Poèmes à Lou, d'abord intitulé Ombre de mon amour, est un recueil de poèmes posthume de Guillaume Apollinaire, dédié à Louise de Coligny-Châtillon et publié dans sa version actuelle en 1955. Écrite en grande partie au front, où Apollinaire sert comme engagé volontaire, cette correspondance poétique amoureuse, cherche, alors que Louise s'éloigne, à prolonger sur le plan littéraire « une liaison brève et ardente, pleine d'outrance et de liberté ».
Genèse Guillaume Apollinaire et Louise de Coligny Châtillon se rencontrent en 1914, au moment de la mobilisation qui suit l'entrée en guerre de la France et alors que le poète vient de s'engager dans l'artillerie. Celle qui va devenir sa muse lui est présentée par un ami, dans un restaurant niçois. Sa déclaration d'amour, dans une lettre datée du , commence en ces termes :
Après une liaison courte, intense, orageuse et enflammée, Louise rompt en , au moment ou Apollinaire quitte le sud de la France pour monter au front. Ils entretiennent ensuite une correspondance quasiment quotidienne. Jusqu'à l'été suivant, il espère la reconquérir. Avec le temps, ses lettres s'espacent et deviennent plus impersonnelles. La dernière, assez froide, est datée du cf Lettres à LouEntre-temps, Apollinaire s'est rapproché de Madeleine Pagès, une inconnue rencontrée dans le train et dont il devient le fiancé. Les lettres à Madeleine prennent alors la suite de la correspondance poétique entretenue avec Louise..
Ce qui nous a été conservé de cette correspondance amoureuse tient en deux cent vingt lettres d’Apollinaire et quarante-trois de LouiseLe déséquilibre fait soupçonner qu'une partie des lettres de Louise a été récupérée, sans doute par elle-même, en raison de leur caractère très personnel et souvent érotique.. Au dos de ces courriers souvent chargés d'érotisme, Guillaume rédige 76 poèmes, y intégrant parfois des calligrammes. N'en ayant pas fait de copie, il demande à Louise de les conserver, en vue d'une éventuelle publication. Ce livre ne verra cependant pas le jour du vivant du poète, même si certaines pièces ont été détachées de leur origine pour figurer dans le recueil Calligrammes. Alors qu'Apollinaire considérait ces poèmes comme « [ses] meilleurs depuis la guerre », Louise de Coligny ne semble cependant pas avoir pris la mesure de l'art qu'elle avait inspiré.
Publication posthume vignette|gaucheEn 1945, André Rouveyre publie certains des poèmes à Lou dans un recueil d'articles intitulé Apollinaire.
En 1947, Pierre Cailler publie, à Genève, six poèmes et des vers dans un recueil qu'il intitule Ombre de mon amourSur le site officiel du poète.
En 1955, le même éditeur fait paraître une version intégrale en fac-similé. C'est cette édition de 76 poèmes qui sert aujourd'hui de référence. Ils y sont présentés en ordre chronologique, permettant de suivre d'une part l'évolution des sentiments du poète vis-à-vis de sa muse et, d'autre part, l'irruption de la guerre dans la vie d'ApollinaireMourmelon-le-Grand, 6 avril 1915 :
« Ma Lou, je coucherai ce soir dans les tranchées
Qui près de nos canons ont été piochées
C’est à douze kilomètres d’ici que sont
Ces trous où dans mon manteau couleur d’horizon
Je descendrai tandis qu’éclatent les marmites
Pour y vivre parmi nos soldats troglodytes». À mesure que la séparation tiédit sa passion pour Louise, le ton enflammé et érotique des poèmes cède la place à l'appréhension de la mort, à la nostalgie du temps de paix et à la solitude du soldat. À partir du moment où tout espoir de retrouver son amour est perdu, Apollinaire substitue à l'amante charnelle une amante littéraire qu'il recrée par une véritable métamorphose poétique. Parallèlement, il sublime par le langage et la poésie son expérience du front« Fête aux lanterne en acier
Qu’il est charmant cet éclairage
Feu d’artifice meurtrier
Mais on s’amuse avec courage
Deux fusants, rose éclatement
Comme deux seins que l’on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
Il sut aimer Quelle épitaphe ».
Poèmes à Lou, sous le titre Ombre de mon amour, Vésenaz près Genève, Pierre Cailler, 1947. Poèmes à Lou, Genève, Pierre Cailler, 1955. Poèmes à Lou, précédé de Il y a, Paris, Gallimard, «Poésie», 1969. Poèmes à Lou de G. Apollinaire, commentaire de L. Campa, Gallimard, Foliothèque, 2005 Je pense à toi mon Lou. Poèmes et lettres d'Apollinaire à Lou, Paris, Textuel, 2007.
Bibliographie Guillaume Apollinaire, Lettres à Lou, Gallimard, coll "L'Imaginaire", 1969. Michel Decaudin, « Préface », in G. Apollinaire, Poèmes à Lou, Gallimard, collect° "Poésie", vol. XLIV, Paris, 1980, 247 p. . .
Références
Voir aussi
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