La basilique Notre-Dame de Marienthal de Haguenau est une basilique catholique située à Haguenau dans le département du Bas-Rhin en Alsace. C'est le plus ancien sanctuaire marial en Alsace..
Historique vignette|gauche|« Albert de Haguenau, premier ermite », Martin Feuerstein.
Fondation La première église aurait été achevée en 1256 par la famille noble d'Alsace Bourcard de Wangen et Ida de Fénétrange, son épouse. À la suite de la déposition de Henri II de Souabe, Albert de Haguenau, appartenant à une branche haguenovienne de la famille noble et servant comme maréchal au château impérial de Haguenau, décide de se retirer au bord de la rivière de Marienthal en 1240. Il attire des disciples et fonde une communauté d'ermites. Cette communauté adopte la règle de l'ordre de Saint-Guillaume, une communauté monastique de Toscane de Guillaume de Malavalle. On les appelle les « guillemites ». Ces moines venant de l'abbaye de Gräfinthal en Sarre restent fidèles à Marienthal pendant trois siècles.
Un couvent et une chapelle sont bâtis dès 1257 par la communauté en l'honneur d'une statue de la Vierge Marie sur des terres cédées par la famille d'Albert, qui reçoivent le nom de Marienthal ou « val de Marie »..
Le pèlerinage marial prend de l'ampleur dans la deuxième moitié du et son succès est confirmé par le fait que le pape Boniface IX lui accorde en 1402 des indulgences. Le site est remanié à partir de 1462. De cette période datent trois sculptures : le Christ au tombeau avec trois gardes ; saint Guillaume de Malavalle, fondateur des guillemites avec un pic ; la mort de la Sainte-Vierge entourée des apôtres.
La sacristie date de 1519. On attribue à la Vierge des miracles, comme le retour à la vie des enfants décédés, le retour des enfants égarés, la guérison des personnes possédées et la libération des prisonniers (les fresques de 1519).
Troubles et renaissances vignette|187x187px|Soldat en habit du sous le Saint-Sépulcre.
Au moment de la Réforme protestante, les religieux qui gèrent le lieu de pèlerinage se relâchent et la guerre des paysans en Alsace et en Lorraine ravage le sanctuaire en 1525. L'ordre qui gère Marienthal disparaît en 1543, le dernier prieur devenant réformateur ; le sénat de Haguenau gère le lieu.
En 1617, les jésuites de Haguenau sont chargés d'animer le sanctuaire jusqu'à la dissolution de l'ordre et du collège jésuite de Haguenau en 1765. Le pèlerinage fut interrompu par les troubles de la guerre de Trente Ans (1618–1648). Les troupes protestantes d'Ernst von Mansfeld ravagent le sanctuaire, les fermes et les forêts de Marienthal en 1621. En 1650, l'église est restaurée et le pèlerinage est relancé ( pèlerins en 1650 et en 1652 et 1653). En 1657, deux couronnes d'argent sont données par Frédéric de Wangen pour la Vierge à l'Enfant.
De 1672 à 1678, l'église de Marienthal fut pillée plusieurs fois. Les deux statues de la Vierge furent déplacées de Marienthal à la chapelle Saint-Michel du cimetière Saint-Georges de Haguenau lors des périodes de troubles en 1525, 1649, 1674, 1705 et 1744.
Le pèlerinage connaît un réel succès entre 1723 et 1763 attirant des habitants d'Alsace, de Lorraine, du Palatinat du Rhin, du pays de Bade, de Westphalie et de Suisse. Il existe deux livres recensant les miracles et guérisons miraculeuses attribués à Notre-Dame de Marienthal, le premier est du docteur Schenck de Grafenberg (1749) et le second a été rédigé par les jésuites de Haguenau. L'ouvrage du docteur Schenck recense des guérisons de paralytiques, de muets et d'hydropiques, de femmes en couches ou d'hommes menacés de mort et sauvés par l'intercession de Marie. L'ouvrage des jésuites parle de conversions. Il évoque des prisonniers miraculeusement libérés, des paralytiques guéris, des aveugles retrouvant la vue, des accidentés échappant à la mort ou à la noyade.
Marie Leszczynska et la dévotion à la Vierge de Marienthal vignette|197x197px|La reine de France Marie Leszczynska, l'épouse de Louis XV, avait une grande dévotion pour le sanctuaire.
Le pèlerinage voit accroître sa notoriété par la dévotion de Marie Leszczynska, fille du roi Stanislas Leszczynski détrôné de Pologne, installée à Wissembourg en 1720 avec sa famille. En 1725, Louis XV fait de Marie Leszczynska son épouse. Celle-ci se rend à Marienthal pour obtenir la bénédiction de Dieu pour son union. En 1727, devenue reine de France, Marie Leszczynska offre deux couronnes en or pour les deux statues de la Vierge avec deux inscriptions : « Le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles, saint est son nom, paroles du Magnificat et Qu'il ne cesse d'exalter ta miséricorde ; celui qui t'ayant invoquée dans ses nécessités n'aurait pas été exaucé - paroles de Saint Bernard de Clairvaux - À Marie reine du ciel et de la Terre, une autre Marie, la plus humble de ses servantes, a offert ce don le ».
Marie Leszczynska ne cessera d'invoquer dans sa vie Notre-Dame de Marienthal et multipliera les dons (la bague de fiançailles en 1724, deux couronnes d'or pour les statues de la Vierge à en 1727, une ampoule d'argent, une lampe d'or en 1734, des lustres d'or, des robes richement brodées pour les statues de la Vierge, des ornements sacerdotaux, diamants pour l'ostensoir en 1763).
Les jésuites rénovent l'intérieur du sanctuaire en 1728. La Vierge douloureuse ou la Pietà prend le pas dans la dévotion populaire sur la Vierge à l'Enfant. D'ailleurs, en 1741, les Jésuites élèvent un maître autel qui cache la Vierge glorieuse ou Vierge à l'Enfant.
La gestion du sanctuaire confiée au prince-évêque de Strasbourg Après 148 ans de gestion du sanctuaire par les Jésuites, la suppression de la Compagnie de Jésus entraîne en 1765 la fin de l'activité des jésuites à Marienthal. Les Augustins d'Alsace, les guillemites des Pays-Bas, Louis-Constantin de Rohan, évêque de Strasbourg et la ville de Haguenau se disputent la gestion du sanctuaire ; l'évêque de Strasbourg obtient gain de cause en 1766.
L'église est rénovée : le sol est rehaussé en 1779. Les plafonds du chœur et de la nef sont restaurés. L'autel de la Pietà est modifié. Le portail fut rénové en 1789.
Les troubles révolutionnaires vignette|220x220px|Vue intérieure de la nef vers le chœur. vignette|240x240px|« Couronnement de la Vierge de Pitié en 1859 », Martin Feuerstein.
Lors de la période révolutionnaire de 1789 à 1799, les biens de l'Église sont confisqués la nuit du 4 août 1789 pour être vendus. Les municipalités doivent dresser l'inventaire des biens des églises. À Marienthal, la population empêche l'inventaire. Le commissaire municipal reviendra et confisquera les biens en or et en argent donnés par Marie Leszczynska et les ex-votos en argent. Ils seront fondus en 1791. La constitution civile du clergé supprime les couvents. La population proteste, le pèlerinage est conservé. Des prêtres de l'Église constitutionnelle sont imposés et les prêtres réfractaires sont expulsés. L'église doit être fermée en 1792 et les portes doivent être murées, mais la population s'y oppose. De 1793 à 1803, les deux statues sont mises à l'abri à Haguenau par les abbés Schack et Sutter, mais devant le danger, les deux statues sont amenées sur la rive droite du Rhin au couvent des religieuses de Notre-Dame d'Ottersweier au nord d'Achern. Les chapelles du Chemin de croix sur la route de Haguenau à Marienthal sont détruites par les révolutionnaires en 1794. Le Directoire est méfiant à l'égard du pèlerinage, il l'autorise brièvement en 1797, puis l'interdit. Face à l'affluence des pèlerins, il fait murer les quatre entrées, le . Après la signature du Concordat de 1801, le pèlerinage reprend en 1803. Le retour à Marienthal des deux statues, le , sera l'occasion de grandes festivités.
Le et l'aménagement du sanctuaire vignette|220x220px|Une basilique mineure possède comme emblèmes le tintinnabule et l'ombrellino.
Par décret impérial du est créée une maison pour prêtres âgés et infirmes qui existe toujours. En 1842, une chapelle des confessions ou chapelle Saint-Joseph est construite par Joseph Roberdeau, architecte de la Ville de Haguenau. L'arrivée du train à Marienthal en 1855 relance le pèlerinage.
L'abbé Bernard Atzenhoffer veut agrandir l'ancienne église. Charles Alexandre François Morin, architecte du département et architecte diocésain depuis 1853, construit la nouvelle église de 1863 à 1866. Composée de trois nefs avec un transept, elle fait de long et de large et a une hauteur de . Les pierres viennent d'une carrière de Phalsbourg. Les peintures murales - aujourd'hui pratiquement disparues - sont l'œuvre des peintres A. Hochstuhl, Sorg de Strasbourg, Dennecker de Munich, Louis Icard de Paris et de Weyh de Colmar.. Les vitraux sont de l'atelier Luçon de Paris. Ils sont détruits lors des combats de 1944.
Au , il était de tradition de couronner la Vierge (1619, 1658, 1661 et 1667), cette tradition est reprise au . La Pietà est couronnée solennellement le à la demande du supérieur Atzenhoffer et en demandant que André Raess, évêque de Strasbourg obtienne l'autorisation au pape Pie IX. Lors du couronnement sont présents le cardinal-archevêque de Besançon Césaire Mathieu, l'archevêque de Bourges et aumônier de Napoléon III Alexis Basile Alexandre Menjaud, l'évêque de Strasbourg André Raess, l'évêques de Spire Nikolaus von Weis, l'évêque de Metz Paul Dupont des Loges, l'évêque Saint-Dié Louis-Marie Caverot en présence des autorités civiles le maire de Haguenau, de 1853 à 1866, Dominique-Maurice Chompré, le général à la retraite Frédéric Corréard, le colonel de gendarmerie, le lieutenant-colonel, commandant le cuirassiers de Haguenau, le président du tribunal de Strasbourg et le recteur de l'académie de Strasbourg Marie-Théodore de Bussierre. fidèles participent à l'office. La cérémonie est immortalisée par la fresque de Feuerstein dans le transept face à l'autel de la Vierge douloureuseFeuille paroissiale du 18 septembre 2019 reprenant ..
L'église est consacrée le par André Raess, évêque de Strasbourg. À cette occasion sont présents le cardinal-archevêque de Besançon Césaire Mathieu, le cardinal-archevêque de Sabine, les évêques de Spire, Mayence, Metz, Nancy, Saint-Dié, Bâle, Luxembourg et Genève.
La statue de la Vierge à l'Enfant est couronnée solennellement le , quelques mois après la signature du traité de Francfort.
L'église est érigée en basilique mineure en 1892 par le pape Léon XIII.. L'ombrellino ou le parasol est la marque de cette distinction, il est suspendu à gauche du chœur.
Marienthal, symbole de la paix et de l'unité européenne vignette|217x217px|Mater Ter Admirabilis, la Vierge de Schönstatt.
Marienthal a toujours accueilli des pèlerins d'Alsace, de Lorraine, de France, d'Allemagne et de Suisse à une époque où le diocèse s'étendait des deux côtés du Rhin avant l'époque révolutionnaire.
Au moment où l'Europe est ensanglantée par une guerre fratricide entre les nationalismes allemand et français, Joseph Engling, séminariste allemand, militaire mobilisé durant la Première Guerre mondiale séjourne à Haguenau de à . Il fait plusieurs pèlerinages à Marienthal. Il est un des fondateurs du mouvement de Schoenstatt, en 1914, avec le père Joseph Kentenich. Joseph Engling est tué le à Cambrai. Il est en instance de canonisation, la cause attend un miracle à la suite d'une prière d'intercession. Une plaque commémore le passage de Joseph Engling ; le sanctuaire reçoit régulièrement des pèlerinages du mouvement de SchoenstattPlaquette Pèlerinage Notre-Dame de Marienthal. Son histoire et sa basilique, éd. du Signe, 2012, 40 p.. En , une image solennelle de la Vierge de Schoenstatt a été installée dans la chapelle Saint-Joseph en hommage à Joseph Engling.
Dans une lettre du pour le centenaire du sanctuaire, signée par le pape Jean-Paul II et rédigée par son secrétaire, le cardinal Angelo Sodano : « Par sa place au carrefour de l'Europe (...) le sanctuaire constitue un centre d'expérience spirituelle aux multiples aspects ».
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