, les colons français ont installé des comptoirs commerciaux aux abords du Sénégal à partir du et leur installation a perduré jusqu’à la deuxième moitié du .

Dans son article Une nouvelle place pour le français au Sénégal ?Omar Ka, « Une nouvelle place pour le français au Sénégal ? », The French Review, vol. 67 n° 2 (décembre 2003), pp. 276-290., Omar Ka mentionne l’installation à Saint-Louis en 1816 des premières écoles primaires françaises, fréquentées notamment par les enfants des membres de la haute classe sénégalaise. À l’époque, le français est donc la langue de l’élite, parlée par environ 2 % de la population sénégalaise.

Colonisation Le français est enseigné au Sénégal comme une langue maternelle, comme en France métropolitaine.

En outre, l’imposition de la langue française était un moyen d’assimilation politique mis en place par les colons. Cette volonté de supplanter la civilisation africaine par la civilisation occidentale était également synonyme de simplification intentionnelle de la situation politique, ethnique et linguistique, similaire à la représentation occidentale de l’époque du sauvage, puis du colonisé. L’administration française a été implantée sur un territoire de l'ethnie lébou. Comme le font Dreyfus et JuillardMartine Dreyfus et Caroline Juillard, Le plurilinguisme au Sénégal : langues et identités en devenir, Paris : Éditions Karthala, 2004, p.112, nous pouvons imaginer que le lébou a été une langue intermédiaire pour les nouveaux arrivants pendant plusieurs décennies. Nous sommes donc très loin de la représentation simpliste du colon civilisateur et tout-puissant, écrasant la culture et ses composantes du colonisé. Il était donc naturel que cette domination s’opère principalement et premièrement dans les écoles primaires, où la langue française était enseignée comme la langue maternelle des élèves. Il faut également préciser qu’elle était la seule langue d’enseignement, ne prenant nullement en compte les autres langues africaines du pays. Les colons souhaitaient donc agir à la racine, espérant engendrer une génération parlant un français normé, la langue française que l’on retrouvait dans le Paris de l’époque. Omar Ka précise que des tentatives de création d’écoles incluant l’enseignement en langue africaine ont eu lieu, notamment celle de Jean Dard qui a essayé d’instaurer le wolof comme langue d’enseignement dans les écoles primaires. Malheureusement, cette tentative se solda par un échec. Cependant, la véritable colonisation du territoire s’étend des années 1830 aux années 1960, début de la décolonisation pour l’ensemble des pays africains subsahariens.

Malgré l’installation de nombreuses écoles primaires et l’imposition de la langue française à la population autochtone, le géographe français Onésime Reclus juge en 1880 qu'au Sénégal, au Gabon, en Cochinchine et au Cambodge Onésime Reclus, France, Algérie et colonies, cité par Tétu Michel, La Francophonie : histoire, problématique, perspectives, préface de Léopold Sédar Senghor, Montréal, Guérin Universitaire, 1992, p.43..

Dans leur ouvrageIbid., pp. 27-37., Dreyfus et Julliard dépeignent des portraits ethniques très complets. Ainsi, les Wolof migrèrent vers la région de Dakar et furent choisis pour travailler pour l’administration française. Les lébous, eux, ont nettement perdu de leur prestige à cause de la vente de leurs territoires aux nouveaux migrants. Ces deux dernières descriptions ne sont que deux exemples pris au hasard, mais ils démontrent bien la négligence des colons français par rapport aux caractéristiques essentielles des ethnies et de la civilisation africaine présentes sur le territoire avant leur arrivée sur le continent africain.

Indépendance Alors que le français était enseigné au Sénégal comme une langue maternelle, tel que la France l’enseignait à ses enfants, il est décidé en 1964 que le français devait être enseigné telle une langue étrangère. Ce statut de la langue française dans l’enseignement est toujours d’actualité. Or, le premier article de la Constitution du 22 janvier 2001 cite le français comme unique langue officielle et confère aux autres langues majeures, le malinké, le wolof, le sérère, le diola, le soninké et le pular, le statut de langues nationalesGouvernement du Sénégal, Constitution de la République du Sénégal, http://www.gouv.sn/spip.php?article793, dernière mise à jour le 3/04/2012, page consultée le 19/04/2012.. Les 21 langues nationales du pays font toutes partie (à l'exception du hassanya, une langue de la famille afro-asiatique) de la famille nigéro-congolaise : trois langues mandées, le jalonké, le mandinka et le soninké, et dix-sept langues atlantiques, le badiaranké, le baïnouk, le balante, le bassari, le bayot, le bédik, le diola, le léhar, le mancagne, le manjaque, le ndut, le noon, le palor, le peul, le saafi, le sérère ,le wolofBien qu’il existe de multiples manières d’épeler les différentes langues nationales (par exemple « djoola » pour « diola »), les mêmes orthographes sont conservées par souci de cohérence.et un autre langage utilisé souvent par les lébou applé « kalla ». Mais d’autres langues africaines plus rares sont également parlées. Le site Glottolog en dénombre quarante-huit..

Cette instauration peut être critiquée sur deux points. Tout d’abord, d’après de nombreuses études, le wolof est la langue la plus comprise à travers le pays, et ceci est valable pour toutes les différentes ethnies du Sénégal : en 2015, 72 % des Sénégalais le parlent., alors que le français ne serait compris que par 29 % d'entre eux.. Certes, ce taux est supérieur à celui de la situation initiale (rien qu'entre 2010 et 2014, on constate une augmentation de 15 % du nombre de locuteurs francophones.), et le français s’est propagé grâce à l’enseignement, mais il faut garder en tête que la majeure partie du territoire sénégalais est composée de zones rurales dont la population ne fréquente que très peu l’école. Ce taux reste assez bas également, car le wolof demeure toujours la langue vernaculaire du pays. D’ailleurs, François Wioland annonçait déjà en 1965, soit 36 ans avant la Constitution du , que le wolof était en passe de devenir la langue nationale unique, aux côtés du français officiel, tant cette langue était prépondérante au sein de la société dakaroiseFrançois Wioland, Enquête sur les langues parlées par les élèves de l’enseignement primaire : étude statistique, cité par Martine Dreyfus et Caroline Juillard, Le plurilinguisme au Sénégal : langues et identités en devenir, Paris : Éditions Karthala, 2004, 358 p.. De plus, il y a une certaine incohérence entre le fait que la langue officielle du Sénégal soit la langue française et le fait qu’elle soit enseignée uniquement comme une langue étrangère. Certes, une telle décision rend justice aux langues africaines dominées, mais cela n’est pas suffisant. La situation actuelle de l’enseignement mériterait d’être analysée plus en profondeur et de rendre la sphère de l’enseignement plus conforme à la réalité sociolinguistique du pays, comme le voudrait Pierre DumontPierre Dumont, Sociolinguistique du français en Afrique francophone, Vanves, EDICEF, 1995, 224 p..

La capitale du pays, Dakar, est le plus grand pôle d’attraction du pays, ce qui a pour conséquence le développement du multilinguisme majoritairement entre le wolof, le français et les autres langues africaines de la population urbaine.

Le processus de décolonisation, largement provoqué par les effets de la Seconde Guerre mondiale, a eu lieu dès 1960 pour les pays africains subsahariens. Les pays africains purent donc prendre leur indépendance pour la première fois depuis plusieurs siècles de colonisation et de domination européenne. Lors de son indépendance, le gouvernement sénégalais a produit l’entièreté de ses textes officiels en langue française. Le français reste donc toujours la langue protocolaire, que ce soit dans les domaines de l’administration, de la justice, de la politique, de l’enseignement ou de la presse. De manière générale, la langue française reste la langue qui domine tous les secteurs depuis cette période fondamentale pour l’histoire du Sénégal et des autres pays subsahariens.

Rôle de la Francophonie