La Tanche est un chalutier français utilisé pour diverses activités entre sa mise en service en 1918 à La Rochelle et son naufrage en 1940 à la sortie de la rade de Lorient.

Le navire sert d'abord comme patrouilleur par la Marine française en 1919. Il est ensuite racheté par le secrétariat à la marine marchande en 1920 pour être utilisé par l'Office scientifique et technique des pêches maritimes jusqu'en 1928. Il est ensuite racheté par un armateur de Fécamp pour naviguer comme chalutier jusqu'en 1940.

Lors de la bataille de France, il rejoint le port de Lorient, le , et y embarque près de 250 personnes dont de nombreux jeunes de l'école des apprentis mécaniciens de la flotte qui fuient eux aussi l'avancée des troupes allemandes. Le même jour, il saute sur une mine dans la passe Ouest des Courreaux de Groix à . Seule une douzaine de passagers et de membres de l'équipage survivent au naufrage.

Conception

Développement de la flotte de chalutiers-patrouilleurs

Lors de la Première Guerre mondiale, la Marine française procède à la réquisition de bateaux de pêche afin d'effectuer différentes opérations militaires le long des côtes françaises. Après quelques transformations, ils sont jugés opérationnels pour remplir dans des conditions acceptables les missions qui leur sont confiées. Cette expérience incite l'état-major à commander, le , huit chalutiers-patrouilleurs aux chantiers Delaunay Belleville de La Rochelle.

La Tanche est l'un de ces 8 petits bâtiments construits par le chantier, avec LAblette, LAnguille II, Le Barbeau, La Brême, Le Brochet, La Truite, et La Perche. À l'exception de ce dernier qui est construit à Nantes, tous sont construits à La Rochelle. La guerre entraînant de nombreux retards dans la construction de ces unités, La Tanche n'est achevée que le .

Caractéristiques

La Tanche a comme les autres unités de cette série, une longueur hors-tout de et une largeur de . Son tirant d'eau est de . Sa jauge brute est de et sa jauge nette de .

Il est propulsé par une machine alternative à vapeur à triple expansion de , ce qui permet à La Tanche de naviguer à une vitesse de .

Dans sa configuration initiale, il est équipé d'un canon de et d'un canon de .

Exploitation

Marine française

Il entre en service actif pour la marine nationale le , et est placé, le , en réserve dans la flottille de la zone Loire dans le groupe B, basé à Lorient. Le 25 du même mois, il est affecté à la flottille de Syrie, mais le un contre-ordre le réaffecte à Rochefort pour intégrer la division de patrouille du golfe de Gascogne, où il reste jusqu'au de la même année. À cette date, il est affecté à la flottille de Provence et y est armé comme garde-pêche un mois plus tard.

À la fin de l'année 1919, il fait partie d'un groupe de 71 patrouilleurs dont la marine cherche à se défaire après-guerre, et est envoyé à Marseille pour y être désarmé.

Marine marchande

La Tanche est acquis par le secrétariat à la marine marchande afin d'être reversé à l'Office scientifique et technique des pêches maritimes. Il quitte Marseille pour Lorient le . Après une escale à Vigo le , il arrive en Bretagne le . Son espace intérieur est transformé dans l'arsenal de Lorient : les cales à poissons sont deviennent six pièces pouvant contenir des laboratoires et des soutes pour divers équipements.

Entre le et le la Tanche travaille depuis LorientC'est à cette époque que la ville développe ses activités liées à la pêche, notamment via la mise en place du port de pêche de Keroman dont les principales infrastructures sont construites entre 1919 et 1927 pour des campagnes de recherche dans différents domaines. Un équipage de 18 hommes dont trois garde-pêche assurent ainsi pendant sept ans des missions dans le golfe de Gascogne et au large des côtes du Maroc. Il est sous le commandement de Raymond Rallier du Baty, puis de deux officiers des Équipages de la flotte, et est équipé de bouteilles à renversement avec thermomètres et de plusieurs dragues de prélèvement pouvant opérer jusqu'à une profondeur supérieure à . Tous les ans, à l'exception de 1925, le navire effectue une campagne de quatre mois sur la façade Atlantique. Celles-ci portent sur la migration des thons et sur l'influence du bruit des hélices sur les poissons entre autres.

L'Office scientifique et technique des pêches maritimes connaît cependant des difficultés financières malgré l'aide de la marine nationale et doit se séparer de La Tanche. Le navire est finalement retiré du service le et mis en vente.

Pêche

La Tanche est revendu le à un chantier de démolition, mais est ensuite de nouveau revendu à un armateur de Fécamp, Merrienne Frères. Il est réaménagé au Havre pour être transformé à nouveau en chalutier, et reprend ses nouvelles activités la année. Son équipage est alors composé de trente personnes et pratique la pêche au hareng en utilisant la technique des filets maillants.

Il est ainsi utilisé comme bateau de pêche jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Il est réquisitionné au début du conflit, le , par la marine nationale qui envisage sa militarisation le ; mais la reconversion est abandonnée dès le , et le navire est rendu à son propriétaire dès le suivant. Il poursuit ses activités de pêche au hareng, puis au maquereau pendant toute la période de la drôle de guerre.

Fin du bateau

Exode vers Lorient

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L'exode de civils fuyant l'avancée des troupes allemandes en mai- amène de nombreuses personnes à Lorient. Dès le , les navires présents dans la ville commencent à évacuer la population par la mer ; certains navires mettent le cap vers l'Angleterre. Des mines maritimes sont mouillées dans la rade de Lorient par des bombardiers allemands pour éviter que des navires ne puissent rejoindre les troupes alliés.

Le , le préfet maritime ordonne à tous les bateaux de pêche d'évacuer Lorient et de nombreux civils et soldats fuient par la même occasion l'avancée allemande. La Tanche arrive dans ce contexte dans le port le matin du , au retour d'une campagne de pêche au maquereau. Il rejoint un autre bateau du même armateur, Le Saint Pierre, arrivé à Lorient dans les mêmes circonstances.

Au matin du , il ne reste plus que ces deux chalutiers au port de pêche de Keroman qui puissent servir aux réfugiés. Les de charbon nécessaires au fonctionnement des bateaux sont chargées à la main, les grutiers du port ayant quitté la ville la veille. Le premier des deux bateaux, Le Saint Pierre, appareille le même jour avec à son bord des réfugiés, des soldats français et polonais de Coëtquidan et des soldats de différentes unités Les premiers Allemands arrivent à Lorient le 21 juin.

Naufrage

Vers , La Tanche appareille à son tour avec environ 250 personnes à son bord dont des apprentis de l'école des mécaniciens de la Marine nationale. Il s'engage dans la passe Ouest des Courreaux de Groix à Le Saint Pierre a emprunté la passe Est des Courreaux., mais celle-ci n'a pas encore été draguée alors que des avions allemands y ont largué des mines sous-marines. À , il saute à la sortie de la rade, dans les Courreaux de Groix, sur une des mines magnétiques mouillées par un avion allemand à proximité des rochers nommés « Les Errants » et « La Truie » et coule en quelques minutes. Le Courrier de Groix est le premier bateau à arriver sur les lieux, suivis par une pinasse de Gâvres.

Très peu de rescapés sont dénombrés, à peine une douzaine, dont plusieurs meurent de leurs blessures. Cent dix-sept corps seront ensuite repêchés dans les mois suivants, dans une zone s'étendant de Clohars-Carnoët à Quiberon.

Postérité thumb|Une rue est nommée en l'honneur du chalutier et des victimes de son naufrage à Lorient. Plusieurs victimes sont enterrées dans les jours suivant le naufrage au cimetière de Beg tal Men à Larmor-Plage. La municipalité fait par la suite élever un monument portant l'inscription . Les morts repêchées les jours suivants et dont les corps n'ont pas été réclamés ou identifiés, sont enterrées à Lorient dans le cimetière de Kerentrech. D'autres sont aussi enterrées au cimetière de Groix.

Une stèle à la mémoire des morts, victimes de ce naufrage, est érigée au cimetière de Kerentrech à Lorient en 1987. Des commémorations ont lieu tous les ans aux cimetière de Beg tal Men à Larmor-Plage et de Kerentrech à Lorient. Article connexe Naufrage du Duc de Normandie, le , 23 marins périssent en Mer du Nord.

Sources

Notes

Références

Bibliographie

Catégorie:Patrouilleur de la Marine française Catégorie:Bateau à vocation scientifique Catégorie:Bateau de pêche Catégorie:Nom de bateau Catégorie:Bateau des années 1910 Catégorie:Épave dans la rade de Lorient Catégorie:Épave de bateau français Catégorie:Épave de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Navire construit à La Rochelle Catégorie:Lorient pendant la Seconde Guerre mondiale