L'affaire Sarkozy-Kadhafi (ou affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007) est une affaire politico-financière internationale dans laquelle Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur français, aurait été soutenu financièrement par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour sa campagne pour l'élection présidentielle française de 2007. En contrepartie, Sarkozy aurait servi les intérêts de Kadhafi, notamment en œuvrant à sa réhabilitation sur la scène internationale, après des années d'isolement liées au rôle de la Libye dans des actes terroristes.
En , Kadhafi est reçu à l'Élysée par le président Sarkozy, dans l'optique de sa réintégration dans la communauté internationale.
En 2011 éclate la première guerre civile libyenne, et de mars à octobre a lieu l'intervention militaire internationale en Libye avec la France en chef de file de la coalition occidentale et durant laquelle Kadhafi est tué.
L'affaire est mise au jour par le journal d'investigation en ligne Mediapart, portant sur un probable financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
Médiapart publie le , une première note évoquant un éventuel financement de la précédente campagne du candidat Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi.
Le , Médiapart publie un second document qui serait une preuve de ce financement. Ces deux articles paraissent juste avant la fin du quinquennat du président de la République, durant la campagne du premier tour de l’élection présidentielle français de 2012, laissant supposer l’existence d’un engagement par le régime libyen de Mouammar Kadhafi de financer à concurrence de d'euros la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, ce qui est illégal. Le montant officiel de sa campagne électorale était de d’euros.
Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été préparé en 2005 et validé en 2006 par Brice Hortefeux, ministre français délégué aux collectivités locales, en présence de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, qui avait introduit en Libye dès 2005 les proches du ministre français de l’Intérieur, dont Claude Guéant et Nicolas Sarkozy lui-même. Béchir Salah, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP), fonds d'investissement financier du régime libyen, aurait été chargé de superviser les paiements. Ziad Takieddine aurait par ailleurs secrètement conseillé Claude Guéant jusqu'à la veille de la guerre en Libye.
La divulgation de ces documents a mis en lumière le cas de Béchir Salah, ex-trésorier de Mouammar Kadhafi, recherché par Interpol, vivant protégé sur le territoire français depuis la révolution libyenne (qui a entraîné la chute du régime) et qui a pris la fuite en .
En , l'affaire Bismuth éclate : des écoutes judiciaires révèlent des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog sur des téléphones mobiles enregistrés sous de faux noms, dans l'espoir de déjouer la surveillance de la police. Ils sont tous deux soupçonnés d'avoir corrompu un magistrat de la Cour de cassation pour être informés de l'avancement des affaires judiciaires concernant Sarkozy. Les trois prévenus sont condamnés en 2021 en première instance, pour violation du secret de l'instruction, corruption et trafic d’influence. Ils interjettent l'appel de ce jugement, mais sont définitivement condamnés en 2024.
En 2015, Claude Guéant, le directeur de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, est mis en examen pour .
En , la justice confirme l'authenticité du document qui fait mention d'un accord de financement, à concurrence de d'euros, de Kadhafi pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, et prononce un non-lieu concernant la plainte de Sarkozy qui accusait Mediapart de faux et usage de faux. En revanche, la justice déclare que ce document n'établit pas que la transaction a bien eu lieu, ce qui pourrait être déterminé par l'enquête.
En 2016, Ziad Takieddine est mis en examen pour complicité de trafic d’influence et de corruption d’agent public par une autorité publique étrangère. Il est en cavale au Liban à partir de sa condamnation en dans l’affaire de Karachi à de prison ferme, jusqu'à son décès en ..
En , Nicolas Sarkozy est mis en examen pour corruption passive, recel de détournement de fonds publics (libyens) et financement illégal de campagne électorale. En mai, Éric Woerth, trésorier de la campagne présidentielle de 2007, est mis en examen pour . En septembre, Claude Guéant est mis en examen pour de nouvelles charges : corruption passive, complicité et recel de ce délit, recel de détournements de fonds publics et également pour .
Début 2020, Alexandre Djouhri, est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale en bande organisée et corruption active.
En 2020, Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert sont mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de ces délits.
Le , Nicolas Sarkozy est mis en examen pour et et a également été placé sous le statut de témoin assisté pour au Liban dans le cadre de l’enquête sur la rétractation du témoin Ziad Takieddine.
Le , Nicolas Sarkozy, mis en examen pour corruption passive, financement illicite de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics et association de malfaiteurs, est jugé avec douze autres prévenus dont trois anciens ministres, Brice Hortefeux, Claude Guéant et Éric Woerth, un ex-dignitaire libyen et les intermédiaires Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri. Le procès en première instance dure trois mois, le verdict est prononcé le .
Nicolas Sarkozy est déclaré coupable d'association de malfaiteurs et condamné à 5 ans de prison ferme. Il est placé sous mandat de dépôt à effet différé ; Claude Guéant est déclaré coupable pour usage de faux et de blanchiment aggravé, de trafic d’influence, de corruption passive et association de malfaiteurs ; Brice Hortefeux a été déclaré coupable d’association de malfaiteurs ; Éric Woerth, l'ex-trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, est relaxé ; Alexandre Djouhri est reconnu coupable de blanchiment aggravé, de trafic d’influence actif et de corruption et placé sous mandat de dépôt ; Ziad Takieddine meurt deux jours avant l'énoncé du verdict, l'action publique est donc déclarée éteinte en ce qui le concerne.
Le , la Cour d'appel fait droit à la demande de mise en liberté de Nicolas Sarkozy, qui est donc remis en liberté sous contrôle judiciaire après moins de trois semaines d’incarcération. Son procès en appel est traité du 16 mars au 27 mai 2026https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/27/proces-du-financement-libyen-je-n-ai-pas-trahi-la-confiance-des-francais-lance-nicolas-sarkozy_6694249_3224.html, et son délibéré est prévu le 30 novembre suivant.
Contexte Relation entre Sarkozy et Kadhafi
En 2007, la France vend à la Libye des missiles antichars Milan pour d’euros et un système Tetra (voir Terrestrial Trunked Radio) de communication radio pour d’euros. Les contrats sont critiqués pour leur opacité mais défendus par le président français Nicolas Sarkozy, élu à la présidence la même année : « Qu’est-ce qu’on va me reprocher ? De trouver des contrats ? De faire travailler les entreprises françaises ? »..
En , quelques mois après le dénouement de l'affaire des infirmières bulgares dans laquelle la France a joué un rôle diplomatique majeur, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi est reçu à Paris par le président Nicolas Sarkozy. Cette visite d'État, vue comme une étape importante dans le , suscite cependant une polémique en France en raison de la situation des droits de l'homme en Libye sous le régime dictatorial dénommé « Jamahiriya arabe libyenne », mais également de la responsabilité reconnue de la Libye dans l'attentat terroriste du 19 contre le DC-10 du vol UTA 772, qui tua et membres d'équipage, dont 54 français.. Le séjour en France de Kadhafi est accompagné de l'annonce de nombreux contrats, dont la plupart ne sont finalement pas signés..
En 2010, à la demande de Nicolas Sarkozy, le ministre de l'industrie Christian Estrosi signe, en Libye, un accord pour la livraison d'un réacteur nucléaire au dictateur libyen..
Guerre civile libyenne et réaction internationale
En , durant la révolution libyenne, les combats opposant les forces fidèles au colonel Mouammar Kadhafi à celles des rebelles opposés à son régime, auraient fait des milliers de morts.« Libye : Kadhafi cherche à reprendre la main », tsr.ch, 2 mars 2011.. Les insurgés ayant perdu beaucoup de terrain se sont retranchés notamment à Misrata et surtout Benghazi. À la veille de l'assaut final contre cette dernière ville, ils furent alors menacés d'une répression sanglante par le dirigeant de la Jamahiriya arabe libyenne..
Le , le président Sarkozy reçoit à Paris les représentants du conseil national de transition (CNT) et est le premier chef d'État à reconnaître officiellement cet organe de l'insurrection comme seul représentant de la Libye.. Le lendemain, , la France, avec le soutien du Royaume-Uni, soumet au sommet de Bruxelles une demande d'instauration d'une zone d'exclusion aérienne. La chancelière allemande Angela Merkel refuse et recueille le soutien d'une majorité des de l'Union européenne. Le président Sarkozy se retrouve isolé lors du sommet du G8 à Paris. Cependant, au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite cède aux velléités du Qatar : le roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud a un vieux compte personnel à régler avec Mouammar Kadhafi, soupçonné d'avoir trempé dans un projet d'attentat contre lui, en 2003, à l'époque où il était prince héritier ; et en , à Doha, Kadhafi l'a qualifié de des Britanniques et des Américains devant tous ses pairs arabes.. La Ligue arabe demande ainsi l'instauration de cette zone d'exclusion aérienne, ce qui permet au président Sarkozy et à son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé de lancer une bataille diplomatique au conseil de sécurité des Nations-unies. L'avancée des troupes de Kadhafi sur Benghazi est telle qu'un massacre de grande ampleur est annoncé. Le président américain Barack Obama rejoint le président Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron.
Intervention militaire en Libye
Le , l'intervention militaire en Libye est initiée. Cette opération militaire multinationale sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU), vise la mise en œuvre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies... Elle se termine le .
En 2015, une série de courriels de l'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton est rendue publique et dévoile des documents relatifs à l'intervention française en Libye. : un collaborateur journaliste, qui tiendrait ses informations d'un ancien agent de la CIA, qui lui aurait fourni une analyse a envoyé une mémo listant cinq facteurs motivant l’engagement du président Nicolas Sarkozy à mener cette guerre : — le gouvernement voit notamment d'un mauvais œil le projet de Kadhafi d'introduire une nouvelle devise panafricaine pour supplanter le Franc CFA, basée sur le dinar or libyen et appuyée par des réserves secrètes d'or d'une valeur de de dollars.... Cette analyse est, en partie, partagée par la Commission des affaires étrangères du Parlement britannique en 2016..