Le château de Bricquebec est un ancien château fort élevé sur motte, du , entièrement reconstruit au et remanié au , dont les ruines se dressent sur le territoire de l'ancienne commune française de Bricquebec, dans le département de la Manche, en région Normandie. Il fut le centre de la baronnie de Bricquebec, et l'une des plus importantes places fortes des ducs de Normandie.
Il s'agit d'une ancienne demeure féodale construite vraisemblablement au P. Lebreton, Bricquebec et ses environs, impr. Hippolyte Cazenave, Bricquebec, 1902., qui a subi depuis de nombreux remaniements et reconstructions. « Il brilla de tout son éclat au ».
Les restes du château sont classés au titre des monuments historiques.
Localisation Les vestiges du château sont situés au centre du bourg de Bricquebec, sur une butte, au sein de la commune nouvelle de Bricquebec-en-Cotentin, dans le département français de la Manche. Sa position, sur un plateau, lui permettait de contrôler un carrefour de voies de communication qui permettaient de contourner les marais du nord au sud et d'est en ouest, dominant un gué sur une petite rivière que les Vikings installés ici appelèrent Brikbekk (le « ruisseau de la pente » ou le « ruisseau du quai »), contrôlant le passage d'un antique chemin allant de Valognes à la côte Est..
Historique La création d'un premier château de bois sur motte dans la première moitié du , en 942, est généralement attribuée à Anslec, connu sous le nom de « Anslec de Bricquebec », petit-neveu de Rollon. Pour André Davy, il s'agirait d'Anslec (Lancelot), fils de Hrolf Turtain, prince danois, baron de Bastembourg, qui reçut la baronnie de Bricquebec des mains de Guillaume Longue-Épée, confisqué sur Rioulf après sa rébellion contre l'autorité ducale et sa défaite sous les murs de Rouen en 933, avec le titre de comte du Cotentin et les fiefs du vaincu. Une grande partie du Cotentin passa alors sous sa domination. Anslec épousa Gerlotte, fille du comte de Blois, dont il eut Richard et Guillaume..
Richard Turtain (Turstin ou Toussaint) (945), baron de Bricquebec et Montfort-sur-Risle et du Rozel, épousa N. Aubere, avec qui il eut trois fils : Hugues le Barbu, seigneur du Rozel et Barneville, qui fonda la branche de Montfort, Richard qui épousa la fille unique de John de Mitford et créa la souche de ce nom, et (970-1010), baron de Bricquebec, vicomte du Cotentin, qui prit le nom de Bertran.
Le premier seigneur de Bricquebec attesté par les textes est Bertran, qui vers 1060 est l'auteur d'une donation conséquente en faveur de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen, comprenant l'église de Bricquebec et d'autres des environs, et est témoin à la même période de plusieurs actes ducaux, et porte ponctuellement un titre vicomtal.
En 1172, Bertran devait pour sa baronnie de Bricquebec le service de cinq chevaliers et détenait en propre le service de trente-trois chevaliers. Il décède avant , date à laquelle son héritage est confirmé à son fils aîné, Bertran. Ce dernier décèdera en 1202, et l'héritier de la baronnie étant mineur, dut attendre 1207 pour récupérer ses fiefs normands, confisqués par Philippe Auguste.
Le château chef-lieu de la baronnie cotentinaise des Bertran deviendra dès le dernier tiers du leur résidence privilégiée qu'ils conserveront jusqu'au .. Au (1273-1348) renforce considérablement ce premier château. C'est de cette période que date le donjon ainsi que l'enceinte et les nombreuses tours qui subsistent aujourd'hui..
Le château passe ensuite par mariage à la famille Paisnel à la suite du mariage, en , de Jeanne Bertran l'aînée avec Paisnel (1361), chevalier, baron de Hambye., seigneur d'Olonde et capitaine des ports et frontières de Normandie à la suite de son beau-père.
Guerre de Cent Ans En 1360, en hostilité avec le roi de France réquisitionne le château et y cantonne une garnison anglo-navarraise avec capitaine. Celui-ci, à la suite d'un accord passé le entre les deux souverains, avec entre autres la restitution des châteaux de Moulineaux, de Hambye et du « fort de Bricquebec ».
Lors de la première période de la guerre de Cent Ans, la place occupé par les Anglais est reprise par les troupes de après son sacre en 1364..
En 1370, la garnison de la place est relativement faible et ne compte qu'un seul homme d'armes et quatorze servants. En 1372, avant de perdre la place de Saint-Sauveur, un détachement Anglais tentera, sans succès, de s'emparer du château de Paisnel, fils de Guillaume, baron du lieu. Les assaillants seront massacrés ou jetés dans les fossés lors de cette attaque. nocturne, qui à la faveur de l'obscurité avaient réussi à escalader les remparts. La garnison aux ordres de son capitaine Huguenin des Bois, échanson de , en 1375, participera au siège et à la prise du château de Saint-Sauveur.
Au début du , Paynel (1413), fils de Guillaume Paisnel l'aîné, baron de Hambye et de Bricquebec, seigneur de Chanteloup, de Moyon, de Créances, d'Apilly (Saint-Senier-sous-Avranches), du Merlerault et de Gacé, est un puissant seigneur de Normandie, chevalier banneret qui regroupe sous ses armes, quatre bacheliers et de dix à quatorze écuyers.
En 1418, le roi après avoir conquis la Normandie, offre la place à Guillaume de la Pole, comte de Suffolk. Ses propriétaires légitimes, Louis d'Estouteville qui a épousé en 1415 l'héritière des Paynel, Jeanne Paynel de Moyon, fille de Nicol, s'enferment au Mont-Saint-Michel. En 1429, le comte de Suffolk est fait prisonnier à la bataille de Jargeau et pour payer sa rançon vend Bricquebec à Bertin de Entwistle, son lieutenant, qui abandonne, en 1449, le château sans combattre devant les troupes françaises et leur puissante artillerie, lors du recouvrement de la Normandie.
Renaissance Le château est restitué en 1450, après la bataille de Formigny, à d'Estouteville. Guillaume Dursus, seigneur de Lestre, entré, dès 1523, au service de sera capitaine de la place.. C'est à cette famille d'Estouteville que l'on doit la grande tour carrée de l'Horloge et qui rajoute un dernier étage au donjon.
En , venant de Coutances, le roi y séjourne avant de rallier Cherbourg le 28André Dupont, Histoire du département de la Manche, tome V. « Le grand bailliage de 1450 à 1610 », éd. Orep, Coutances, 1979, .. Adrienne d'Estouteville (1512-1560), descendante de Louis et dernière du nom, épouse le le comte de Vendôme, François de Bourbon, cousin du roi . Un peu avant le milieu du , les d'Estouteville abandonnent le vieux château comme résidence au profit du château des Galleries, qui vient d'être construit non loin, jugé plus confortable.
Par la suite le château et la baronnie passe par mariage aux Orléans-Longueville. Marie d'Orléans de Longueville cède, pour , les terres de Bricquebec, d'Orglandes et de Blosville, à son cousin le maréchal de Matignon, Charles Auguste de Goyon de Matignon (1647-1729). En 1723, celui-ci rend aveu au roi de sa baronnie de Bricquebec..
Un peu avant la Révolution, les terres de Bricquebec sont la possession de la famille de Montmorency. Déjà tombé depuis longtemps en décrépitude, le château est pillé et dévasté à cette période.
Époque contemporaine Le , Anne-Louise-Caroline de Goyon de Matignon, épouse du duc de Montmorency, Anne Charles François de Montmorency, vend le château à un particulier, Lemarinel, qui rétrocèdera dix ans plus tard le donjon et la tour de l'Horloge, la salle des chevaliers en 1824, le chartrier et la vieille enceinte à la ville en 1831. Le , la reine Victoria, avec son mari et trois de ses enfants, profitant d'un voyage à Cherbourg, vient à Bricquebec visiter le vieux château et dormir dans l'hôtel. En 1957, c'est le général Montgomery qui visite le château.
Description Le château de Bricquebec construit pour l'essentiel aux se présente sous la forme d'une enceinte assez bien conservée flanquée de tours rondes, hexagonales et quadrangulaires que domine un donjon découronné polygonal à onze côtés (ondécagonal) . La salle d'apparat () romane d'époque Plantagenêts avec la chambre seigneuriale (camera), la tour maitresse () et la chapelle canoniale () qui complétait, formait un ensemble castral qui pouvait rivaliser avec les principaux châteaux ducaux. Après le donjon, la plus importante tour est la tour de l’Épine dont le rez-de-chaussée est occupé par des cachots, et surmontée par des étages d'habitation. Le château roman du entièrement reconstruit au et remanié au offre « l'exemple le plus intéressant et le plus imposant d'architecture militaire du Moyen Âge en CotentinVisite des châteaux du Nord Cotentin, Jeune chambre économique de Cherbourg, 1975. ».
L'organisation de la cour actuelle, selon un tracé ovalaire de l'enceinte, qui maintient probablement dans ses grandes lignes l'assise de l'implantation primitive, comprend successivement en commençant par le front ouest et dans le sens des aiguilles d'une montre : le donjon ; placé sur l'enceinte, sur le front occidental, à la place d'une tour d'angle, est construit au sur une motte de terre en tronc de cône de dix-huit mètres de hauteur et de cinquante mètres de diamètre. Il a la forme d'un polygone à onze côtés avec aux angles des arêtes chainées de pierre de taille. Il semble qu'il ait été construit là pour assurer la défense de la porte d'entrée. Divisé en cinq niveaux et haut de avec un diamètre extérieur de dix mètres et des murs épais de , sa base présente un fruit et il prend le jour par des baies datant des . Il comprend un caveau voûté dont le diamètre n'est plus que de au niveau du sol, un rez-de-chaussée faisant office probablement de cuisine, deux étages, séparés par des planchers, servant d'appartements et chauffés par des cheminées, et au sommet un étage réservé à la garde, sous une voûte d'arêtes à huit quartiers. Il ne subsiste aucun plancher, et l'on peut voir l'appareil primitif de la voûte en petites pierres de taille. Au rez-de-chaussée on trouve des ouvertures profondes en cul-de-four qui se terminent par de longues et étroites meurtrières. Les étages sont desservis par un escalier intérieur à vis de qui débouche par un lanternon dressé sur la plate-forme du donjon. Cette dernière était protégée par un parapet crénelé et une couronne de mâchicoulis, posés en encorbellement sur vingt-sept arcades cintrées, destinées au tir plongeant. Au centre de la plate-forme se dressait un pavillon circulaire surmonté d'un toit pointu, aujourd'hui disparu. C'est du côté ouest qu'un bourg castral s'est rapidement développé, au pied de la tour maitresse, alors qu'une basse-cour entourée de jardins et de parcs de chasse s'étendait vers l'est, sur un vaste terrain (l'actuelle place des Buttes et place Sainte-Anne) ; Il subsiste de l'époque romane, affleurant au sommet de la motte, les probables vestiges, sous les fondements du donjon polygonale actuel rebâtie au tout début du puis doublée et rehaussée au , d'une tour maitresse circulaire. Les parements conservés sur plusieurs assises de maçonnerie, qui débordent au nord et à l'est, ne présentent aucune connexion avec le donjon, excluant ainsi le fait qu'il puisse s'agir de simples fondations. Sa destruction pourrait coïncider avec la suppression du bas-côté de la grande aula romane consécutive à un incendie dont on peut voir les traces de rubéfaction à l'intérieur des combles et sur le fût des colonnes situées aux deux extrémités du bâtiment ; la tour de l'horloge (châtelet d'entrée) ; située au centre du front ouest, haute de trois étages, reliés entre eux par un escalier tournant, chaque étage offrant une salle. C'est l'accès principal à la forteresse et son sommet est surplombé sur l'extérieur de mâchicoulis. Un musée d'histoire et de minéralogie y a aujourd'hui trouvé place. La lourde poterne carrée à contreforts percée d'une porte charretière étroite et d'une porte piétonne était sous la protection du donjon. Le châtelet, quasiment intacte, était flanqué d'une tour dont il subsiste des vestiges ;