Cet article relate les faits saillants de l'histoire de Salins-les-Bains, une commune de l'est de la France.
Salins-les-Bains a une grande importance dès l'Antiquité. Elle est un site princier et un des plus grands centres religieux de Gaule sous les Celtes, puis oppidum sous les Romains. Selon Pierre Jeandot († 1979 ; cofondateur de l'Association scientifique et historique du Pays de Salins), c'est en ces lieux que se serait tenue la bataille d'Alésia qui mit fin à la guerre des GaulesP. Jeandot, Les Mandubiens et leur Alésia, Sarreguemines, 1974.. Cette hypothèse n'est pas validée par les recherches récentes, les historiens et les archéologues s'accordent sur le site d'Alise-Sainte-ReineM. Reddé, Alésia L'Archéologie face à l'imaginaire, Errance, Paris, 2003, 118., en Bourgogne.
Au Moyen Âge, le sel contribue à faire de la ville la deuxième cité de Franche-Comté avec plus de . Elle comprend alors religieux, plus de d'enceinte et fait figure de grand centre culturel, notamment du livre. Deux salines existent en 1115 : la Petite saline, avec le « puits à Muire », et la Grande saline, dite « grande saunerie », avec le « puits d'Amont ».
Histoire Les recherches menées par l'archéologue Pierre Pétrequin suggèrent une première exploitation des sources salées du Jura« En cette fin du ve millénaire av. J.-C. qui correspond à une croissance démographique peu contestable, l’exploitation du sel a été réalisée sans récipients de terre cuite, ni briquetages. L’approche expérimentale de cette forme d’exploitation a montré que la technique alors développée consistait à arroser des bûches incandescentes. On versait progressivement la saumure naturelle sur la partie supérieure du bûcher, où le combustible restait longtemps humide et gorgé d’eau salée, fonctionnant alors comme une structure d’évaporation accélérée. » (Pierre Pétrequin) dès le millénaire av. J.-C.
Le sel des Romains
L'origine de l'exploitation du sel n'est pas connue mais déjà Strabon (–25 apr. J.-C.), vante, dans ses écrits, les salaisons de porc de la contrée de Salins et dit qu'elles sont les meilleures que l'on connaisse à Rome : « Ex Sequanis optima suilla salmenta Romam perfecturRecherches historiques sur la ville de Salins».
En 370, Ammien Marcellin évoque à son tour les salines qui sont l'objet de contestations entre les Bourguignons et les Alamans : . Ces accrochages entre les deux peuples ont duré longtemps, comme le souligne l'auteur de la vie de saint Eugend, abbé du monastère de Condat au : ce religieux fait des provisions de sel provenant de la contrée des Hériens, où « cette denrée était préparée par le feu » et où les convois étaient souvent surpris et massacrés par les Alamans. . Le pays des Hériens, ou Val-d'Héry, dont il est question dans ce texte possède un château nommé Héria, aujourd'hui Pont-d'Héry nommé auparavant Mont-d'Héry. Il est transformé plus tard en monastère et occupé par des religieux qui s’appellent « Heriensis ».
À partir du milieu du , les Burgondes s'installent dans la région comtoise. Ils sont à l'origine des anciens comtés de Port, de Varais, d'Amaous et de Scoding (Escuens) ; ce dernier contenait Salins, localité existant depuis l'Antiquité romaine (des médailles d'or et de bronze, des tombeaux et des instruments de sacrifices ont été trouvés sur le siteBullet, Mémoires sur la langue celtique, édition Daclin page 183).
Vers l'an 523, Sigismond, roi des Burgondes, se livre à de larges donations — dont Salins et le château de Bracon — à l'abbaye d'Agaune, située dans le canton du Valais en Suisse : (Salins-les-Bains), cum castro de Bracon (château de Bracon), Miegens (val de Mièges), preuve que ces deux cités sont déjà d'importance. La charte de donation stipule que l'abbaye est obligée de former neuf chœurs chargés d'exécuter la « psalmodie perpétuelle » en remerciement de ce don. Ces donations sont confirmées en 773 par une bulle du pape .
Le « Bourg du Sire » et le « Bourg du Comte »
En 665 le diocèse de Besançon est partagé en cinq archidiaconés sur le modèle de division de la province en cinq pagi. Salins est désigné comme chef-lieu de l'archidiaconé qui englobe le comté de Scoding, et le titulaire de cette dignité prend le titre d'archidiacre de Salins. Dès le est prouvée l'importance de Salins, qualifiée de vicus publicus (ville libre) et ne dépendant que du domaine du souverain de Bourgogne. Ce statut advenait par la donation absolue et sans réserve de Saint Sigismond à l'abbaye d'Agaune, d'après laquelle ces religieux en jouissaient en pleine franchise et en disposaient en propriétaires. Cette donation est citée dans les chartes, la première étant datée de 854 de Lothaire et de Louis II, tous deux en qualité de rois d'Italie : confirmanus monasterio sancti Eugendi Salinas et villas quoe sunt circà, et ad portam deserviunt Salinas. À partir de la fin du , l'abbaye d'Agaune est intimement liée aux nouveaux royaumes de Provence-Bourgogne cisjurane et de Bourgogne transjurane issus de la Francie médiane (fondus vers 933 dans le royaume des Deux-Bourgognes ou d'Arles qui sera rattaché en 1032 au royaume de Germanie), alors que se précise la décomposition carolingienne.
Au cours des siècles les possessions territoriales de l'abbaye augmentent et s'étendent dans le comté de Warasch, si bien qu'elle peut se permettre, en 942, d'inféoder à Albéric de Narbonne l'église de Dompierre avec ses dépendances dans la Chaux-d'Arlier (qui s'étend du Val du Sauget jusqu'à celui de Mièges), Frasne, Froscingo (ou Frestingio), Aresches et son église et Usie, se gardant ses terres du Val de Vennes. L'inféodation de Salins-les-Bains et des alentours à Albéric s'est-elle faite sous la contrainte des armes ou afin que l'abbaye se soulage de la lourde gestion de terres lointaines ? Albéric est originaire de Narbonne, préférant voyager plutôt que gérer ses terres ; il épouse la fille du vicomte de Mâcon et s'intitule comte de Mâcon en 932. Dix ans plus tard, sur le point d'entrer dans le Warasch, il demande à l'abbaye la gestion de ce qu'elle y possède contre le paiement d'un cens annuel de faible valeur. Cette donation, approuvée par Conrad III roi de Bourgogne, est faite sous condition de les rendre après la mort d'Albéric et de ses fils si l'abbaye les demandeJean Ignace Joseph Bourgon, Recherches historiques sur la ville et l'arrondissement de Pontarlier..
Albéric/Aubri de Narbonne (885-943), devenu comte de Mâcon par son mariage, étend de plus en plus son pouvoir à l'est de la Saône, au-delà de la rive gauche, et décide de s'approprier Salins ; il peut être considéré comme un comte d'Outre-Saône (préfiguration du/de la comté de Bourgogne ou Franche-Comté) ainsi que le fut avant lui le comte-duc Hugues le Noir. Peu d'écrits relatent les et à Salins.
À partir de cette époque la ville est scindée en deux bourgs ayant chacune un seigneur, son puits à « muire » (eau salée), ses manufactures et ses magistrats.
La partie haute, où se trouve la grande saline, est nommée le « Bourg du Sire » (c'est-à-dire du seigneur de Salins), et la partie basse le « Bourg du Comte » (c'est-à-dire du comte de Mâcon et d'Outre-Saône, dit ensuite comte de Bourgogne). Ces deux villes sont reliées par des habitations formant le « Bourg Commun » ou « Entre deux Bourgs ».
Pourquoi une telle séparation de la ville ? Selon Guillaume le Breton, dans son acte de donation Saint Sigismond s'est réservé « pour lui et ses successeurs la possession de la petite saline » ; pour Dunod, « les sources avaient été découvertes par différents particuliers qui s'étaient associés pour les mettre en valeur, et auxquels le prince fit une part qu'ils transmirent à leurs descendants » ; Gollut soutient de son côté que la petite saline était plus ancienne, et que lors de la découverte de la seconde il fut construit une deuxième ville à ses côtés.
Ce partage résulterait peut-être de la descendance d'Albéric : de son fils cadet Humbert viennent les sires de Salins ; alors que de son aîné Létaud viennent les comtes de Mâcon et d'Outre-Saône jusqu'au fils de Létaud, Aubri II, dont la veuve Ermentrude de Roucy transmet les droits à son deuxième époux Otte-Guillaume, un prince de la dynastie anscaride d'Ivrée : ce couple est la souche des nouveaux comtes de Bourgogne et de Mâcon.
En effet, tandis que Gaucher II, arrière-petit-fils d'Humbert , prenait le titre d'avoué de la ville de Salins vers 1100 et donnait en fief à son prévôt et à ses officiers des emplacements dans sa portion de saline, Renaud III comte de Bourgogne et de Mâcon, fils d'Etienne , héritier de parts dans les salines par le mariage de son trisaïeul Otte-Guillaume de Bourgogne, distinguait à la même époque le « Bourg du Comte » du « Bourg du seigneur Gaucher de Salins ». Ce serait donc pour des raisons d'ordre pratique que la distinction des deux parties de la ville aurait été faite. Dans les années qui suivent il n'y eut pas de dons en « muire » ou en parts sur les manufactures aux monastères ou aux églises du fait des comtes de Bourgogne, mais il était déjà question de « meix » qui divisaient les manufactures. Ces « meix » correspondaient à une quantité d'eau salée que chaque propriétaire exploitait à son profit, soit en franchise soit en acquittant une redevance envers les représentants religieux. Parmi les « meix » cités au il y avait celui de « l'Angonne », de « Saint-Maurice » et de « Monseigneur Renaud de Salins », ces noms attestaient qu'ils étaient les anciens propriétaires des salines.
Mais la part du comte de Bourgogne dans les salines, qui était parvenue à sa lignée par le mariage d'Otte-Guillaume, comte de Bourgogne, avec la veuve d'Aubry II de Mâcon, petit-fils d'Albéric, ne peut plus être suivie à partir de , fils cadet d'Otte-Guillaume. Aucune disposition n'a laissé de traces lors du règne de Guillaume le Grand, fils de Renaud . Il est possible que ses fils Renaud II et Étienne , en partance pour la première croisade, aient vendu une partie de leur patrimoine pour financer leur voyage.
En résumé, les salines exploitées par les Romains deviennent la propriété de l'abbaye d'Agaune par le fait de Saint Sigismond ; quelques siècles plus tard cette abbaye la transmet à Aubry Ier de Mâcon, dit Albéric. Les descendants de celui-ci font un partage : la branche aînée, qui prend le titre de comte, aliène vite la Petite saline ; la branche cadette des sires de Salins obtient Bracon et le puits d'Amont de la Grande saline. Le Puits à Gré est, lui, exploité au profit des deux parties. Ceci expliquerait le partage de la ville en deux bourgs, et son extension connue sous le nom de « Bourg Commun ».
Les comtes de Bourgogne...