L'église Notre-Dame-de-Tous-les-Saints d'Entremont est une église catholique française, située dans le département de la Haute-Savoie, dans la commune d'Entremont.

Géographie L'église se trouve à du chef-lieu, sur la rive gauche du Borne., à proximité d'un pont (le pont-sud) qui était le seul existant en 1730 (selon la Mappe sarde), le long du CD 12 reliant Saint-Pierre-en-Faucigny à Saint-Jean-de-Sixt.

Elle est quelque peu dissimulée par une importante bâtisse restaurée en 1998, crépie à la chaux dans les tons ocre et dont les encadrements de fenêtres sont mis en relief dans le respect du style néoclassique de l'époque, que l'on qualifie de Sarde et qui témoigne de la présence de l'abbaye.

Histoire vignette|upright=0.8|Église Notre-Dame-de-Tous-les-Saints et l'abbaye.

À l'origine, en 1115, les moines défricheurs de l'abbaye d'Abondance établissent une communauté dans la vallée d'Entremont, un prieuré. Donc dès le l'église est dédiée à Notre Dame de l'Assomption..

Dès son édification l’église de l'abbaye assura le service paroissial comme en témoigne la visite pastorale de 1445 : Archives départementales de la Haute-Savoie, IG 98..

Ayant collecté un certain nombre de reliques enchâssées dans une statue mariale, elle se place sous le vocable de Notre-Dame-de-Tous-les-saints. Les reliques appartiendraient à des saints dont André, Augustin, Barthélemy, Blaise, Clair, Étienne, Félix, Guérin, Laurent, Maurice, Grégoire et sainte Marie-Madeleine.. La statue faisait l'objet d'un pèlerinage depuis le .

L'église primitive était de construction romane comme en témoigne le plein-cintre des fenêtres, mais la voûte et le toit furent victimes des intempéries. En 1411, Jean de Bertrand, évêque de Genève, en visite à l'abbaye prescrivait des travaux en l'église.

L'abbaye disait aussi posséder une « ampoule du lait de la Vierge » vénérée par les femmes de la vallée qui venaient prier « Notre Dame de tous les seins »..

L'église fut remaniée au . En 1680, l'abbé Marc-Antoine de Granery, arrivé à Entremont en 1645, entreprit d'énormes travaux. L'année 1723 vit de nouvelles modifications. Les peintures intérieures furent restaurées en 1890 et en 1920.

Description Éléments architecturaux extérieurs   Le clocher Le clocher se situe à droite de l'église latéralement à celle-ci. Il date du et fut rehaussé en 1766 par Capellini. De forme carrée Il se compose de quatre corniches de granit séparant la construction qui comporte cinq parties au total..

Le clocher abrite deux cloches, l'une fut bénie le par François de Sales, alors en visite en l'abbaye, elle est consacrée à la protection des orages, des tempêtes et de la grêle, elle porte le nom de Thomas Pobel, bonnevillois, évêque de saint-Paul-Trois-Châteaux, abbé d'Entremont de 1595 à 1605, fils du premier président du Sénat de Savoie..

Cette cloche porte l'inscription : «  ». (1607. Le Révérendissime Thomas Pobel, évêque de Saint-Paul (trois châteaux), abbé d'Entremont. )

La cloche est décorée de six bas-reliefs représentant : la vierge avec l'enfant ; le Christ ressuscité ; Sain-Pierre ; Saint-Paul et un chevalier avec bouclier et une femme qui sont peut-être le parrain et la marraine.

La seconde cloche date de 1852 et porte l'inscription :

Le bas-relief représente le Christ en croix et la Vierge avec l'Enfant Jésus.

La façade Gardée dans un style voulu par l'abbé de Granery. Elle est ornée d'une grande fresque en trompe-l’œil aux teintes ocre, rose et bleu. Les restaurations datent de 1890 et 1987.

En haut sont figurées les armes de Marc-Antoine de Granery, piémontais d'origine et principal restaurateur de l'église qui se libellent ainsi :« D'Azur; à la fasce accompagnée en chef de trois tours et en pointe de trois épis de blé arrachés, le tout d'or » (« Un château crénelé de trois tours au-dessus de trois épis, surmonté de la couronne ducale (son titre en tant que seigneur d'Entremont), de la crosse et de la mitre (son titre en tant qu'abbé) »

À gauche est figuré le blason de saint François de Sales qui, curieusement, comporte trois bandes (une erreur de restauration).

À droite, Les armes du pape Léon XIII ont remplacé, à l'occasion de la restauration de 1890, celles du pape Innocent XI qui ornaient à l'origine la façadeArticle « Entremont : une église pour l'Eglise », paru dans le numéro Vie et traditions religieuses dans la vallée de Thônes de la revue annuelle des Amis du val de Thônes, , 1988, 136 pages, , note 1..

En fait, les seuls éléments propres à la restauration de Granery, outre les teintes des fresques, sont la grande fenêtre en arc brisé ornée d'un lobe et le portail à doubles voussures toriques..

L'auvent L'auvent repose sur deux simples colonnes de calcaire dont le chapiteau est en bois et fait partie de la couverture de l'auvent. Cette symbolique voulue par l'abbé de Granery se veut une séparation entre le monde profane et le monde sacré dans lequel nous entrons. Ce jeu de perspective à but spirituel permet aussi de protéger la niche de la Sainte-Vierge, patronne de la commune.

La porte La porte date de 1723. Elle est installée dans un portail à deux voussures en arc brisé, le vantail de gauche porte la trace d'un fer de mulet et porte l'inscription «  1723 » (Voir section la section « Fer à mulet », ci-après).SIPE, Guide de la vallée de l'Arve : de Genève au pays du Mont Blanc, 1962, Collection Les Guides du Messager, 200 pages, ..

Intérieur Nef, chœur et transept L'église est droite et d'un seul vaisseau. La voûte de la nef fut remplacée par un plafond orné de rinceaux en 1680, ce qui amena l'abbé de Granery à intenter un procès aux « communiers » (paroissiens) réticents à participer à la remise en état de la nef.

On distingue aisément cette nef plafonnée, destinée aux fidèles, séparée du chœur des chanoines par un imposant arc brisé. Le chœur est divisé en deux travées successives voûtées sur croisées d'ogives.

Cette nef à deux travées ne possède pas de transept, elle est à chevet droit. Son plafond est orné des symboles des vertus théologales : à gauche la croix qui symbolise la Foi, à droite l'ancre qui symbolise l'Espérance et vers le chœur, un cœur entouré d'une couronne d'épines qui symbolise la Charité. Un dernier symbole en direction de la tribune représente l'Alpha et l'Oméga, soit l'image de Dieu, il est ceint de deux livres figurant l'Ancien et le Nouveau Testament

Selon Raymond Oursel, le chœur était à l’origine voûté « de trois bonnets gothiques en croisée d’ogive »., dont le premier supportait le clocher, qui dominait donc le centre de l’édifice et se concluait par un «arrière-chœur » ou sanctuaire de plan polygonal, soit « demi-hexagone de trois lunettes gothiques, ayant extérieurement quatre piliers butants de pierre taillées »Archives départementales de la Haute-Savoie, S A 184, Entremont..

La voûte du chœur fut remplacée par la voûte d’arêtes encore existante, conçue par l’ingénieur faucignerand Amaudruz.

La nef a été plafonnée, l’arcade de communication entre elle et le chœur porte, gravée, la date de 1780 : elle remplace, depuis la sécularisation, le mur qui séparait la nef paroissiale du chœur monastique.

Autels latéraux vignette|upright=0.7|left| l'autel de la Sainte Famille.|alt=Photographie de l'autel latéral gauche.

Du style néoclassique, en bois peint imitant le marbre brun, noir et blanc.

À gauche, l'autel de la Sainte Famille est dédié à saint-Joseph et à la Providence Divine. Le Registre supérieur est peint de deux yeux et deux oreilles symbolisant l’omniprésence de Dieu.

Le tableau central figure « La Présentation de la Sainte Famille », Marie semble tendre l'Enfant Jésus à sainte Anne derrière laquelle se trouve Syméon. Cette peinture fut exécutée vers 1680., elle est proche de l'école de Lorenzo Lotto. Ce tableau semble antérieur à la construction du retable.

Un cartouche porte l'inscription : «  » (« Heureux qui craint le Seigneur »).

Cette œuvre fut classée à l'inventaire des objets de la base Palissy, le .

vignette|upright=0.7|right| l'autel du Rosaire.|alt=Photographie de l'autel latéral droit. À droite, se trouve l'autel du Rosaire, le cartouche est orné d'une colombe dans une gloire. Le tableau central représente La Vierge assise, l'Enfant sur ses genoux, remettant le Rosaire à saint Dominique, un lys à ses pieds et accompagné de son chien assis tenant une torche dans sa gueule. À la droite du tableau sainte Catherine de Sienne se tourne vers le spectateur comme pour le prendre à témoin de l’événement.

Le maniérisme de la composition semble le situer tout à la fin du , de l'école espagnole.

Le retable du Rosaire fait pendant au retable de la Sainte Famille dont il reprend la structure. Les deux retables font partie des grands travaux de restauration et d'embellissement de l'abbaye entrepris vers 1680 sous l'abbatiat de l'abbé de Granery. Louis Réau remarque que l'association entre Sainte Catherine et Saint Dominique dans la représentation du Rosaire apparaît en 1685 à l'église Sainte-Sabine de Rome sur un tableau de Sassoferrato et à Palerme dans la chapelle de l'oratoire du Rosaire dans une œuvre de Van Dyck. Le tableau d'Entremont entre donc dans cette iconographie nouvelle du saint observée à la même époque à Rome et à Palerme..

Cette œuvre fut classée à l'inventaire des objets de la base Palissy, le .

Retable vignette|upright=0.7|left|Vue du grand retable.|alt=Photographie du grand retable. vignette|upright=0.7|left|Vue du petit retable.|alt=Photographie du petit retable.

L'Art du retable se situe, en Haute-Savoie entre 1650 et 1770. La majeure partie de ceux-ci furent édifiés par des artistes venus du Valsesia en piémont..

Le porche franchi, le regard est accaparé par un retable dont les dimensions sont disproportionnées par rapport à l'ensemble de l'édifice. C'est certainement le plus bel héritage qu'a laissé Marc-Antoine de Granery, l'Art baroque savoyard, en milieu rural y est surprenant.

Le grand maître-autel fut construit de 1680 à 1685. Il s'agit en fait d'un double retable. L'abbé de Granery désirant donner plus d'ampleur fit exécuter un second retable au-dessus du premier. Le premier retable comprend l'autel, les gradins et le tabernacle couronné d'un arc triomphal dédié à Notre-Dame-de-l'Assomption. Le ciborium est clos par une porte ovale sculptée d'un « ciboire magistral »..

Une niche soutenue par quatre colonnes torses est ornée d'une sculpture de La Vierge, en bas-relief, sur fond d'or martelé imitant la soie brodée. Quatre anges se trouvent autour d'elle, deux la couronnent comme le veut l'iconographie de l'Assomption.

De chaque côté on trouve les représentations, à gauche, de saint Joseph avec son bâton de berger, à droite de Saint Jean-Baptiste avec son mouton. Au-dessus sont figurés, à gauche, Sainte Catherine, reconnaissable à sa roue, et à droite, Sainte Apolline. Ce premier retable est entièrement doré. Le deuxième retable, plus imposant, et voulu afin de mettre plus en valeur le premier, se compose d'un grand portique soutenu de chaque côté par deux colonnes torses du style Le Bernin noires couvertes de branches de gui doré, se terminant par des chapiteaux composites. Les colonnes « vissent » et « dévissent » (trait de l'art baroque) : les prières montent au ciel, les grâces divines en descendent. Les architectes étaient de la ville de Biella en piémont tout comme l'abbé de Granery.

Surplombant l'ensemble, un fronton triangulaire « interrompu » ; il est surmonté d'un couronnement à deux étages rectangulaires. Le premier comporte un cartouche où est inscrit : (.), le second est orné du blason de de Granery et de sa devise ()..