La ou printemps érable (par calembour avec « printemps arabe ») désigne l'ensemble des événements, mouvement sociaux et perturbations induits par une grève étudiante générale et illimitée dans les établissements d'enseignement supérieur québécois du au . Cette grève étudiante, la plus longue et la plus imposante de l'histoire du Québec et du Canada. ., est une réponse à l'augmentation projetée des droits de scolarité universitaires pour la période 2012 à 2017 dans le budget provincial 2012-2013 du gouvernement du Parti libéral de Jean Charest. L'élection du gouvernement péquiste de Pauline Marois, le , et l'annulation par décret de la hausse des droits de scolarité entraînent de facto la cessation du conflit.

Ce sont les fédérations d'associations étudiantes québécoises, la CLASSE, la FECQ et la FEUQ, qui coordonnent la grève. Outre la grève des cours, les principaux moyens de pression sont les manifestations dans plusieurs villes du Québec, l'érection de piquets de grève autour des établissements d'enseignement en grève et les « manifestations nationales » des , et à Montréal, et du à Montréal et Québec. S'ajoutent à ces actions concertées les nombreuses démonstrations d'appui populaire comme les marches et les « concerts de casseroles » au Québec, au Canada et à l'étranger.

Devant la persistance du conflit, l'Assemblée nationale du Québec adopte le projet de loi 78, qui devient la loi 12, le . La loi a pour effet de suspendre les cours dans les établissements d'enseignement en grève jusqu'à la fin du mois d'août. Elle pose des conditions à l'organisation de manifestations de plus de et interdit toute forme d'entrave à la reprise des activités d'enseignement.. Dénoncée par le Barreau du Québec, Amnistie Internationale et le Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies, la loi 12 est abrogée par décret par le gouvernement péquiste le .

À l'image de la grève de 1968, cette grève a vu naître de futurs politiciens. Du côté des principaux représentants étudiants, Léo Bureau-Blouin fut député du Parti québécois de 2012 à 2014 et Martine Desjardins candidate pour ce même parti en 2014. Gabriel Nadeau-Dubois est devenu co-porte-parole de Québec solidaire en 2017 et député de ce parti la même année. Du côté des carrés verts, Laurent Proulx a été conseiller municipal à la ville de Québec de 2013 à 2017 pour le parti Équipe Labeaume.

Dénomination

Plusieurs expressions furent utilisées pour nommer ce mouvement social québécois de contestation en 2012, dont surtout, dans les journaux québécois et internationaux : « grève étudiante », « conflit étudiant », « crise étudiante », « printemps 2012 », « printemps étudiant » et, de façon poétique, « Printemps québécois ». ainsi que « Printemps érable ». ., évoquant le Printemps arabe et la montée printanière de la sève d'érable, un symbole culturel québécois.

L'expression « grève étudiante » est critiquée, voire rejetée par les membres du gouvernement Charest, et remplacée par « boycott étudiant ». Selon eux, les actions menées par le mouvement étudiant ne peuvent être qualifiées de « grève » en vertu des dispositions du Code du travail du Québec. Selon la loi, seuls les travailleurs syndiqués bénéficient d'un « droit de grève » reconnu par la loi et ce droit de grève ne peut être exercé que pour la négociation d'une convention collective« Le premier ministre Charest « encourage » la violence, dit la FECQ »..

Enseignement supérieur québécois avant la grève

thumb|upright=0.8|Édifice Marie-Guyart, siège du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec.

Au Canada, selon lArticle 93 de Loi constitutionnelle canadienne de 1867, l'éducation est une compétence exclusivement provinciale« Gouvernement provincial », dans L'Encyclopédie canadienne.. Au Québec, c'est le gouvernement du Québec qui est chargé de la gestion et du financement des universités québécoises.

Avant les années 1960, c'est le Département de l'Instruction publique, contrôlé par l'Église catholique, qui est chargé de l'éducation dans la province. L'éducation universitaire est alors réservée aux élites fortunées : seulement 3 % des jeunes francophones et 11 % des jeunes anglophones ont accès aux études universitairesMusée McCord, « L'éducation au Québec, avant et après la réforme Parent ».. La Réforme Parent, au cours des années 1960, entraîne la création du Ministère de l'éducation du Québec et facilite l'accès aux universités québécoises.

Droits de scolarité Au Québec thumb|left|upright=1.0|Graphique illustrant la croissance droits de scolarité universitaire annuels au Québec depuis 1968 (en $ CAN). Les bandes verticales en rouge indiquent les périodes de gouvernements libéraux ; celles en bleu, des péquistes.

En 1968, les droits de scolarité des universités publiques du Québec sont établis et fixés à par an. Le , le Canada adhère au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels dont l'article 13 stipule que : Le gel des frais de scolarité perdure jusqu'en 1990. Ils triplent pour atteindre par an lors du deuxième gouvernement de Robert Bourassa. Les frais sont gelés à nouveau de 1994 à 2007. En 2007, le gouvernement de Jean Charest décide d'appliquer une nouvelle augmentation des droits de scolarité de sur , les faisant passer à par année.

Le , le gouvernement de Jean Charest, dans son dépôt budgétaire, exprime sa décision d'augmenter les droits de scolarité de sur , pour les faire passer à par année. Selon la FEUQ et la FECQ, en y additionnant les frais afférents exigés par les universités, la facture étudiante totale avoisinerait ainsi annuellement, en 2016, les ..

Contexte hors du Québec Au Canada

En 2011, le Québec est la province canadienne avec les droits de scolarité universitaires les plus bas ; ils se chiffrent à CAN par année. soit 53 % en deçà de la moyenne canadienne qui se chiffre à CAN.

En 2011, c'est l'Ontario qui est la province où les frais de scolarité sont les plus élevés au Canada; les frais annuels s'y élèvent à plus de CAN. Elle est suivie des provinces maritimes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse à CAN et CAN respectivement..

De 2010 à 2011, l'ensemble des provinces canadiennes, à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador, ont augmenté leurs droits de scolarité de 4,3 % en moyenne.

Au sein de l'OCDE

Les États-Unis est le pays de l'OCDE où les frais de scolarité universitaires sont les plus élevés en moyenne. Depuis la fin des années 1970, les frais de scolarité y ont augmenté de 1120 %; dont 15 % entre 2008 et 2010Dominique Mosbergen, « Cost Of College Degree In U.S. Has Increased 1,120 Percent In 30 Years, Report Says », Huffington Post, 15 août 2012.. Le Royaume-Uni a connu d'importantes hausses des droits de scolarités, particulièrement en Angleterre et en Irlande du Nord, au cours des années 2000; les droits ont passé de à de 2006 à 2010« Q&A: Student fees », BBC News, 9 juillet 2012.. En 2010-2011, le pays a connu une vague de protestations étudiantes. L'Écosse, pour sa part a maintenu la gratuité scolaire et le pays de Galles ses droits à .

En 2008-2009, les pays de l'OCDE d'Asie et d'Océanie, la Corée du Sud, le Japon et l'Australie ont des droits de scolarité plus élevés que la moyenne canadienne à US, US et US respectivement. La Nouvelle-Zélande pour sa part est en deçà de la moyenne canadienne mais au-dessus de la moyenne québécoise à US. La majeure partie des pays d'Europe continentale et scandinaves offre la gratuité scolaire ou de faibles droits de scolaritéMathieu Perreault, « Droits de scolarité élevés: le Québec déjà dans les premiers », La Presse, 4 mars 2012.. Au Danemark, en plus d'avoir accès à l'université gratuitement, les étudiants universitaires reçoivent, en 2012, l’équivalent d'un peu plus de 480 $US/mois lorsqu'ils demeurent chez leurs parents et un peu plus de 975 $US/mois lorsqu'ils demeurent seuls. La gratuité scolaire est également en vigueur au Mexique. Au Chili, les droits de scolarités universitaires avoisinent les CAN par années soit un peu moins que la moitié du revenu annuel d'un ménage chilien moyen; chiffré à l'équivalent de CAN« Quebec student protesters should look to Chile for a little perspective », The Globe and Mail, 3 juin 2012.. Le Chili fut l'hôte de grandes manifestations étudiantes en 2011.

+ Droits de scolarité annuels moyens pour les universités publiques des pays de l'OCDE (2008-2009). Pays/Région Frais annuels (USD) Pays/Région Frais annuels (USD) Pays/Région Frais annuels (USD) Pays/Région Frais annuels (USD) 879 Gratuité 853 Gratuité sauf Écosse (Fr)599 Gratuité 190 (minimum) Gratuité Gratuité Gratuité   . Gratuité Gratuité

Contexte socio-économique des étudiants thumb|upright=1.2|Les 17- (en rouge) sont le groupe d'âge majoritaire dans les universités et collèges du Québec en 2012

En 2009-2010, on compte approximativement postsecondaires au Québec ; et universitaires. (soit l'équivalent à universitaires à temps plein.).

Selon les prévisions des effectifs universitaires sur du Ministère de l'Éducation du Québec, l'équivalent d'étudiants universitaires à temps plein augmente, à partir de 2010, de 10 % pour plafonner en 2014-2015 à temps-plein pour ensuite entamer une longue et faible décroissance de 10 % jusqu'en 2025.

Selon une étude commandée en 2010 par la FEUQ, la moitié des étudiants universitaires vivent avec moins de CAN par année; un quart avec moins de CAN par année. Selon l'étude, une majorité d'étudiants font appel au crédit privé et le quart des étudiants travaillent plus de par semaine en plus des études.. L'étude indique aussi que 60 % des universitaires à temps plein prévoient entre CAN et CAN de dettes étudiantes à la fin de leurs études.. En 2010, Statistique Canada a établi que s'endetter pour étudier a des conséquences à long terme et que l'augmentation de plus de 200 % des droits de scolarité entre 1995 et 2005 a fait passer de 49 % à 57 % la proportion des étudiants qui s'endettent pour étudier..

Aussi, selon un sondage commandé par le Conseil du patronat du Québec en 2010, 56 % des étudiants possèdent une voiture personnelle, 70 % dépensent par mois en moyenne pour l'accès à l'internet..

Contexte économique des établissements d'enseignement supérieur

Gestion universitaire thumb|Les charpentes de l'îlot Voyageur surplombant la Gare d'autocars de Montréal en 2012 En 2010, Daniel Zizian, directeur général de la CRÉPUQ, déclare que les dérives immobilières ne sont pas généralisés ; les universités furent les plus importants promoteurs immobiliers du Québec au cours des années précédentes..

Besoins de l'administration universitaire

Dès 2009, l'Université du Québec à Montréal anticipe des hausses des frais institutionnels obligatoires et des droits de scolarité de par année dans sa planification financière jusqu'en 2015-2016, afin d'appuyer son plan de relance, après l'échec de son développement immobilier à l'îlot Voyageur en 2007..

Dans une entrevue qu'il accordait au quotidien montréalais Le Devoir en , le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, jugeait que les universités n'avaient d'autre choix que , compte tenu de leurs lourds déficits. Selon lui, il faudrait que ces droits soient augmentés de par année pour qu'ils atteignent la moyenne canadienne, avouant toutefois qu'il s'agit de quelque chose qui n'est pas réalisable. Le recteur dit toutefois que la hausse est inévitable mais .

Au début de , la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), indique que les universités du reste du Canada peuvent compter annuellement sur de plus que les universités du Québec; la conférence veut « améliorer l'expérience étudiante » sans toutefois lister ces améliorations. Le , la (CREPUQ) propose à la ministre de l'Éducation du Québec une hausse de à en cinq ans jusqu'en 2014- 2015..

Augmentations de frais spécifiques avant la grève