Les Batanga sont une population d'Afrique centrale qui fait partie des peuples Sawa. Les Batanga vivent en Guinée équatoriale et le long de la côte atlantique du sud du Cameroun autour de Kribi. Ils parlent le batanga, une langue bantoue, dont on a dénombré environ locuteurs : en Guinée équatoriale (2001) et au Cameroun (1982). Beaucoup pratiquent la pêche côtière.
Dénomination
La dénomination de ce groupe ethnique par le nom d'un sous-groupe (batanga) est dû aux Malimba et Douala qui sont voisins et familiers des Batanga riverains de l'embouchure du Nyong.
En Guinée Équatoriale et au Gabon, les Batanga sont appelés Ndowe qui signifie « ceux qui disent « iwε na ee » » pour dire « nous disons que » dans le but d'interpeller un auditeur. Les Ndowè sont divisés en deux sous-groupes : les Bomba (Benga, Bapuku, Banoho et Batanga) qui pour interpeller un auditeur disent « mba na ee »; les Bongwè (Kombè, Iyasa, Eone, Bohiko) qui le font en disant « ngwε na ee ».
Les Bapuku de Guinée-Équatoriale sont appelés au Cameroun Bapuku ba Manga. Ils sont voisins des Benga. Les Bapuku du Cameroun auraient émigré de la Guinée-Équatoriale. Bapuku et Benga forment une sous-famille parmi les Bomba tandis que Banôhô et Batanga forment l'autre sous-famille conformément à leurs langues. Les Banôhô sont originaires de la région du Bas-Nyong, plus précisément de Lôtè d'après leur tradition orale. D'ailleurs un village à l'embouchure du Nyong (Behondo) parlent à l'accent près la même langue que les Banôhô.
Les langues Banôhô-Batanga seraient filles des langues Bapuku-Benga.
Les Bulu appellent les Batanga « Benok (Banoho) », alors que les Ngumba disent « Bonua ». Les Mabea disent « Bôtang » pour dire Batanga, « Bôfuhu » pour dire « Bapuku » et « Bônua » pour dire Banoho. Les Bakoko-Yasuku disent « Batangè » pour dire Batanga, « Bapugè » pour Bapuku, « Banôgô » pour « Banoho ».
La dénomination « Batanga » s'impose par les Anglais qui ont abordé Kribi en venant de Douala et ont adopté l’appellation Duala d'où la dénomination des villages « Big Batanga » et « Small Batanga » en fonction de la concentration de la population. Grand-Batanga peut être considéré comme la capitale historique du pays Batanga.
Toponymie et ethnonymie
Chez les Batanga du Nyong la plupart des noms de lieux sont des noms de génies aquatiques censés hanter ces lieux : Diyanè au village Dehanè, Dikobè au fleuve Nyong par exemple. Au fleuve Lokoundje, on a Itèngu da Mbanjuè, Nkondo etc. « Diboè na Jina » sont deux rochers visibles du pont de la Lokoundje. Selon la tradition ces rochers sont mâle et femelle.
Les dénominations Yaoundé (yaondè) et le village Batanga dans le Mbam seraient dus aux porteurs batanga emmenés par les Allemands pour conquérir l’intérieur du pays. Les ewondo-« evuzok » de la lokoundje sont appelés par les Batanga « Ebunjoku ». Ces derniers auraient supplanté les Bakoko-Adiè qui occupaient les villages de l’arrière-pays batanga entre le Nyong et la Lokoundje. Les dénominations Mabea (Mabi) et Ngumba (Mgvumbo) seraient d’origine batanga. Les Batanga font bien la distinction entre les peuples fang-bulu-beti. Ils appellent les Ewondo, Yawondè ; les Bulu, Bulè ; les Fang, Pong ; les Beti, Bati.
Chez les Batanga de Petit-Batanga, la dénomination Bakoko renvoie exclusivement aux Bakoko yasuku et yakalak. Pour les autres bakoko qui ne sont pas riverains, comme les Bakoko Adiè par exemple, les batanga disent Bakoko ba Metindi qui signifie . Batanga, Malimba et Bakoko vivent dans des zones marécageuses inondables.
Il existe un clan bulu du côté de Sangmélima du nom de Yemevong qui réclame une origine Batanga. Ils avaient accueilli avec beaucoup d'enthousiasme la nomination du M. Itamouna qui est batanga de Kribi, comme commissaire à Sangmelima. Monsieur Masuka Ma Mbanje a Masuka, contributeur de cet article, pendant son séjour à Sangmélima, a eu l'insigne honneur d'être reçu par le chef Yemevong.
Le clan Bobenda de Bebambwè et Londji existe aussi chez les Fang de Bissiang. Le clan Bobognia de Lokoundje existe aussi chez les Mabea de Ngôè-Kribi. Le clan Bomua de Dikobè à Petit-Batanga, créateur dudit village, est issu du clan Basa'a Ndog-Kobè à Pouma.Le clan Bodelo de Dikobè et Dongo à Petit-Batanga est issu du village Mabea de Ebea-Shungla au pont de la Lokoundje. Les yemfuck chez les Bulu et les Fangs sont apparentés aux Bapuku.
Langues
Les Batanga sont apparentés aux Malimba , aux Duala et aussi aux Benga de Libreville. Le benga nom d'un site consacré aux Benga du Gabon http://banasbengabiaebendje.e-monsite.com/pages/presentation-de-l-ethnie-benga.html. qui n'est que du bapuku dans lequel les « s » sont remplacés par les « k » est la première langue dans laquelle la bible a été traduite en Afrique centrale. Tout comme dans le kiswahili et le lingala, dans le batanga (spécialement le banoho) toutes les pénultièmes syllabes des mots sont accentuées par rapport au reste des syllabes, ce qui produit un effet musical remarquable dans le langage.
Les insultes courantes entre enfants mabea et batanga étaient que les batanga traitaient les mabea de pygmées et les mabea leur rétorquaient « c’est vous les vrais pygmées ». Réplique qui laissait perplexes les Batanga car les Mabea cohabitaient et se mariaient parfois à des femmes pygmées alors que les contacts Batanga-Pygmées étaient rares. Les enfants mabea étaient aussi perplexes parce qu’ils avaient remarqué la parenté entre la langue pygmée « bôgièli » et la langue batanga, chose que la plupart des Batanga ignorent.
Si les Batanga du Nyong ainsi que la plupart des côtiers concédaient une certaine préséance à la langue Duala, ce n’était point le cas des Banôhô et les Bapuku. Cette situation crée des incompréhensions dans les rapports Batanga-Duala, les Duala étant perçus par les Batanga comme des « hégémonistes » et les Batanga étant perçus comme réfractaires en termes de solidarité côtière. En fait, à cause de la distance, les contacts Batanga (Banôhô, Bapuku) étaient rares avant la présence allemande. Tout comme les Duala qui avaient une zone d'influence économique et culturelle qui s'étendait des rives du Nyong aux rives de la Meme, les Batanga (Bapuku, Banôhô) disposaient d'une zone qui couvrait tout le pays Bulu jusqu'à l'est du Kamerun et avait pour métropole Big-Batanga. La différence dans ces influences est que la langue duala s'est répandue dans la zone d'influence Duala alors que les Batanga étaient enclins à causer la langue de leurs voisins (surtout Bulu et Ngumba) dans la croyance que le Batanga était une langue bien difficile pour les non-Batanga. Cependant, tous les mots de produits manufacturés dans ces langues dérivent de la prononciation batanga (Oles-riz; Akoba-caleçon; Mfondo-chemise; fatili-boutique; dôlô-argent-dollars etc.) donnent en batanga nlesi, dikoba, mpondo, fatili, dolè). Un mot batanga emprunté au bulu est « Nkadifô » en bulu « Nkatefô » pour dire catéchiste. Il a d'autres emprumts au Bulu comme esamsè-friperie, makuskus( ma ke kus)-bayamselam.
Certains mots batanga empruntés aux langues européennes en disent long sur les rapports Batanga-Européens. Exemples : Raskèli-Rascal, Fulu-fool, Dumu-Doom, kômôni, Igènsa...
Sur le plan du vocabulaire maritime, le batanga dispose d’un vocabulaire extrêmement riche. Exemple : manga=côte ; tubè=mer ; muanja= fleuve, étendue d’eau loin du rivage : itèngu :golfe, baie ; idolo=cap ; ebudu=lac, étendue d’eau immobile ; kunduwa=brise venant du continent etc.
En dehors du pays batanga, on ne trouve des locuteurs de la langue batanga que chez les bakoko-yasuku vers l'embouchure du fleuve Nyong.
Mœurs
La société batanga est divisée en classes d’âge appelées Eyemba ou Etuta. Les Batanga sont divisés en clans dont le nom commence généralement par la syllabe « bo » ; exemple : Bobenda, Bodikaa, Bomaha. Chaque clan ayant un ancêtre différent de celui du clan voisin. À l’intérieur des clans on trouve des familles dont les noms commencent toujours par « bona », exemple : bonantinga, bonaisoa etc. Les Duala ayant un ancêtre proche et connu Ewale, forment normalement un clan d’où l’absence des dénominations « bo » des clans chez ces derniers, on y trouve exclusivement des « bona ». Les Balimba étant un peuple plus ancien ont les mêmes dénominations que les Batanga « bo » pour désigner les clans, exemple : boongo, bomango etc.
La base de la société batanga est le clan « dikaha ». Le Batanga de la Lokoundje du clan « bodikaha » par exemple a une parenté généalogique avec quelqu’un du clan « bodikaha » du village « mboa-manga » à Kribi qui est d’ethnie banôhô alors qu’il n’en est pas de même pour son frère batanga du même village mais d’un autre clan. jeune Batanga ne pouvait prendre femme dans une ethnie non batanga du même clan que lui. La mémoire de ces parentés s’estompe à nos jours.
Les Batanga étaient élevés dans l’exaltation du monde marin (exemple de nom propre batanga « konja epaha » qui veut dire « noble hareng ») et le mépris de ce et ceux qui n’y participaient pas (ceux qui n’avaient pas pour salutation « mba na ee ! »). Les Batanga avaient de bonnes connaissances en astronomie, ils connaissaient différentes constellations qui les aidaient à la navigation et à la prédiction des campagnes de pêche. Au dire de certains anciens Batanga, il y avait des personnes qui en humant seulement l’odeur de l’eau de mer pouvaient orienter les pêcheurs et prédire quels genres de poissons ils allaient pêcher. Les Benga, cousins des Batanga, sont un des peuples bantou de l'Atlantique ayant l'art de la navigation maritime en haute mer (ils ne craignaient pas de naviguer entre les côtes gabonaises et l’ile de Fernando-Pô). Les Benga savaient fabriquer des grandes embarcations à haut fond muni de voiles qui leur permettaient de naviguer hors de vue des côtes
Les Bakoko trouvaient les Batanga comme un peuple étrange. Ils disaient des Batanga « bot bi nga di mingôndô mi lè vôm, bot bi nga tama nè « mbolo e lè pèhè » ». C’est-à-dire « des gens qui mangent des bâtons de manioc refroidis, des gens qui ont pour salutation « le singe est en brousse » ». C’est la salutation « Mbolo pêhê » que les Bakoko percevaient comme « mbolo e lè péhé ».
Ce seraient les Bakoko-Yasuku qui auraient initié les Batanga du Nyong au lancement des sortilèges (nlômbi, nsông en bakoko qui veut dire « ver intestinal »). Cependant les Batanga disposaient aussi d’autres sortilèges (Ngadi a numbu, ngaha nyu en bakoko, ekumuti etc.). Le combat mystique est dénommé « edua a ngwè ».
En ce qui concerne le mariage, les Batanga du Nyong pratiquaient souvent le rapt de femmes. Les jeunes du village du futur marié embusquaient une pirogue pleine de vigoureux pagayeurs à proximité du point où la jeune fille future mariée était censée faire la vaisselle ou puiser de l’eau. Quand la fille se mettait à l’eau, les jeunes sortaient de leur cachette, l’empoignaient, la jetaient dans la pirogue et s’enfuyaient en pagayant à toute vitesse. La fille partait ainsi en mariage. Les parents étaient libres de venir ou de ne pas venir réclamer la dot. Mais il arrivait parfois que les jeunes du clan de la fille s’apercevant que leur sœur était prise en rapt, arment rapidement une pirogue et donnent la chasse à la pirogue des ravisseurs. Quand la pirogue des ravisseurs étaient rattrapée, l’affaire finissait souvent très mal. Du fait que les Batanga répugnaient à envoyer leur fille en mariage chez des non-Batanga, les Bakoko passaient souvent par le rapt pour marier des filles Batanga.