Les Göktürk (, translittération : , lit. : Turc céleste) ou Tou-kioue Tujue écrit T’ou-kiue dans ) sont un khaganat, gouverné par la maison des Ashina. Ils ont régné sur la Mongolie et l'Asie centrale et ont contribué à l'expansion des peuples turciques vers la mer Caspienne.
Au début du , les Göktürk ont créé une écriture dite « runique » parce qu'elle ressemble aux runes. On en connaît deux variantes, appelées alphabet de l'Orkhon et alphabet de l'Ienisseï. Ils sont les premiers nomades de l'Asie centrale à avoir laissé des inscriptions. Celles qui ont été rédigées par les Göktürk proviennent de la vallée de l'Orkhon, en Mongolie septentrionale. Le cœur de leur empire s'y trouvait. Des inscriptions de Sibérie méridionale sont attribuables à d'autres peuples turciques. Celles de la vallée de l'Ienisseï, de courtes inscriptions funéraires, ont dû être rédigées par les Kirghizes.
Les Göktürk reçurent des bouddhistes, manichéens et nestoriens, mais suivirent majoritairement le tengrisme, basé sur la vénération de Tängri, le dieu primordial du Ciel et les 99 dieux célestes.
La langue des Göktürk est appelée göktürk ou vieux turc.
Histoire Origines
Les Göktürk sont originaires des terres entre le sud des monts Altaï et l'est du bassin Dzungarien, ils sont connus pour être des vassaux des Ruanruan, un empire qui occupait l'essentiel du territoire de l'actuelle Mongolie. Ils travaillent pour leurs suzerains comme forgerons (en vieux turc « tarqan »).
Le mythe de l'origine de leur dynastie régnante, les Ashina, se présente ainsi. Ils étaient un rameau des Xiongnu. Un peuple voisin les extermina, à l'exception d'un jeune garçon. Les soldats ne voulurent pas le tuer, eu égard à son jeune âge, mais ils lui coupèrent les pieds et le jetèrent dans un marais. Là, une louve le nourrit de viande. Comme il s'unit plus tard à elle, elle devient enceinte. Le roi ennemi, ayant entendu dire qu'il vivait encore, envoya ses hommes pour le tuer. La louve parvint à se réfugier dans une montagne au nord de Tourfan. Dans celle-ci, il y avait une immense caverne tapissée d'une herbe touffue. La louve donna naissance à dix garçons, qui prirent femmes au-dehors. Leurs descendants se multiplièrent et après plusieurs générations, ils sortirent de la caverne pour s'établir au sud de l'Altaï.
Les souverains Göktürk sont issus du lignage Ashina, dont la présence est attestée pour la première fois en 439. Le Livre des Sui rapporte que cette année-là, le , l'empereur Taiwudi des Wei du Nord, a renversé des Liang du Nord dans l'est du Gansu, d'où Ashina ont fui vers le nord-ouest jusqu'au Khaganat des Rouran dans les environs de Gaochang.
Selon le Livre de Zhou et l'Histoire des dynasties du Nord, les Ashina était une maison aristocratique vassale de l'empire Xiongnu, plus précisément, « qui s'installèrent le long de la frontière nord de la Chine », selon Edwin G. Pulleyblank.
Premier empire et dislocation
En 552, Bumin bat le dernier khagan des Ruanruan, que les Chinois appellent A-na-kuei. Il s'installe en Mongolie centrale mais meurt un an après. Son fils Mugan (553-572, appelé Muhan par les Chinois) lui succède en confiant l'aile occidentale de l'empire à Istämi († 576), un frère de Bumin. Ce dernier s'allie avec les Sassanides perses pour combattre les Huns blancs : il donne sa fille en mariage à l'empereur perse Anushirvan. Après avoir éliminé les Huns Blancs, vers 563, les deux alliés se partagent ce qui deviendra ensuite le Turkestan russe, notamment le territoire des Sogdiens, mais ils ne tardent pas à se brouiller. Pour prendre les Perses en tenaille, Istämi envoie en 567 un Sogdien en ambassade à Constantinople. L'année suivante, le Byzantin Zémarque (Zemarchus) arrive chez Istämi. Malgré les guerres qu'ils mènent ensemble, jusqu'en 630, les Turcs et les Byzantins ne peuvent venir à bout des Perses.
L'autorité de Taspar (572-581), le frère cadet et successeur de Mugan, qui règne en Mongolie avec le titre de khagan, est reconnue par les Turcs occidentaux. Ce souverain se convertit au bouddhisme, comme son frère Nivar (581-587, également appelé Ishbara d'après Paul Pelliot). Le yabghu Tardu, fils d'Istämi, rompt avec Nivar et prend le titre de khagan. Il est encouragé par les Chinois, qui désirent briser l'empire turc. Il y a désormais deux États, celui des Turcs orientaux en Mongolie, dirigé par Nivar, et celui des Turcs occidentaux dans les Tian Shan et au Kazakhstan oriental, dirigé par Tardu. Un fils de Mugan, connu sous le nom d'Apa khagan et que les textes chinois appellent Daluobian, se met à convoiter le trône. Ses intérêts rejoignent ceux de Tardu, qui désire aussi abattre Nivar afin de refaire l'unité de l'empire. Pour empêcher cela, les Chinois apportent leur soutien à Nivar. Apa khagan se retourne alors contre Tardu et parvient à prendre sa place. En 585, Tardu demande l'asile aux Chinois.
Après Nivar viennent deux empereurs appelés Chuluohu (587-588) et Yongyulü (588-599) par les Chinois. Le premier capture Apa khagan, mais les Turcs occidentaux restent séparés de leurs frères orientaux. Ils élisent en 587 un khagan que les Chinois appelent Nili et dont on ne sait presque rien. Tardu réapparait en 594, lors d'un conflit avec Yongyulü. Il reprend le contrôle des Turcs occidentaux. En 598, il envoie à Constantinople une lettre où il se déclare khagan suprême, « grand roi des sept races et maître des sept climats ». Il s'attaque aux Chinois, mais il est vaincu en 603, à la suite d'une révolte, et doit se réfugier dans l'actuelle province chinoise du Qinghai, au nord-est du Tibet. On n'entend plus jamais parler de lui.
À la fin de la dynastie Sui et au début de la dynastie Tang, les Turcs orientaux attaquent à leur tour la Chine, en profitant des difficultés intérieures que connaissait ce pays. L'empereur Illig Qaghan (620-630, appelé Xieli par les Chinois), arrive jusqu'à la capitale Chang'an le avec . L'audacieux empereur Taizong des Tang, malgré le peu de moyens dont il dispose, parvient à lui faire rebrousser chemin. Par la suite, Taizong soutient les révoltes de certains aristocrates contre Illig Qaghan, puis en 630, il envoie ses troupes en Mongolie et capture le khagan. Dès lors, les Turcs orientaux sont soumis à l'empire Tang.
Après la défaite de Tardu, les Turcs occidentaux sont restés quelque temps désunis. Ils ont ensuite retrouvé un seigneur en la personne de Shigui, puis de son frère, le yabghu Tong (618-630, ce sont leurs noms chinois). Ce dernier est un puissant souverain, qui étend son pouvoir jusque sur une partie de l'Afghanistan et de l'Inde du Nord. Le pèlerin chinois et moine bouddhiste, Xuanzang le rencontre dans les Tian Shan, lors de sa pérégrination vers l'Ouest. Quelques mois plus tard, des vassaux, les Qarluq, se révoltent, et Tong est tué. Les Turcs occidentaux perdent de nouveau leur unité. Dans les années 640, les Chinois les évincent des riches oasis du bassin du Tarim, sur la route de la soie, qui se trouvent juste au sud de leur territoire. En 651, les Turcs occidentaux se rangent sous l'autorité d'un qan que les Chinois appellent Helu. Après avoir obtenu l'appui des Ouïgours, les Chinois se mettent en campagne contre lui et le battent en 657. Pratiquement toute l'Asie centrale tombe aux mains des Chinois.
Deuxième empire
vignette|L'Asie vers 700. Le rétablissement de l'empire turc est l'œuvre d'un dignitaire (chor) qui s'appelle Qutlugh, le Fortuné. Il commence comme un simple aventurier. Au début, selon l'inscription de Köl Tegin (cf. ci-dessous), il n'a que vingt sept hommes. Il profite du soutien non pas de l'aristocratie turque, mais du peuple, au sein duquel brûle un fort sentiment nationaliste anti-chinois. Un très habile seigneur (beg) se joint cependant à lui. Il s'appelle Tonyuquq (ou Toñuquq). C'est un Turc né en Chine et qui a reçu une éducation chinoise, mais il déteste les Chinois.
À partir de 682, Qutlugh chor se met à lancer des attaques dévastatrices contre la Chine. Celle-ci est alors gouvernée par un empereur faible, Gaozong, et son influence recule dans toute l'Asie centrale. Entre 687 et 691, Qutlugh, qui s'est proclamé empereur avec le titre d'Ilterish Khagan, soumet les Ouïgours et les Neuf Oghouzes, d'autres confédérations d'unité militaro administratives turques, et s'installe aux sources de l'Orkhon, qui est traditionnellement le cœur des empires des steppes. En Chine, en 683, à la mort de Gaozong, le pouvoir tombe entre les mains de son énergique concubine, Wu Zetian. Si elle parvient à reprendre le bassin du Tarim aux Tibétains vers 692, elle est impuissante face aux Göktürk. Elle est confrontée au frère cadet d'Ilterish Khagan, qui porte le titre de Qapaghan Khagan, le khagan Conquérant (691-716).
Cet empereur fait semblant de défendre la dynastie Tang contre les volontés d'usurpation de Wu Zetian, mais il n'en continue pas moins ses attaques. À chaque fois, les armées chinoises subissent d'écrasantes défaites et les Turcs ramenent chez eux un butin fabuleux. En 699, il parvient à soumettre les Turcs occidentaux. Il remporte des victoires contre d'autres peuples turcs et tue même le roi des Kirghizes, qui vivent sur le cours supérieur de l'Ienisseï en Sibérie méridionale. Le vent commence à tourner en 711, quand Tonyuquq se heurte aux Arabes lors d'un raid en Sogdiane. Il ne revient près de l'Altaï que trois ans plus tard et essaye de prêter main-forte à des troupes qui assiégent la ville de Beshbalïq, mais c'est un échec. Les vassaux des Turcs Bleus, dont les puissants Oghuz, commencent alors à se révolter. Qapaghan khagan est tué lors d'une campagne contre la tribu des Bayirqu le , près de la rivière Tuul qui arrose Oulan-Bator.
Le pouvoir aurait dû revenir au fils aîné d'Ilterish, connu depuis 698 par le titre de shad des Tardush, puis au frère cadet de celui-ci, Köl Tegin (ou Kül Tegin). Tous les deux sont alors des généraux renommés. Mais suivant la volonté de Qapaghan, ses suivants aident le fils de leur ancien maître, Bögü, à monter sur le trône. Köl Tegin l'assassine, avec le soutien de nombreux aristocrates, et massacre toute la famille de Qapaghan n'épargnant que Tonyuquq. Il place ensuite son frère aîné sur le trône. Celui-ci est appelé Bilgä Khagan « le khagan sage » (716-734). Il faut reconstituer l'empire, qui a volé en éclat. C'est chose faite en 718. Bilgä Khagan envisage ensuite d'attaquer l'empire Tang, qui a aidé les vassaux rebelles. Le problème est que l'empire Tang, alors gouvernée par l'empereur Xuanzong, à retrouvé de la puissance. Pour cette raison, Tonyuquq conseille à Bilgä Khagan de proposer plutôt un accord de paix aux Hans. Méfiants, ceux-ci refusent toute négociation et préparent une grande offensive. Les Turcs la déjouent en écrasant l'un de leurs alliés, les Basmil, au nord de Tourfan, puis en attaquant la province chinoise du Gansu. En 721, Xuanzong accepte la proposition de paix.
À la mort de Köl Tegin en 731, son frère fait graver sur une stèle un éloge funèbre qui est resté célèbre. L'empereur périt à son tour trois ans plus tard, empoisonné par l'un de ses serviteurs. Deux de ses fils lui succédèrent, Izhan khagan (734-739) et Tängri khagan (740-741). À la mort de ce dernier, assassiné par son oncle Qutlugh yabghu, l'empire commence à se désintégrer. Qutlugh, qui usurpe le pouvoir sous le nom d'Özmish khagan, se heurte immédiatement à la révolte des Basmil, des Ouïgours et des Qarluq, et il est tué en 744 par les premiers. La famille impériale des Göktürk s'étant réfugiée en 743 dans l'empire Tang, leur territoire revient aux Ouïgours.
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