Maurice Barrès []Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, ., né le à Charmes (Vosges) et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et homme politique français, figure de proue du nationalisme français.

Le premier axe de sa pensée est « le culte du Moi » : Barrès affirme que notre premier devoir est de défendre notre moi contre les « Barbares », c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité. Le second axe est résumé par l'expression « la terre et les morts » qu'approfondissent les trois volumes du Roman de l'énergie nationale : Les Déracinés (1897), L'Appel au soldat (1900) et Leurs figures (1902) qui témoignent de l'évolution de Maurice Barrès vers le nationalisme républicain et le traditionalisme, l'attachement aux racines, à la famille, à l'armée et à la terre natale.

L’un des écrivains les plus influents de la France de la Belle Époque, puis maître à penser de la droite nationaliste durant l'entre-deux-guerres, il était surnommé le « princeps juventutis. » (prince de la jeunesse). Les avis sont partagés sur la place à donner à Maurice Barrès dans la memoire historique : les uns mettent en avant ses succès littéraires et les autres son antisémitisme affirmé.

Biographie Enfance et débuts (1862-1887) vignette|Plaque devant le logement de Maurice Barrès, lorsqu'il était étudiant à Nancy. vignette|Maurice Barrès en 1885.

La famille paternelle de Maurice Barrès est originaire d'Auvergne (sud-ouest de Saint-Flour). À la fin du , une des branches de la famille s'installa plus au nord, à Blesle, dont Jean-Francis Barrès (arrière-grand-père de Maurice Barrès) fut maire et conseiller général. L'un de ses fils, Jean-Baptiste AugusteMaurice Barrès, Souvenirs d'un officier de la grande armée, 1922., après s'être engagé dans les vélites de la Garde impériale, prit sa retraite en 1835, à Charmes, dans le département des Vosges, où il s'était marié. De ce mariage avec une Lorraine, il eut un fils, Auguste (père de Maurice) qui lui-même épousa Luxer, dont le père fut maire de Charmes en 1870. Auguste Barrès, ancien élève de l'École centrale, fut un moment professeur, puis précepteur, avant d'arrêter tout travailBiographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly) .

Maurice Barrès naît le . À l'âge de dix ans, il entre comme pensionnaire au collège de La Malgrange, près de Nancy. Il y passe quatre ans et y rencontre Stanislas de Guaita. Il gardera de cette première expérience de l'internat un souvenir douloureux. Ses camarades l'appellent « le corbeau » parce qu'il est « un petit garçon noir de cheveux, grave et isolé ».

Il termine ses classes élémentaires et poursuit ses études à l'internat du lycée de Nancy. Il y reçoit un « enseignement qui l'éveille sans l'exciter », entre les cours de philosophie morale d’Auguste Burdeau et la lecture des lyriques modernes. De son professeur de philosophie, il laissera quelques années plus tard un portrait au vitriol dans son roman Les Déracinés, en la personne de l'arriviste BouteillerCf. par ex. .. En 1878, Stanislas de Guaita lui apporte en cachette les Émaux et Camées, les Fleurs du Mal et Salammbô. L'année suivante, il obtient d'être externe et partage sa chambre rue de la Ravinelle avec lui. « Toute la journée, et je pourrais dire toute la nuit, nous lisions à haute voix des poètes… En même temps que les chefs-d’œuvre, nous découvrions le tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse… »Chronique des lettres françaises , décembre 1927 .

Il effectue une année à la Faculté de Droit de Nancy et publie son premier article dans le Journal de la Meurthe et des Vosges pour soutenir la candidature de Paul de Saint-Victor à l'Académie française. En 1882, il écrit une étude littéraire dans la Jeune France, un périodique mensuel. Ses manuscrits sont remarqués par Leconte de Lisle et Anatole France (dont il était encore l'ardent admirateurAnatole France, Paris, Charavay, 1883.Lettre de 1882 adressée à Anatole France, citée par Henri Mondor in Les Nouvelles littéraires du 29 juillet 1939.), qui souhaitent le faire venir à Paris. Il retourne à Charmes au mois de juillet, puis part pour Paris en , officieusement pour continuer ses études en droit. Il obtient sa licence en . Il continue d'écrire des articles pour la Jeune France mais ne trouve pas d'éditeur à son Départ pour la vie. Devant le refus des éditeurs, il décide de se publier lui-même et fonde une revue : les Taches d'encre. Il assume à lui seul la rédaction des quatre numéros. Dans le premier, il expose son credo esthétique et politique :

Ces fascicules trouvent peu d'écho, mais Maurice Barrès continue à publier des articles dans La Vie moderne, la Revue illustrée, la Revue des lettres et des arts, le Paris illustré, les Chroniques, etc. À Paris, il fréquente les cénacles littéraires : il rencontre ainsi Paul Bourget, Charles Maurras, Leconte de Lisle et les frères Goncourt. Sursitaire pour poursuivre ses études, il est ensuite exempté du service militaire. Comme toute la jeunesse de son temps, il est très influencé par la pensée d'Hippolyte Taine et celle d'Ernest Renan, qu'il n'hésite pourtant pas à brocarder dans deux courts récits de 1888 : Monsieur Taine en voyage et Huit jours chez Monsieur Renan. En , sa santé fragile l'amène en Italie où il écrit les pages principales de Sous l’œil des Barbares. À son retour à Paris, en avril, il trouve un éditeur, et publie son livre à la fin de l'année 1887 ; toutefois, en butte au silence de la presse et au peu d'audience de son roman, Barrès repart en Italie.

Premiers romans (1888-1896) C'est Paul Bourget qui le premier, en 1888, dans un article au Journal des Débats, attire l'attention sur l'auteur, encore inconnu, de Sous l'œil des Barbares. Les trois volumes du Culte du Moi lui valent l'admiration de la jeunesse, ainsi Léon Blum se souvient-il dans un article de 1903 :

Ainsi Jean Tharaud :

En ces années où Émile Zola (et le naturalisme) est au sommet de sa gloire, Maurice Barrès, pour qui les écrits de Zola ne sont alors que « grossièretés retentissantes », est sacré « prince de la jeunesse ». Ainsi, Henri Massis rappelle « qu'en 1890, au Conseil supérieur de l'Instruction publique, le recteur Octave Gréard exprimait le regret que Barrès fût, avec Verlaine, l'auteur le plus lu par les rhétoriciens et les philosophes de Paris ». Le guide Paris-Parisien, qui le considère en 1899 comme une « notoriété des lettres », relève son « culte du moi » tout en le considérant comme un « ironiste délicat et subtil », un « polémiste violent » et un « styliste hors ligne ».

Dans Le Culte du Moi, Maurice Barrès « affirme les droits de la personnalité contre tout ce qui se conjugue pour l'entraver », y revendiquant « le petit bagage d'émotions qui est tout mon moi. À certains jours, elles m'intéressent beaucoup plus que la nomenclature des empires qui s'effondrent. Je me suis morcelé en un grand nombre d'âmes. Aucune n'est une âme de défiance ; elles se donnent à tous les sentiments qui la traversent. Les unes vont à l'église, les autres au mauvais lieu. Je ne déteste pas que des parties de moi s'abaissent quelquefois. » Maurice Barrès, le futur apologiste de la terre et des morts, y fait alors également le vœu « d'habiter n'importe où dans le monde ».

Culte du Moi Dans Sous l'œil des Barbares (1888), premier roman de ce triptyque, Maurice Barrès s'attache à démontrer que notre moi n'est pas immuable, il faut constamment le défendre et le créer. Le culte du moi est d'abord une éthique qui réclame des efforts réguliers. Notre premier devoir est de défendre notre moi contre les Barbares, c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité.

Dans le second roman, Un Homme libre (1889), Maurice Barrès fixe les trois principes de sa méthode :

vignette|Portrait de Maurice Barrès dans un album de famille, 1880-1910.Cependant, cette méthode lui fait prendre conscience que le fait de s'analyser le fait remonter à son passé, dont il est le produit, et notamment à son origine géographique, la Lorraine.

Dans le dernier volet du Culte du Moi, Le Jardin de Bérénice (1891), Maurice Barrès, député boulangiste de Nancy depuis 1889, retrace une campagne électorale. Le récit se déroule en Provence, dans la région d’Aigues-Mortes, qu'il compare aux forêts du Nord :

Ce triptyque eut un tel retentissement qu'elle lui vaudra le titre de Prince de la Jeunesse. Les étudiants en Philosophie lisaient le Culte du Moi, à la place de Critique de la Raison Pure de Kant.

Premier mandat de député (1889-1893) Barrès rejoint la cause de Georges Boulanger en lorsqu'il publie un article dans La Revue indépendante puis en mai dans Le Figaro, sur la révolte de la jeunesse contre la barbarie. Il se prépare dès à une candidature à Nancy en lançant Le Courrier de l'Est. Il se porte candidat dans la troisième circonscription de Nancy le à , à l'invitation de Paul Sordoillet du Comité national boulangiste. Il se veut aussi socialiste, menant une campagne populiste définissant un « socialisme national », xénophobe et antisémite. Il est opposé à un polytechnicien, Colson, et au bâtonnier René Renard, conservateur. Il bat facilement ses opposants grâce au vote ouvrier, mais aussi grâce à l'argent et aux votes royalistes, et devient le plus jeune parlementaire de la législature. Il siège alors à l'extrême gauche. Il se bat en duel le contre un avocat de Nancy. Nouveau duel à l'épée le à Nancy, contre Goulette, directeur de l'Est républicain (boulangiste), à la suite d'un article polémique dans le Courrier de l'Est, dont il sort légèrement blessé (Barrès se battra de nouveau en duel en 1894 contre Francis de Pressensé). Ses contemporains ne comprennent pas son engagement auprès de Boulanger auquel l'écrivain se justifie par le rejet de l'institution (Barrès est un anti parlementariste acharné, donc pour lui le système de la République qui est un régime Parlementaire, c'est tout ce qui l'insupporte). Finalement, Barrès est assez éloigné du boulangisme et forme sa propre vision fantasmée du mouvement, il cherche aussi à se différencier des autres écrivains et à parfaire son image de révolté pour aider à la vente de ses œuvres. Il est également fasciné par l'homme fort du boulangisme qu'est Georges Laguerre, comme il l'est de Paul Déroulède, Jean Jaurès et Georges Clemenceau. Barrès est aussi un ambitieux qui souhaite accéder à la Chambre sans passer par un mandat local. En , Barrès soutient à Paris la nouvelle campagne antisémite de Francis Laur accompagné d'Édouard Drumont et le à Neuilly, il soutient le boulangisme qu'il assimile au socialisme. Cependant, sa définition du socialisme est toujours floue et se concentre sur l'anticapitalisme et l'autoritarisme, devant un parterre de personnalités antisémites, de droite et d'extrême gauche.

Barrès épouse Paule Couche, catholique fervente, le , à Paris en l'église Saint-Séverin (de cette union naitra un fils unique : Philippe Barrès, né en 1896 à Neuilly-sur-Seine). vignette|Réponse de Louis Galau et des autres anarchistes impliqués à la plainte des serviteurs de Maurice Barrès et de ce dernier (Archives de Paris D.2 U6 100 - courtoisie d'Archives anarchistes)