L’aire de Sant’Omobono est un site archéologique romain découvert en 1937 près de l’église de Sant’Omobono, située entre les pentes du Capitole et le . Il s'agit d'une aire sacrée de la Rome antique, dont la découverte et l'exploration sont d’une importance exceptionnelle pour la connaissance de l’histoire de la Rome archaïque et républicaine, ainsi que d'époques plus anciennes, antérieures à la date traditionnelle retenue pour la fondation de Rome ().

En 1937-1938, l’archéologue Antonio Maria Colini met au jour une grande esplanade avec deux temples jumeaux, identifiés comme ceux des déesses Mater Matuta et Fortuna. À un niveau plus profond des fouilles, un troisième temple daté de la période étrusque de Rome livre des restes de décorations en terre cuite, dont ceux de statues datées du représentant Hercule accompagné d’une déesse casquée dont l’identité est sujette à débat.

Une fouille plus détaillée du site est menée à partir de 1959 avec une série de sondages archéologiques qui permettent d’en percevoir les plans successifs. De nombreux ossements entassés dans une fosse rituelle, reliquats de sacrifices d’animaux témoignent d’une activité religieuse antérieure à l’édification du troisième temple. De plus, des tessons de céramique trouvés dans les remblais antiques révèlent une implantation humaine sur le site de Rome remontant au , à l’âge du Bronze moyen. De nombreux débris de céramiques contemporains de la date de fondation traditionnelle de Rome attestent de relations commerciales déjà actives avec les cités grecques.

Malgré son intérêt historique remarquable, la notoriété du site de Sant’Omobono ne dépasse pas le milieu des archéologues, où il reste l’objet de questions et de débats concernant sa chronologie et l'interprétation historique des vestiges. Le Sant’Omobono Project, lancé en 2009 par les universités de Calabre, du Michigan et la Surintendance des biens culturels de Rome, s’est donné comme objectif de collationner, d’approfondir et de publier les connaissances sur l'aire de Sant'Omobono. La Surintendance organise quelques rares visites guidées du site pour de petits groupes d’amateurs.

Localisation vignette|Plan-masse de l'aire de Sant'Omobono dans le quartier moderne. La zone archéologique dégagée se trouve dans le quartier du Vélabre au sud du Capitole, entre l'ancienne Via del Mare mussolinienne à l'ouest, devenue la Via L. Petroselli, et le Vico Jugario côté nord, dans un périmètre archéologique longtemps inaccessible au public, mais visible depuis la Via L. Petroselli. La zone archéologique est bornée au sud et à l'est par des bâtiments modernes, et l'église Sant'Omobono, fermée, se superpose à l'un des temples.

Le Vico Jugario correspond au qui reliait dans l’antiquité le Forum et le port fluvial sur le Tibre, au voisinage du et du .

Historique des fouilles Mise au jour du site (1936) Le site est découvert fortuitement, en fin 1936, lors du chantier de construction d'un édifice communal, avec la mise au jour d'un dallage antique au pied de l'abside de la petite église de Sant'Omobono.. Les travaux communaux sont annulés et l'emplacement est protégé grâce à l'intervention de l'archéologue italien Antonio Maria Colini.

Premières fouilles (1937-1938) Colini explore le site en 1937 et 1938, mais doit interrompre ses recherches durant la Seconde Guerre mondiale. Le dégagement de la parcelle le long du révèle les fondations de deux temples jumeaux de l'époque républicaine, dits temples A et B, dont l'un était inaccessible sous le bâtiment de l'église, tandis que les premières excavations profondes localisent l'angle d'un temple archaïque, désigné comme temple C, et d'abondantes céramiques et éléments architectoniques, vestiges datant de la plus ancienne période de Rome, prouvant l'extrême intérêt historique du site.

Identification des édifices L'identification des deux temples aux plans identiques et parallèles, précédés de deux autels semblables, est réalisée grâce aux textes antiques. Ceux-ci mentionnent, dans le secteur entre le Tibre et le Capitole, l'existence du sanctuaire de Carmenta avec deux autelsAulu-Gelle, Nuits Attiques, XVI, 16.. Mais la présence de deux , donc de deux divinités, oriente l'identification vers les temples de Mater Matuta et de Fortuna., qui sont connus pour être géographiquement voisins et dont Ovide mentionne la communauté de culte et de célébration du (c'est-à-dire du jour de fondation) au Ovide, Fastes, VI, 480.. Cette interprétation réfute la théorie antérieure des topographes Rodolfo Lanciani et Helge Lyngby qui situaient les temples de Mater Matuta et Fortuna à l'autre extrémité du ., aux emplacements reconnus depuis comme ceux du temple de Portunus et du temple d'Hercule Olivarius.. Les sources antiques précisaient de surcroît que le roi Servius Tullius (579-534 ) avait fondé le temple dédié à la FortuneTite-Live, Histoire romaine, X, 46 ; Denys d'Halicarnasse, IV, 8, III lire en ligne sur remacle.org. pour honorer sa divinité protectriceOvide, Fastes, VI, 573-578 ; Plutarque, Questions romaines, XXXVI., et celui de Mater MatutaTite-Live, Histoire romaine, V, 19 ; Ovide, Fastes, VI, 480., confirmant ainsi que la datation du site remonte au , période de la Rome étrusque.

Les fouilles d'après-guerre vignette|Aire sacrée de Sant'Omobono, diagramme des fouilles et sondages par année. Les archéologues italiens réalisent après la guerre de nombreux sondages ponctuels. En 1959, explorant le au nord de la zone, Einar Gjerstad récupère, dans les remblais intérieurs du podium républicain, du matériel protohistorique et archaïque de la période latiale., allant de l'âge du Bronze moyen à la fin du .

En 1961-1962, Liliana Mercando effectue trois sondages entre les autels du podium républicain et, en 1962-1964, Giovanni Ioppolo réalise une stratigraphie qui descend jusqu'à une fosse à sacrifice, en avant du temple archaïque. De nombreux débris d'ossements carbonisés sont recueillis. En 1972, Ioppolo publie le résultat de ses découvertes, avec les premiers dessins de fouilles du site, documents qui avaient fait défaut jusque-là, et propose une chronologie du site en quatre phases ; ..

D'autres stratigraphies sont réalisées sur la périphérie du temple archaïque en 1974-1975 par Paola Virgili, à travers sept mètres de remblais, pour atteindre l'angle sud-ouest du podium.., puis en 1977-1979 par Paola Virgili, Anna Sommella Mura et Giuseppina Pisani Sartorio, à l'arrière du temple ; .. Ces sondages font entrevoir au moins dix-sept phases d'occupation distinctes, séquences archéologiques très complexes dont les rapports de fouilles succincts ne fournissent qu'une vision générale..

Le sol du temple A et plus particulièrement celui de sa a été étudié par les archéologues en 1967, en 1976 et en 1979 à l’intérieur de la , en 1968 en dehors de celle-ci. Ces explorations, discontinues, ne touchant que des surfaces ponctuelles et plus ou moins bien documentées, ont été réétudiées par le Projet Sant’Omobono pour préparer une fouille plus approfondie couvrant toute la .. En 2011-2012, cette fouille couvre à l'intérieur de la du temple A et permet l'observation des réfections successives du sol de la , estimées entre les .

Concernant le temple B, le sol de l'intérieur de la nef de l'église Sant'Omobono, qui se superpose à sa , a été l’objet d’une série de fouilles lors des années 1985-1986, 1989, 1992, 1996 et 1999, pour préciser les aménagements réalisés sous l'Empire, avec toutefois des incertitudes pour distinguer les restaurations du temple de son occupation précoce par le culte chrétien..

Le Sant'Omobono Project (2009)

Après la signature en d'une convention de partenariat entre la Surintendance des biens culturels pour le Capitole (), l'université de Calabre et l'université du Michigan, le Sant'Omobono Project (Projet Sant'Omobono) a été lancé en . Ce projet a pour finalité la recherche, l'étude et la valorisation de ce site complexe qui suscite encore de nombreuses questions et qui reste depuis trop longtemps ignoré du public.. Comme premières actions, le projet collecte toutes les publications relatives au site, ainsi que les notes, les dessins et les photographies réalisés par les fouilleurs et non encore publiés, afin de les numériser. En 2012, un document de synthèse est diffusé sur Internet sous l'égide de Nicola Terranato , de l'université du Michigan.. Dans le même temps, la zone archéologique est nettoyée et protégée pour en dresser une planimétrie complète. Enfin, l'abondant matériel archéologique conservé dans les réserves est inventorié, étudié, dessiné et photographié..

En , Paolo Brocato et Nicola Terrenato présentent à la conférence romaine sur « L'époque de Tarquin le Superbe » un point sur les nouvelles découvertes et les problèmes anciens relatifs au temple archaïque.. vignette|Chantier en 2014 sur l'aire de Sant'Omobono. En 2014, Dan Diffendale du Sant'Omobono Project réalise un sondage à l'emplacement du temple archaïque. Pour lutter contre les infiltrations d'eau de la nappe phréatique, les fouilleurs doivent poser un blindage d'acier et faire drainer la tranchée avec des pompes. À plus de cinq mètres (quinze pieds) de profondeur, trois assises du podium archaïque sont mises au jour. La tranchée qu'il est impossible de maintenir contre la pression des eaux est rebouchée au bout de trois jours, mais l'excavation permet un relevé scientifique détaillé et le recueil fructueux de centaines d'artefacts, offrandes votives, vaisselles et figurines..

Chronologie archéologique Artefacts protohistoriques Les terres prélevées sur les pentes toutes proches du Capitole servent au remblai élevé sur l'aire sacrée avant la construction des temples républicains. Partiellement sondées à plusieurs reprises, elles livrent de nombreux tessons de céramique. Étudiées et datées par Renato Peroni pour les artefacts de l'âge du bronze., par Enrico Paribeni pour les importations grecques. et par Giovanni Colonna pour les pièces de la période étrusque et celles de l'âge du fer ancien., ces céramiques vont du .. Les plus anciennes témoignent de l’existence près du Capitole d’un habitat rattaché à la culture apenninique présente en Italie centrale et méridionale à l'âge du Bronze moyen, très antérieur à la date de 753 , avancée traditionnellement pour la fondation de Rome..

D'autres fragments plus récents, des , illustrent la variété et l'abondance des importations d'origine grecque, et la probable présence des commerçants grecs dans le port fluvial primitif de la Rome naissante : débris de coupes et de vases aux décors géométriques en bandes ou en cercles concentriques venus des Cyclades, de Corinthe ou d'Eubée. D'autres importations de style grec proviennent d'Italie du sud, de la colonie eubéenne de Pithécusses et de Cumes..

Chronologie de l'aire sacrée L'établissement d'une chronologie du site est rendu délicat par le caractère ponctuel des sondages stratigraphiques aux multiples niveaux, qui ne couvrent ensemble qu'à peine un quart de la superficie, et par les conclusions des divers archéologues remises en cause ou renouvelées par les explorations de leurs successeurs.. La première chronologie proposée par Einar Gjerstad à partir de ses fouilles de 1959 se cale sur des dates tardives (première construction d'un temple vers 490 , voire 475 ), impliquant les règnes de rois étrusques au , et non au traditionnel, ce qui suscite la critique des archéologues italiens.. Les travaux de Giovanni Ioppolo et de Paola Virgili. permettent de reconstituer une chronologie des différentes phases d'existence des temples, synthétisée de la façon suivante par Filippo Coarelli. et reprise par Jacqueline Champeaux. :

Phase I, débutant à la fin du .