La classe Brooklyn est une classe de neuf croiseurs légers, la dernière mise en service dans lUnited States Navy avant la Seconde Guerre mondiale. Armés de cinq tourelles triples (trois à l'avant, deux à l'arrière) de , ces croiseurs, à leur mise en service, délivraient la plus lourde bordée des croiseurs de lUS Navy. Ils ont été livrés entre le début de la guerre sino-japonaise (1937-1945) et la campagne de Pologne (1939). Ils ont participé à de nombreuses opérations navales dans le Pacifique mais aussi sur les côtes marocaines et en Méditerranée. Plusieurs d'entre eux y ont été endommagés, parfois gravement, mais un seul (l') y a été détruit au combat. Ils ont été désarmés après la fin de la guerre et six d'entre eux ont été transférés à des marines sud-américaines (Argentine, Brésil, Chili) dans lesquelles ils ont été opérationnels pendant plusieurs décennies. L'ancien devenu le argentin a été torpillé et coulé pendant la guerre des Malouines, le , par un sous-marin nucléaire d'attaque britannique.
Les caractéristiques de la classe Brooklyn ont largement inspiré celles de la plupart des croiseurs ultérieurs de lUS Navy, notamment les grands croiseurs légers de la classe Cleveland, voire les croiseurs lourds de la classe Baltimore.
Caractéristiques La classe Brooklyn est issue des contraintes générées par le traité naval de Londres de 1930 qui a interdit pour les nations parties au traité naval de Washington de 1922, la construction de nouveaux croiseurs dont la batterie d'artillerie principale aurait un calibre compris entre et . Le nombre de ces croiseurs « lourds » était ainsi limité à celui des navires construits ou en construction. N'était dès lors plus autorisée en matière de construction de nouveaux croiseurs que celle de croiseurs « légers ». Cela allait dans le sens préconisé par le gouvernement du Royaume-Uni qui considérait que les croiseurs construits au plus près des limitations résultant des stipulations du traité de Washington, étaient trop coûteux et leur préférait des navires d'un déplacement moindre et d'un armement plus léger, comme ceux des classes Leander ou Arethusa. Les États-Unis n'étaient pas favorables à de telles limitations car ils souhaitaient des navires plus lourds pour le théâtre du Pacifique. Le traité naval de Londres de 1930 n'avait donc restreint que le calibre maximal de la batterie principale à FR 155 mm Mod 1920 Navweaps, et conservé la limite du déplacement maximal à .
À l'instigation du Chef des Opérations navales, l'amiral PrattBio Pratt Naval History and Heritage Command, des études ont été entreprises aux États-Unis dès 1930 pour la construction de croiseurs disposant d'une importante artillerie de , respectant ainsi les stipulations du traité de Londres pour les croiseurs légers, mais ayant des caractéristiques similaires aux croiseurs lourds, en matière de protection, de vitesse et de rayon d'action. Les quatre premières commandes ont été passées en 1933 dans le cadre du programme d'urgence (en ). Trois navires supplémentaires ont été commandés en 1934 dans le cadre du Vinson Bill. Lorsque les navires japonais de la classe Mogami armés de quinze canons de sont apparus, les nouveaux navires américains avaient un armement d'une puissance équivalente. De nombreuses combinaisons de blindage et de machines avaient été envisagées pour rester en dessous de la limite de imposée par le traité.
Armement
Artillerie principale Les canons de /47 cal Mk 16 retenus pour armer ces croiseurs, étaient d'une nouvelle conception, avec un pouvoir de pénétration double de celui des canons qui équipaient les croiseurs légers alors en service de la US 6"/53 Mk12 Navweaps, de blindage vertical à et de blindage horizontal à . Ils pouvaient tirer à la vitesse initiale de des obus de perforation « super lourds » de , jusqu'à . Les cinq tourelles axiales d'un poids de ou (lorsqu'elles étaient dotées d'un système de télépointage) pesaient quelque de plus au totalUS 6"/47 Mk16 Navweaps que les trois tourelles de des croiseurs lourds. Mais leur cadence de tir de 8 à 10 coups par minute permettait de délivrer une bordée d'environ par minute contre un peu plus de pour un croiseur lourd armé de 9 canons de 203mm/55cal Mk12US 8"/53 Mk 12 Navweaps tirant des obus de à la cadence de 3 à 4 coups par minute. Les canons de chaque tourelle étaient montés sur un berceau unique ce qui était le cas sur les croiseurs lourds. C'est sur l', dernier croiseur lourd, construit sur une coque de dimensions identiques à celles de la classe Brooklyn, qu'ont été installés des canons ayant un berceau pour chaque pièce, disposition qui sera reprise sur la , avec une augmentation de l'entraxe des canons permise par une légère augmentation du maître-bau, ce qui réduisait la dispersion des salves à grande distance.
Artillerie secondaire et artillerie anti-aérienne L'artillerie secondaire des croiseurs américains était constituée de canons de , mais à la place des huit affûts simples de canons de 5 pouces/25 calibres installés, quatre de chaque bord, sur les premières unités de la classe Brooklyn, ont été installés des canons de 5 pouces/38 calibresUS 5"/38 Navweaps en quatre semi-tourelles simples (deux axiales et une de chaque bord) et quatre affûts simples non protégés (deux de chaque bord à proximité de la cheminée arrière), sur l'Schema Wichita-class The Pacific War Online Encyclopedia puis en deux tourelles doubles de chaque bord, sur les deux croiseurs de la sous-.
Toutefois, les quatre affûts quadruples antiaériens de prévus à l'origine en plus de huit mitrailleuses de , n'ont pu être montés qu'en 1943 et une solution temporaire a dû être adoptée. Finalement ce canon de 28 mm n'a pas donné satisfactionUS 1.1"/75 Navweaps.
À partir de 1942, les superstructures ont été rabaissées et un radar a été installé. L'accroissement des capacités anti-aériennes, quatre affûts quadruples et quatre affûts doubles de 40 mm Bofors, a été prévue mais jamais mise en place. En pratique, différentes combinaisons d'affûts de 20 mm Oerlikon et Bofors ont pu être installées. La plus commune était de 28 canons de (4 affûts quadruples et 6 affûts doubles) et de 20 canons de (10 affûts doubles).
La conduite de tir se faisait à partir de deux ensembles de deux postes de direction de tir, l'un pour les hausses faibles (le tir anti-navires) et l'autre pour les hausses élevées (le tir contre-avions), installés au-dessus de la passerelle et sur la superstructure derrière les cheminées.
Ces croiseurs n'étaient dotés d'aucune plate-forme lance-torpilles qui restaient l'apanage des destroyers, jusqu'à la mise en service de la .
Les installations pour une aviation embarquée (catapultes, hangars et grues) que l'on trouvait au milieu des navires sur les croiseurs lourds ont été placées à l'extrême arrière pour donner de meilleurs angles de tir à la Défense Contre Avions, les hangars se trouvant sous le pont principal qui était continu jusqu'à la poupe. Alors qu'il était prévu de pouvoir embarquer jusqu'à huit appareils, il n'y en eut jamais que deux embarqués, lUS Navy préférant recourir à l'aviation embarquée des porte-avions pour la reconnaissance aérienne.
Coque et propulsion Pour installer cinq tourelles axiales, il a été nécessaire de porter la longueur de la coque à à la ligne de flottaison, près de de plus que sur les classes de croiseurs lourds les plus récentes. Avec une largeur inchangée, ceci a amélioré le rapport longueur-largeur de 9,23 à 9,75, et la même vitesse maximale de a été atteinte avec une puissance développée un peu inférieure, au lieu de . Pour gagner un peu de poids, et avoir un déplacement de moins de , l'épaisseur de la ceinture blindée latérale a été réduite de 127 mm à 102 mm.
En voulant doter ses croiseurs de la d'une vitesse très élevée de , la Marine impériale japonaise a dû y installer des machines développant . Avec un blindage atteignant à hauteur des soutes à munitions, comme sur la , leur déplacement a largement dépassé les . Après le renforcement des structures de la coque, dont les soudures souffraient à grande vitesse, et avec le recul des canons, la vitesse maximale a été ramenée à , et encore a-t-il fallu substituer des affuts anti-aériens de 25 mm type 96 à des tourelles de 127 mm type 89.
Dérivés et successeurs Le premier navire dérivé de la classe Brooklyn, l', a été développé comme le dernier croiseur lourd américain autorisé par le traité naval de Washington. Les deux derniers croiseurs légers de la classe Brooklyn, la sous-, ont eu une propulsion redessinée, avec deux ensembles distincts regroupant chaudières et turbines comme sur les trois dernières unités de la britannique, une protection repensée et un armement anti-aérien éloigné réparti en quatre tourelles doubles.
Pendant la guerre, la plus importante classe de grands croiseurs légers jamais construite, la , a été dérivée de la classe Brooklyn. Sur une coque de dimensions presque identiques, elle ne portait que quatre tourelles triples de , par suppression de la troisième tourelle avant qui n'avait qu'un champ de tir limité, de chaque bord. Cette disposition de quatre tourelles triples était celle retenue par la Royal Navy sur la . En contrepartie, la batterie antiaérienne de /38 calibres de la a été portée à 12 pièces par adjonction de deux tourelles doubles axiales, une à l'arrière et l'autre à l'avant des deux groupes de tourelles d'artillerie principale. Dès 1942, neuf unités de cette classe ont été transformés en porte-avions légers, formant la .
Une nouvelle classe de croiseurs lourds, la classe Baltimore, affranchie des limites de déplacement résultant des traités de limitation des armements navals, a été construite par extrapolation de l', pour l'artillerie principale et de la classe Cleveland pour la batterie anti-aérienne de .
De plus, trois autres classes de croiseurs, , pour les grands croiseurs légers, et pour les croiseurs lourds, peuvent être rattachées à la classe Brooklyn ainsi que les deux porte-avions légers de qui utilisaient la base de la classe Baltimore.
Croiseurs de la classe Brooklyn Sous-classe Brooklyn NomN° de coque.ConstructeurMis sur caleLancéArmé pour essaisDésarméSort finalCitations CL-40Arsenal de Brooklyn, New York12/5/3530/11/3630/09/373/1/47Transféré au Chili comme O'Higgins (9/1/51)3 CL-41Arsenal de Philadelphie28/5/3517/11/3623/9/373/2/47Transféré au Brésil comme Barroso (9/1/51)5 CL-42New York Shipbuilding Corporation, Camden, New Jersey31/5/348/5/3710/3/383/2/47Vendu pour la ferraille (25/1/66)4 CL-43New York Shipbuilding Corporation, Camden, New Jersey24/1/352/10/376/6/3824/6/46Transféré au Chili comme Capitán Prat (9/1/51)10 CL-46New York Shipbuilding Corporation, Camden, New Jersey.25/4/3519/3/383/10/383/7/46Transféré à l'Argentinecomme Diecisiete de Octubre (9/4/51),renommé en 1956 coulé pendant la guerre des Falklands (2/5/82)9 CL-47Newport News Shipbuilding and Dry Dock Company, Newport News (Virginie)1/4/353/12/3612/8/381/7/46Transféré à l'Argentine comme Nueve de Julio(11/1/51)11 CL-48Arsenal de Brooklyn, New York9/12/3526/8/3715/6/19383/2/47,Vendu pour démolition (17/11/59)9 Sous-classe St. Louis NomN° de coque.ConstructeurMis sur caleLancéArmé pour essaisDésarméSort finalCitations CL-49Newport News Shipbuilding and Dry Dock Company, Newport News (Virginie)10/12/3615/4/3819/5/3920/6/46Transféré au Brésil comme Tamandare(29/1/51)11 CL-50Arsenal de Brooklyn, New York9/12/3627/8/3818/9/39Torpillé et coulé à la bataille du golfe de Kula(6/7/43)7
Pendant la guerre
De nombreux navires de la classe Brooklyn ont été sérieusement endommagés pendant la guerre mais un seul y a été perdu. 1941-42, à Guadalcanal et au Maroc vignette|Dans le chenal de sortie de Pearl-Harbor le 7 décembre 1941, l' passe devant les cuirassés et , en feu