La Seconde Guerre mondiale ne s’est pas achevée par un traité de paix entre les belligérants, contrairement à toutes les guerres précédentes en Europe. De nombreuses conférences internationales se sont donc tenues de 1945 à 1955 dans le but de trouver un accord définitif entre les alliés de la Seconde Guerre mondiale sur la paix et la sécurité en Europe. Le sujet majeur en fut le règlement du problème allemand qui ne trouvera son dénouement provisoire qu’en 1955, avec la reconnaissance de l’existence de deux états allemands, la RFA et la RDA, ancrés respectivement dans le camp occidental et le camp communiste. Trente-cinq ans s’écouleront ensuite avant que la question ne rebondisse avec l’effondrement du bloc soviétique, conduisant à la réunification de l’Allemagne en 1990.

L’impossible accord sur l’Allemagne et les visions divergentes des QuatreÉtats-Unis, Union soviétique (ou URSS), Grande-Bretagne et France quant à leur sécurité, leur redressement économique et leur rôle dans le monde conduisirent dès 1947 à l’instauration de l’état de guerre froide entre les deux grands, les États-Unis et l’Union soviétique, et à la constitution des blocs de l’Ouest et de l’Est autour d’eux.

Au-delà de ces conférences entre ministres des Affaires étrangères et diplomates, événements spectaculaires très médiatisés, les États ont cherché des réponses plus structurelles aux questions de paix, de sécurité et de développement économique via la création d’Organisations permanentes de gouvernance interétatique. En 1945, l’Organisation des Nations unies (ONU) - qui deviendra souvent le théâtre de l’affrontement Est-Ouest – est née de cette volonté des Quatre d’instaurer une paix durable. À partir de 1947, afin de répondre aux besoins de chacun des deux blocs en Europe, naîtront de conférences constitutives spécifiques l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), le Conseil de l’Europe, la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), et l’Union de l'Europe occidentale (UEO) à l’Ouest, le Kominform et le CAEM à l’Est, ainsi que deux grandes alliances militaires : l’OTAN pour le camp occidental et le pacte de Varsovie pour le camp soviétique.

thumb|Les deux blocs organisèrent leur sécurité autour d’alliances militaires qui se constituèrent progressivement au cours de la décennie 1945-1955.

Tableau synoptique des conférences (1945-1955)

Conférence Date ouverture Typologie Mise en place du Conseil de contrôle des Alliés en Allemagne (en anglais ACC pour « Allied Control Council »), chargé des décisions concernant le pays dans son ensemble Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Conférence de Potsdam, ouverte le 17 juillet, achevée le 2 août Sommet entre chefs d'État de l'Est et de l'Ouest Première réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) à Londres, marquée notamment par la demande de l'URSS d'exclure la France et la Chine Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Conférence intérimaire des ministres des Affaires étrangères des Alliés à Moscou, entre les États-Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne, sans la France et la Chine Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Seconde réunion de la Conférence des ministres des Affaires étrangères à Paris (première partie du 25 avril au 16 mai) Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Seconde réunion la Conférence des ministres des Affaires étrangères à Paris (deuxième partie du 16 juin au 12 juillet) Conférence entre pays de l'Est et de l'OuestConférence des vingt-et-une nations à Paris pour élaborer les projets de traités de paix avec l'Italie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et la FinlandeConférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Troisième réunion de la Conférence des ministres des Affaires étrangères à New-York, aboutissant à un accord sur les traités de paix de 5 pays, hors l'Allemagne Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Signature à Paris des traités de paix avec l'Italie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et la Finlande Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Signature du traité de Dunkerque d'assistance mutuelle entre la France et le Royaume-Uni Alliance entre pays de l'Ouest Quatrième Conférence des ministres des Affaires étrangères des Quatre à Moscou Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Conférence de Paris entre les ministres des Affaires Étrangères de France, Grande-Bretagne et Union soviétique Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Ouverture à Paris de la Conférence de coopération économique européenne sur le plan Marshall, 16 pays y participent mais aucun pays de l'Est n'est présent Conférence entre pays de l'Ouest Conférence fondatrice du Kominform par 9 partis communistes d'Europe et le PCUS, animée par Jdanov Conférence entre pays de l'Est Cinquième réunion de la Conférence des ministres des Affaires étrangères à Londres Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Ouverture de la Conférence de Londres entre les trois puissances occidentales et les pays du BENELUX en vue de définir une vue conjointe sur l'Allemagne Conférence entre pays de l'Ouest Signature du Traité intergouvernemental de défense de Bruxelles,par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg Alliance entre pays de l'Ouest Dernière réunion du Conseil de contrôle des Alliés (en anglais ACC pour "Allied Control Council") à Berlin, s'achevant par le départ des représentants soviétiques emmenés par Vasily Sokolovsky Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Création de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), pour coordonner le plan Marshall du côté européen Conférence entre pays de l'Ouest Congrès de La Haye, fondateur du mouvement de construction européenne des années 1950 Conférence entre pays de l'Ouest Conférence de Varsovie, riposte de l'URSS à la Conférence de Londres des occidentaux Conférence entre pays de l'Est Troisième session du « Consultative Council of the Western Powers », approuvant les principes d'une organisation de défense Conférence entre pays de l'Ouest En réponse au plan Marshall, les pays du bloc de l'Est forment une alliance économique, le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON en anglais) Conférence entre pays de l'Est Signature du traité de l'Atlantique nord (OTAN / NATO) à Washington Alliance entre pays de l'Ouest Accord de Washington entre les occidentaux pour créer la République fédérale d'Allemagne (RFA) Conférence entre pays de l'Ouest Création du Conseil de l'Europe par 10 pays fondateurs Conférence entre pays de l'Ouest Sixième réunion de la Conférence des ministres des Affaires étrangères à Paris Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Accord des trois puissances occidentales sur l'intégration de la RFA dans le bloc occidental Conférence entre pays de l'Ouest Déclaration de Robert Schuman, considérée comme fondatrice de l'Europe d'aujourd'hui, proposant la création de la CECA Conférence entre pays de l'Ouest Conférence des 3 alliés occidentaux à Londres, représentés par leurs Ministres des Affaires étrangères ( Bevin, Acheson et Schuman) pour discuter de l'Allemagne, de l'Autriche, des problèmes monétaires internationaux et de l'OTAN Conférence entre pays de l'Ouest Signature du traité de Paris créant la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) par la France, la RFA, l'Italie et les pays du Benelux Conférence entre pays de l'Ouest Echec d'une réunion à Paris des vice-ministres des Affaires étrangères des quatre puissances Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Signature à Bonn d'une entente sur le statut de la République fédérale d'Allemagne Conférence entre pays de l'Ouest Conférence au sommet entre les 3 puissances occidentales aux Bermudes Conférence entre pays de l'Ouest Conférence à Berlin des ministres des Affaires étrangères des quatre puissances Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Une conférence de 9 pays occidentaux s'ouvre à Londres pour trouver une alternative à la CED permettant le réarmement de l'Allemagne Conférence entre pays de l'Ouest Création de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) (Western European Union) (Traité de Paris) Conférence entre pays de l'Ouest Conférence de 8 pays du bloc de l'Est à Moscou sur la sécurité en Europe Conférence entre pays de l'Est Signature du pacte de Varsovie Alliance entre pays de l'Est Traité d'État signé par les Quatre portant sur l'indépendance de l'Autriche Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest Ouverture d'une conférence internationale des quatre Grands à Genève Sommet entre chefs d'État de l'Est et de l'Ouest Conférence des ministres des Affaires étrangères sur la sécurité en Europe Conférence entre pays de l'Est et de l'Ouest

Les objectifs poursuivis par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale La seconde guerre mondiale avait rassemblé les alliés - États-Unis, Union soviétique (ou URSS), et Grande-Bretagne - sur un objectif commun unique : abattre le IIIème Reich allemand. Une fois cet objectif en passe d’être atteint, les visions de chacun d’entre eux pour l’après-guerre ont été dictées par leurs propres considérations en matière idéologique, économique et de sécurité. Ce dernier facteur a pesé très lourd de par le potentiel de destruction des armes nucléaires rendant tous les pays y compris les États-Unis, vulnérables à des attaques« La guerre froide est la conséquence des enjeux de sécurité conduisant les nations à prendre des actions pour améliorer leur propre sécurité qui contreviennent aux enjeux de sécurité de leurs adversaires, déclenchant une spirale de méfiance réciproque ». À partir de 1945, la France sera progressivement admise au nombre des vainqueurs et à prendre part aux négociations sur la paix et l’avenir de l’Europe, largement sur l’insistance des britanniques ; sa politique sera dictée principalement par des considérations de géopolitique européenne dans la hantise d’une résurgence allemande semblable à celle qui entre les deux guerres avait conduit au IIIème Reich.

Les objectifs des soviétiques À Moscou, la préoccupation première a été d’assurer la sécurité et la pérennité de l’Union soviétique qui avait été à deux doigts d’être balayée en 1941 et qui est sortie de la guerre en grand vainqueur certes, mais exsangue. Pour atteindre cet objectif, Staline, dans le prolongement de la politique des Tsars voulait une zone d’influence aussi large que possible en Europe de l’Est et dans des zones stratégiques (Iran, Turquie) pour l’accès au pétrole ou à la mer. Il voulait aussi absolument éviter une Allemagne forte qui tomberait dans le camp occidental et recevoir de l’Allemagne des réparations énormes pour aider à reconstruire l’URSS et en relancer son économie. En réponse au durcissement de la politique américaine, la doctrine Jdanov de énonçait clairement l’existence de deux camps opposés. Pour autant l’idée de coexistence pacifique en substitution de celle de Grande Alliance issue de la seconde guerre mondiale demeura présente tout au long de cette période. L’Union soviétique fut aussi le pays qui incarnait l’idéologie communiste et de la révolution prolétarienne qui était destinée à prendre le pas sur le capitalisme. Toutefois, les dirigeants communistes comptaient d’abord sur les affrontements internes au capitalisme – notamment entre les États-Unis et la Grande-Bretagne – et sur le temps. Il fallait d’abord consolider l’avènement du communisme en Union soviétique et ne pas risquer de le compromettre par des actions révolutionnaires susceptibles de provoquer des réactions fortes des pays capitalistes.

Les objectifs des américains Du côté américain, la politique extérieure a répondu à deux préoccupations majeures : La première, d’ordre stratégique, était de mettre en place un réseau de bases autour de l’Eurasie, afin de ne pas revivre Pearl Harbor, et de tenir à distance des ennemis potentiels (volet défensif) tout en permettant le cas échéant une projection de forces militaires (volet offensif).