La poche de Royan et de la pointe de Grave (en allemand Festungen Girondemündung Nord und Süd — c'est-à-dire forteresses Nord et Sud de l'embouchure de la Gironde.) est l'une des poches de l'Atlantique, nom donné aux quelques poches de résistance allemande qui ont subsisté sur le littoral ouest-européen pendant la Seconde Guerre mondiale, entre la fin de la bataille de Normandie, le début de la libération de la France en et la capitulation allemande en . Ces poches visaient à empêcher les Alliés de s'emparer des grands ports qu'elles protégeaient. La poche de Royan et de la pointe de Grave qui bloquait l'accès maritime au port de Bordeaux, était constituée de deux parties de part et d'autre de l'estuaire de la Gironde : une zone de (dite Gironde Nord) qui s'étendait du sud de l'île d'Oléron jusqu'à la hauteur de l'estuaire, comprenant la presqu'île d'Arvert et centrée sur la ville de Royan, et une zone de (dite Gironde Sud) constituée par la pointe de Grave jusqu'à Saint-Vivien-de-Médoc et Vensac

Au contraire des autres poches pour lesquelles les Alliés se contenteront du blocus jusqu'à la fin du conflit, la poche de Royan et de la pointe de Grave sera reprise par l'armée française en avril 1945, au prix de lourdes pertes et de destructions, cette reprise se faisant plus pour des raisons politiques que stratégiques, alors que la fin de la guerre était proche.

Présentation de la forteresse Constituant un des principaux verrous de l'estuaire de la Gironde et du port de Bordeaux, la poche de Royan comprend la totalité de la presqu'île d'Arvert, soit un ensemble compris entre le sud de l'île d'Oléron (qui fait partie de la poche de La Rochelle) et l'estuaire de la Seudre au nord, une ligne Saujon-Cozes au nord/nord-est et les rives de l'estuaire au sud. La ville de Royan, transformée en forteresse, ceinturée par une double, voire triple ceinture de champs de mines et d'ouvrages fortifiés, est au cœur de ce dispositif.

La défense lointaine est assurée par deux batteries lourdes d'une portée de : la première, appelée Marine-Küsten-Batterie « Gironde », est située à hauteur de la pointe de la Coubre et comprend deux pièces d'un calibre de 240 mm placées sur un support en béton, la seconde, édifiée à proximité du fort du Verdon au Verdon-sur-Mer (zone sud), comprend deux pièces d'un calibre de 280 mm placées sur des plates-formes tournantes, elles-mêmes reposant sur voie ferrée.

Entre ces deux batteries on trouve plusieurs batteries de calibres plus petits : dans la zone nord, à la pointe de la Coubre, à la Grande Côte et au phare de Terre-Nègre à Saint-Palais-sur-Mer, au Chay, à la pointe de Suzac, dans la zone sud, à la pointe de Grave, aux Huttes. On trouve aussi de nombreux blockhaus sur le littoral et des obstacles en tous genres (pieux, chevaux de frise, barbelés, « asperges de Rommel ») sur les plages.

Deux lignes de défense terrestre se trouvent en avant du réduit de Royan (fossés anti-char) et en avant du Verdon (fossés anti-char et champs de mines). Après l'évacuation de la allemande, une nouvelle ligne de défense est aménagée une dizaine de km en avant de la première qui s'appuie notamment au nord sur le marais de la Seudre et au sud sur le marais de la pointe de Grave.

Au total la forteresse comprend et une importante défense anti-aérienne (flak) et est placée sous le commandement du contre-amiral Michahelles.

Les principaux sites de commandement sont l'hôtel du Golf, à Pontaillac (siège de l'état-major de la marine) et la kommandantur, à Foncillon. selon R. Desquesnes. sont chargés de défendre la forteresse : le bataillon « Tirpitz » en avant-garde sur la Seudre et le de Royan.

Les forces françaises devant la poche Le général De Gaulle se rend à Saintes le pour rencontrer les principaux responsables des unités militaires issues de la Résistance, et engagées dans la libération du pays, dont le colonel Adeline, ancien responsable des FFI de Dordogne..

Lors de sa visite, il fait connaître son intention de voir réduites les poches tenues par les Allemands sur le littoral français par des actions offensives, insistant sur le fait qu'on ne doit pas se contenter de garder des prisonniers, en d'autres termes rester inactifs.

Il nomme, deux semaines après sa venue à Saintes, le colonel Adeline, ancien responsable des FFI de Dordogne, commandant des opérations du secteur de la Rochelle et du secteur de Royan - pointe de Grave.

Le sont créées les Forces françaises de l'Ouest (FFO) (QG à Cognac) dirigées par le général de Larminat, alors sur le front de l'Allemagne avec la de de Lattre. Il est secondé par le général André d'Anselme, par l'amiral Ruë pour les forces navales et par le général Corniglion-Molinier pour les forces aériennes..

Larminat désigne un commandant par secteur. Le colonel Adeline devient commandant du secteur de Royan, le colonel de Milleret, ancien responsable de la brigade Carnot, commandant du secteur de la pointe de Grave et le colonel Chêne, ancien chef de maquis de la Vienne, commandant du secteur de La Rochelle..

Selon l’historien Stéphane Weiss, dans un souci de maintien de l'ordre, « au printemps 1945, les opérations les plus sensibles sont confiées aux troupes régulières. L’attaque principale de Royan est menée par le Zouaves, le BPTNA [bataillon porté de tirailleurs nord-africains]Le 15 août 1944, le 6e RTA (Régiment de tirailleurs algériens) donne naissance au 6e bataillon porté de tirailleurs nord-africains (6e BPTNA), engagé en France en 1945 et dissous le 1er mars 1946. et les chars de la DB, tandis que les unités FFI sont chargées des actions annexes, certes nécessaires mais moins décisives. Cette première place donnée à Royan a toutefois un prix : au regard des journaux de marche, hors éléments de la DB, les unités régulières comptent 93 tués, soit 56 % des 167 tués recensés devant Royan. En ce qui concerne le Zouaves, à qui incombe le nettoyage des ruines de Royan, les pertes sont particulièrement lourdes, avec 9 % de son effectif théorique. Dans la Pointe de Grave, les troupes coloniales, qui ont compté pour un cinquième des effectifs engagés, comptent 59 tués et 148 blessés, soit 30 % des 197 morts et 18 % des 843 blessés inventoriés. »

Ordre de bataille

Forces françaises Régiment de marche d'Afrique équatoriale française et Somalie (bataillon de marche somali, bataillon de marche n° 14 et bataillon de marche n° 15) ; D'après Pierre Sergent (dans La Revanche, second tome de son ouvrage Les Voies de l'honneur), un bataillon de Légion étrangère était également impliqué. Forces françaises de l'intérieur sous le commandement du colonel Adeline ; Armée secrète de Dordogne groupements Z, RAC et Roland, FTP de Charente groupement Bernard. OCM des Landes, dirigé par Léonce Dussarrat. On note également la présence de nombreux chars français repris à l'ennemi : B1bis et des SOMUA S35, regroupés au sein du 13e régiment de dragons et du bataillon "Foch", plus un soutien de quelques unités de la 2e division blindée (équipée de chars Sherman )

Forces allemandes et 106 officiers commandés par le colonel Pohlman ; artillerie importante mais pas de chars, pas d'aviation et pas d'essence. 218 ouvrages côtiers bétonnés entre Ronce et Suzac tournés vers la mer ; front de la Seudre, protégé par les marais et les marins du bataillon Tirpitz, qui sont des rescapés des navires coulés en rade de Royan en août ; Trois centres de défense principaux entourent Royan, à Jaffe, Belmont et Vaux avec de nombreux bunkers ; Toutes les plages sont obstruées par des défenses anti-tanks ; sont minés, avec antipersonnel et .

Les opérations militaires et les redditions thumb|left|250px|Le 447th Bomb Group de l'US Air Force a participé au raid aérien sur Royan.

Comme l'écrit l'historien Rémy Desquesnes : .

Le plan de reconquête du littoral atlantique encore occupé par les Allemands ne prévoyait pas un assaut sur l'ensemble du front des poches, mais une offensive limitée devant se dérouler en plusieurs phases. La première étape consistait à s'emparer de la forteresse de Royan, la plus petite des poches, celle qui avait la plus faible garnison et qui, selon les renseignements, était le plus dépourvue de moyens de combat. Une fois Royan prise, l'état-major prévoyait dans la foulée de poursuivre avec un débarquement sur l'île d'Oléron, puis dans une troisième étape contre La Rochelle, puis enfin contre Saint-Nazaire..

La première étape (attaque de Royan) avait pour nom de code « opération Indépendance » et était prévue pour la fin de l'automne 1944. Cette date était repoussée en raison de l'offensive des Allemands dans les Ardennes de . Le a lieu au QG de Cognac une rencontre entre le général , commandant de la First Tactical Air Force et le général Corniglion-Molinier pour mettre au point le futur raid aérien devant ouvrir l'opération Indépendance..

Le raid aérien sur Royan démarre le par le largage de plus de de bombes par plusieurs centaines de bombardiers Lancaster. Ce raid détruit la ville de Royan à 95 % avec plus de civiles et plus de parmi les habitants qui, en dépit des ordres, avaient refusé d'abandonner leur demeure. Ce bombardement n'empêche pas les Allemands de mener des patrouilles le long du front et à repousser les dizaines d'assauts menés par les Français, notamment sur la Seudre..

Le , le commandement des Forces françaises du Sud-Ouest (FFSO) confié depuis au colonel Adeline est dissous par Larminat. À la place est créé un seul commandement dénommé Détachement de l'armée de l'Atlantique (DAA) sous les ordres du général de Larminat. Le DAA est renforcé de plusieurs bataillons coloniaux autorisés par Eisenhower à quitter le front du Reich pour le front de l'Atlantique..

L'opération Indépendance est rebaptisée « opération Vénérable ». Elle démarre le par un nouveau bombardement par les forces aériennes américaines de la Air Force, est suivie d'un bombardement par les canons de marine des croiseurs de l'amiral Joseph Rüe et enfin par un bombardement terrestre effectué par une brigade d'artillerie lourde américaine. L'offensive terrestre est menée par une division de marche « Gironde » () confiée au général André d'Anselme (future d'infanterie) et à une brigade dite « d'Oléron » () sous le commandement du colonel Adeline, appuyées par les blindés de la DB et d'autres formations cuirassées ( de dragons, bataillon « Foch »), et le 4e régiment de zouaves. En tout, ce sont plus de qui sont déployés au sol. L’opération s’achève le . Le contre-amiral Hans Michahelles remet sa reddition et celle de ses hommes au capitaine Edmond Voillaume, du 13e régiment de dragons. Il est mis aux arrêts et fait prisonnier de guerre par les gendarmes qui accompagnent les troupes.

Les combats se poursuivent dans la presqu'île d'Arvert, notamment au niveau de la forêt de la Coubre où les bunkers sont tenus par les marins du bataillon « Tirpitz ». Le , les troupes du colonel de Milleret, soutenues par l'aviation française de reconnaissance et de bombardement, négocient et obtiennent la capitulation des forces allemandes de la pointe de Grave. Ces différents combats se soldent par la mort de français et et plus de (soldats et civils). Du côté allemand, les pertes sont estimées à un millier de morts et autant de blessés.

Après Royan, le commandement lance un débarquement sur l'île d'Oléron (opération Jupiter). Une journée suffit pour obtenir la reddition de la garnison le . Devait suivre ensuite l'« opération Mousquetaire » visant à attaquer la poche de La Rochelle. L'opération est annulée compte tenu de la signature le de la capitulation partielle à Lunebourg, où le grand amiral Karl Dönitz signale que la guerre européenne est . Le colonel Adeline se réjouit de cette annulation, lui qui avait toujours critiqué l'opération Mousquetaire.

Royan, une destruction contestable Selon Rémy Desquesnes, ..