Les Gupta sont une dynastie ayant régné sur le nord de l'Inde de la fin du aux alentours du milieu du . Leur origine reste mystérieuse et il est probable qu'ils aient tout d'abord été un clan de roitelets à la tête de petits États dans la vallée du Gange et de ses affluents. Cette dynastie connaît une expansion rapide au , sous l'impulsion des conquérants Chandragupta et Samudragupta, et voit l'apogée de sa prospérité durant la première moitié du , notamment sous le règne de Kumâragupta et de son fils Skandagupta. Le déclin des Gupta débute ensuite, sous l'effet d'invasions extérieures et de forces centrifuges, et leur fin reste mal connue.

Considéré comme un Empire en raison de son étendue et de la puissance incontestée qu'exerçaient ses souverains sur le sous-continent indien à leur apogée, l'État des Gupta s'avère peu centralisé. Ces rois dominaient plusieurs royaumes voisins qui partageaient une culture similaire, et les pouvoirs locaux disposaient de marges de manœuvre importantes, notamment les monastères. Du point de vue religieux, cette époque est marquée par la cohabitation de deux grandes religions, le brahmanisme (l'état ancien de ce qu'on désigne aujourd'hui comme l'hindouisme) et le bouddhisme, ce dernier connaissant alors son dernier éclat en Inde, avant de connaître un reflux face au premier.

La période gupta est souvent assimilée à un « âge classique », ou un « âge d'or » de la culture indienne ancienne, en raison des réalisations remarquables qui sont datées de cette époque en mathématiques et en astronomie (travaux d'Âryabhata, apparition du zéro en tant que nombre), en littérature et théâtre (œuvres de Kâlidâsa) ou encore en sculpture (écoles de Mathura et de Sārnāth, temple de Deogarh) et peinture (à Ajantâ). S'il est désormais évident que ces accomplissements sont largement tributaires de ceux de la période les précédant, leur importance dans l'histoire de la civilisation indienne et leur rayonnement sur les pays voisins sont indéniables.

Sources

Les sources nous informant sur cette période sont assez maigres pour reconstituer l'histoire politique et sociale, comme bien souvent pour l'Inde ancienne. On connaît des inscriptions de souverains ou de gouverneurs, dont la plus remarquable est celle du pilier d'Allāhābād (Prayagraj) datant du règne de Samudragupta, ainsi que celles de vassaux tels que les rois d'Eran au début du . D'autres proviennent de notables ou de guildes, et nous donnent des informations sur la société et la vie religieuse, comme l'inscription de Mandasor du commémorant la construction d'un temple à Sūrya financée par une guilde de tisseurs de soie. La succession des souverains et certains faits de leur règne sont connus par les nombreuses monnaies qu'ils ont fait frapper, ou encore des sceaux qui nous informent sur les charges qu'ils confiaient à leurs subordonnés. Quelques chroniques historiques plus tardives sont connues, mais elles sont peu utiles pour la période gupta.

Des récits de voyageurs chinois offrent une description du pays et parfois des anecdotes historiques, souvent intéressées par le bouddhisme car ces explorateurs étaient des moines. Faxian voyage en Inde sous le règne de Chandragupta IIFaxian, Mémoire sur les pays bouddhistes, Texte établi, traduit et annoté par Jean-Pierre Drège, Paris, 2013, Song Yun et Hui-sheng au début du , et surtout Xuanzang qui vient en Inde au mais rapporte quelques faits datant des Gupta ; .

En fin de compte, les informations principales concernent la culture et l'art de la période gupta, notamment les écrits religieux, littéraires et scientifiques majeurs qui ont été conservés jusqu'à nos jours, et parmi lesquels on compte des œuvres majeures de la civilisation indienne (Purana, écrits de Kâlidâsa, Âryabhata, etc.)P.-S. Filliozat, « Langues et lettres à la cour gupta », dans . Il est cependant difficile de les dater précisément, même s'il est possible de situer grossièrement leur période de rédaction.

Plusieurs sites présentent des niveaux et des monuments de la période gupta. Il s'agit surtout de centres religieux : Sārnāth, Mathura, Nâlandâ, Deogarh, Eran, et les sanctuaires rupestres dont le plus célèbre est Ajantâ. Ces sites étant également des centres artistiques importants, ils ont livré de nombreuses œuvres de cette période : sculptures en pierre et en terre cuite, et des peintures à AjantâM. C. Joshi, « Introduction à l'art gupta », dans .

Histoire de l'empire de la dynastie Gupta Des origines obscures thumb|upright=0.8|Monnaie du roi Chandragupta INotice du musée. Les origines de la dynastie des Gupta sont mal connues. Leur nom de famille suggère qu'ils seraient issus de la caste des vaishya, à moins qu'ils n'aient été des brahmanes. Leur origine géographique se situerait dans l'actuel Uttar Pradesh ou dans le Magadha (le nord de l'actuel Bihar). C'est en tous les cas dans cette dernière région que les premières bases de leur puissance sont repérables. La tradition et l'inscription de Samudragupta à Prayagraj, l'ancienne Prayâga, laissent penser que Srî Gupta, le premier Gupta, régna vers la fin du et son successeur Ghatotkachagupta probablement vers le début du , tous deux portant le titre de mahârâja, « roiM. C. Joshi, « Introduction à l'art gupta », dans ; ». Ils dominent alors sans doute un territoire réduit, ancien centre de la puissance de l'Empire Maurya. Cette région, comme le reste de la plaine gangétique, est alors divisée entre différents États qui se sont partagé les dépouilles des anciennes puissances dominantes au , l'empire kouchan au nord-ouest du sous-continent et la dynastie Satavahana au centre-est.

L'expansion territoriale sous les grands empereurs Gupta thumb|upright=0.8|La reine Kumâradevî et le roi Chandragupta I sur une monnaie de leur fils Samudragupta I

Chandragupta, qui est apparemment le fils de Ghatotkachagupta, monte sur le trône vers 319-320, date qu'il choisit pour initier une nouvelle ère, celle des Gupta, même si on ne sait pas si un événement précis l'a incité à agir ainsiM. C. Joshi, « Introduction à l'art gupta », dans . Quoi qu'il en soit, il réussit un mariage politique important en épousant vers 308 Kumâradevî, une princesse Lichhavî (à ne pas confondre avec la dynastie Licchavi du Népal), issue d'un des États de son voisinage (sans doute une principauté importante du Magadha). Ce mariage est célébré par une émission monétaire qui représente le roi et la reineM. C. Joshi, « Introduction à l'art gupta », dans ; . Dorénavant maître de Pâtaliputra et allié d'une grande famille, Chandragupta s'emploie apparemment à assurer et augmenter son pouvoir en faisant la conquête du reste du Magadha, de Prayâga et de Sâketa. Il est alors le maître d'une grande partie de la vallée orientale du Gange et se donne le titre de mahârâja-adhirâja, « grand roi des rois », qui est en fait couramment employé par d'autres rois de l'époque, et pas forcément les plus puissants.

Samudragupta, succède à son père Chandragupta en 335 ; . C'est le grand artisan de la puissance de la dynastie Gupta. Il a laissé dans la tradition indienne postérieure l'image d'un roi idéal, guerrier victorieux et amateur des arts. La liste de ses conquêtes est connue par l'inscription qu'il a laissée à Prayagraj (l'ancienne Prayâga) sur un pilier érigé plusieurs siècles plus tôt par le grand souverain Maurya, Ashoka. Ce texte est un panégyrique (prashasti) qui décrit ses victoires sur différents souverains, comment il a reçu la soumission d'autres, mais aussi comment il en a épargnés pour en faire ses tributaires. On peut distinguer plusieurs degrés de soumission : il a conquis la majeure partie de la vallée du Gange, notamment le « pays des Ârya » (Âryavarta), où il procède généralement à des annexions, tandis qu'à d'autres endroits il laisse les anciens souverains en place comme gouverneurs. D'autres rois se soumettent à lui et deviennent ses tributaires après ses victoires. On retrouve parmi les rois soumis des Shakas (Saces) au nord-ouest, et certaines des dynasties importantes du Rajasthan comme les Mâlvâ et les Yaudhaya. L'autorité de Samudragupta semble reconnue jusqu'au Népal, au Pendjab, dans une partie du Deccan, et il est possible que le roi du Sri Lanka (Sinhala) ait reconnu sa suzeraineté lointaine. Mais le sud du sous-continent indien échappe à Samudragupta. Ce dernier a pratiqué un ashvamedha, ou sacrifice du cheval, pour célébrer ses conquêtes, et frappé une monnaie d'or illustrée d'un cheval commémorant cet événement. Il prend alors le titre de chakravartin, qui signifie qu'il exerce une domination universelle. Dévot de Vishnou, il fait cependant preuve de tolérance envers les shivaïtes et les bouddhistes.

L'apogée de la dynastie

Les conditions de succession de Samudragupta sont obscures, dans la mesure où les sources disponibles, des récits bien postérieurs aux faits, sont sujettes à caution. Le fils aîné Râmagupta succède à son père vers 375, comme on le voit par des monnaies frappées à son nom. Mais selon la tradition littéraire indienne, il aurait perdu un conflit contre le kshatrapa (« satrape », c'est-à-dire souverain) Shaka (ou indo-scythe) Rudrasimha III, et lui aurait livré son épouse Dhruvadevî. C'est alors son frère Chandragupta qui serait allé dans la capitale Shaka, Ujjain, où il aurait tué le souverain ennemi et ramené la reine, avant de se débarrasser de son frère qui aurait cherché à l'éliminer à la suite de cette action de gloire qui lui portait ombrage.

thumb|upright=0.8|Chandragupta II à cheval, représenté sur une monnaie d'or émise durant son règne. vignette|Pièce de monnaie figurant un archer divin sur le côté face (ici, à gauche), et la déesse Lakshmi — la Fortune — assise sur un lotus dans la posture du lotus sur le revers (à droite). Entre 380 et 415, règne de Chandragupta II.

Chandragupta II règne de 375 à 415. Sous son règne, le royaume Gupta devient encore plus puissant, et s'étend par des conquêtes et alliances matrimoniales. Il poursuit les conquêtes de son père, repoussant les frontières occidentales, défaisant les satrapes occidentaux du Mâlvâ en s'emparant du Gujarat dans une campagne qui dure jusqu'en 409. Puis il prend finalement Ujjain, la capitale principale des Shakas, vers 400, événement inscrit sur un pilier de fer monumental qui se trouve aujourd'hui à Delhi. Il soumet de même les râjas du Bengale. Chandragupta marie sa fille Prabhâvatî au roi Rudrasena II des Vakataka, dont la dynastie devient un allié des Gupta. Rudrasena mourant peu après alors que ses fils sont jeunes, Prabhâvatî exerce un temps la régence. À l'issue de ces campagnes, il est à la tête d'un empire qui s'étend d'une côte à l'autre. Chandragupta II prend le titre de Vikramâditya, « Soleil de valeur », particulièrement prestigieux dans la tradition brahmanique. Il établit une capitale à Ujjain, délaissant peut-être sa capitale originelle de Pâtaliputra, la nouvelle étant plus commode pour gérer le commerce dans le nord de l'Inde. L'empire est alors à son apogée. Bien qu'issu de campagnes guerrières, c'est un centre de civilisation important pour l'art, la littérature, la culture et la science, dont le pèlerin bouddhiste chinois Faxian qui visite le royaume Gupta sous le règne de Chandragupta II fait une description très positive.

Kumâragupta , le fils de Chandragupta, monte sur le trône en 415, après le possible règne éphémère d'un certain Govindagupta connu par un sceau provenant de Basârh dans le BiharM. C. Joshi, « Introduction à l'art gupta », dans . Il conserve l'empire et sa prospérité, au cours d'un long règne qui semble avoir été majoritairement pacifique. Il pratique le sacrifice ashvamedha à son tour. Kumâragupta a peut-être terminé son règne comme ermite dans la forêt.