thumb|Johannes Gutenberg, inventeur de la presse mécanique à caractère alphabétique mobile métallique à partir de 1450.
L'imprimerie est un ensemble de techniques permettant la reproduction en grande quantité, sur support matériel, d'écrits et d'illustrations, cela afin d'en permettre une distribution de masse. Généralement, on utilise des supports plans et la matière la plus utilisée est le papier ou le textile.
Ces techniques forment ce que l'on appelle communément la chaîne graphique. Elles vont de la composition des textes au façonnage (reliure, pliure, brochure…) en passant par le traitement des illustrations (photogravure), la relecture puis l’impression. L'expression « industries graphiques » est apparue après la Seconde Guerre mondiale pour remplacer le terme « imprimerie », trop général.
Histoire
L'histoire de l'imprimerie est étroitement liée au développement de l’humanité et de la culture. Depuis que les humains ont développé leurs moyens d'expression (représentations artistiques, théâtre…), ils ont cherché à pérenniser leurs œuvres et à les diffuser.
Des scribes dans l'Égypte antique, qui gravaient sur la pierre et écrivaient sur papyrus, aux moines copistes médiévaux, qui passaient leurs journées à reproduire des œuvres en les recopiant à la main, l'homme a régulièrement essayé d'automatiser ces moyens de copie. L’imprimerie permet ainsi une diffusion rapide et à moindre coût du savoir. Elle permit à ses premiers inventeurs, les Chinois, de diffuser le bouddhisme, l'écriture et l'essentiel de la culture chinoise (musique, peinture, calligraphie, architecture, textile, etc.), en Corée, puis au Japon.
En Extrême-Orient vignette|Tissu imprimé trouvé dans la tombe de Mawangdui, , dynastie Han. vignette|Sūtra du Diamant, 868, Dunhuang, province de Gansu (Chine).
On a retrouvé dans la tombe de Mawangdui, , dynastie Han, à Changsha, un tissu avec des motifs répétés par impression, auxquels sont ajoutés manuellement des dessins en peinture.
Xylographie
La xylographie a été pratiquée dès le en Chine. Les plus anciens xylographes ont été découverts : en Chine, en 642 : une peinture datée de cette année-là dans la grotte , des grottes de Mogao, à au sud-est de Dunhuang, représente des fidèles regardant avec des lampes, sept images similaires aux impressions trouvées dans la grotte , datées de la seconde moitié du , imprimées en xylographie à l'encre sur papier. Elles représentent un bouddha portant un bol dans ses mains, faisant penser au bouddha de la médecine, Bhaisajyaguru, mais pouvant également être Shākyamuni. Entre 650 et 670 : un exemplaire du Dharani sutra, découvert en 1974 à Xi’an, la capitale de la dynastie Tang, au Shaanxi Jixing Pan, , in , 1997, , , , .. Un second daté de 690 à 699 reproduit le Snddharma pundarik ; en Corée, entre 704 et 751 : le Dharani sutra de la lumière pure, de , découvert en 1966, au temple de Bulguksa, à Kyongju. ; au Japon, entre 764 et 770 : une autre version du Dharani sutra, imprimé en chinois à un million d’exemplaires, de généralement , avec d’autres prières et scellé dans de petits stûpa en bois par l’impératrice Kōken, appelé aussi Hyakumantō Darani. Plusieurs centaines de ces petits documents nous sont parvenus ; en Chine : au : Wang Jie imprime le Sūtra du Diamant, rouleau de cinq mètres daté de 868, livre sacré bouddhique illustré, trouvé en 1907 dans les grottes de Mogao et conservé à Londres (). Le colophon précise que l'ouvrage a été réalisé (soit le ), au : impression xylographique polychrome sur un thème bouddhiste, dans la province du Shaanxi, , pendant la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes (907-960), un des pionniers de l'impression privée de livres, avec des ouvrages tels que Wen Xuan (), (), ()Musée de l'imprimerie de Chine., au : sous la dynastie Song du Nord, sont imprimés les billets de banque, appelés jiaozi, les plus anciens connus. La plus ancienne publicité, imprimée à partir d'une plaque de bronze, date également de cette dynastie, à partir de 1150 : des billets de banque sont imprimés par la dynastie Jin qui contrôle le nord-est de la Chine. À partir de 1200, Gengis Khan commence ses raids sur la dynastie Jin et les Mongols empruntent les techniques chinoises, dans la Dynastie des Xia occidentaux (ou empire tangoute, 1032-1227, également détruit par Gengis Khan), l'impression en bois était utilisé pour l'écriture tangoute. On en a retrouvé différents exemplaires à Tourfan, Dunhuang et Kara-Khoto, au : Chabi, épouse de Kubilai Khan, empereur mongol de la dynastie Yuan, gouvernant la Chine depuis Pékin, favorise l'imprimerie en tibétain ; empires turcs : l'empire ouïghour (alors principalement manichéen, mais aussi chrétien (nestorien)), déplacé à Tourfan au , imprimait. On a retrouvé des mots mobiles, dont on a retrouvé certains exemplaires à Dunhuang, mais il n'est pas facile de déterminer lorsqu'un imprimé utilise ces caractères mobiles ou des plaques de bois, dans les autres empires turcs, au , gouvernant des étendues allant du Pacifique jusqu'au Nil, dont certaines gouvernaient en Chine (durant 3 brèves dynasties, allant de 923 à 951, originaires de Hami), à Bagdad ou encore au Caire. On retrouve des impressions datant de ces empires à Tourfan et en Égypte au , à l'époque des xylographies de Fêng Tao, de Dunhuang. Les numéros des pages inscrites en petit en Chinois dans ces cas, comme dans le cas des écrits de ces époques en sanskrit, indiquent une probable origine chinoise ; empires mongols et expansion vers l'Europe : Gengis Khan a fait adapter le vieux ouïghour, par Tata Tonga (ou toto) à la langue mongole. L'empire ouïghour devient un important allié des Mongols comptant pour un nombre important de leur troupes. Leurs techniques d'impression, ainsi que celles des chinois sont ainsi connues. Les sceaux de différents empereurs mongols, gravés par des chinois, sont imprimés sur 2 rouleaux vers l'Europe de l'Ouest au : une lettre de Guyuk envoyée à en 1246, conservée aujourd'hui au Vatican, et une lettre envoyée par Arghoun à en 1289, conservée aux archives nationales à Paris.
Impression manuelle vignette|Plaque en poirier (en haut) pour la xylographie traditionnelle, brosse à encrer et frotton pour l'impression au Musée de l'imprimerie de Chine. Les presses mécaniques n'étaient pas utilisées avant l'importation de presses européennes : l'impression se fait manuellement, la matrice gravée est enduite d'encre à l'aide d'une brosse ressemblant à un gros blaireau, en Chine. La page est ensuite imprimée manuellement, en frottant le verso de chaque feuille avec l'outil approprié : en Chine, on utilise une sorte de petite poutre en bois, entourée de tissu et poussée le long de la feuille, permettant une poussée relativement égale sur toute la largeur. Ce procédé est encore utilisé au dans les manufactures de livres ; au Japon, on utilise le baren, un disque plat, avec une poignée tressée, fait traditionnellement de feuilles de bambou (aujourd’hui de plastique), permettant une pression relativement homogène. Ce procédé est encore utilisé dans les estampes artisanales.
Caractères mobiles Les Chinois ont été les premiers à utiliser les caractères mobiles, au . Cette technique leur permit de conserver fidèlement les traditions culturelles en accélérant les procédés de mise en page des textes par la réutilisation des caractères, plutôt que de graver toute une planche à chaque page. L'inventeur chinois, Bi Sheng, employa dès 1040 des caractères mobiles en terre cuite.
On a retrouvé, sur le Xiang de Xinhua (), municipalité de Wuwei dans la province du Gansu, un document de la dynastie des Xia occidentaux, imprimé en caractères mobiles en argile datant du milieu du Musée de l'imprimerie de Chine, voir photo ci-dessous)..
On a retrouvé dans les grottes de Mogao, également dans le Gansu, des caractères mobiles en bois utilisés pour l'alphabet ouïghour datant du au siècle. Ce sont les plus anciens exemplaires de caractères mobiles jamais découverts.
Les caractères mobiles en métal ont vu le jour en Corée vers 1234, inventés par Choe Yun-ui. Le plus ancien exemplaire encore existant de livre imprimé à partir de caractères mobiles métalliques date de 1377 (donnée dans le colophon. Il s’agit du Jikji, traité sur le bouddhisme dont le second volume (le premier volume a été perdu) est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
En 1467, la technique commence à devenir plus usuelle, on l'utilise pour éditer un roman, (Jian Deng Yu Hua), écrit quelques années plus tôt par Li Changqi (, 1376-1452). Elle reste cependant trop coûteuse en raison du nombre d'idéogrammes, les imprimeurs privilégiant les tablettes xylographiques.
À la suite de leur tentative d'invasion de la Corée, les Japonais découvrent les techniques d'impression par caractères mobiles. Plusieurs entreprises d'édition voient alors le jour dans l'archipel nippon.. Dans le même temps, les missionnaires jésuites impriment eux aussi divers livres en japonais et les diffusent depuis Nagasaki et Amakusa, principalement à caractère religieux, mais aussi quelques œuvres littéraires comme les fables d'Ésope. Les Japonais reviennent cependant à la xylographie, abandonnant ainsi les caractères mobiles, vers le milieu du et ce pendant deux siècles.
L'invention des caractères mobiles influence la forme des écritures : des polices dites d'imprimerie pour les écritures précédemment existantes, voire des écritures entièrement nouvelles, sont mises au point pour que chaque caractère entre dans le cadre d'une forme mobile de forme constante (exemples ci-dessous).
Expansion vers l'ouest avec les Mongols vignette|Impression de la dynastie Yuan en caractères hanzi (Han) et 'phags-pa (mongols).
En 1207, les Mongols, dirigés par Gengis Khan, transportent et utilisent du matériel d'imprimerie xylographique lors de leurs conquêtes.
En 1269, en Chine, sous le règne de Kubilai Khan de la dynastie Yuan (mongole), celui-ci demande au gouverneur du Tibet, Drogön Chögyal Phagpa, qu'il a mis en place, de lui créer l'écriture phags-pa carrée, s'inspirant de l'écriture tibétaine elle-même dérivée de l'écriture indienne brahmi. Jusque-là, les Mongols utilisaient une écriture dérivée de l'alphabet syriaque, introduite par l'écriture ouïghoure, ligaturée. Cette nouvelle écriture permet alors de diviser en blocs carrés la langue mongole et de l'adapter aux caractères mobiles. Les Coréens suivront peu de temps après en passant des caractères han à une version simplifiée des caractères phags-pa, l'écriture hangeul.
Entre 1274 et 1291, le voyageur italien Marco Polo séjourne pendant dix-sept ans à la cour de Kubilai Khan. Il y apprend la culture et les techniques chinoises et mongoles.
En 1294, Mahmud Ghazan Khan, gouverneur mongol en Perse, fait imprimer en xylographie, à Tabriz, des sortes de billets de banque où figure en haut le caractère chinois 钞 (chāo, signifiant « billet »)《中国科学技术的西传及其影响》, Transmission et influence des sciences et techniques de Chine en Occident, de Han Qi (韩琪), ..
Les Mongols utilisaient la xylographie notamment pour des édits, mais les traces de ces documents sont rares. Ils utilisent notamment l'écriture phags-pa carrée, reprenant en cela les principes de l'écriture chinoise.
En 1313, en Chine, Wang Zhen décrit dans son Livre de l'agriculture un système de caractères mobiles en bois, utilisant une roue.
Au Tibet, alors sous administration de l'Empire mongol, une des plus anciennes impressions xylographiques connues est le « » de Longchen Rabjampa , 1308 - 1363), reproduction du livre en tibétain avec introduction en anglais.
Dans le monde musulman vignette|Impression xylographique du Coran (Égypte), . Des impressions datant de 900 à 1350 ont été découvertes par des archéologues en 1880, au Médinet el-Fayoum, en Égypte...