L’antiurbain est l’hostilité à l’égard de la ville par opposition à la campagne, un rejet pur et simple, une volonté de détruire la villeJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, Antiurbain Origines et conséquences de l’urbaphobie, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne. Et Joëlle Salomon Cavin, 2005, La ville, mal-aimée : représentations anti-urbaines et aménagement du territoire en Suisse : analyse, comparaisons, évolution, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne.. Cette hostilité n’est pas un sentiment individuel, mais un imaginaire collectif, parfois aussi évoquée sous l’expression d’« urbaphobieJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , . » ou d'« urbanophobiePhilippe Genestier, « L'urbanophilie actuelle, ou comment le constructionnisme politique cherche à se réaffirmer en s'indexant à la ville », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, . Certains auteurs emploient les termes indistinctement. Salomon Cavin Joëlle distingue les deux: l'urbaphobie est l'hostilité à l'égard de la ville et l'urbanophobie est l'hostilité à l'égard de ce qui est urbain. ». L’imaginaire collectif peut être politisé dans un État et ainsi la conception antiurbaine a des conséquences sur l'aménagement du territoire national. L’antiurbain, tout en prenant évidemment différentes formes dans les cultures et en ayant différentes applications selon les politiques, est également un concept globalJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , ..

Malgré l’urbanisation massive et la concentration de près de la moitié de la population mondiale dans les villesPopulation urbaine mondiale en 2008 et 2010 - Statistiques mondiales., cette vision antiurbaine est toujours autant présente. La ville est perçue de nos jours comme un lieu de frustrationAlain Sallez, Urbaphobie et désir d’urbain, au péril de la ville, Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. Mais désormais l’antiurbain représente plus l’opposition entre les grandes agglomérations et les provinces qu’entre la ville et la campagneJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , ..

Dès le Bernard Marchand, « L’urbaphobie en France depuis 200 ans : très bref résumé », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, ., avec la révolution industrielle, l'exode rural de milliers de paysans et la paupérisation de ces derniers apparaît l’antiurbain. À cette époque la ville est perçue comme source de richesse, d’emplois, de services, de culture, mais progressivement elle sera considérée comme néfaste, source de tous les maux comme la criminalité, la misère, les mauvaises mœurs François Walter, 1994, La Suisse urbaine 1750-1950, Zoé, Carouge-Genève.. L’Angleterre, premier pays à s’industrialiser, voit alors naitre le premier courant antiurbain. Cette montée du sentiment antiurbain est due aux conditions sanitaires déplorables. La ville y est décrite comme noire et pouilleuse, grouillante d’ouvriers miséreux exploités par les riches.. La Grande dépression (1873-1896) expliquerait aussi la montée des critiques contre la villeJoëlle Salomon Cavin, Les cités-jardins de Ebenezer Howard : une œuvre contre la ville ?, Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. L’urbaphobie qui croît peut être ainsi analysée comme un rejet d’une réalité traumatisante.

Dès la seconde moitié du , les critiques faites à la ville seront d'ordre social et environnemental : anonymat, pollution, nuisances sonoresJoëlle Salomon Cavin, 2005, .. Il y a, en fait, une coexistence des visions positives et négatives de la ville. Elle est critiquée comme mentionné précédemment, mais elle peut aussi être vue comme le lieu des progrès et des innovations. Avec une idéologie antiurbaine, les idées négatives de la ville sont mises en avant et opposées à des valeurs positives de la campagne : traditions, communauté, stabilitéJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, ., qui apparaissent, dans un contexte européen, également au avec le mouvement romantique de retour à la NatureLa « Nature » est ici définie comme « tout ce qui n’a pas besoin de l’activité humaine pour exister » (Augustin Berque, 1997, Entre sauvage et artifice. La nature dans la ville, École polytechnique fédérale de Lausanne, Lausanne, ). Bernard Marchand, « L’urbaphobie en France depuis 200 ans : très bref résumé », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. On trouvera les manifestations les plus aiguës de l’antiurbain à des moments de crises tant économiques, politiques que sociales (révolution française, crise de l’agriculture en Suisse fin , montée du totalitarisme).

Influences politiques et culturelles de l'antiurbain

Identités antiurbaines L’antiurbain a souvent servi pour la construction des identités nationales.

Exemple suisse vignette|Chandolin. vignette|Le Village Suisse (Paris) en 1900 La Suisse n’a pas échappé à ce processus. Elle est un petit pays très montagneux et construira ainsi son identité et les représentations qu’elle offre d’elle-même sur les paysages montagnards et les villages ruraux, tout en s’opposant à la ville qu’elle juge mauvaise pour les hommesJoëlle Salomon Cavin, « La ville mal-aimée : esquisse du profil helvétique », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. Le village suisse, créé en 1900 pour l'exposition universelle à Paris, est un élément incontournable du discours antiurbain, alimenté par le mythe suisse ., qui oppose donc « la Suisse rurale vertueuse [à] la Suisse corrompue des grandes citésJoëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , . ». N’oublions pas que le village suisse est financé par la bourgeoisie suisse désireuse de faire oublier la Suisse laborieuse regroupée dans les villes. Le village est présenté comme une unité nationale et un refuge face aux menaces de la guerre. Cette identité et cet imaginaire spatial de la Suisse vont perdurer au fil du temps et auront des implications concrètes dans le territoire.

Exemple américain vignette|left|Los Angeles. Les États-Unis, indépendants en 1776, vont construire leur identité sur des valeurs rurales, environnementales, la nature étant vue comme bénéfique pour l’hommeCynthia Ghorra-Gobin, in Joëlle Salomon Cavin, Bernard Marchand (dir.), 2010, Antiurbain Origines et conséquences de l’urbaphobie, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, .. Ils voient l’Europe et ses villes industrielles négativement. Les cités ouvrières attirent les migrants, créent des travailleurs pauvres et constituent de possibles pôles révolutionnaires, et Catherine Maumi, 2008, Usonia ou le mythe de la ville-nature américaine, éd. de la Villette, Paris.. Pour éviter ces maux et l’engorgement urbain, les américains prônent alors un idéal résidentiel dans la banlieue, dans la nature pour un meilleur cadre de vie et proche de la ville pour accéder aux ressources économiques, .. Paradoxalement, la composante rurale de l’identité américaine créera alors l’étalement urbain des villes américaines que nous connaissons aujourd’huiCatherine Maumi, 2008, ..

Aux États-Unis, la forme résidentielle qui incarne le mieux les discours anti-urbains dans le paysage urbain actuel est sans doute la gated communityRenaud Le Goix, « Les mots de l'Urbaphobie dans les métropoles des États-Unis : l'exemple des Gated communities », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. Les gated communities sont souvent présentées comme des symptômes des pathologies urbaines. Cet attrait pour les gated communities n'a cessé de croître et les différents continents semblent progressivement gagnés par le phénomène. Cette diffusion globale est couramment interprétée comme une simple diffusion d’un modèle américain d’urbanisme porteur d’un discours anti-urbain, faisant certes l’objet d’adaptation politiques, contractuelles et architecturales en fonction des traditions locales, ..

Exemple québécois Au Québec de l'entre-deux-guerres, la survivance de l’identité canadienne-française sera mise en opposition avec l’urbanité par les intellectuels clériconationalistes. La ville cosmopolite, dynamique, densément peuplée et influencée par les idées socialiste est dépeinte dans le discours catholique comme un lieu de dégénérescence physique et morale pour la nation canadienne-française qui ne peut que croitre dans les campagnes. Par exemple, Lionel Groulx dénonce. : . Cette urbaphobie est principalement montréalophobe à cause de la diversité culturelle et de la domination économique de la bourgeoisie angloprotestante à Montréal. Par exemple, le jésuite Joseph-Papin Archambault déclare que :

Or, il est important de noter que la ville de Québec et que les villes à petite et moyenne taille ne seront pas sujets à cette urbaphobie et elles seront même privilégiées.

Politiques antiurbaines

Les idéologies antiurbaines des États influencent directement l’aménagement du territoire national ou ont des conséquences claires sur la société.

Exemple français

La conception antiurbaine de la France a été fortement influencée par l’ouvrage Paris et le désert français de Jean-François Gravier, paru pour la première fois en 1947Bernard Marchand, « L’urbaphobie en France depuis 200 ans : très bref résumé », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. Ce livre, profondément urbaphobe, a depuis guidé les politiques d’aménagement du territoire en France, .. Il recommande, à l’aide de méthodes brutales, de décentraliser l’État français, réduire l’influence de Paris, capitale macrocéphale, et de redistribuer les emplois et les personnes sur le territoire, ., tout en équipant équitablement le territoire, ce qui revient à assurer un déséquilibre dans l’équipement des ménages, la majorité des Français vivant dans les villes, et Bernard Marchand in Joëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , .. Progressivement, la vision antiurbaine française changera de cible, se tournant alors vers les périphéries, les banlieuesBernard Marchand, « L’urbaphobie en France depuis 200 ans : très bref résumé », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, . vues comme des zones de violences, « hors de la RépubliqueBernard Marchand in Joëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand (dir.), 2010, , . », toujours en opposition à la campagne, à la France rurale, la « vraie France, . ». Paris et le désert français semble rester le livre de chevet de beaucoup de dirigeants de ce paysLaurent Davezies, « Croissance sans développement en Île-de-France », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. En France, la politique de la ville repose sur une vision catastrophiste et misérabiliste de la banlieue et sur une vision valorisée de la ville centrePhilippe Genestier, « L'urbanophilie actuelle, ou comment le constructionnisme politique cherche à se réaffirmer en s'indexant à la ville », Communication au colloque Ville mal aimée, ville à aimer, 5-12 juin 2007, Cerisy-la-Salle, .. Depuis longtemps la société française reste imprégnée d'un sentiment d'hostilité à l'égard de la ville. La campagne et la civilisation rurale sont perçues comme le foyer et le conservatoire des valeurs « authentiques », celles relatives notamment à la fidélité envers ses racines et sa famille, au respect de l’autorité, à l’attachement à la propriété et au sens de la responsabilité, ..

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