vignette|Oussama ben Laden
La bin Laden Issue Station, ou, en français « Unité ben Laden » (nom de code Alec Station), créée en 1996 et dissoute en 2005, est une unité spéciale, dirigée par la CIA, mais commune à la CIA et au FBI destinée à suivre les déplacements et les agissements d'Oussama ben Laden
Après sa création, l'unité développa une vision plus claire des activités de ben Laden et de leur aspect criminel. En 1999, la CIA inaugura un grand « plan » contre Al-Qaïda mais luttait pour trouver des ressources afin de le mettre en place. Malgré tout, au moment des attentats du , la CIA avait pratiquement achevé un portrait précis des activités militantes en Afghanistan, pays où ben Laden s'était réfugié après son expulsion respectivement d'Arabie Saoudite (son pays natal) puis du Soudan. Ce portrait excluait toutefois le cercle le plus proche de ben Laden, très difficile à pénétrer.
En 2000, un projet commun CIA-US Air Force utilisant des drones de reconnaissance de type « Predator », et suivant les indications de l'Alec Station, obtint des images (non confirmées) du leader d'Al-Qaïda en Afghanistan. La reprise des vols en 2001 fut retardée par un débat portant sur la possibilité d'utiliser une version armée du drone. Ce n'est que le que l'autorisation de les utiliser fut donnée. Toujours en 2001 le directeur de la CIA, George Tenet mit en place une « branche d’estimations stratégique » (« Strategic Assessments Branch »), pour remédier au manque de vision claire du terrorisme islamiste, cette section, sorte de Alec Station à grande échelle, commença son activité le .
Conception, création et croissance de l'unité
L’idée d'une telle unité est née de discussions entre les dirigeants au plus haut niveau de la CIA et le centre d’antiterrorisme de cette agence (Counterterrorism Center ou CTC). David Cohen, chef de la direction des opérations et d'autres responsables de la CIA, souhaitaient lancer le test d'une « station virtuelleSteve Coll, Ghost Wars, p. 319 » sur le modèle des stations de la CIA à l’étranger, mais basée à proximité de Washington DC et spécialisée dans un thème particulier. L'unité « fusionnerait toutes disciplines du renseignement en un bureau - opérations, analyse, interceptions de communications, photos aériennes, etc. »
Cohen eut des difficultés à trouver un officier de la Direction des Opérations pour diriger l'unité. Il recruta finalement Michael Scheuer, un analyste qui dirigeait alors la branche « extrémisme islamiste » du CTC ; Scheuer « avait en particulier de solides connaissances sur l'AfghanistanThe 9/11 Commission Report, p. 109 ». Scheuer, qui avait remarqué une augmentation récente des rapports concernant ben Laden et « quelque chose appelé Al-Qaïda », suggéra de focaliser cette nouvelle unité sur la seule personne de ben Laden, ce que Cohen approuva.
L'unité ouvrit en , comme unité du CTC. Scheuer la dirigea alors jusqu'au printemps 1999. Appelée à l'origine Counterterrorism Center-Terrorist Financial Links (CTC-TFL)John Roth, Douglas Greenburg, Serena Wille, Monograph on Terrorist Financing, août 2004, p. 35, elle fut renommée Bin Laden Issue Station (soit en français « unité de la question ben Laden »), elle était un groupe interdisciplinaire, intégrant du personnel venant de la CIA, du FBI, de la NSA, et d'ailleurs dans la communauté du renseignement. Elle était établie dans l'immeuble de bureaux fédéraux Gloucester Building à Tysons Corner en Virginie.
Elle reçut le nom de code d'Alec Station (« station Alec », Alec étant le prénom du fils de Michael Scheuer). En 1999, les membres de l'unité se surnommaient eux-mêmes « la Famille Manson » (par allusion au groupe sectaire du meurtrier Charles Manson), « parce qu'ils avaient acquis une réputation d'alarmisme dingue à propos de la menace croissante posée par Al-QaïdaSteve Coll, Ghost Wars, p. 454 ».
L'unité était initialement composée d'une douzaine de membres. Ce chiffre avait grimpé à environ le (le CTC en entier avait, aux mêmes dates, 200 et The 9/11 Commission Report, p. 479 note 2).
George Tenet, le directeur de la CIA, décrira plus tard la mission de l'unité comme étant de « pister [ben Laden], collecter des informations sur lui, conduire des opérations contre lui, perturber son financement, et alerter les décideurs politiques de ses activités et intentions ». Au début 1999, l'unité avait « réussi à identifier des moyens et des membres de l'organisation de ben Laden »George Tenet, Written Statement for the Record of the Director of Central Intelligence Before the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States, 24 mars 2004 p. 4, 18.
1996–1998 : une nouvelle vision d'Al-Qaïda
Peu après sa création, l'unité permit d'avoir une vision inédite et tout à fait criminelle d'Al-Qaïda. Au printemps 1996, dans ce que Scheuer appela un « coup de chance », Jamal Ahmed Al Fadl, un militant soudanais anciennement lié a ben Laden se livra à l'ambassade des États-Unis en Érythrée et se présenta, preuve à l'appui, comme un ancien « cadre » de l'organisation de ben Laden. Al-Fadl avait vécu aux États-Unis au milieu des années 1980 et avait été recruté par les Moudjahidines afghans via le centre de réfugiés d'Al Khifah, situé à la Mosquée Farouq dans l'arrondissement new yorkais de Brooklyn. Al-Khifa était à l'époque l'interface de l’opération « Cyclone », une opération destinée à soutenir les moudjahidines et les services d'Abdullah Azzam et d'Oussama ben Laden basés au Pakistan, dont le but était la lutte contre les forces soviétiques dans ce pays. Al Fadl avait rejoint Al-Qaïda en 1989, apparemment en Afghanistan. Peter Bergen le désignait alors comme le troisième membre de l'organisation (après ben Laden et Azzam). Mais Al Fadl avait depuis détourné d'Al-Qaïda et voulait maintenant « déserter ».
Al Fadl fut persuadé par Jack Cloonan, un agent du FBI « conseillé » par l'unité ben Laden, de venir aux États-Unis. Là, à partir de la fin 1996, sous la protection de Cloonan et ses collègues, Al Fadl fournit . La CIA savait désormais que ben Laden avait planifié de nombreuses opérations terroristes et aspirait à quelque chose de plus important, notamment l'obtention d'armes à base d'uranium (nucléaires). Une autre source décisive dans la connaissance des intentions de ben Laden, maintenant identifiée comme étant L'Houssaine Kherchtou, corroborait les déclarations de Al Fadl. Scheuer déclara plus tard que « À l'été 1998, nous avions accumulé une extraordinaire quantité d'information de toutes natures sur Al-Qaïda et ses intentions ».
Malheureusement, les grandes quantités d'information que l'unité avait accumulées n'avaient ni été mises en commun avec les agences concernées, ni synthétisées pour être présentées à des décideurs politiques. Ces derniers savaient qu'il y avait un individu dangereux nommé Oussama ben Laden, qu'on essayait de l’arrêter pour le juger à la suite de différents attentats (dont celui du World Trade Center du ), mais ils n'avaient pas à l'esprit l'idée, pourtant très claire pour l'Alec Station, d'une organisation internationale extrêmement puissante et structurée nommée Al-Qaïda. Ainsi, ils y faisaient allusion en parlant du « réseau » de ben Laden ou de ses « associés ».
Un rapport de la CIA sur le terrorisme en 1997 mentionnait brièvement ben Laden, et, de fait, la communauté du renseignement ne mentionna pas Al-Qaïda avant 1999.
1997–1998 : premier projet de capture de ben Laden et les attentats des ambassades américaines en Afrique
En , ben Laden quitta le Soudan et s'installa en Afghanistan, ce que Scheuer qualifia une nouvelle fois de « coup de chance ». En effet, même si la CIA avait virtuellement abandonné ses activités en Afghanistan après la chute du régime afghan pro-soviétique, en 1991 (régime dit des « poupées russes »), des officiers avaient ré-établi ou ré-activé des contacts avec des responsables de tribus alliées sur place, dans le cadre de la traque contre un autre terroriste, Kasi, un tueur qui avait assassiné deux agents de la CIA en 1993. « Un des contacts était un groupe en relation avec des tribus pachtounes » (les Pachtounes étaient des alliés des États-Unis contre les Soviétiques dans les années 1980). L’équipe, nommée FD/Trodpint par la CIA, fut approvisionnée en armes, équipements et argent liquide par le CTC, et s’installa près de Kandahar. Kasi fut capturé en 1997. Le chef du CTC, Jeff O'Connell, approuva alors le transfert de l’équipe de la « cellule Kasi » vers l'unité ben Laden.
À l'automne 1997, l'unité avait un plan, pas encore « cadré » mais suffisant pour ordonner à « Trodpint » de capturer ben Laden et le présenter à un tribunal, aux États-Unis ou dans un pays arabe. Début 1998, le comité des Principaux, au niveau du cabinet de la présidence, donna son accord de principe, mais le plan fut abandonné au printemps, par peur de dommages collatéraux pendant la tentative de capture.
En , des militants d'Al-Qaïda commirent des attentats à l'aide de camions piégés devant les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie. Le président Clinton ordonna alors des attaques sur des camps d’entraînement de ben Laden, à l'aide de missiles de croisière lancés depuis des navires et des sous-marins (opération Infinite Reach). Mais il n'y eut pas d'autres suites à ces actions9/11 Commission Report, chapter 4, pp. 109–115 (HTML version); Coll, Ghost Wars, pp. 371–6..
1999 : nouveau chef et nouveau plan En , le directeur de la CIA, George Tenet, « déclara la guerre » à Oussama ben LadenColl, Ghost Wars, pp. 436–7, and p. 646 note 42; 9/11 Commission Report, chapter 11, p. 357 (HTML version).. Début 1999, Tenet ordonna au CTC de commencer une révision de fond de la stratégie opérationnelle de la CIA contre ben Laden. Au printemps, il demanda un plan d'attaque « nouveau et global » contre ben Laden « et ses alliés ».
Aspect évident de cette nouvelle stratégie, Tenet retira à Scheuer la direction de l'Alec Station (Scheuer démissionnera de la CIA plus tard dans l'année). Tenet nomma à sa place Richard Blee (dit « Rich » ou « Richie », son nom fut tenu secret jusqu'aux enquêtes sur les attentats du ), un assistant de direction à la carrière rapide qui venait directement du groupe de direction de Tenet.
Tenet suivit rapidement cette nomination avec une autre : il nomma Cofer Black directeur du CTCColl, Ghost Wars, pp. 451–2, 455, 456; Tenet statement to the 9/11 Commission, March 24, 2004, p. 14. Richard was appointed head of the "section" or "group" that included / had authority over the Station: 9/11 Commission Report, chapter 4, p. 142 (HTML version); cf. ibid, chapter 6, p. 204 (HTML version)
Le CTC livra un contre ben Laden, et présentèrent un à ses dirigeants fin . À la mi-septembre, cette nouvelle stratégie, appelée simplement « le Plan », avait été présentée au personnel d'échelon opérationnel de la CIA, ainsi qu'à la NSA, au FBI, et d'autres partenaires.
Black organisa également une équipe de la CIA, dirigée par le chef de l'unité Alec Station, Richard Blee, et dont la mission était d'aller à la rencontre du chef de l'alliance du nord, en Afghanistan, Ahmed Chah Massoud, connu en occident sous le nom de « Commandant Massoud », pour discuter des opérations contre ben Laden.
La mission portait le nom de code « » (lit. « casseur de machoire - 5 »), « 5 » car c'était la cinquiemme mission de ce genre depuis l'automne 1997.
L'équipe arriva sur place à la fin .
Elle rapporta immédiatement sa satisfaction d'avoir une seconde source pour confirmer ses informations sur ben Laden. En outre, des opérations contre Al-Qaïda pouvaient être envisagées en coordination avec la CIA.
Une fois le plan opérationnel de Cofer black finalisé, Charles Allen, le responsable associé de la CIA, créa une cellule dédiée a Al-Qaïda, encore une fois composée d'officiers de différents services de la communauté du renseignement.