thumb|300px|L'Achaïe antique : Ἑλίκη se situe au nord de Βοῦρα, vers le milieu de la carte. Hélikè (en grec ancien ), parfois transcrite Héliké ou francisée en Hélice, est une polis (cité-État) de Grèce antique située sur la côte nord du Péloponnèse, dans la région d'Achaïe, non loin de la cité de Bouras. Le site est sujet à une activité sismique ancienne et régulière. Le plus connu et le plus dévastateur des séismes survenus à cet endroit a lieu en 373 , pendant l'époque classique : la cité d'Hélikè est détruite par le séisme puis engloutie par le tsunami qui s'ensuit. Les ruines de la cité classique sont redécouvertes en 2001.

Nom de la cité Le nom Hélikè est attesté dans la mythologie grecque en tant que nom de plusieurs personnes. Une nymphe appelée Hélikè, fille de Lycaon, est connue pour avoir suscité l'amour de Zeus et la jalousie d'Héra, qui la change en ourse. Zeus change alors Hélikè en une constellation, la Grande OurseServius, Commentaires aux Géorgiques de Virgile, 1.138, 246.William Smith (dir.), Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, John Murray, imprimé par Spottiswoode and Co., New-Street Square and Parliament Street, 1848, 372, entrée « Helice 1 ». . Ovide met en scène Hélikè changée en Grande Ourse dans ses Fastes poèmes sur les fêtes religieuses romaines : elle y renseigne la déesse Déméter qui est à la recherche de sa fille disparue Perséphone et lui conseille de se renseigner auprès du dieu soleil, HéliosOvide, Fastes, IV, 580.. Une autre nymphe appelée Hélikè est mentionnée par Hygin dans son traité De l'astronomie : elle fait partie des nymphes qui élèvent Zeus enfantHygin, De Awstronomia, 2.2, 13..

Pour expliquer l'origine d'un toponyme, les Grecs anciens élaborent souvent un récit étiologique qui imagine qu'une personne des temps anciens portait ce nom et l'a donné à ce lieuCharles Delattre, Manuel de mythologie grecque, Bréal, 2005, chapitre « Mythe et toponyme », 187 et suivantes.. La source la plus ancienne qui avance une explication du nom de la ville Hélikè date du : Pausanias le Périégète présente une histoire des ancêtres fondateurs de la région d'Achaïe et un mythe de fondation de la ville d'Hélikè qui fait intervenir un autre personnage féminin appelé Hélikè. Le roi Sélinous, à la tête des Aïgialéens (ancien nom des Achéens), a une fille unique, Héliké. À un moment donné arrive dans la région un nommé Ion, membre de la dynastie royale d'Athènes. Ion est, avec Achaïos, l'un des deux fils issus du mariage entre Xouthos (lui-même fils de Hellen) et la fille d'Érechthée. Ion arrive dans la région et s'apprête à attaquer Sélinous. Mais Sélinous lui envoie des émissaires, donne sa fille Héliké en mariage à Ion, puis adopte Ion, ce qui permet à ce dernier d'hériter du trône. Au cours de son règne, Ion fonde une ville à laquelle il donne le nom de son épouse, Hélikè, tandis qu'il appelle ses habitants les Ioniens, d'après son propre nomPausanias le Périégète, Description de la Grèce, VII, 1, 1-4.Étienne de Byzance, Ethniques, entrée « Hélikè »..

Une autre ville nommée Hélikè, manifestement située en Thessalie au vu du contexte, est mentionnée très brièvement dans le Bouclier d'Héraclès, poème apocryphe attribué à Hésiode mais en réalité plus récent, daté aujourd'hui du La ville est citée dans une liste comprenant Pseudo-Hésidode, Bouclier, v. 381 et 475, dans Hésiode, Théogonie et autres poèmes, suivi des Hymnes homériques, édition de Jean-Louis Backès, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 2001, 167.. Cette Hélikè n'est pas connue par ailleursSmith (dir.), A new classical dictionary of biography, mythology, and geography, partly based on the Dictionary of Greek and Roman biography and mythology, Londres, Murray, 1853, entrée « Helice 2 », 301..

Géographie Hélikè se trouve le long du golfe de Corinthe. En termes géologiques, le golfe est un rift entre la plaque tectonique africaine et la plaque eurasiatique. C'est l'une des plus importantes zones d'activité sismique en Europe encore aujourd'hui. Plus d'une dizaine de failles actives s'échelonnent le long du golfe, dont les failles Hélikè ouest et Hélikè estAlbini, Rovida, Scotti et Lyon-Caen (2017), fig. 13 86. .

Histoire Préhistoire Les fouilles archéologiques ont mis en évidence à partir de 2001 une occupation humaine du site d'Hélikè dès le début de l'âge du bronze, autour de 2500-2300 L'étude des couches sédimentaires et des microfossiles suggère que ce site a été englouti dans une lagune, peut-être à la suite d'un séisme antérieur de 2000 ans à celui de 373 Par la suite, la sédimentation a causé un exhaussement du sol, qui a de nouveau émergéAlvarez-Zarikian, Soter et Katsonopoulou (2008)..

Antiquité préclassique Période mycénienne Des objets rattachés à la civilisation mycénienne découverts sur le site d'Hélikè montrent des activités humaines à cette époqueHélikè, la cité engloutie, documentaire réalisé par Nathan Budd (2023)...

Âges obscurs et époque archaïque L’Iliade, composée au , mentionne plusieurs fois la ville. Au chant II, dans le catalogue des vaisseaux listant les guerriers qui vont assiéger Troie durant la guerre de Troie, les guerriers d'Hélikè et d'Aigion figurent parmi les troupes du roi de Mycènes Agamemnon, qui commande les soldats les plus nombreuxHomère, Iliade, II, 575.. Au chant VIII, la déesse Héra incite Poséidon à accorder la victoire aux Danaens en lui rappelant qu'ils lui offrent de beaux sacrifices à Hélikè et à AigasHomère, Iliade, VIII, 201-207.. Au chant XX, lors d'une comparaison homérique, un Troyen mourant est comparé à un taureau offert en sacrifice à Poséidon à HélikèHomère, Iliade, XX, 403-406..

Les fouilles archéologiques entreprises depuis l'an 2000 ont mis au jour plusieurs bâtiments du : un autel de briques datant de 760-750 av. J.-C. et un temple voûté datant de 710-700 av. J.-C.

Un bâtiment daté du VIIIe siècle av. J.-C. contenait des sols pourvus de parquets ainsi qu'un mur construit en trois phases qui pourrait s'être élevé jusqu'à 19 mètres de haut. Un autre bâtiment un peu plus récent, daté du VIIe ou VIe siècle av. J.-C., a été construit sur une dalle de fondation en pierre correspondant à la forme d'un temple. On y a découvert de la céramique légère datant de l'époque archaïque, des figurines d'argile, une aile en argile et une tête de serpent en bronze. Des objets découverts à l'est de ces deux bâtiments permettent de conclure que ces derniers ont été utilisés à des fins religieuses dès 850 av. J.-C. Parmi ces objets figurent des offrandes : figurines d'argile ou de bronze, roues de chars en argile, attaches et fibules en bronze, armes en fer, et une pièce appartenant à un collier en or. Au même endroit ont été retrouvées des restes d'animaux sacrifiés : chèvres, moutons et cochons. Des restes de vigne ont également été découverts. Les archéologues pensent qu'il peut s'agir d'un lieu de culte consacré à Poséidon.

Antiquité classique et tsunami de 373 Situation de la ville avant la catastrophe vignette|droite|Monnaie frappée à Héliké datant de l'époque classique. On y voit la tête du dieu Poséidon près de laquelle figurent les lettres grecques ("Hélik"). Le verso arbore le trident du dieu flanqué par deux dauphins et entouré d'une couronne de laurier. Berlin, Cabinet de numismatique du Bode-Museum. À l'époque classique, Hélikè fait partie de la Ligue achéenne, organisation regroupant plusieurs cités de la région, et dont cette cité accueille les réunions. Selon Pausanias, qui relate les origines mythologiques des villes de la région, les douze cités de la Ligue achéenne sont fondées par des Ioniens, puis envahies par les Achéens, descendants d'Eurysthée, qui arrivent dans la région après avoir été chassés du Péloponnèse par le retour des Héraclides. Les Achéens affrontent et vainquent les Ioniens et se partagent leurs terresVoir : livre VII, 6, 1.. Le roi Tisamène (fils d'Oreste), roi des Achéens, tombé au combat dans la bataille contre les Ioniens, est enterré à HélikèVoir : livre VII, 1, 8..

Hélikè établit plusieurs colonies, dont Sybaris en Italie et Priène en Ionie sur la côte ouest de l'Asie MineureKatsonopoulou (2002).. Selon Diodore de Sicile, elle était la ville la plus fameuse d'Achaïe avant le séisme qui la frappaDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 48. .

Pausanias le Périégète, qui visite le site au IIe siècle après J.-C., rapporte que Hélikè était connue pour son sanctuaire de Poséidon vénéré avec l'épiclèse Hélicônios et rapproche ce culte d'autres cultes rendus au dieu avec la même épiclèse à Milet et à TéosPausanias, Description de la Grèce, VII, 24, 5 et suivants..

Hélikè frappe alors sa propre monnaie. Sur une pièce de cuivre datée d'avant le séisme de 373 av. J.-C. et conservée au Bode-Museum, l'avers montre la tête du dieu Poséidon et le revers son trident flanqué de deux dauphins, le tout entouré par une couronne de lauriers. De nombreuses monnaies retrouvées dans les ruines d'Hélikè proviennent de l'étranger, parfois de loin, notamment d'Égypte et de Macédoine, ce qui montre la renommée d'Hélikè et de son sanctuaire.

Déroulement de la catastrophe selon les sources antiques Hélikè est détruite en 373 av. J.-C. avec sa voisine Bouras par un tremblement de terre, suivi par un tsunami qui les engloutitAristote, Météorologiques (IIe). Le géographe grec Strabon indique que le séisme et le tsunami ont lieu deux ans avant la bataille de LeuctresStrabon, Géographie, VIII, 7, 2. . Plusieurs auteurs antiques dont les récits sont parvenus jusqu'à nous décrivent la catastrophe.

Claude Élien écrit que, cinq jours avant la catastrophe, tous les animaux fuient la ville en empruntant la route qui mène à Kérynéia, au grand étonnement des habitants qui n'en comprennent pas la raison. La catastrophe survient une nuit : un séisme se produit, une immense vague submerge Hélikè, la ville disparaît et dix navires lacédémoniens à l'ancre dans la baie disparaissent avec elleClaude Élien, La Personnalité des animaux, XI, 19. (en anglais).

Ératosthène donne un récit de la destruction d'Hélikè qui nous est conservé grâce à la citation qu'en fait Strabon.

Pausanias le Périégète indique qu'Traduction de Michel Casevitz (Les Belles Lettres, Collection des universités de France, 2000)..

Explications avancées par les auteurs antiques