Lutèce est la forme francisée du nom employé par les Romains ou pour désigner la ville gallo-romaine connue aujourd'hui sous le nom de Paris ainsi que son oppidum.

Vers 310, Lutèce prend le nom de Paris, par abréviation des mots latins « » ou « » du nom du peuple gaulois qui occupe le site depuis le : les Parisii.

Les découvertes archéologiques réalisées entre 1994 et 2005 à Nanterre ont un temps mis en doute la localisation traditionnelle de la Lutèce gauloise avec la découverte d'un vaste espace d'urbanisation proto-urbain () sur le territoire actuel de Nanterre. Mais Jules César dit nettement dans la Guerre des Gaules () que .

Toponymie vignette|250px|Le forum de Lutèce, maquette (musée Carnavalet).|alt=

Mythe des origines et conjectures anciennes

Dans sa Vie de Philippe Auguste, Rigord indique que .. Cette thèse généalogique est reprise par Grégoire de Tours dans son ouvrage Histoire des Francs, dans la Chronique d'Eusèbe de Césarée, celle d'Hydace de Chaves ainsi que par de nombreux autres auteurs.

Par l'intermédiaire du narrateur Alcofrybas Nasier, Rabelais donne dans Gargantua une étymologie facétieuse qu'il rapproche du grec , « brillant, blanc, pâle », et permet une blague grivoise : ...

Attestations anciennes Le nom de la localité est attesté en grec ancien sous la forme / (Strabon), / (Ptolémée)Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise : description linguistique, commentaire d'inscriptions choisies, Paris, Errance, coll. « des Hespérides », 1994, prix Volney, ., d'où le doublet Lucotèce, ainsi qu'en latin : Lutetia au , Lutetia apud Parisios au , puis Paris uniquement à partir du ..

Étymologie La forme Lutèce résulte de la francisation de par l'intermédiaire d'une forme Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003, ..

Albert Dauzat et Charles RostaingAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, éditions Larousse 1968. y voient un radical gaulois lut- « marais » (équivalent du latin « boue »), suivie d'un suffixe -ecia.

Xavier Delamarre cite les racines gauloises sous les formes luto- (lire lŭto-), luteuo- qu'il compare aux termes du celtique insulaire : gaélique loth « marais » (de *lūta), breton loudour « malpropre » (de *lout-). On retrouve ces mots celtiques dans le nom des villes de Ludesse ; Lodève (Luteua) ; Lutitia (Allemagne) ou Lutudarum (Derbyshire, Royaume-Uni).

Cependant, Pierre-Yves Lambert qui se fonde sur la forme grecque « Lucotèce », penche pour une racine gauloise *lucot- « souris » ( breton logod, irlandais luch), mais précise qu'il y a au moins deux suffixes qui donnent une valeur collective au dérivé, c'est-à-dire « les souris ». Dans la toponymie gauloise, on peut comparer par exemple avec Bibracte qui signifie peut-être « les castors ». En outre, l'utilisation de noms d'animaux dans les noms de lieux s'est prolongée jusqu'à nos joursStéphane Gendron, Animaux et noms de lieux, Paris, Errance, 2010, 240 ( la Baleine, Villechien).

Albert Deshayes reconstruit lui aussi une racine celtique *luk-oto- pour le breton logod (vieux breton locot, pluriel de loc, gallois llygod, gaélique luch)., Alexander Macbain précise en outre que le celtique *lukot- est issu de l'indo-européen *pluko- « le gris », sur une base indo-européen *pel- « gris »., désigne aussi la souris par métonymie.

Localisation La première mention de la ville de Lutèce est due à Jules César, lorsqu'il y réunit l'assemblée des chefs gaulois en -53César B.G., , 3.. Il la place chez les Parisii et la situe sur une île de la SeineCésar B.G., VII, 57.. Mais ces écrits ne permettent pas de déterminer s'il s'agit d'un des six ou sept îlots se trouvant à l'emplacement de la future île de la Cité ou sur une des boucles de la Seine, près de Nanterre. Les fouilles réalisées en 1993 et 2003 au lieu-dit les Guignons sur le tracé de l'autoroute A 86, permettent de mettre au jour des vestiges correspondant à ce qui peu apparaîttre comme étant la capitale des Parisii... D'autres fouilles, préventives, les fouilles menées dans deux cours de l’Hôtel-Dieu, dans le cadre de la restructuration de la partie hospitalière du site portée par l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont mis en avant d'autres vestiges de murs qui pourraient correspondre, sur l'île de la Cité cette fois, à un fragment de rempart de la Lutèce de la tribu gauloise des Parisii. De plus, des traces d'incendie sont décelables sur ce fragment de mur, et un fer de lance gaulois a été trouvé à son pied.. Or, suivant une politique de la terre brûlée, les Gaulois révoltés en -52 et emmenés par Camulogène, incendièrent la ville et coupèrent les pontsCésar B.G., , 58., lors de la bataille de Lutèce. Une seconde bataille eut lieu à l'emplacement de l'actuel Champ-de-Mars, sur la plaine de Grenelle. Quelques îlots tout proches de ce champ de bataille semblent avoir été choisis par les Romains pour leur emplacement plus protégé qu'une boucle marécageuse de la Seine.

Histoire Les barques du Néolithique Sur le site du Paris actuel, on trouve des preuves d'une occupation très ancienne. En 1991, des fouilles ont permis de découvrir des barques néolithiques au niveau du quai de BercyBusson, Didier, Paris ville antique. Éditions du patrimoine. 2001.Viand, Antide,Le site de Lutèce. Géoguide Gallimard. 2006..

L'oppidum des Parisii Le site de Nanterre Il est probable que cet oppidum soit situé sous la ville de Nanterre, des fouilles récentes à l'occasion de la construction de l'autoroute A 86 ayant révélé une vaste agglomération gauloise. Celle-ci se trouve dans un méandre très serré de la Seine, au niveau de la boucle de Gennevilliers, pouvant donner un aspect trompeur.

Ainsi, le site de Nanterre pourrait représenter la capitale préromaine des Parisii. Sur , s'y trouvent de nombreuses fondations correspondant à des quartiers résidentiels, d'artisanat, un probable lieu de culte avec divers objets tels que des armes, des outils, des parures, de la vaisselle. Les berges sont aménagées, ce qui indique la présence d'un port fluvial.

Le site de l'île de la Cité César situait l'oppidum des Parisii dans une île du fleuve (), mais aucune trace d'occupation avant l'époque romaine n'a été trouvée sur l'île de la CitéGoudineau, Christian, « Lutèce » in Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, Puf, 2005..

Pour l'archéologue Venceslas Kruta, les découvertes faites dans des endroits comme Nemetodunum/Nanterre ne sont cependant pas suffisantes pour remettre en cause le témoignage de César ; il rappelle que le site traditionnel est localisé là où la route nord-sud traverse le fleuve et à un endroit où les ponts pouvaient être deux fois plus courts ; il estime aussi que si une ville nouvelle avait été créée par l'occupant, elle aurait eu un nom nouveau, purement romain, comme d'autres villes de GauleLa lettre d'Ile-de-France. Mythologies en Parisis et en France. Bulletin trimestriel du Groupe Ile-de-France de Mythologie Française. Janvier, février, mars 2011. ..

Durant l’été 2026, lors des fouilles effectuées sous l’Hôtel-Dieu, un fragment de mur, en terre, pierre et bois, long d’une vingtaine de mètres, a été découvert. Selon les premières hypothèses, il pourrait s’agir d’un rempart construit par les Parisii. Il porte des traces d’incendie. Ces indices corroborent les écrits de César.. Le carbone 14 permet de le situer entre le I et le II siècle avant notre ère ; la date peut être affinée avec d'autres datations et est cohérente avec les dates de la Guerre des Gaules..

La conquête romaine

En , alors que les peuples du Nord sont entrés en rébellion contre Rome, César convoqua à Lutèce une assemblée des représentants des cités gauloises. Mais l'année suivante, les Parisii rejoignent la révolte initiée par Vercingétorix. À partir de , Titus Labienus, lieutenant de César, entre en campagne à partir d'Agedincum (Sens) et se heurte au vieux chef gaulois Camulogène dont la stratégie consiste à bloquer les Romains dans les marais où ils peuvent difficilement manœuvrerJules César, La guerre des Gaules. Traduction par G. Lamothe. Librairie Hatier, 1957.Philippe De Carbonnières, Lutèce. Paris Ville Romaine, Collection Gallimard, 1997.. Par la suite, après s'être emparé de Melodunum (Melun) et avoir constitué une importante flottille de barques, pour établir un pont de bateaux, Labienus revient combattre Camulogène, dont l'armée est défaite. L'emplacement du champ de bataille reste controversé, il s'agit peut-être : du Champ de Mars ; de la plaine de Grenelle ; de Vitry et Ivry ; de Nanterre.

La ville romaine Lutèce, ville prospère pendant le Haut-Empire La Lutèce gallo-romaine va apparaître dès l'époque d'Auguste pour prendre son essor surtout à partir de Tibère. Elle fait alors partie de la Gaule lyonnaise dont la capitale est Lugdunum. La ville est construite sur un plan en damier traditionnel, ordonné autour de deux axes principaux, le (probablement rue Saint-Jacques) et le (rue de Lutèce). Elle est implantée à la fois sur l'île de la Cité et sur la rive gauche. La ville va prospérer pendant deux siècles et demi, pendant le Haut Empire.

Au Bas-Empire, Lutèce devient Civitas Parisiorum Mais dès le , la menace des Barbares, Alamans à l'est et Francs au nord contraint les Parisiens à se retrancher dans l’île de la Cité qui sera entourée d'un puissant rempart ; la rive gauche n'est pas totalement abandonnée pour autant, les survivants s'efforçant après chaque agression de revenir vivre dans leurs maisons ravagéesPaul-Marie Duval, De Lutèce à Paris. 3. Ce que Paris doit à Lutèce, Publications de l'École française de Rome, 1989, 941-946.. Lutèce joue un rôle important à la fois comme carrefour fluvial et commercial et aussi dans le système défensif de la Gaule du nord. Des troupes romaines y sont installées et une flottille de guerre s'y abrite. Des chefs militaires vont y séjourner dont le César Julien, neveu de Constantin, qui y sera proclamé empereur en 360 par ses légionsRobert, Jean–Noël, Rome. Éditions les Belles Lettres. 1999.. Dans un de ses textes, le Misopogon, il mentionne sa . Il meurt en 363 lors d'un combat contre les Perses sassanides. Plus tard, Valentinien réside à Lutèce pendant une brève période (365-366).

Par ailleurs, la ville s'est peu à peu christianisée. Progressivement, le nom de Lutèce va être abandonné au profit de , la ville des Parisii (). Au , le général Ægidius puis son fils Syagrius essaient de maintenir le pouvoir gallo-romain, mais après la défaite de ce dernier à Soissons en 486, la ville tombe sous la domination de Clovis qui en fera sa capitale en 508.

Religion : entre mythe et réalités historiques Le polythéisme gallo-romain Avec la romanisation, la religion des Gaulois évolue vers un syncrétisme gallo-romain, où se côtoient dieux autochtones et divinités romaines. Le témoignage le plus frappant de ce syncrétismeLavagne, Henri, « Religion gauloise » in Dictionnaire de l'Antiquité, Puf, 2005. est représenté par le pilier des Nautes. On y voit, à côté des dieux et déesses du panthéon romain (Jupiter, Mercure, Mars, Fortuna, Castor et Pollux), des divinités gauloises (Ésus, Tarvos trigaranus, Eurises, Smertrios, Cernunnos). Mais l'originalité des dieux autochtones, souvent en rapport avec la nature et les animaux, semblent préservéeBeck, Françoise et Chew, Hélène, Quand les Gaulois étaient romains, Collection Gallimard, 1989..

Les cultes orientaux En dehors de la religion traditionnelle qui ne répond pas aux problèmes métaphysiques de l'au-delà, on voit apparaître, d'une façon ponctuelle dans des lieux privés, une orientation vers des cultes orientaux. Évoquant une éventuelle vie après la mort : mise en évidence de statuettes d'Isis, Osiris, Bès (divinités égyptiennes), voire culte de Mithra (décor sur un sarcophage). Le christianisme va s'implanter lentement pour s'imposer dans le milieu du comme en témoignent des inscriptions sur les pierres tombales.