thumb|250px|right|La synagogue de Ludwigsbourg La synagogue de Ludwigsbourg, inaugurée en 1884 a été détruite en 1938 dans la journée qui a suivi la nuit de Cristal où la plupart des lieux de culte juif en Allemagne ont été incendiés.
Ludwigsbourg est une ville allemande du Land de Bade-Wurtemberg, dans le district de Stuttgart, au bord du Neckar, à au nord de Stuttgart. Elle compte actuellement près de .
Histoire de la communauté juive Aux Ludwigsbourg est une ville récente, qui s'est érigée à partir de 1718, quand le duc Eberhard Ludwig von Württemberg transforme le pavillon de chasse qu'il a fait bâtir en 1704 en résidence principale.
Malgré les lois d'exclusion en vigueur depuis la fin du , plusieurs Juifs et leur famille s'installent en ville dès sa création. Ce sont principalement des marchands fournisseurs du duc et qui se trouvent sous sa protection personnelle. Certains d'entre eux sont appelés Juifs de cour, comme Joseph Süss Oppenheimer (dénommé le « Juif Süss ») qui obtient l'autorisation d'acheter vers 1735 une maison à proximité du château de Ludwigsbourg. L'ancienne maison de Joseph Süss Oppenheimer, construite vers 1726, existe toujours au 18 Mömpelgardstraße.
À partir de 1800-1803, les Juifs peuvent s'installer en ville. Entre 1832 et 1849, la communauté juive de Ludwigsbourg et celle d'Aldingen am Neckar, ville distante de , sont associées. La communauté juive de Ludwigsbourg va exister jusqu'en 1941.
La communauté juive possède une synagogue, une école juive et un cimetière. En 1817, un Mikvé (bain rituel) est aménagé au sous-sol de la maison de Wolf Jordan au 18 Mömpelgardstraße et sera utilisé jusqu'en 1840. Après cette date, il n'y a plus de Mikvé à Ludwigsbourg. Un enseignant est embauché pour les cours de religion. Il conduit aussi les offices religieux et est en même temps Hazzan (chantre) et Shohet (abatteur rituel). La communauté dépend depuis 1832 du rabbinat de district de Stuttgart.
Au , les familles juives vivent principalement du commerce et de l'artisanat. Elles contribuent également de façon importante à l'industrialisation de la ville. Le maître-tisserand Benedikt Elsas installe à Ludwigsbourg une des premières usines textiles, qui emploie dans les années 1880, 70 à . Cette usine restera propriété de la famille jusqu'à son expropriation par les nazis. Max Elsas (1858-1942) qui la dirige depuis 1918, a été membre du conseil municipal pendant de nombreuses années et maire de Ludwigsbourg pendant la Première Guerre mondiale. Il est assassiné au camp de concentration de Theresienstadt. Une rue de Ludwigsbourg porte son nom. Le pianiste Sigmund Lebert (1821-1884), né Samuel Levi est né à Ludwigsbourg.
Le et la fin de la communauté juive Le plus grand nombre de citoyens juifs à Ludwigsbourg est atteint en 1900 avec soit environ de la population totale. En 1933, à l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, on compte , auxquels viendront se rajouter par la suite . Dès lors, les Juifs sont soumis à des brimades et à une isolation sociale et économique grandissante. Dans la journée suivant la nuit de Cristal, du au , la synagogue est incendiée et de nombreux magasins appartenant à des Juifs sont pillés et saccagés. Le soir même, des hommes juifs et aussi des femmes sont arrêtés et rassemblés dans le « Blockhaus » (l'ancienne prison des femmes). Ils sont ensuite transférés dans les camps de concentration de Welzheim et de Dachau.
Les Juifs sont forcés de fermer leurs commerces et entreprises, ou de les vendre à des non-juifs. Jusqu'en 1941, date à laquelle commencent les premières déportations, au moins réussissent à émigrer, dont la moitié vers les États-Unis. être déportés dans les camps d'extermination et seulement quatre d'entre eux survivront.
En 1958, le Zentrale Stelle der Landesjustizverwaltungen zur Aufklärung nationalsozialistischer Verbrechen (Service central d’enquêtes sur les crimes nationaux-socialistes) est installé à Ludwigsbourg.
Histoire de la synagogue Les premières salles de prière Les Juifs de cour installent dès le une salle de prière. En 1739, il est mentionné que les Juifs ont aménagé une pièce « comme une synagogue ». On ignore où se trouvait cette salle. Cette salle devait servir aux offices du chabbat et des jours de semaine, ainsi que pour les grandes fêtes. Les cérémonies comme les Brit milah (circoncisions), les Bar-Mitzvah ou les mariages ne sont autorisées que de façon occasionnelle et avec une permission spéciale. En règle générale, elles sont célébrées à Aldingen ou à Freudental.
En 1817, une salle de prière est mentionnée, située probablement dans la maison de Wolf Jordan, l'ancienne maison du « Juif Süß », au . En 1824, Wolf Jordan demande l'autorisation à la ville de bâtir une dépendance dans la cour de sa maison avec une pièce chauffée et une salle de prière non chauffée. Après l'accord de la ville, et l'aménagement des lieux, Wolf Jordan loue la synagogue à la communauté juive. En 1832, la synagogue est décrite comme « belle, spacieuse et entièrement équipée ». À côté de la salle de prière, se trouve une salle de classe pour l'éducation religieuse des enfants juifs, qui en dehors des heures de cours est utilisée comme habitation pour l'enseignant. À partir de 1848, la famille Jordan met gracieusement la salle de prière à disposition de la communauté.
À compter du 1er septembre 1883, des questions d'héritage mettent fin à l'utilisation de la synagogue des Jordan. À la suite de cela, Rebekka Elsas, la veuve de Benedikt Elsas, propriétaire de l'usine textile, décédé en 1876, met à disposition de la communauté à titre provisoire, une pièce dans sa maison au , pour les offices religieux. L'ancienne synagogue des Jordan est d'abord utilisée comme entrepôt pour des fournitures militaires, puis quelques années plus tard comme écurie et fenil, avant d'être démolie en 1919-1920.
En 1863, la communauté de Ludwigsbourg introduit la liturgie de Stuttgart Journal Allgemeine Zeitung des Juventus du , avec des prières et des chants en allemand accompagnés à l'harmonium. thumb|180px|right|Plan d'élévation de la synagoguePhotos provenant de Stadtarchiv Ludwigsburg
Construction d'une nouvelle synagogue thumb|180px|left|Plan du rez-de-chaussée de la synagogue En 1876, une Association pour la construction d'une synagogue est créée à Ludwigsbourg. Grâce aux fonds recueillis, il est possible d'acheter en , un terrain de et , situé « dans la partie extérieure du Seegärten » (au coin de l'Alleenstraße et de la Solitudestraße) au prix de .
L'entrepreneur Paul Baumgärtner et son fils Fritz dessinent les plans de la nouvelle synagogue. En , les plans sont approuvés par les autorités religieuses juives et le , sont données les premiers coups de pioche. Le financement de la synagogue est une charge lourde pour la communauté qui se compose à l'époque de , correspondant à environ . Ce n'est qu'avec l'aide d'un prêt, remboursable en que la communauté peut réunir les nécessaires à la construction. L'État pour sa part, va fournir à la communauté une contribution Magazine Der israelit du de .
La synagogue est inaugurée le : Journal du . Une procession solennelle défile de l'ancien lieu de prière temporaire dans la Marstallstraße à la nouvelle synagogue. Le rabbin du district, Moses von Wassermann de Stuttgart préside la consécration.
Pendant plus de cinq décennies, la synagogue va rester le centre spirituel et religieux de la communauté juive de Ludwigsbourg. La synagogue ne subit pas de modifications ni de restaurations importantes pendant cette période. Dans les années 1920, le toit reçoit une nouvelle couverture en ardoise. Au printemps 1934, dans la perspective des fêtes du jubilé de la synagogue, l'intérieur de la synagogue, à l'exception de la voûte de la coupole, subit une rénovation. Les cinquante ans de la synagogue sont fêtés le dès l'office du matin, avec un sermon prononcé par le rabbin Tanzer de Göppingen, dans la synagogue décorée de nombreuses plantes. L'enseignant principal Metzger récite les prières tandis que le chœur de la synagogue accompagne l'office, suivi par de nombreux hôtes étrangers.
Description de la nouvelle synagogue La synagogue de Ludwigsbourg est un bâtiment typique de l'architecture historiciste, populaire au chez les bâtisseurs de synagogues. Le bâtiment essentiellement de style roman (Rundbogenstil) possède aussi des éléments de style mauresque, principalement au niveau de l'abside. Le bâtiment est massif, orienté d'ouest en est, sur plan carré à deux niveaux, avec au rez-de-chaussée la salle de prière réservée aux hommes et à l'étage deux galeries pour les femmes. Sur le côté ouest, une extension sur un seul niveau sert de vestibule.
D'après les documents fournis lors de la demande d'autorisation de construction, le bâtiment à une longueur totale d'environ sur une largeur d'environ . Du sol jusqu'à la base du paratonnerre situé sur la lanterne, la hauteur est approximativement de , dépassant ainsi les maisons avoisinantes, conformément aux prescriptions religieuses. Les façades du bâtiment sont segmentées verticalement par des lésènes et des avant-corps. Comme décoration horizontale, les façades sont divisées à mi-hauteur par une moulure double en grès de couleur brun clair. La base de la construction en pierre de taille est aussi en grès brun clair. La surface des murs extérieurs est de couleur jaune clair tandis que les éléments de séparation sont en briques rouges.
Le rez-de-chaussée de la synagogue, ainsi que la tour carrée sur laquelle repose la lanterne et la lanterne elle-même sont percées de fenêtres à arc plein cintre, tandis que le premier étage de la synagogue est percé de petites et grandes fenêtres rondes à remplage multilobé.
Les Tables de la Loi avec le texte des Dix Commandements situées au-dessus du pignon sont parfaitement visibles aussi bien de l'Alleenstraße que de la Solitudestraße. La synagogue possède deux entrées avec des portails à pignon finement décoré. Par l'entrée côté ouest, on pénètre dans le vestibule qui donne sur la salle de prière pour les hommes et sur la salle de classe où se donne l'enseignement religieux. La salle de prière possède pour les hommes ainsi que réservés pour les enfants. Les deux galeries au premier étage permettent d'accueillir .
L'orgue, adapté au style de la synagogue est l'œuvre du facteur d'orgue Eberhard Friedrich Walcker de Ludwigsbourg. Il a été acquis à la suite d'une donation de la famille Elsas et de leurs parents habitant Stuttgart et Cannstatt.
Liste des officiants L'officiant est en même temps enseignant, Hazzan (chantre) et Shohet (abatteur rituel). 1816-1830 : Bär Jacob Berlinger de Berlichingen 1830-1834 : Leopold Nathan Hofheimer de Laupheim 1834-1878 : Salomon Kahn de Nordstetten 1878-1908 : Abraham Schmal de Laupheim 1908-1924 : Alexander Adelsheimer de Jebenhausen 1924-1939 : Samuel Metzger de Berlichingen
1938 : Pillage et incendie de la synagogue