thumb|upright=1.1|L'Ange gardien d'Henri de Caisne. L’Ange de Dieu, en latin Angele Dei, est une prière chrétienne de tradition catholique adressée à l'ange gardien.
Texte latin français (Vatican 1878) français (Vatican 2005)Angele Dei, qui custos es mei, me Tibi commissum pietate superna, illumina, custodi, rege et guberna. AmenVatican, Recueil de prières et d'œuvres pies auxquelles les Souverains pontifies ont attaché des indulgences publié par ordre de sa Sainteté N. S. P. le pape Pie IX, p. 296 - 297, Typographie polyglotte, Rome, 1878 .Ange de Dieu,qui êtes mon Gardien,par un bienfait de la divine Providence ;éclairez-moi, protégez-moi,dirigez-moi, et gouvernez-moi.Ainsi soit-il.Ange de Dieu,qui es mon gardien,et à qui j'ai été confié par la Bonté divine,éclaire-moi, défends-moi,conduis-moi et dirige-moi.AmenVatican, Compendium du Catéchisme de l'Église catholique, Prières communes, 2005 .
Historique Origine L'auteur exact de la prière Angele Dei reste, stricto sensu, inconnu. On affectait parfois, selon la tradition, l'auteur à saint Anselme de Cantorbéry († 1109)Eduardi Kasse, Ruínas na Alvorada, p. 190, 2016 , mais sans façon critique. Il semble que l'on l'ait ajoutée plus tard dans ses œuvres.
Les études récentes préfèrent cependant son contemporain Réginald de Cantorbéry († vers 1109) en tant qu'auteurJ. C. Cooper, Dictionary of Christianity, p. 115, Guardian Angel, 2013 . Il est exact qu'il fut élu et était en fonction comme talentueux poète de cette abbaye Saint-Augustin de Cantorbéry, titre officielThomas Heffemann, Sacred Biography : Saints and Their Biographers in the Middle Ages, p. 132, Oxford University Press, 1992 . Le poème en strophes se présente dans sa Vita Sancti MalchiUniversité d'Oxford (Vie de saint Malchus de Maronie). Une édition se compose de six strophes, avec rimes « aaaa eeee i i i i oooo uuuu aaaa (selon toutes les voyelles dans l'ordre alphabétique) », ce qui indique que l'œuvre avait été composée par un poète de qualité. Réginald, moine bénédictin, avait écrit cette pièce en vers léonin et en . Or, cette poésie complète dédiée à l'ange gardien serait tombée dans l'oubli très vite, à l'exception du début, le texte actuel.
thumb|upright=1.2|D'après le manuscrit le plus ancien, l'origine de l’Angele Dei serait une poésie religieuse de Réginald, qui était le titulaire de poète officiel auprès de l'abbaye de Cantorbéry en Angleterre. - Quatemiones Malchi Ad Angelum Suum
(I) Angele, qui meus es custos pietate superna, Me tibi commissum serva, tueare, guberna ; - ligne 290 - terge meam mentem vitiis et labe veterna Assiduusque comes mihi sis vitæque lucerna.
(II) Angele, fide comes, sapiens, venerande, benigne, Me movet et turbat mortis formid malignae Intentatque mihi poenas et Tartara digne - 295 - Tu succurre, precor, baratri ne mergar in igne.
(III) Angele, confiteor, quia sæpe fidem violaviSpiritibusque malis numeroso crimine faviEt precepta Dei non, sicut oportet, amavi,Proh dolor et Christum prave vivendo negavi.
(IV) - 300 - Angele, quando meos actus per singula tangoMeque reum mortis video, per singula plango,Ora rigo lacrimis mentem cruciatibus ango ;His me solve malis, et laudes votaque pango.
(V) Angele, me iugi tua salvet cura rogatu,- 305 - Ne pro multimodo peream damnerque reatu,Me de terribili tua liberet ars cruciatu,Dignus ut angelico possim fieri comitatu.
(VI) Angele, qui nosti quæ sunt in fine futura,Qui medicus meus es, mea spes, mea vulnera cura,- 310 - Vulnera, mens quibus est, nisi cures me, peritura ;Ergo mei cordis fac sint penetralia pura.
N. B. : Selon le texte de Vita Sancti Malchi publié en 1942 (Levi Robert Lind (éd.), The Vita Sancti Malchi of Reginald of Canterbury : a critical edition with Introduction, Apparatus criticus, Notes, and Indices, dans la série Illinois Studies in Language and Literature, tome XXVII, n° 3 - 4, University of Illinois Press)Compte-rendu de François Chatillon, 1948 . Le texte est quasiment identique à celui du site Thesaurus Precum Latinarum de Michael Martin, qui ne présente pas la source .
Trace au Moyen Âge Les deux premières lignes de l’Angele qui meus es custos en prière courte, et non en six strophes, était cité par Brunetto Latini († 1294) dans Livre du Trésor. Celui-ci était déjà devenu formule de prièreBernard Ribémont, Les encyclopédies médiévales et les bons anges, chapitre 47, 2011 . De même, Albertano da Brescia († 1270) aussi l'écrivit dans l'un de ses traitésMémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, tome III, p. 210, 1870 . Sans rubrique, il n'est pas possible d'identifier leur usage précis. On imagine, avec la fonction de ces auteurs, que la citation était destinée à l'usage plus universel, pour tous les lecteurs. Toutefois, Albertano était si étroitement lié aux Franciscains qu'il est possible que cette prière fût recommandée à cet ordre par lui.
- Réginald de Cantobéry Angele qui meus es custos pietate superna me tibi commissum serva tueare guberna. - Albertano da Brescia Angele qui meus es custos pietate superna me tibi commissum salva deffende guberna. Amen. Amen. - Brunetto Latini Angele qui custos meus es virtute superna me tibi commissum serva deffende guberna.
Texte à la Renaissance Plus tard, le texte ancien se trouve dans le Gebetbuch (livre de prières), bibliothèque municipale de Trèves manuscrit Hs. 649/1533, folio 174v, copié vers 1475. Le livre fut en usage du diocèse de Paderborn : Angele, qui meus es custos pietate divina, me tibi commissum serva, defende, guberna. Rogo ergo teKurt Heydeck et Bibliothèque municipale de Trèves, Die lateinischen Handschriften aus dem Augustiner-Chorherrenstift Eberhardsklausen in der Statbibliotek Trier, première partie, p. 190, 2007 ...
La bibliothèque nationale de France conserve un manuscrit qui contient ce texte avec l'enluminure de Jean Bourdichon, Horæ ad usum Romanum, dites Grandes Heures d'Anne de Bretagne (latin 9474, folio 166r, vers 1505) : - Oraison a son bon ange. Angele qui meus es custos pietate superna, me tibi commissum serva, defende, guberna.
Il est à noter que ce texte est très proche de celui de Paderborn.
Le texte se trouve aussi dans le Livre de prières de Rothschild copié vers 1515 et utilisé à Rome (voir 32/55). Le folio 204, avec des images de l'ange en enluminure, présente l'antienne, qui est destinée à l'ange gardien personnelDebra Cashion (éd.,), The Primacy of the Image In Northern European Art, 1400 - 1700, p. 152, 2017 :- Ad proprium angelusAngele bone qui meus es custos pietate superna, me tibi commissum serva defende guberna,terge meam mente vitiis labeque veterna assiduusque comes michi sis vitaque lucerna.Il s'agissait exactement de la première strophe de Réginald de Cantorbéry. Ces livres de la liturgie des Heures suggèrent qu'à la Renaissance, l'usage de cette prière dans l'office était déjà habituel, même pour les personnages illustrés qui étaient capables de commander les livres de prières de luxe.
Publication de prière À la suite de l'invention de l'impression avec l'imprimerie typographique, apparut la publication de l’Angele Dei. En 1521, Josse Bade, en latin Jodocus Badius Ascensius, publia son Angele qui meus es custos de Réginald, en y ajoutant vingt-six strophes supplémentaires, et sans mentionner le nom de l'auteur originel. La prière se composait donc de trente-deux strophes, mais fut perdu l'ordre initial de rimes a - e - i - o - u (voir aussi ci-dessous Paraphrases).
En ce qui concerne la formule courte, le texte classique restait encore en usage, tel celui de Cursus Piarum quarundam de Johannes Leisentritt, sorti en 1571 : - Oratio ad Angelum ex vetustissimo quodam codice O Angele Dei, qui es custos mei, me tibi commissum pietate superna, hodie salva, rege et guberna. AmenJohannes Leisentritt, Cursus Piarum quarundam, p. 39, 1571 .
Une version présentée en Bretagne en 1632 Au , l’Oraison à son ange fut présentée aux colloques français-breton de Quiquer (colloques en 1632, p. 102, citée par Erwan Le Pipec en 2015Erwan Le Pipec, Le Pater breton de Vaudelin, p. 231, note n° 69, dans la revue Études celtiques, tome 41, 2015 ). Ces textes en langues vulgaires suggèrent leur usage non liturgique mais surtout personnel : français breton latinAnge de Dieuqui estes mon Gardien,conseruez, deffendez et gouuernez moypauuvre pecheur qui qui cômis à vous par la pieté supreme,à fin que ie puisse ensembleauecque vous ioüir du Royamue celeste. Ael Doué, pehiny maz ouch va Gardian,va conseruit, va diffennit ha va gouuernitpecher paour mazouff me pehiny socommettet dec dre an trugarez diuin euit darfin maz hilly assembles guenech ioüissaffRouantelez an euff.Angele Deiqui custos es mei,pietate suprema,deffende et guberna,ut valeam tecumcælestia scandere regna.
Textes variés au XVIIe siècle Dans ce même , la prière Angele Dei était diffusée grâce à la publication. Or, rien n'était fixé ni officiel. Ainsi, dans l’Office du S. Ange Gardien (1645), le texte était assez long. Le livre de prière était intitulé encore, Avec la pratique pour bien considérer ses bénéfices, lui porter dévotion et mériter ses bonnes grâces, ... en faveur des bonnes Âmes de la ville de MonsMons en Belgique (voir notice Bnf ). Son texte rassemblait à ce qui était noté en Bretagne, au-dessus : - Recommandation Has horas angelicas cum devotione, Tibi Christe offerimus pia ratione. Ut custodis angeli intercessione. Sis nobis solatium mortis in agone. Sancti angeli custodes nostri, defendite nos in prelio, ut non pereamus in tremendo iudicio. Angele Dei qui custos es mei, serva me defende me, guberna me, ut valeam tecum cælestia scandere regna Angele sancte Dei sit tibi cura meOffice du S. Ange Gardien, p. 15, Imprimerie de Jean Havart, Mons 1645 .
Un autre texte à remarquer est le Thesaurus doctrinæ christinæ sorti à Bruxelles en 1668 : - Ad Angelum Custedum Angele sancte Dei, qui custos es mei, me tibi commissum pietate superna, hodie illumina, custodi, rege [et], guberna ; ut proffim tecum cælestia scandere regnaNicolas Turlot, Thesaurus doctrinæ christinæ, p. , 1668 .
Ces textes anciens indiquent que la paraphrase était très souvent pour cette prière. La version prolongée se trouve notamment dans des publications du . (Voir aussi la paraphrase en français d'Antoine de Saint Michel, 1613. L'auteur plaçait cette œuvre, particulièrement composée, à la tête de son livre.)
Prière pour l'office On trouve la version actuelle, mais avec deux mots supplémentaires (pietate superna, hac nocte illumina, custodi), dans La règle du Troisième ordre de saint François, Appllé l'Ordre de la Pénitence, institué par ce grand Patriarche pour toutes personnes séculières vivantes dans leurs propres maisons (1700Chez Edme Couterot, Paris, 1700 et 1721Chez Charles Huart, Paris, 1721 ), en tant qu’Antienne de l'Ange Gardien. Auprès de cette communauté, l'usage était établi pour leur liturgie.
À cette époque-là, à savoir sous le règne de Louis XIV, il était la coutume à la chapelle royale de Versailles de chanter plusieurs pièces pour le lundi de Pâques, dit lundi de l'AngeVatican, Regina Cæli du pape François, le 2 avril 2018 , et le lendemain, mardi de Pâques. Il s'agissait de l'ensemble de l’O filii et filiæ, de l’Angele Dei, des litanies de Lorette, du motet Domine, salvum fac regem et du Gloria PatriAlexandre Maral, La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, p. 146, 2010 . Toutefois, on ne sait pas quelle composition d’Angele Dei était en usageAucune pièce ne se trouve dans la liste des œuvres des sous-maîtres de la chapelle royale..
Prière pour quelques indulgences