La révolution de Mars 1848 dans les états allemands a eu de nombreuses répercussions sur l'histoire allemande. Elle est entre autres le point de départ du mouvement ouvrier et du mouvement féministe dans les états allemands. L'échec du parlement de Francfort, l'échec de la démocratie, fait prendre aux états allemands une voie différente de celle qu'ont empruntée les autres pays occidentaux comme les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Dans la théorie de la Sonderweg (« voie à part »), cette divergence explique l'apparition du nazisme.

Le regard des États allemands, des historiens et de l'opinion publique a été très changeant sur la révolution. Ainsi directement après les événements le royaume de Prusse interdit toute commémoration. L'Empire allemand se considère être le descendant de la révolution mais s'éloigne dans de grande proportion des idéaux révolutionnaire. Les États suivants : république de Weimar, Troisième Reich, RDA et la RFA se considèrent tous comme les héritiers de la révolution tout en y associant concept et des valeurs très éloignées les unes des autres.

Mouvement ouvrier et d'émancipation Les nouveaux mouvements réclamant une émancipation, en particulier le mouvement ouvrier et le mouvement féministe n'ont pas eu un poids important dans la révolution. Ils n'étaient pas directement représentés au parlement, tout au plus la gauche libéral-démocrate bourgeoise défendait leurs intérêts. La révolution a cependant fortement influé sur leur développement.

Mouvement ouvrier

La révolution a vu l'apparition de structures et d'institutions qui ont résisté à la répression de la période de réaction qui l'a suivie : ainsi le à Berlin, sur initiative de l'écrivain Stephan Born, la (fraternité générale des travailleurs allemands) fut fondée. C'était la première organisation travailleuse qui s'étalait sur plusieurs régions en Allemagne, elle a notamment eu un rôle important dans l'émergence des syndicats.

Si ces communistes sont encore peu nombreux, la peur qu'il créent pousse à la réaction parmi les propriétaires.

Avant 1860, on ne peut pas vraiment parler d'un prolétariat conscient de soi-même. Karl Marx n'a en 1848 que peu d'influence. Toutefois les ouvriers et les artisans avec les bourgeois forment l'essentiel des révolutionnaires qui montent sur les barricades. Le divorce entre bourgeois et travailleurs est une des principales causes de l'échec de la révolution.

Les radicaux-libertaires (), association rassemblant les anarchistes se développa en prenant une direction proche du socialisme. Dans les années 1870, un conflit éclata au sein de l'association internationale des travailleurs, la première internationale, entre socialistes anarchistes menés par Mikhaïl Bakounine et les marxistes menés par Karl Marx. Cette discorde mena à la dissolution de la première internationale en 1876.

Féminisme

En ce qui concerne les féministes, le la journaliste et avocate du droit des femmes Louise Otto, plus connu sous le nom de Louise Otto-Peters, fonda le journal politique (le journal des femmes), où elle appelait au regroupement des ouvrières au sein d'association en suivant le modèle des hommes afin de défendre leurs intérêts.

Les femmes participent aux événements révolutionnaires et commencent à s'organiser.

Si leur rôle reste marginal, les femmes participent à la révolution. Soit en s'intéressant à la politique, comme l'atteste le fait qu'une partie des estrades pour les spectateurs du parlement de Francfort sont réservées aux femmes, soit directement comme , la femme de Gustav, Carola Lipp, Mathilde Franziska Anneke ou Emma Herwegh. Elles sont aussi actives dans les associations, bien que leurs interventions soient souvent dénigrées par les hommes présents.

Lors de la révolution de Mars l'égalité homme/femme est revendiquée par les libéraux.

Conséquences sur le mouvement démocrate et libéral en Allemagne Le rétablissement de la liberté associative en Allemagne a pour conséquences la formation de nombreuses associations, politiques notamment. Elles peuvent être classée en : associations ouvrières, démocratiques, constitutionnelles, catholiques et groupes d'intérêt citoyens, celles conservatrices sont peu développées. Les premières rassemblées dans la fraternité générale des travailleurs allemands fondée le à Berlin, sur initiative de l'écrivain Stephan Born sont au nombre de 170, pour un total de membres au début de 1849. C'était la première organisation travailleuse qui s'étalait sur plusieurs régions en Allemagne, elle a notamment eu un rôle important dans l'émergence des syndicats. Les associations démocratiques, aussi dites , sont à leur apogée environ 200 pour membres. Début 1849, elles se rassemblent pour former l'Association centrale de Mars qui en mars compte 950 associations et adhérents. Les associations constitutionnelles, aussi dites , rassemblent les libéraux. Elles sont moins importantes en nombre d'adhérent que les associations populaires, leur association nationale rassemblent ainsi en 160 associations locales. Les associations catholiques, dites aussi , sont aussi très répandu dans le seul Bade, il y 400 associations pour membres. Enfin, les groupes d'intérêt corporatistes sont naissants.

Une période de réaction suivit directement la révolution, marquée par les procès contre les démocrates et les communistes, la censure, le contrôle de l'administration. Elle laissa cependant rapidement la place à une ère plus libérale dite entre 1849 et 1866. Elle voit notamment les forces libérales se renforcer et se rassembler en 1861 dans le premier parti politique allemand : le parti progressiste allemand. Toutefois, Wolfgang Siemann note que toutes ces associations politiques suscitées préfigurent les partis politiques modernes. Il faut par ailleurs définir avec précision le terme de parti pour déterminer quel est le premier parti allemand, l'Association centrale de Mars peut également revendiquer ce titre.

La plupart des démocrates radicaux, quand ils n'avaient pas été emprisonnés ou exécutés, avaient fui en exil. Dans les années 1848/49, une vague d'émigration de grande ampleur eut lieu, on estime ainsi à , et le nombre d'émigrants allemands pour les années 1847, 1848 et 1849, la quasi-totalité vers les États-Unis. Les émigrants y sont désignés par le nom de ce qu'on pourrait traduire par . Beaucoup de ces émigrés s'impliquèrent dans la vie démocratique locale. Ainsi ils furent nombreux à soutenir Abraham Lincoln lors des élections présidentielles américaines, à combattre l'esclavage ou à prendre part à la guerre de Sécession au côté des États du nord de 1861 à 1865. Certains firent également une véritable carrière politique comme Lorenz Brentano ou Carl Schurz, ce dernier fut ministre de l'intérieur de 1877 à 1881.

Les autres démocrates radicaux, qui étaient restés en Allemagne ou qui y étaient revenus après l'amnistie de 1862, rejoignirent massivement le mouvement ouvrier et la social-démocratiepartiellement sourcé dans .

Le mouvement étudiant organisé en et en perdit progressivement de son importance. Les idées libérales et démocratiques furent remplacées petit à petit par le nationalisme résolument plus à droite, accompagné de racisme et d'antisémitisme. Les membres de ces associations, pratiquant pour la plupart la mensur, formèrent plus tard l'élite de l'Empire allemand et dans une moindre mesure du régime nazi.

Regards sur la révolution

Langewiesche écrit que la révolution n'a jamais été l'objet de fierté, elle ne constitue pas un élément fédérateur parmi les Allemands comme peut l'être la Révolution française.

Période 1849-1871

Après la révolution, le mouvement de réaction est important. La recherche historique est fortement contrôlée, comme le montre la condamnation pour haute traîtrise de l'ancien député libéral et historien Georg Gottfried Gervinus à Heidelberg. Il lui est alors reproché d'avoir écrit que le mouvement de l'histoire va vers plus de participation des masses dans la vie politique et que .

Royaume de Prusse Directement après la révolution, le royaume de Prusse interdit de manière très stricte les commémorations en l'honneur des hommes tombés le qui sont enterrés au cimetière Friedrichshainer, date des soulèvements à Berlin. Les révolutionnaires sont considérés comme des traîtres. Le monument érigé en 1854 dans l' de Berlin l'illustre. Les commémorations réapparaissent à la fin des années 1860. Bismarck dans son discours du fer et du sang critique le fait que les révolutionnaires aient voulu décider du sort de l'Allemagne à la majorité, au parlement.

Empire allemand

L'Empire allemand, en tant qu'État allemand unifié, se considère comme étant le parachèvement de la révolution avec son désir d'État-nation. Le parlement national et une partie de la constitution sont repris des acquis de la révolution de Mars. Toutefois, les droits fondamentaux ne sont pas inscrits dans la constitution et ne sont assurés qu'au moyen de lois. Le rôle de la révolution y est cependant très sous-estimé, les faibles commémorations de en étant le témoignage le plus flagrant. L'Empire allemand, par son système électoral des trois classes ainsi que la prédominance du dans la constitution et du chancelier dans la pratique, est très éloigné des souhaits de souveraineté du peuple, défendue par la révolution. La domination persistante des est également en contradiction avec les principes révolutionnaires voulant la fin de la féodalité. L'Empire allemand n'est d'ailleurs pas un État-nation ; il n'y a pas de citoyenneté allemande jusqu'en 1913. par exemple, mais un État fédéral. L'unité est avant tout territoriale.

Le est dans l'Empire allemand l'occasion pour les sociaux-démocrates de montrer leur opposition à l'Empire allemand, ils sont donc rejoints par les autres opposants au régime. Les événements de la Commune de Paris y sont également commémorés.

Durant les commémorations de 1898, les sociaux-démocrates et les membres du Parti populaire allemand défendent les révolutionnaires et les combats de barricades qui ont eu lieu à Berlin en , tandis que le libéral Rudolf von Bennigsen la perçoit comme un . Il préfère se rappeler le parlement de Francfort qui présentait une certaine organisation. S'il est devenu possible de parler des événements de 1848 en public, l'administration s'oppose tout de même à la construction d'un monument commémoratif.

Dans les années 1890, le perd de son importance chez les sociaux-démocrates au profit du . En effet, le cours politique réformateur choisi après débat n'est pas compatible avec le caractère révolutionnaire du .

L'historiographie officielle, représentée par Heinrich von Sybel ou Schäfer, considère que la révolution de Mars n'a rien à voir avec l'unification du pays. Bismarck et les Hohenzollern en sont, selon eux, les seuls redevables. L'Empire allemand voit cependant la parution des premières véritables études historiques sur la révolution de Mars. Des historiens comme Erich Marcks, Friedrich Meinecke, Max Lenz et ouvrent la voie. Ludwig Bergsträßer et Veit Valentin continuent le travail, et en 1917, ce dernier publie le premier véritable ouvrage de référence sur le sujet contenant d'innombrables sources. Déjà Marcks et Lenz reconnaissent la révolution de Mars comme une étape sur le chemin de l'unification. Il se différencie des ouvrages précédent en jugeant de manière plus positive les démocrates et en considérant le vote des droits fondamentaux comme une grande avancée alors que les autres historiens mettent souvent en avant le temps perdu dans leur débat.

République de Weimar