Le raid sur Rochefort (ou descente sur Rochefort) est une attaque amphibie britannique destinée à détruire le port français de Rochefort sur la côte atlantique, en pendant la guerre de Sept Ans. Le raid participe de la nouvelle tactique des « descentes » sur la côte française, théorisées et défendues par William Pitt qui avait accédé au pouvoir quelques mois plus tôt.

Après avoir été plusieurs fois retardée, l'expédition atteint la côte française, capturant l'île d'Aix au large de Rochefort. Le commandant britannique Sir John Mordaunt estimant un débarquement sur le continent trop risqué, la flotte commandée par Edward Hawke remet les voiles en direction de la Grande-Bretagne. Le raid se termine par un échec, mais il sera suivi par plusieurs opérations similaires dans les années qui suivent. Le contexte En 1757, la guerre navale entre la France et l’Angleterre dure depuis deux ans. La Royal Navy aligne à peu près cent-vingt vaisseaux et soixante-quinze frégates contre soixante vaisseaux et une trentaine de frégates pour la marine de Louis XVEffectif des deux flottes pour l’année 1755 donné par .. Malgré ce déséquilibre, la guerre est restée jusque là indécise car les Français ont réussi, depuis 1755, à ravitailler et défendre leurs bases coloniales et à tenir en échec la Royal Navy. Par ailleurs, l’Angleterre traverse plusieurs mois d’une grave crise politique intérieure car le roi George II n’est pas d'accord avec ses ministres sur les objectifs de guerre.

Au printemps 1757, après de longs débats à la Chambre des communes, un nouveau gouvernement se forme à Londres autour de William Pitt. À la fois Premier ministre et ministre de la Guerre, il dicte une stratégie de lutte totale contre la France sur tous les espaces maritimes et coloniaux. Un des aspects de cette stratégie passe par l’attaque des côtes françaises dans le but de détruire les installations portuaires, ruiner le commerce, rafler les matelots (pour les empêcher de servir dans la marine de guerre) et semer la panique dans les populations.

La Royal Navy, qui a anticipé la reprise de la guerre depuis la signature du traité de paix précédent (1748) a mené d’importantes opérations d’espionnage sur le littoral français. Un peu partout, sous prétexte de visites officielles, des officiers anglais se sont fait inviter pour visiter les ports de guerre. Reçus avec courtoisie par les gouverneurs, ils ont tout vu puis ont rédigé des rapports et dressé des cartes.

À Rochefort, c’est un officier venu de Gibraltar, le capitaine Clark, qui s’est présenté au gouverneur en 1754. Il a pu visiter l’arsenal et monter à bord de six vaisseaux récemment lancés puis a fait le tour de la ville pour y constater que les défenses n’ont subi aucune amélioration depuis la fondation de la cité sous Colbert« Je voulais juger si, en cas de rupture, on pourrait faire réussir quelques tentatives… J’avais ouï dire que Rochefort, quoique une place de grande importance avait été négligé. Je m’y rendis et j’allai en uniforme voir le gouverneur. Je m’annonçai venant de Gibraltar et repassant en Angleterre. J’ajoutai que ma curiosité me poussait à voir la place, le port et les vaisseaux. Il fut très poli ; on me montra tout. Je montai à bord de six vaisseaux nouvellement construits et un ingénieur m’accompagna autour de la place. Je fus surpris de trouver que, quoiqu’il y ait un bon rempart avec un revêtement, la plus grande partie n’était flanquée qu’avec des redans, qu’il n’y avait point d’ouvrages extérieurs, point de chemin couvert… L’ingénieur m’a dit que cette place était restée dans cet état depuis soixante-dix à quatre-vingt ans. Je n’ai point de plan de la place, je n’ai même rien par écrit ; on m’avait assez parlé de toute la ville, et j’ai même trouvé fort extraordinaire qu’on me laissât aller partout et voir tout... ». Extrait du rapport de Clark cité par .. Son rapport, qui se conclut par des observations personnelles en vue d’une attaque, est porté en à la connaissance de William Pitt qui dispose aussi des renseignements fournis par un Huguenot, le pilote Joseph Thierry, lequel connaît tous les détails de la navigation dans ces parages : il a indiqué les moyens de tenter un coup de main sur l’île d’Aix, le plage de Fouras et les chantiers de Rochefort. Pitt décide aussitôt d’engager une vaste opération contre l’arsenal charentais. Les préparatifs se font dans le plus grand secret.

Le raid (20 - 30 septembre 1757) Le , l’escadre appareille de Spithead. Forte de dix-sept vaisseaux de ligne, neuf bâtiments légers et cinquante-cinq bâtiments de transportÉtienne Taillemite, sous la direction de . Environ soixante-cinq bâtiments de transport selon . Avant-garde : le HMS Neptune de 90 canons, le Royal William (84 canons), le Barfleur (80), le Torbay (74), le Magnanime (74), le sloop Escorte (14 canons/10 pierriers), le cotre Hunter (10), les galiotes à bombes Firedrake et Infernal. Centre : Royal George (100), Ramillies (90), Namur (90), Burford (70), Achilles (60), Medway (60), Chesterfield (44), la frégate Southampton (32 canons/12 pierriers), les sloops Beaver (18/12) et Postillon (18/14), les brûlots Pluto (8/8) et Prosperine (8/8). Arrière-garde : Princess Amelia (80), Dublin (74), Alcide (64), Dunkirk (60), America (60), la frégate Coventry (28), les sloops Cormorant (18/14) et Pelican (16/10). Le nom de deux transporteurs armés, propriétés de la Navy est connu : le Canterbury (6) et le Medway (6). Les autres sont généralement des bâtiments civils affrétés. Frédérick Anquetil, Aunis 1757 : l’Expédition secrète, un épisode de la Guerre de Sept Ans., elle est sous les ordres d’Edward Hawke qui commande en chef et Charles Knowles. Le corps de débarquement, d’une dizaine de milliers d’hommes (douze régimentsÉtienne Taillemite, sous la direction de .), est commandé par le lieutenant général John Mordaunt, assisté des majors-généraux Henry Seymour Conway et Edward Cornwallis. Les ordres sont « de tenter, dans la mesure du possible, une descente sur les côtes de la France, à Rochefort ou près de Rochefort, afin d’attaquer le lieu et de s’en emparer ; et de brûler et de détruire au maximum tous les quais, magasins, arsenaux et navires qui s’y trouventThe instructions to Sir Edward Hawke were « to attempt, as far it shall be found practicable a descent on the coast of France, at or near Rochefort, in order to attack and, by vigorous impression, force that place ; and to burn and destroy to the utmost of his power all such docks, magazines, arsenals and shipping as shall be found there ». Cité par . ». La réussite de l’opération permettrait de faire d’une pierre deux coups car Rochefort, depuis la rade de l’île d’Aix, est une place essentielle pour le ravitaillement de Louisbourg et de Québec.

Malgré l’importance du contingent à sa disposition, Mordaunt est dubitatif sur la faisabilité de l’attaque et il craint que les renseignements disponibles (de Clark en 1754) ne soient obsolètes. Pourtant, côté français, on commence à peine, en 1757, à travailler aux fortifications de l’île d’Aix. Pour celles de Rochefort, elles sont toujours dans le même état où Clark les a vues ; à Fouras, qui commande l’entrée de la Charente, il n’y a pas une batterie en état et au plus 300 hommes de troupe.

Sans avoir rencontré aucun navire français, ni dans la Manche, ni dans les parages de la Bretagne, la flotte anglaise entre le dans les eaux du Pertuis d'Antioche. Deux vaisseaux français, le Prudent et le Capricieux, qui se trouvent en rade, n’ont que le temps de se retirer dans l’embouchure de la Charente. L’apparition inattendue de forces aussi considérables paralyse l’énergie des défenseurs de Rochefort. Dans le port se trouvent aussi le Florissant de 74 canons et le Raisonnable, de 64 (en cours d’achèvement).. Le commandant de la marine, M. de Guébriant Budes, et l’intendant de la marine, Ruis Embito de La Chesnardière, sont beaucoup plus occupés de mettre en lieu sûr les documents officiels, les papiers de l’intendance et leurs effets personnels, que de travailler à la défense de la place. Ce comportement montre qu’ils semblent convaincus que la reddition de Rochefort est inévitable et qu’il ne songent qu’à obtenir une capitulation dans les conditions les moins défavorables.

Si les défenseurs de Rochefort pèchent par excès de prudence ou par pusillanimité, les Anglais pèchent par défaut d’audace et de rapidité. Arrivée le mardi , leur escadre ne mouille que 48 heures après, le jeudi 22, devant Fouras. Le petit fort est commandé par M. Du Pin de Belugard, capitaine de vaisseau, qui a à sa disposition quelques soldats et 700 gardes-côtes ; le comte de Langeron, lieutenant général, vient augmenter la petite garnison, le vendredi 23 au matin, avec des soldats de la marine et des Suisses. Il a laissé en arrière 800 hommes, à la position du Vergeroux, en amont de l’embouchure de la rivière. Toutes ces forces sont insuffisantes pour s’opposer au débarquement d’un corps de ; cependant, la fermeté de M. de Langeron, son habileté à éparpiller ses hommes pour grossir aux yeux des assaillants le nombre de ses troupes en impose à Mordaunt qui ne tente rien du côté de Fouras. La Rochelle, située à quelques lieues plus au nord, a aussi le temps de se mettre en état de défense.

Le , à midi, quelques vaisseaux anglaisLe Neptune, le Magnanime, le Barfleur, le Torbay, le Royal William, . et deux galiotes à bombes ouvrent le feu sur l’île d'Aix. L’un d’eux, le HMS Magnanime. Le navire est commandé par Richard Howe qui va jouer un rôle important dans la guerre d’Amérique, 20 ans plus tard, et sous la Révolution française, en 1794. ., court un moment un danger assez sérieux, car il frôle le naufrage sur un rocher. La petite île est cependant prise ; les 16 canons qui composent sa défense sont promptement réduits au silence. L’attaque de l’île d’Aix et sa reddition a demandé cinq heures en tout.

À Rochefort, on vit dans l’angoisse d’un débarquement qui semble imminent, mais les Anglais hésitent. Ils manquent de barquesLes descentes sur les côtes françaises ont aussi pour conséquence de faire évoluer la construction des navires de débarquement. Le nouveau type de bateau à fond plat mis au point au printemps 1758 va devenir le modèle standard des expéditions amphibies ultérieures. . Ces embarcations sont capables de transporter et débarquer rapidement entre chacune. Cependant, elles ne semblent pas encore utilisées dans le cas de Rochefort. La barque à fond plat sera engagée dans les opérations autour du siège de Québec en 1759 et s’avérera très efficace dans les faibles profondeurs d’eau. Elle sera utilisée par James Wolfe pour remonter le Saint-Laurent et débarquer en amont de Québec, permettant ainsi la bataille des Plaines d'Abraham. QUEBEC, 1759 : THE SIEGE AND THE BATTLE by C.P. Stacey, p-220. Reviewed by Captain Andrew B. Godefroy. et il y a beaucoup de bancs de sable qui peuvent gêner la manœuvre alors que les troupes françaises, sur les côtes, semblent nombreuses. Dans la nuit du 25 cependant, tout indique que le débarquement va avoir lieu : c’est l’époque des plus fortes marées, le vent est à souhait ; du balcon de l’intendance, on peut, grâce au clair de Lune, distinguer toutes les évolutions des Anglais. Plusieurs de leurs vaisseaux s’approchent du platin d’Angoulin, comme pour procéder au débarquement sur la plage du Chatelaillon. Cependant la nuit passe, la marée descend et les Anglais n’ont pas bougé. Ce que les Français ne savent pas, c’est que Mordaunt et ses adjoints ont annulé l’attaque.