thumb|upright|François Hollande en 2012.
En communication politique, est le syntagme répété dans l'anaphore prononcée le par François Hollande, au cours du débat télévisé de l'entre-deux-tours l'opposant à Nicolas Sarkozy, lors de l'élection présidentielle française de 2012. Par synecdoque, il désigne surtout l'anaphore en question.
Particulièrement commenté par la presse, qui l'a reprise sous forme de texte. ou de vidéo à l'issue du débat, cet élément de rhétorique politique fait suite à la question posée par la journaliste Laurence Ferrari : .
Contexte
La campagne officielle de l'élection présidentielle française de 2012 a débuté le . Dix candidats ont recueilli les 500 parrainages nécessaires pour se présenter. À l'issue du premier tour, François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui sont arrivés respectivement en première et deuxième position, se sont qualifiés pour le second tour.
Depuis l'élection présidentielle de 1974, un débat télévisé est organisé entre les deux finalistes. À l'exception notable de l'élection de 2002, les deux candidats acceptent la confrontation.
Débat Pour les médias, le débat télévisé du 2 mai 2012 a été particulièrement entre les deux candidats.. Le chroniqueur Bastien Millot le compare, au niveau de l'intensité et du , aux débats qui ont eu lieu lors des élections présidentielles de 1974, 1981 et 1988..
Coprésenté par les journalistes Laurence Ferrari et David Pujadas et réalisé par Jérôme Revon, le débat a commencé à et s'est achevé à . François Hollande et Nicolas Sarkozy ont eu tous les deux un temps de parole de .. Diffusé en direct sur huit chaînes de télévision, le débat a rassemblé 17,79 millions de téléspectateurs, soit une part d'audience totale de 63,8 %.. Il a également été diffusé en direct sur six radios.
Anaphore La séquence où François Hollande fait cette anaphore dure et intervient en fin de débat.. Il commence ainsi sa réponse à la question posée par la journaliste Laurence Ferrari, :
Puis, il enchaîne avec l'anaphore constituée des cinq mots (avec ellipse des trois mots « si je suis ».), prononcés à quinze reprises. :
François Hollande termine cette séquence en justifiant ainsi l'un de ses slogans de campagne, « la présidence normale ». :
À cette « scansion » qui « brosse en creux » un portrait de sa présidence« Débat d’entre-deux tours : avantage Hollande », Politis, 3 mai 2012., Nicolas Sarkozy répond en prononçant à cinq reprises le mot « normal » ou l'un de ses dérivés, dont quatre en fin de phrase constituent une épiphore :
Puis, en réponse à François Hollande, qui lui reproche d'avoir eu « une présidence partisane », et pour illustrer combien il a été, selon lui, un président impartial, il énumère tous les hommes de gauche nommés à des postes importants sous son quinquennat et utilise une seconde épiphore, en rythmant à cinq reprises la fin de ses phrases par la même question : « C'est une présidence partisane ? » :
Réactions des deux candidats
Nicolas Sarkozy a confié, à l'issue du débat, s'être volontairement abstenu d'interrompre cette anaphore de François Hollande, ajoutant au sujet de son adversaire : .. Selon Patrick Buisson dans La Cause du peuple, le lendemain du débat, Sarkozy justifia son silence ainsi : .
Interrogé le lendemain, François Hollande déclare au sujet de cette tirade : . Il ajoute ..
Commentaires Dans le camp adverse Parmi les proches de Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, juge cette comme .. Le conseiller spécial de l'Élysée, Henri Guaino, commente le nombre de déclinaisons : . Tandis que Brice Hortefeux, ancien ministre de l'Intérieur, la considère .
Interrogés plusieurs années plus tard dans le documentaire Face à face pour l'Elysée, diffusé en 2021 sur La Chaîne parlementaire, plusieurs proches de Nicolas Sarkozy reconnaissent à François Hollande un choix stratégique intelligent et payant. Sa proche conseillère Emmanuelle Mignon se dit « sidérée », parlant d'une séquence « bien [faite] ». Pierre Giacometti salue « la virtuosité de l'exercice », tandis que Claude Guéant parle d'un « morceau de bravoure assez brillant ».
Dans la presse Le journaliste Bruno Roger-Petit compare cette anaphore à la phrase de Valéry Giscard d'Estaing, lors du débat télévisé de l'entre deux-tours de l'élection présidentielle de 1974, : comme cette dernière selon lui, elle ..
Daniel Schneidermann, journaliste à Arrêt sur images, qualifie cette anaphore , en se demandant quelle est la ponctuation exacte de la phrase. Il indique néanmoins en préambule que c'est une ..
Pour l'éditorialiste du journal Le Monde, Françoise Fressoz, Nicolas Sarkozy . Elle ajoute : ..
Charline Vanhoenacker, correspondante de la RTBF à Paris, estime que l'anaphore et qu'il n'a pas improvisé celle-ci..
Lors de l'émission Envoyé spécial du , un reportage montre que l'équipe de communication de François Hollande avait en partie préparé les grandes lignes de l'anaphore. et l'hebdomadaire Le Point du même jour précise que François Hollande et ses conseillers ont hésité entre plusieurs syntagmes, préférant finalement « Moi président » aux formules « Si j'étais président » et « Quand je serai président », la première étant jugée « trop naïve » et la deuxième « trop présomptueuse ».
Autres avis Le comédien François Berléand déclare : , avant de préciser ..
Analyse
Le chercheur Damon Mayaffre estime que cette anaphore doit être considérée historiquement car elle apparaît comme une reprise presque mot pour mot de l’anaphore « Je veux être le président de la République … » que Nicolas Sarkozy avait prononcée 27 fois de suite lors de son investiture de candidat en 2007. Ainsi, en 2012, la stratégie rhétorique de François Hollande aurait été de déposséder Nicolas Sarkozy et de sa figure rhétorique préférée (15 répétitions pour Hollande, 27 pour Sarkozy) et du volontarisme exprimé (Moi président de la république je serai… pour Hollande, Je veux être le président qui… pour Sarkozy).
Le sémioticien Denis Bertrand qualifie cette anaphore d' saluant ; il note aussi que ce moment a été l'un des points d'orgue d'un débat entre deux protagonistes très techniques, et qu'il a permis à François Hollande d'affirmer le style de sa rhétorique, ..
Culture populaire Dès le soir du débat, cette anaphore est remixée par des internautes sur notamment les chansons Around the World de Daft Punk, Ma Benz du groupe NTM, Still D.R.E. de Dr. Dre ou encore Moi j'ai pas du rappeur Sopranomixé par le rappeur caennais Shadow Killah ... Ce dernier remix a par ailleurs été relayé sur son compte Twitter par Valérie Trierweiler, à l'époque compagne de François Hollande.. Des détournements d'images sont également effectués, comme le « gag du tableau noir » fait par Bart Simpson, dans le générique de la série télévisée Les Simpson.
Selon Europe 1, le hashtag « #moiprésidentdelarépublique » est arrivé en première position des sujets les plus évoqués sur le réseau social Twitter, le soir du débat..
Cette anaphore a également été parodiée par les humoristes Nicolas Canteloup. et Laurent Gerra., ou encore par l'émission satirique Les Guignols de l'info..
En , le film américain sort en France sous le titre « Moi, député », en référence à la tirade du président de la République française..
Dans la série télévisée Fais pas ci, fais pas ça, l'anaphore est parodiée par le personnage de Renaud Lepic sous la forme "Moi, délégué des parents d'élève".
Dans le téléfilm La Dernière Campagne diffusé en , Jacques Chirac rêve qu'il aide François Hollande à mettre au point cette tirade. Puis devant le débat télévisé, il demande à son domestique de mettre un film, puisqu'il connaît par cœur cette tirade..
En , paraît la bande dessinée « Moi président » aux éditions Jungle, créée par le dessinateur Faro et la journaliste Marie-Ève Malouines, qui retrace le parcours de François Hollande.. Le journaliste et écrivain André Bercoff sort également le livre Moi, président aux éditions First..
À la rentrée radiophonique de , la chronique « Moi président » est présentée du lundi au jeudi à dans Le Sept neuf sur France Inter par Hervé Pauchon. Il s'agit d'un micro-trottoir durant lequel un individu est invité à faire des propositions comme s'il était candidat à la présidence de la République, en les introduisant par ces mots..
Le est publié le d'Iznogoud aux éditions Imav, intitulé « Moi, calife... », parodiant l'anaphore de François Hollande.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Articles connexes Discours politique Figure de style Président de la République française Débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle française « Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance »
Liens externes
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