thumb|upright=1.5|Mosquée Yunus Emre à Genk (communauté turque) La pratique de l'islam en Belgique est relativement nouvelle et est plus particulièrement observée dans les communautés d'immigrations belges. C'est la deuxième religion la plus répandue en Belgique après le christianisme.
Suivant l'étude démographique du sociologue Jan Hertogen, publiée le Migratieachtergrond in mijn gemeente: % per nationaliteit. Voor elke nationaliteit, EU, continent… een gemeentekaart, l'étude de Jan Hertogen sur laquelle se basent ces chiffres., la Belgique compte alors , soit 7 % de la population..
La communauté musulmane en Belgique est caractérisée par une grande diversité théologique, ethnique et culturelle. L'islam belge ne forme pas un bloc homogène, mais se segmente en plusieurs courants majeurs et tendances d'organisation.
L'écrasante majorité des musulmans belges suit le sunnisme, historiquement diffusé de manière traditionnelle (livres, prêches, réseaux de mosquées.)
Les chiites forment une minorité très restreinte en Belgique (principalement quatre mosquées à Bruxelles.)
La mouvance des Frères musulmans (Frérisme) est très active en Belgique. Il s'agit d'un islam politique axé sur l'entrisme institutionnel et associatif. Les rapports des services de sécurité (comme la Sûreté de l'État) mettent régulièrement en garde contre l'influence discrète de réseaux d'ASBL, de collectifs et de structures de jeunesse visant à promouvoir une vision politique de la religion au sein de la société civile et du monde politique belge.
La gestion du culte s'appuie largement sur les pays d'origine. Les mosquées d'obédience turque sont majoritairement chapeautées par la Diyanet (la Direction des affaires religieuses de Turquie), tandis que les mosquées d'origine marocaine entretiennent des liens culturels et religieux profonds avec le Maroc. L'Albanie et l'Afrique subsaharienne disposent également de représentants officiels. L'islam institutionnel est « consulaire ».
Moins visible mais relativement bien implanté, le soufisme s'organise autour de confréries (comme les Allaouyahttps://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_1987_num_1102_1_1081 ou les Derkaouiyya) qui mettent l'accent sur la mystique, la méditation et la spiritualité, comme l'alévisme, issu de l'immigration turque. Ce courant spirituel et philosophique hétérodoxe possède ses propres centres culturels et religieux (Cemevi) et se distingue par des rituels éloignés de l'islam sunnite orthodoxe.
Une part des citoyens d'origine musulmane adopte une pratique sécularisée, libérale, vivant leur culture dans la sphère privée.
Histoire et contexte vignette|Grande Mosquée et Centre Islamique à Bruxelles au Parc du Cinquantenaire. En 2012, la grande majorité des musulmans en Belgique est originaire du Maroc (plus de avec leurs descendants) et de la Turquie ().. dont la plupart sont venus comme travailleurs immigrés à partir des années 1960. Les lois Jean Gol (1984, d'application le ) facilitant l'acquisition de la nationalité belge par un regroupement des différentes options (naissances, mariages…) et accordant automatiquement la nationalité par filiation maternelle transformeront l'immigration de travail en immigration de peuplement.
Pour Pierre Vermeren, qui parle de « désastre », l'expérience de l'immigration marocaine explique la particularité de l'islam en Belgique. Venant pour leur plus grande partie du Rif marocain, la religion de ces fidèles serait caractérisée par une « hostilité viscérale au régime marocain et à son islam » et, de fait, verserait plus facilement dans « le salafisme voire le chiisme, en rupture complète » avec l'islam des autorités marocaines.. Le sunnisme de culture marocaine s'appuie principalement sur l'acharisme et des pratiques spirituelles soufies. Dans le contexte marocain cette école théologique constitue une référence doctrinale institutionnellehttps://droit.cairn.info/revue-societe-droit-et-religion-2019-1-page-111?lang=fr. Des imams et des prédicatrices sont envoyés en Belgique par le Ministère des Habous et des Affaires islamiques afin de promouvoir le modèle marocain de religiositéhttps://lematin.ma/express/2019/groupe-dimams-morchidates-belgique/315462.html.
La grande mosquée de Bruxelles est en grande partie liée à l’implantation de l’islam en BelgiqueMANÇO U. (sous la direction de), Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2000, .. Elle conférait principalement à ce moment, en plus de son rôle de célébrations religieuses, un lieu de rassemblement pour les personnes issues de l’immigration de pays musulmans. Les pratiquants de ce culte y trouvaient un regroupement de personnes de la même ethnie avec qui ils pouvaient forger des liens.. Aujourd’hui, dans les quartiers Nord et Nord-Ouest de la capitale, figure la majorité de la population musulmane de Bruxelles..
La Belgique fut le premier pays d’Europe à reconnaître l'islam par l'inscription du culte dans la loi du modifiant la loi du sur le temporel des cultesLoi du 19 juillet 1974 modifiant la loi sur le temporel des cultes du 4 mars 1870, M.B., 29 juillet 1974.. La conséquence immédiate fut l’organisation de cours de religion musulmane dans les écoles publiques, dont la prise en charge était organisée par le CIC (Centre Islamique et Culturel), organe de chef de culte informel abrité dans la grande mosquée. À la suite des problèmes rencontrés dus à la complexité du culte islamique, un Commissariat royal à la Politique des immigrés (CRPI) fut créé et c’est dans son premier rapport de 1989 qu’une élection fut jugée indispensable. En parallèle le CIC avait également mis en place une procédure électorale pour la création d’un Conseil supérieur des musulmans de Belgique. C'est à ce moment que de nombreuses controverses firent surface, le gouvernement et le CRPI considérant le scrutin du CIC comme nul, tandis que l’imam-directeur du CIC estimait que l’État n’avait pas à se mêler des affaires religieuses comme indiquées dans la Constitution belge. Bien que les élections du CIC se poursuivirent, le gouvernement décida de créer un Conseil provisoire des sages pour l’organisation du culte islamique de Belgique, invitant les membres du CIC à y siéger, mais ceux-ci refusèrent et maintinrent leur propre procédure électorale. Une fois élu, ce Conseil supérieur des musulmans ne fut pas reconnu par le gouvernement belge et il déchargea le CIC de certaines de ses prérogatives.
Toutefois, le Conseil provisoire des sages n’étant pas un organe de chef de culte, il représentait davantage les piliers belges que la diversité musulmane du paysS.. Ce n’est qu’en 1994 que la situation fini par sortir de l’impasse avec la création de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Cet organe provisoire, composé d’aucun représentant religieux, suscita de vives critiques de la communauté musulmane.. En 1998, l’EMB proposa une assemblée de , qui seraient définis par quatre catégories : Marocains, Turcs, Belges et autres, avec comme objectif de considérer l’EMB comme l’organe de chef de culte..
En 2017, la Wallonie compte 140 mosquées, soit environ deux fois plus qu'en 2007. La progression du nombre de lieux de culte serait semblable à Bruxelles et en Flandre, bruxelles.lacapitale.be, 29 juillet 2017.
En 2020, les subventions allouées par l'État fédéral belge aux imams représentent trois millions d'euros par anFrançoise De Halleux ; L'islam en Belgique, en chiffres. Plus de 200 mosquées toujours pas reconnues, La Capitale, 9 décembre 2020, page 11. De surcroît, l'Exécutif des musulmans de Belgique reçoit du gouvernement fédéral belge entre et un million d'euros par an..
Démographie
thumb|Mosquée de Lebbeke thumb|upright|Mosquée Al-Amal à Anderlecht (communauté marocaine) thumb|Mosquée Mimar Sinan de Cheratte (communauté turque) thumb|Mosquée Hatice de Charleroi-Broucheterre (communauté turque)
La communauté musulmane belge est largement urbaine et réside principalement dans la Région de Bruxelles-Capitale. Ainsi, suivant l'étude de Hertogen de , 23,6 % des Bruxellois sont musulmans, avec de grandes disparités entre les communes : si l'on dénombre une proportion de 49,3 % à Saint-Josse, de 41,2 % à Molenbeek-Saint-Jean ou encore de 38,5 % à Schaerbeek, des communes affichent des proportions de moins de 12 % à l'instar de Berchem-Sainte-Agathe (11 %), Ganshoren (10,7 %) et Uccle (6 %).
Dans son ouvrage L’iris et le croissant (2011), le sociologue Felice Dassetto avance des chiffres semblables et affirme qu’un quart des Bruxellois serait d’origine musulmane, « soit entre , dont une moitié de pratiquants »..
La Flandre et la Région wallonne affichent, les deux, des moyennes de 4 % de musulmans, avec des concentrations dans les agglomérations comme Anvers qui avec représentant 17,1 % de la population accueille la première communauté musulmane de Belgique. En chiffres absolus, après Anvers, on dénombre les plus importantes communautés du pays à Schaerbeek (), Bruxelles (), Molenbeek-Saint-Jean (), Gand (), Liège (), Anderlecht () et Charleroi ().
La moitié de la communauté turque habite en Flandre.. Les villes les plus influencées par la communauté turque sont, à part Bruxelles, les villes néerlandophones d'Anvers, de Gand et de Genk..
Les centres de la communauté marocaine sont situés à Bruxelles et en Wallonie francophone, particulièrement dans les villes industrielles comme Liège et Charleroi.
La proportion de musulmans dans l'ensemble de la Belgique est passée, en , de 6,3 % à 7 % de la population belge.
Le sociologue Jan Hertogen a réalisé des études en 2011, 2013 et 2015 dont les principaux résultats sont indiqués dans les tableaux ci-dessous :
+ Pourcentage de musulmans par région. Région 2011 2013 2015 22,4 % 22,6 % 23,6 % 4,5 % 4,7 % 5,1 % 4,4 % 4,5 % 4,9 % 6,3 % 6,5 % 7,0 %
+ Pourcentage de musulmans dans quelques communes Commune 2011 2013 2015 Anderlecht 27,6 % 28,6 % 30,2 % Anvers 16,7 % 17,5 % 18,8 % Bruges 1,2 % 1,6 % 1,8 % Charleroi 14,3 % 15,2 % 16,3 % Molenbeek-Saint-Jean 39,1 % 38,5 % 41,2 % Saint-Josse-ten-Noode 47,0 % 43,7 % 45,0 % Schaerbeek 37,2 % 37,1 % 37,3 % Ville de Bruxelles 29,3 % 29,8 % 31,0 %
Projections D'après les extrapolations de Jan Hertogen, corroborées par une étude du Pew Forum of Religion and Public Life menée en 2011, la Belgique pourrait compter de musulmans en 2030, représentant alors 10,2 % de la population.. Cependant des chercheurs comme Felice Dassetto récusent la pertinence de cette approche quantitative accusée de « souleve[r] un épouvantail démographique » en réduisant tout individu d’origine musulmane à des « religieux », en ignorant les indifférents, les agnostiques et autres athées..
Lieu de culte Il existe environ 350 mosquées recensées en Belgique.. La Flandre en compte 173 et la Wallonie 87.. Les villes de Bruxelles et d'Anvers totalisent près de 40 % des lieux de prière du pays. Voir la Liste de mosquées de Belgique.
Bruxelles Les 80 mosquées bruxelloises ne sont pas réparties uniformément : 21 à Molenbeek-Saint-Jean, 18 à Schaerbeek, 13 à Bruxelles-Ville et dix à Anderlecht. À l'inverse, d'importantes communes comme Etterbeek, Auderghem ou Woluwe-Saint-Lambert n'abritent aucune mosquée..
Reconnaissance Jusqu'en 2017, seules 81 mosquées ont réussi à obtenir une reconnaissance officielle des autorités, ce qui leur donne accès à d'éventuels subsides pour financer leurs activités. Cependant, les mosquées non reconnues font état de difficultés procédurales qui peuvent durer des années avant d'aboutir à une reconnaissance.
La plupart des établissements agissent sous la forme juridique d'ASBL..