, née le à Tokyo, est une styliste japonaise, fondatrice de la marque Comme des Garçons et une personnalité influente et respectée du domaine de la mode.

Elle est une des représentantes de l'Antimode des années 1980. Elle conçoit des créations avec une approche intellectuelle, loin des critères traditionnels de la beauté. Elle remet perpétuellement en question les principes établis. Ses vêtements androgynes aux montages étranges sont souvent plein de volumes et réfutent toute élégance ou féminité telle qu'elle est établie en Occident.

Rei Kawakubo reste une grande technicienne, maîtrisant textiles, matériaux et coupe, largement reconnue par ses pairs et par les médias, même si une grande perplexité reste de mise pour ces derniers. Ses collections, qualifiées au départ de look « Hiroshima Chic », et utilisant majoritairement des noirs, gris, puis rouges ou blancs, sont la référence du mouvement de la mode déconstructive. Ses collections présentées durant l'année 1981, 1997, puis 2012, ont plus particulièrement marqué l'histoire de la mode.

Elle est mariée à Adrian Joffe, devenu directeur général de la marque Comme des Garçons.

Biographie Débuts Rei Kawakubo nait en 1942. Son père est universitaire. En 1964, Rei Kawakubo sort diplômée de la prestigieuse Université Keiō, après avoir suivi des études de philosophie, littérature et beaux-arts. Elle travaille au département publicité de l'entreprise Asahi Kasei, puis, déçue par ce métier, commence une activité de styliste indépendante sans jamais avoir reçu de formation pour la mode. Très tôt, ses créations sont influencées par le Wabi-sabi, le ainsi que par les traditions vestimentaires japonaises.

Elle fonde la marque Comme des Garçons dans les années 1970. Elle présente sa première collection féminine et ouvre un point de vente à Tokyo. La vitrine ne montre rien, les vêtements sont au fond de la boutique et il n'y a pas de miroir. Sa première collection masculine, Comme des Garçons Man, arrive quelques années après. Rei Kawakubo est précurseur dans l'usage majoritaire du noir, couleur du deuil et du soir rarement présente dans les collections des stylistes ou couturiers durant cette époque. Son usage se répand dans les rues de Tokyo, le succès est là. Le noir va la suivre tout au long de sa carrière : toujours vêtue avec cette teinte, elle apparait en noir sur les photos, lors des interviews et celui-ci dominera ses créations durant de nombreuses années. Lorsque des couleurs se voient utilisées, c'est avant tout en monochromie.

Premiers défilés de Paris

Dans les années 1970 à 1980, avec Kenzo Takada, Issey Miyake ou Hanae Mori, une vague de stylistes japonais, remuant la mode occidentale, s'installe à Paris. Kenzo, précurseur, puis Miyake, ont ouvert les portes et plusieurs obtiennent une large reconnaissance . Ils seront plus d'une dizaine à défiler dans la capitale dans les années 1980. Avec Issey Miyake et Yohji Yamamoto, Rei Kawakubo va former dans les années à venir un trio représentant un mélange entre l'Orient et l'Occident, à la fois contemporain et inspiré d'un classicisme propre à la culture japonaise. La styliste ne résiste pas à l'appel de Paris. Elle y montre des vêtements . Sa mode reste donc loin des « jeunes créateurs » français qui triomphaient à l'époque avec une mode flamboyante et colorée à base de silhouettes sexy et glamour.

En marge de la Semaine du prêt-à-porter, elle présente son premier défilé, au même moment que Yohji Yamamoto son mentor. Ne pas être dans le calendrier officiel fait que ce défilé passe relativement inaperçu dans l'immédiat.

Mais, la rumeur progresse jour après jour ,et le défilé se voit qualifié de « véritable choc » et de ; celui-ci fait sensation et efface tous les principes occidentaux sur la féminité alors en vigueur, comme tous les . Pour les observateurs qui y ont assisté, parfois dubitatifs, ce premier défilé audacieux devient ; mais dans les médias, il reste absent des colonnes. Outre Alaïa, Montana ou Mugler, peu de stylistes donnent leur avis, certains pariant même sur son absence d'avenir dans la mode. Pourtant, c'est bien une tempête que Rei Kawakubo a déclenchée.

Déconcertant, personne ne s'attendait à un tel changement radicalArticle et interview d'Adrian Joffe, in : et peu de défilés ont autant bouleversé le domaine de la mode. Celui-ci marque la fin de l'influence séculaire des créateurs parisiens sur les tendances mondiales, ainsi que l'abandon du bon goût et de l'élégance, passage obligé de la couture.

Une boutique Comme des Garçons ouvre dans la capitale française dès 1982L'historique des magasins est lisible dans l'article de l'entreprise Comme des Garçons.. Par la suite, Rei Kawakubo étend ses activités vers le mobilier, dessinant, entre autres, durant une décennie, les sièges de ses boutiques.

Son second défilé, intitulé , a lieu en 1982Collection printemps-été 1983.. Mais cette fois, la marque apparait dans le calendrier officiel. Comme le premier, le retentissement, la polémique même, est important, mais tous les médias sont alors au rendez-vous. L'élégance et la normalité sont une fois de plus mises à mal à travers des vêtements troués, des couleurs tristes, noires, des créations inachevées et des silhouettes difformes, s'éloignant une fois encore des préceptes du prêt-à-porter : les mannequins défilent avec des peintures de guerre sur le visage, la musique est faite de tambours ; Rei Kawakubo veut démontrer ce qu'est la beauté dans une pauvreté vestimentaire et l'imperfection. Malgré la large répercussion dans les médias qui surnomme cette collection , des critiques se font entendre. Son style d'alors, noir ou gris foncé, reçoit un temps le surnom d', de Kate Betts, Women in fashion: Rei Kawakubo sur time.com, 9 février 2004 ou de pour les plus critiques. Pourtant Rei Kawakubo ne change rien à sa ligne créative. Elle devient la figure de proue du mouvement Anti-fashion ou « no fashion » des années 1980 et source d'inspiration de la tendance minimaliste des années à venir.

Par la suite

Le centre Pompidou présente les créations de la styliste lors de l'exposition « Mode et photo » en 1986. Sept ans plus tard, le Kyoto Costume Institute intègre des créations de Rei Kawakubo dans ses collections. La même année, elle est récompensée par le .

Junya Watanabe est le protégé de Rei Kawakubo. Il débute chez pour dessiner les produits « Tricot » de la marque. La créatrice lui laisse peu à peu, comme aux autres stylistes qui œuvrent pour sa marque tels Tao Kurihara, Jun Takahashi ou Fumito Ganryu plus tard, une grande part d'indépendance jusqu'à l'obtention d'une ligne à son nom . Ce développement incessant de nouvelles lignes aboutit à la création de dix-neuf labels différents, tous sous l'égide de Comme des Garçons et de Rei Kawakubo : .

Durant trois ans, Rei Kawakubo supervise la publication de Six (pour , sixième sens), revue créée et financée par Comme des Garçons. Alors que certains ne pensaient trouver qu'un outil de promotion, la publication est majoritairement ouverte à d'autres créateurs, mais également au design, à la danse, à l'architecture, aux arts plastiques ou à la littérature ; ce magazine bisannuel fait alors appel à des grands noms de la photographie et ne comporte aucun texte .

Dans les années 1990, les teintes utilisées s'éclaircissent et le rouge entre notoirement dans ses collections. Après le lancement de plusieurs parfums, la styliste aborde ce nouveau siècle avec une série de collaborations diverses : avec Vivienne Westwood pour des produits vendus uniquement au Japon ou une ligne de sacs en collaboration avec Louis Vuitton afin de fêter les trente ans de la présence de la marque de maroquinerie au Japon. Elle dessine une collection capsule pour H&M soulevant quelques critiques sur la démarche, puis pour Hermès avec deux collections minimalistes de onze carrés. L'expérience avec Louis Vuitton est réitérée quelques années plus tard. Rei Kawakubo fait, tout au long de sa carrière, d'autres collaborations pour Repetto ou Speedo pour exemples. En 2001, Elle ouvre, avec son mari, un premier concept store à Londres, dans le quartier de Mayfair, intitulé . Celui-ci est suivi d'un deuxième cinq ans plus tard au Japon, à Ginza, mélangeant sculptures, objets insolites ou vêtements d'autres créateurs. Puis, en 2013, un troisième à New York sur Lexington Avenue, ainsi que d'autres dans diverses villes du monde.

Dans les années 2000, même si chaque collection est scrutée attentivement, les créations de Rei Kawakubo perdent de leur notoriété : elles se voient de moins en moins portées par les personnalités influentes. Son contrôle absolu de Comme des Garçon et son manque de communication finissent par lasser. Cette opacité est renforcée, lors des très rares interviews que donne Rei Kawakubo, par les réponses toutes aussi confuses qu'elle apporte : certaines sont simplement ponctuées de « oui » ou de « non » ; est reproché également son comportement souvent arrogant. Peu de photos (aucune depuis 2005), peu de paroles, sont les lignes directrices de sa discrétion. Jamais elle ne vient saluer à la fin des défilés comme la tradition l'exige. Plus artiste que styliste, elle semble créer une collection afin de pouvoir seulement financer la suivante et réussir à surprendre.

Défilés notables

Ses défilés, pourtant très courus par les médias et acheteurs, sont toujours abscons, les vêtements ou le message présentés étant difficiles à cerner. Ceux-ci laissent perplexes, interloqués ou agacés la plupart des journalistes, et tous ne sont pas enthousiastes. Un proche de Rei Kawakubo souligne pour l'anecdote : . Au delà des vêtements, l'évènement dérange dans sa scénographie : Des journalistes s'y rendent sans réellement savoir pourquoi ils y vont et ce qu'ils vont y trouver. comme le résume Libération. Année après année, les présentations se déroulent de façon intimiste car, comme le souligne le New York Times, .

Malgré tout, chaque collection s'impose dans l'histoire de la mode et marque nombre de créateurs, certaines de façon plus notable comme celle de 1992 avec ses robes froissées ressemblant à du papier, puis en 1995 la controversée collection « Sommeil » avec des pyjamas ressemblant aux uniformes d'Auschwitz .

La suivante, en 1997 est faite de silhouettes désordonnées aux formes proéminentes et asymétriques.

Les collections 2004 avec leurs volumineuses jupes, puis la suivante remettant en cause la suprématie de la robe de mariée, sont également remarquées. La collection printemps-été 2005, décrite par Rei Kawakubo comme , laisse un sentiment dubitatif aux observateurs ; elle montre un mélange de tutus et de blousons rigides en cuir.

La collection printemps-été 2012, , où le blanc domine, est considérée comme . En opposition, la suivante est extrêmement colorée.

Le Vogue américain décrit la présentation automne-hiver 2017 comme Anna ClevelandAnna, fille du mannequin Pat Cleveland. clôture ce qui tient plus de la performance artistique que du défilé de mode.

Style vignette|droite|alt=Robe exposée sur un mannequin.|Comme des Garçons, robe en rouge, blanc, bleu. Collection prêt-à-porter printemps-été 2006.