Les mouvements lycéens en France trouvent leur origine dans le mouvement étudiant de Mai 68, mais aussi plus récemment avec l'émergence des premières organisations lycéennes apparaissent après le mouvement contre le projet de loi Devaquet et à la fin des années 1990. Ainsi, ces mouvements sont étroitement liés à l'existence d'une multitude d'organisations lycéennes diverses, allant des syndicats lycéens aux comités d'action lycéens (CAL).

Organisations alt=Frise chronologique des organisations et des principaux mouvements lycéens de 1966 à nos jours.|vignette|529x529px|Frise chronologique des organisations et des mouvements lycéens de 1966 à 2021. Historiquement, les mouvements lycéens ont été structurés ou organisés par différents acteurs.

Les mouvements lycéens puisent leur source dans les comités Vietnam. Ceux-ci serviront de base lors des événements de mai-juin 68 pour lancer les Comités d'action lycéens. Ces mouvements vont permettre aux lycées d'accéder à l'autonomie de parole, indépendamment des étudiants et des salariés, afin de faire entendre leurs propres revendications. Les comités d'actions lycéens (CAL) se sont développés à Paris et en Province (Nantes, Rennes, etc.).

Dans les années 70, les CAL sont absorbés par la première centrale syndicale lycéenne, l'UNCAL, alors très proche du PCF.

Parallèlement, les coordinations (lycéenne ou étudiante) sont des systèmes mis en place lors des grandes mobilisations contre des projets phares (par exemple, la loi Fillon en 2004-2005) pour permettre aux lycéens de s'organiser eux-mêmes, ce type d'organisation a pu permettre d'accroitre l'efficacité des actions, des manifestations et des revendications.

Enfin depuis la fin des années 80, et la réémergence d'un syndicalisme lycéen fragmenté, ces derniers ont pris une place importante dans l'élaboration des mouvements lycéens. Le premier, la FIDL apparaît en 1987 après les mobilisations contre le projet de loi Devaquet. L'UNEL, par la suite UNL, est né en 1994 lors du mouvement contre Loi Falloux. Ces deux organisations participent à la structuration des mobilisations contre le CIPARGEL (Lucie) et YON (Karel), « Configurations politico-syndicales et production de normes militantes. Les cadres de l'U.N.E.F. et du M.J.S. depuis les années 1970 », dans Nicolas Defaud et Aurélie Llobet (dir.), La condition politique des syndicats. Approche comparée, Paris, L’Harmattan, Coll. « Cahiers politiques », 2013.. Un syndicat SUD Lycéen, décentralisé et soutenu localement par certaines branches de l'Union syndicale Solidaires, apparaît fugacement en 2005 et contribue alors au mouvement contre le CPE. De multiples scissions contribuent également fragmentation progressive du paysage syndical lycéen. Ainsi est créé le SGL en 2009, mais disparaît une dizaine d'années plus tard. Enfin l'UNL-SD en 2016, renommé par la suite MNL, concourt à l'organisation des mobilisations contre la loi Vidal et Parcoursup (, ).

Enfin, sporadiquement et principalement en région parisienne, apparaissent des organisations lycéennes s'inscrivant dans la mouvance autonome. En 2016 avec la mobilisation contre la loi Travail, (loi El-Khomri), apparaît à Paris le MILI (Mouvement-Inter-Lycées-Indépendant). En 2019, la CLAP (Coordination Lycéenne Autonome de Paname) qui s'investit notamment dans la lutte contre la réforme des retraites. En 2023, MALA (Mouvement d'Action Lycéenne Autonome).

Mobilisations La Guerre du Vietnam et Mai 68

Les "Comités Vietnam lycéens" (CVL) de la rentrée 1966 donneront ensuite naissance aux Comités d'action lycéens en . Maurice Najman a fondé à la rentrée 1966, avec Michel Recanati, l'esquisse du premier "Comité Vietnam Lycéen" (CVL)"Maurice Najman Une figure de la génération lycéenne de Mai 68 par Ariane Chemin LE MONDE, 6 février 1999 au lycée Jacques Decour. Les lycées Turgot et Henri-IV suivent immédiatement"Lycéens en action" par Monique Crinon, Daniel Duigou, Jacques Géraud - 1970""Les lycéens, ces nouveaux hommes" par Marie-Odile Fargier et Claude-François Jullien"Mai 68" par Boris GOBILLE - 2018 - . Le Comité Vietnam Lycéen était particulièrement implanté au lycée Henri-IV"Partisans": une revue militante, de la Guerre d'Algérie aux années 68". Parmi ses militants, le futur journaliste de Libération, Nicolas Baby (militant), ou le futur ambassadeur et époux de Marisol Touraine, Michel Reveyrand-de Menthon.

Au cours de cet hiver 1966-1967, quatre futurs leaders de Mai 68 fondent les premiers "Comité Vietnam Lycéen", Joël Grymbaum au lycée Turgot, Nicolas Baby au lycée Henri-IV, Maurice Najman et Michel Recanati au lycée Jacques Decour, soutenant le Comité Vietnam national (CVN) fondé en par le mathématicien Laurent Schwartz, et organisent un meeting de plusieurs centaines de lycéens au Cinéma MongeSalle de plus de 1 000 fauteuils, qui a fermé ses portes à la fin des années 1970 pour devenir un supermarché. le autour de Jacques Decornoy, Me Léo Matarasso, avocat d'Henri Alleg, Jean-Pierre Vigier, Claude Roy, le chanteur Mouloudji et le grand reporter Roger Pic, militant PCF, qui projette son film Malgré l'escalade"Les clercs de 68" par Bernard Brillant aux Presses universitaires de France, 2015, tourné au Vietnam.

Le , Nicolas Baby, est accusé d'avoir brûlé un drapeau américain arraché à la cathédrale américaine de Paris pour protester contre la guerre au Vietnam, à l’occasion de la visite du vice-président américain Hubert Humphrey à Paris. La photographie de presse l'identifiant a été reprise partout dans le monde. Il est sanctionné par une exclusion temporaire du lycée Henri-IV, mais cette décision est ensuite reportée, face à la menace d’une manifestation d'ampleur.

Dès la rentrée 1967, des mobilisations contre « les lycées-casernes » et pour la « liberté d'expression » sont animées par de jeunes « pablistes » dissidents des Jeunesses communistes et des militants protestants de l’Alliance des Equipes Unionistes, bientôt rejoints par des militants de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Entre-temps, le mouvement anti-impérialiste a pris de l'ampleur avec 35000 militants à la journée unitaire du contre la Guerre du Viêt Nam.

« L'affaire Guiot » et la « circulaire Guichard » (1971) En , un élève de prépa du lycée Chaptal, Gilles Guiot, est arrêté alors qu'il sortait du lycée au moment d'une manifestation. Sa condamnation en flagrant délit déclenche un mouvement de protestation. C'est la première mobilisation lycéenne d'envergure après les événements de . Le principe de "coordination" est inventé à cette occasion : chaque lycée en grève se réunit en AG, chaque AG élit des délégués, qui se réunissent avec ceux des autres lycées. Après deux manifestations et un sit-in boulevard Saint-Michel au moment du procès en appel, Guiot est libéré (). En province, des mobilisations ont lieu également. À l'automne 1971, une circulaire confidentielle du ministre Guichard demandant la fermeté aux proviseurs est rendue publique. Des grèves et des manifestations n'obtiennent pas le retrait de la circulaire, mais elle ne sera que très peu appliquée.

Contre la loi Debré (1973) Alors que la loi de réforme des sursis militaires entre en vigueur en 1973, les premières feuilles de route arrivent chez des élèves de plus de 18 ans. La mobilisation lycéenne prend une ampleur inégalée, avec une coordination nationale et une grève générale. Elle touche également les étudiants et les élèves du technique. Les trois coordinations — lycéenne, étudiante, technique — animent ce mouvement fédérant toute la jeunesse. On compte manifestants dans 250 villes à deux reprises, les et . 70 % des lycées sont en grève. La loi n'est pas abrogée, mais elle est modifiée.

Contre les réformes Fontanet (1974) et Haby (1975 et 1976) Ce sont des mouvements dirigés contre des réformesRéforme de l'Éducation nationale de Joseph Fontanet en février 1974 Loi Haby (1975) prévoyant notamment la mise en place d'un « Collège pour tous », mobilisations touchant les lycées chaque printempsLa réforme Haby, Jalons INA, Journal Télévisé d'Antenne 2 du 14 mai 1975.

Contre les Stages Beullac 1979 Après les mouvements ponctuels des grèves contre l'austérité de l'automne 1978, un mouvement prend de l'ampleur contre l'introduction de stages obligatoire dans le cursus des lycéens et pour maintenir publics les conseils de classe.

Cette mobilisation est structurée par la sortie de numéros d'un journal lycéen, « les Hordes Sauvages », puis par un premier Congrès National Lycéen qui se transformera en Coordination permanente lycéenne.

Ce sera la dernière mobilisation d'ampleur de l'après-. La génération suivante sera qualifiée de « Bof génération » selon un article du Nouvel Observateur, souvenir de la Bof génération, avoir 17 ans en 1978, De la BOF génération à la LOL génération, Slate.fr Lundi 13 septembre 2010.

Contre le projet de loi Savary (1984) Cette fois, ce sont principalement les élèves des établissements privés qui manifestent contre le projet de loi Savary qui entend rapprocher les établissements publics et privés, en créant « un grand service public de l’éducation ». Le projet de loi est finalement retiré par le président François Mitterrand.

Contre la banalisation de la violence dans les établissements scolaires (1990) Le mouvement social lycéen porté par la FIDL contre la banalisation de la violence dans les établissements scolaires commence le 15 octobre et revendique un budget plus important pour les surveillants ainsi que l'augmentation du nombre de postes. Le plan de Lionel Jospin permettant d'allouer 2 milliards à la rénovation des établissements met fin au mouvement.

Contre le projet Devaquet (1986) Ce projet de loi Devaquet réformant les universités prévoyait notamment de sélectionner les étudiants à l’entrée des universités, , et de mettre celles-ci en concurrence. On dit alors de cette génération d'étudiants et de lycéens qu'elle se caractérise par leur dépolitisation. En effet, pour un grand nombre, notamment les lycéens, ils rejettent toute forme d'organisation syndicale ou politique préexistante. Très contesté dès la rentrée 1986, ce projet de loi mobilisera contre lui des centaines de milliers d'étudiants et lycéens fin novembre et début décembre organisés en coordinations lycéennes et étudiantes indépendantes des organisations existantes (ou se réclamant de l'être). Cette mobilisation et ses nombreux participants, ainsi que l'ensemble de la société française furent vivement marqués par la mort de Malik Oussekine le à la suite d'une . Le projet est retiré le .

Contre le CIP (1994) Le mouvement contre le Contrat d'insertion professionnelle (CIP) est un moment charnière dans le mouvement lycéen. Le mouvement contre le projet Devaquet de 1986 avait été suivi de la tentative de création d'un Mouvement des états généraux lycéens (MEGL) puis de la structuration de la Fédération indépendante et démocratique Lycéenne (FIDL) comme une des organisations proches de SOS Racisme dont certains de leurs cadres vont ensuite passer à l'UNEF-ID tout d'abord dans la minorité proche de la Gauche socialiste puis dans la majorité.

Le CIP fut un des éléments qui permit l'émergence de l'Union nationale lycéenne (UNL), nouvelle organisation lycéenne créée par la rencontre entre les premiers élus lycéens au CSE élus en 1993 et des lycéens engagés pour la défense du service public à travers toute la France notamment à Montpellier. Aussi, lors du mouvement lycéen contre le CIP, des représentants de l'UNL en province purent soutenir le président provisoire Samuel Gion dans ses rencontres avec le Premier ministre Édouard Balladur.

Contre les réformes Allègre (1998)

Mouvement lycéen et universitaire contre les réformes de Claude Allègre, ministre de l’Éducation du gouvernement Jospin (« Il faut dégraisser le mammouth »).

Contre la loi Fillon (janvier-mai 2005)