Xavier Joseph Nessel, né le à Haguenau (Alsace), mort le à Haguenau est un rentier et homme politique alsacien. Dans la seconde moitié du , il est considéré, en France et en Allemagne, comme le spécialiste de l'âge du bronze moyen par les archéologues européens. En témoigne son réseau de chercheurs dont il imite le goût de la collection : monnaies, mobiliers, armes et précieux objets antiques.
Son origine de notable
Un réseau familial Xavier Joseph Nessel naît sous le mandat du maire Henri-Ignace Guntz (1830-1842)Il fonde en 1838 dans l’ancienne chancellerie la première bibliothèque municipale. Son père, François-Xavier Nessel (1786-1838), est un juge de paix de Fort-Louis, avec des aubergistes pour ascendants.
Les ascendants de sa mère, Valérie Josephine Paganetto (1804-1874), sont à l’origine des marchands ambulants du Tessin (Suisse) au , puis s’installe à Seltz. Son grand-père, Jean Baptiste Paganetto, est adjoint au maire de Haguenau de 1816 à 1818 et épouse Marie Appolonie Hallez. Le cousin de Valérie, Léonce Hallez-Claparède, est député sous la monarchie de Juillet, réélu en 1852 face au chambellan de l’Empereur, François Zorn von Bulach.
Le fils de Jean-Baptiste, Joseph Paganetto est en 1870 la troisième fortune du Bas-Rhin, derrière Hugo Zorn von Bulach et Alfred Renouard de Bussière. À la mort de Joseph, Xavier Nessel est le seul héritier. À la disparition de sa mère en 1874, Xavier Nessel reste à la tête d’un patrimoine substantiel.
Études De 1849 à 1851, Xavier Nessel étudie au collège royal, le lycée de garçons à Strasbourg (auj. lycée Fustel-de-Coulanges). Nessel est reçu le bachelier ès lettres.
Ensuite, de 1851 et 1855, Nessel poursuit des études de médecine à Strasbourg, puis de droit, dont il obtient le diplôme de bachelier. Quatre années plus tard, à la faculté de droit de Paris, à la Sorbonne de 1855 à 1856, Nessel se forme auprès de quelques professeurs renommésD’après sa fiche nominative d’inscription en faculté et les annuaires de l’Instruction publique des années 1856, il suit des cours de Code civil auprès du professeur Jules Oudot (par ailleurs cousin de Gustave Courbet), de droit administratif avec M. Bravard-Verrières et de Code du commerce avec Édouard-Auguste Vuatrin.. Parallèlement, il est inscrit à la faculté des lettres de ParisAMH, carte d’étudiant, 1855.. Il fréquente les cours de l’helléniste Joseph-Daniel Guigniaut, spécialiste de la mythologie classique, lequel a pu renforcer son goût de l’étude des divinités antiques.
Mariage Xavier Nessel épouse le une descendante des banquiers Wenger-Valentin de Schiltigheim, Clotilde Jeanne Camille Hueber, née le à Strasbourg et s'installe provisoirement chez sa jeune épouse à Strasbourg-Robertsau en . La fiancée y habite, car sa mère est malade. Pourtant, dès il rejoint sa ville de Haguenau dans son foyer situé au n° 2 rue de la Filature.
Un notable de son temps : l’homme politique
Maire Après l’annexion de l’Alsace et le départ de Joseph Thierry (père du député Joseph Thierry), il est élu par la commission municipale en puis nommé maire par décret de l'empereur Guillaume 1er. Entré au conseil municipal en , adjoint en 1865, il occupe le poste de premier magistrat de 1870 à 1902.
Les actions urbanistiques du maire - 1872 : construction d’une école de garçons de la paroisse de l'église Saint-Nicolas de Haguenau.- 1876 à 1886 : création de boulevards et aménagements de parcs.- 1879-1880 : construction d’une école de garçons de la paroisse de l'église Saint-Georges de Haguenau.- Agrandissement de la Halle aux Houblons.- 1884 : installation du réseau d’alimentation en eau courante par un emprunt.- 1900-1905 : construction du Musée Historique pour y accueillir l'ensemble des collections archéologiques, historiques, numismatiques et folkloriques de Nessel, selon les plans de Joseph Kuder et Richard Müller, architectes à Strasbourg.
Député au Reichstag Sur le banc des nationalistes libéraux, Nessel siège un an à Berlin. Le , il ne se représente pas, convaincu que sa tâche est de développer sa ville, son canton.
Conseiller général Xavier Nessel échoue à l’élection au canton de Seltz, les 21 et . Pourtant, fort de son réseau familial et politique, Nessel est élu aux élections cantonales de Haguenau, dans un esprit dynastique typique des notables du . Nessel remplace ainsi son oncle Charles Joseph Paganetto, frère de sa mère de à 1896.
Xavier Nessel est également nommé délégué par le conseil général au Landesausschuss, de 1878 à 1887. Ainsi, il participe aux réformes culturelles et sociales en Alsace.
Nessel, l'érudit
Le collectionneur En 1896, Robert Forrer le qualifie d'érudit et d'acteur patrimonial majeur de l'Alsace. À 30 ans, Nessel se positionne comme un notable éminent, acquéreur d’objets, avec un réseau national et international.
Dès 1867, sa correspondance et ses carnets de fouilles (conservés à la Médiathèque de Haguenau attestent déjà des objets qu’il acquiert. La grande satisfaction du maire est de s’entourer d’objets ornés et embellis pour son plaisir. Nessel dispose à son gré d'objets disposés en vitrine et il les montre à des invités reconnus dans leurs domaines historiques et archéologiques. L'empereur Guillaume II d'Allemagne en visite à Haguenau a pu les voir à son domicile au 2 rue de la filature. Les deux composants essentiels du collectionneur sont le choix d’objets par goût esthétique et la réalisation d’un ensemble cohérent, la collection.
Ainsi, comment procède-t-il ? D'abord, Xavier Nessel dispose de « mandataires privés », amis proches ou alliés politiques, qui repèrent auprès des petits notables, de brocanteurs en tout genre, des objets qui accroissent son goût de l'Art régional. En 1886, les Echos de Bischwiller relatent l’achat pour 40 marks d’une lampe zoomorphe, trouvée par une inconnue à Hanhoffen (Bischwiller, Bas-Rhin)Nessel connaît le terrain qu’il fouille aux côtés de la société d’amateurs de la ville, et vraisemblablement l’accord de Guillaume Heusch-Duprat, maire de Bischwiller, et surtout membre de la délégation d’Alsace-Lorraine, aux côtés de Nessel. De plus, la tuilerie entre la route de Strasbourg et la voie ferrée appartenait à Louis Heusch, cousin du Maire de Bischwiller.. Nessel fait son marché auprès des notables locaux. Les exemples d'acquisitions se multiplient parmi les nombreuses collections présentées au Musée historique de HaguenauL’ensemble de sa collection de pièces acquises ou découvertes est estimé à francs (de l'époque) par Georges Gromer en 1919..
L'archéologue D'abord, dès 1857, l'archéologue bavarois, Julius Naue mentionne que Nessel participe aux fouilles du représentant des Antiquaires de France, , au Ficherhübel (forêt de Haguenau, Bas-Rhin). En 1858, Nessel adhère avec son oncle Joseph Paganetto à la S.C.M.H.A.SCMHA : Société pour la Conservation des Monuments Historiques d'Alsace . Puis, en , l'adjoint au maire Nessel fouille ses quatre premières tombes dans la forêt de Haguenau.
À partir de 1871, Nessel doit se conformer aux nouvelles mesures légiférant la protection des vestiges archéologiques et monumentaux. D'abord, il débute la rédaction à cette date de son premier carnet de fouille en datant, croquant des vestiges de stèles ou d’urnes. Ensuite, Nessel va développer une méthode de fouillesXavier Nessel étudie les travaux de ses prédécesseurs. Les témoignages anciens lui permettent de repérer les sites à fouiller comme Jean Geoffroy Schweighaeuser, membre de la Société des antiquaires de France.. Les enseignants des villages, petits notables cultivésSouvent secrétaire de mairie., lui signalent par ailleurs par écrit les découvertes anciennes ou récentes de leurs zones communalesSurtout lors d’un recensement en 1886-1888..
Ainsi, Nessel ouvre des tertres funéraires en présence d’un représentant de l’administration forestière, et déclare les objets trouvésEn 1926, Camille Nessel-Hubert, son épouse, précise qu’il obtenait cette autorisation légale de fouiller en forêt qu'à partir de 1872.. En tant que maire, personne ne vient lui contester ses fouilles.
À la belle saison, Nessel se lance dans les fouilles de terrain, puis, en hiver, il étudie et restaure à son domicile les céramiques et la sculpture romaine. Sur le terrain, il prend l'habitude de relever les éléments de rituel funéraire, la présence de plantes cultivées ou de faune en historien anthropologue, dont l’objectif est d’étudier l’être humain dans ses composantes médicales et alimentaires.
Xavier Nessel ouvre donc 600 tumulus en forêt de Haguenau, lui donnant le statut de spécialiste de l'âge du Bronze moyen, reconnu par les plus grands spécialistes internationaux, tel que Oscar Montelius et Joseph Déchelette. En 1903, Nessel écrit à Franz Cumont : « je fais surtout dans le préhistorique ».
Après 40 ans de fouilles, il promet de construire un musée ce qu’il réalise au tournant du siècleEn 1890, comme membre de la Délégation d'Alsace-Lorraine, il faisait déjà voter des subventions pour acquérir des antiquités.. Dès lors, Nessel a profité judicieusement de son influence locale et régionale au Conseil général, à la délégation d’Alsace lorraine et à la mairie de Haguenau pour poursuivre ses fouilles.
En 1902La revue « La Libre Parole », accuse toujours Nessel de collaborer avec les allemands., Xavier Nessel doit démissionner, à la suite des critiques des dépenses excessives pour la construction du Musée historique à la gloire de la ville de Haguenau. La Ville de Haguenau accueille néanmoins ses collections par legs dès 1919.
Nessel se consacre désormais à la publication de ses chères monnaies, une passion débutée dans sa jeunesse et qui laisse aujourd'hui une collection unique de à la Ville de Haguenau. Nessel publie alors des notices historiques dans la Frankfurter Münzzeitung. Son retrait de la politique a brisé son relatif silence scientifique qu'on lui avait tant reproché vingt ans plus tôt.
Les publications de Xavier Nessel 1865 : Inventaire-sommaire des archives communales antérieures à 1790 : Série AA à FF (Ville de Haguenau) », Haguenau, Edler, 1865 Disponible aux Archives Municipales de Haguenau. 1877 : Bericht des Buergermeisters an den Gemeinderath in seiner Sitzung vom 27. September 1877 betreffend die Verlegung des Spitals (Rapport présenté par le maire au conseil municipal dans sa séance du au sujet du transfert de l'hôpital) », Haguenau, Gilardone, 1877. 1887 : « Altertumskunde namentlich über Altertumsfunde mit besonderer Bezugnahme auf den Kreis Hagenau und Umgebung », dans : Reichsländische Lehrerzeitung, 15. IX. 1887, . (Ou Journal de Haguenau du 17/09/1887) – conférence aux instituteurs le . 1887 : « Habitations lacustres en Alsace », dans : Antiqua, , , . 1888 : « Bericht ueber die Gemeindeverwaltung der Stadt Hagenau fuer die Jahre 1871 bis 1888 », Haguenau, Gilardone, 1888. 1906 : « Die ältesten Hagenauer Münzen », dans Frankfurter Münzzeitung (Abrégé FM) SUDOC ou Centre de documentation des musées de Haguenau, Frankfurt am Main, 1906. - FM, , du 1/01/1906, . 1906 : « Die Hagenauer Münze im 14. Jahrhundert », dans FM, Frankfurt am Main, 1906,- FM, , du 1/04/1906, . 1906 : « Eine vergessene Münzstätte in der Pfalz », dans FM, Frankfurt am Main, 1906, FM, , du 1/03/1906, . 1906 :« Zur Münzengeschichte der Abtei Weissenburg im Elsass », dans FM, Frankfurt am Main, 1906, FM /68, du 1/07/1906, . 1907 : « Die kaiserliche Münze in Schlettstadt im Elsass », dans FM, Frankfurt am Main 1907, FM, -80, du 1/07/1907, . 1907 : « Willstett in Baden : Eine Hanau-lichtenbergerhische Münzestätte », dans FM, Frankfurt am Main, 1907, FM, , du 1/11/1907, . 1907 : « Zur Münzgeschichte der Stadt Hagenau im Elsass », dans FM, Frankfurt am Main, 1907, FM, , du 1/02/1907; , du 1/03/1907; , du 1/04/1907; du 1/05/1907.