La mort s'invite à Pemberley (), dernière œuvre de P. D. James, est un roman policier historique publié en langue originale en 2011. Traduit et publié en France en 2012 chez Fayard, il a fait l'objet d'une adaptation télévisée de la BBC en 2013.

Le roman est, selon le long article que lui consacre Télérama, une , Orgueil et Préjugés, dont le domaine de Pemberley, dans le Derbyshire, résidence de Mr Darcy, est le lieu le plus emblématique. L'existence ordonnée du château et le bonheur d'Elizabeth Darcy, épouse et mère comblée, sont menacés par un scandale : un meurtre impliquant George Wickham, le mari de Lydia, sa jeune sœur. Les conditions dramatiques de la venue des Wickham à Pemberley suscitent le malaise, créent la suspicion et réveillent les rancunes anciennes.

Tout en reprenant fidèlement les personnages créés par Jane Austen P. D. James crée une intrigue à suspense, évoque les problèmes sociaux de l'Angleterre georgienne et aborde le fonctionnement de sa justice. Comme dans ses autres romans, la psychologie des personnages occupe une place importante ; à cela s'ajoutent des réflexions sur la structure judiciaire britannique à l'époque et ses faiblesses, la limite floue entre culpabilité et innocence, le poids du passé sur les destinées individuelles.

Résumé thumb|upright=1|L'ombre de George Wickham (interprété en 2005 par Rupert Friend) plane sur le roman de P. D. James. Une brève « Note de l'auteur » introduit l'ouvrage qui se compose d'un prologue d'une dizaine de lignes, de six livres et d'un épilogue :

Prologue : Les Bennet de Longbourn () Les premières pages situent Meryton et Netherfield et résument l’intrigue dOrgueil et Préjugés, du point de vue du bon peuple de Meryton : il n’a rien trouvé à redire au mariage de Miss Bennet et Mr Bingley, mais celui d’Elizabeth avec Mr Darcy a beaucoup fait jaser : « pas dupe », il est certain que Miss Elizabeth, qui affirmait pourtant le détester, a habilement su mettre le grappin sur le hautain, désagréable - mais si riche - Mr Darcy.

En 1803, Jane et Elizabeth sont mariées depuis six ans et parfaitement heureuses. Mary a épousé le révérend Theodore Hopkins, insipide curé d’une paroisse près du domaine des Bingley, deux ans après ses sœurs aînées et Mr Bennet visite fréquemment Pemberley (essentiellement sa bibliothèque).

Livre I : La veille du bal () . Mrs Darcy se remémore ses six années de bonheur à Pemberley, le premier bal juste après son mariage, ses progrès intellectuels encouragés par son mari, l'heureuse naissance de deux garçons. Elle prépare le bal de Lady Anne, bal annuel à la mémoire de la mère de Darcy. Le colonel Fitzwilliam vient lui dire qu’il envisage de demander la main de sa cousine GeorgianaDevenu depuis l’année précédente vicomte Hartlep, héritier putatif du titre de Comte, à la suite de la mort, sans héritier mâle, de son frère aîné, il doit se marier pour assurer la lignée., puis, bizarrement, évoque celui dont on ne parle jamais, George Wickham : sa tentative de séduction de la jeune fille sept ans plus tôt, secret qu'il espère bien gardé, et sa conduite héroïque en Irlande en 1798. L’idée que Georgiana devra peut-être choisir entre un futur pair du Royaume et Mr Alveston, jeune avocat beau et talentueux qu’elle apprécie, met Elizabeth mal à l’aise. Ami des Bingley, ce dernier arrive avec eux pour le bal.

Le temps est tempétueux, l’atmosphère du repas, à 18h 30, lourde. À l'office, le vieux Bidwell, dont la famille occupe la maisonnette construite dans le bois pour le sombre et asocial arrière grand-père de Mr Darcy, astique l'argenterie, songeur : son fils est mourant, le comportement de sa cadette, Louisa, lui crée des soucis, Georgie, le bébé qu'elle a ramené de chez sa sœur, indispose le malade ; on croit le bois hanté par le fantôme de Mrs Reilly, qui s’est pendue du temps de Mr Darcy père, après la condamnation à mort de son fils pour braconnage.

Dans la soirée, Georgiana joue du piano, puis chante en duo avec Alveston. Elizabeth est préoccupée. Le colonel sort à cheval bien que le vent redouble. Jane et Georgiana vont se coucher, Elizabeth s’apprête à en faire autant, lorsqu’un cabriolet arrive au grand galop dans la nuit. Lydia en sort, hystérique, hurlant que Wickham est mort.

Livre II : Un corps dans le bois () Le cocher raconte : la disparition de Denny et Wickham dans le bois, les coups de feu… Darcy s’apprête à organiser les recherches avec Alveston, mais le colonel, de retour, prend toutes les décisions. Pendant le trajet, Darcy se remémore son ancêtre dont le chien est enterré là, sous une dalle de granite, puis ses démêlés avec Wickham. Le colonel propose d’aller rassurer les Bidwell dans le cottage du bois, puis on découvre Wickham, penché sur le corps ensanglanté de Denny, s’accusant de l’avoir tué.

Le cadavre est ramené et déposé dans l’armurerie, Wickham, ivre et hystérique, a été enfermé dans une chambre. Il est presque minuit, mais Darcy avertit sa femme qu’il doit immédiatement aller prévenir le magistrat le plus proche, Sir Selwyn Hardcastle. Il part dans la nuit et la pluie, se remémorant le différend entre leurs deux familles, causé par l’exécution de Patrick Reilly. Sir Selwyn écoute son récit et lui explique le déroulement pratique de l’enquête, avant de le raccompagner à Pemberley. Mais pour lui, c’est simple, il y a des aveux…

En ce qui concerne Elizabeth, revoir Wickham, pour la première fois depuis son mariage avec Lydia six ans plus tôt, réveille des souvenirs désagréables et des sentiments de honte et de pitié.

Livre III : La police à Pemberley () , 2 heures du matin. Le médecin légiste et les policiers sont arrivés. Wickham, sous sédatif, ne peut être interrogé, mais on découvre trente livres en billets neufs dans son manteau. L’examen de la victime révèle une blessure mortelle à la nuque, causée par un coup violent. La police repartie, Darcy aspire à un peu d'intimité avec Elizabeth, mais le colonel décide qu’il doit veiller avec lui dans la bibliothèque, où Darcy le voit bruler un document. Il est troublé par le nouveau comportement de son cousin depuis son changement de statut. Elizabeth l’a prévenu du projet de mariage avec Georgiana, mais il sait que, avec ce nouveau scandale, le vicomte Hartlep n’en fera rien, et il se sent soulagé que sa sœur ne soit pas tentée d’accepter de l’épouser. Au petit matin, le colonel va voir Wickham, avant que Darcy ne le fasse.

Lydia, empêchée d’aller voir son « cher Wickham », déjeune en récriminant contre Elizabeth, coupable, à ses yeux, de lui refuser l’accès de Pemberley. Jane décide de l’emmener en repartant chez elle, pour libérer Elizabeth de ses jérémiades. Celle-ci a l’impression que le colonel empêche volontairement son mari de la rejoindre et songe à tout ce qu’il y a à faire avant le retour de Sir Selwyn : prévenir Georgiana et les domestiques, annoncer aux invités l’annulation du bal. Georgiana lui confie ses soucis : elle souffre du silence de son frère, de la certitude de l’avoir déçu ; elle a confié ses secrets à Alveston, mais tous deux savent que le moment serait mal choisi pour demander sa main. Les Darcy passent un moment paisible avec les enfants à la nursery avant le déjeuner, au cours duquel Georgiana propose son aide pour écrire les mots d’excuse et Alveston pour les porter. Le colonel veut qu’elle aille se réfugier chez Lady Catherine de Bourg, Darcy le soutient, mais Georgiana refuse fermement. Le colonel sort, furieux.

Les Darcy descendent à l’office, lui pour avertir, elle pour rassurer le personnel. Sir Selwyn revient à 9 heures. Il interroge d’abord la famille, qui apprend alors la raison de la sortie nocturne du colonel : il avait rendez-vous à l’auberge de Lambton (ce qu’a confirmé l’aubergiste) avec une dame qui le sollicitait pour son frère, un de ses anciens subordonnés. À l’office, le personnel n'a rien à dire, seule Betsy Collard raconte qu’elle a vu le fantôme de Mrs Reilly dans le bois, mais elle se fait rabrouer par Mrs Reynolds. L’arrestation de Wickham se fait discrètement, seul Darcy y assiste.

Livre IV : L’enquête () Le dimanche, les Darcy affrontent une assemblée paroissiale particulièrement nombreuse, mais le recteur leur évite la curiosité publique. Les Bingley repartent avec Lydia, Alveston reste pour aider. Darcy ne pense pas Wickham capable de tuer, mais il y a ses paroles, pour le moins ambiguës. Alveston explique la procédure et propose un bon avocat, Jeremiah Mickledore. Darcy s’inquiète que le sort de Wickham dépende d’un jury de douze hommes, sans possibilité d’appel. Il compte aller le voir en prison. Du courrier arrive, dont une lettre de soutien de Lady Catherine, ce qui réveille chez Elizabeth les souvenirs liés à son amie Charlotte, et la mort d’Anne de Bourgh, quatre ans plus tôt.

Elizabeth va chez les Bidwell au cottage avec Georgiana, Alveston les accompagne à cheval. Mrs Bidwell les accueille, l’air tendu ; elle avoue à Elizabeth que son fils est très affecté par le meurtre, mais elle refuse avec horreur d’aller s'installer au château. On admire le petit Georgie dans son berceau. Louisa, les traits tirés, la blouse tachée de lait, apparaît quand il se met à pleurer. Avant de rentrer, les trois visiteurs font un détour par la tombe du chien du vieux Darcy, devant laquelle Georgiana dit : « Au moins il aura réussi à s’échapper. ». ; ils découvrent sur des troncs des inscriptions qu’Elizabeth trouve malveillantes : F.D – Y.

Bingley est allé plusieurs fois voir son beau-frère en prison, Darcy n’y va que pour éviter les ragots. Maintenant, Wickham se montre aimable, optimiste même. En rentrant à Pemberley, Darcy découvre dans sa bibliothèque Mr Bennet, venu apporter son soutien. Elizabeth est ravie.

Le tribunal siège dans une salle de l’auberge de Lambton qui a servi de salle de bal dans des temps moins troublés. Le Clitheroe donne à Darcy les derniers détails de l’enquête : Wickham s’est montré peu coopératif, refusant d’expliquer la présence des 30 livres ; Sir Selwyn croit que ses hommes ont découvert l’arme du crime ; le coroner pense que l’affaire ira aux assises. Wickham arrive, très à l’aise. Le jury, composé des notables locaux, auditionne les témoins et conclut à la culpabilité. L’affaire est donc renvoyée aux assises de Derby. vignette|upright=0.8|Coldbath Field (en 1864, après son extension). L’hiver 1803-1804 débute bien sombrement pour Darcy et Elizabeth, éclairé seulement par la présence de Mr Bennet pendant trois semaines puis rempli par leurs activités charitables : à cause du conflit avec la France la misère est grandeLa courte paix d'Amiens (mars 1802 - mai 1803) n'a pas suspendu la guerre commerciale. La France poursuit sa politique économique protectionniste, bloquant les débouchés industriels britanniques et empêchant les importations de produits agricoles dans un Royaume-Uni loin d'être auto-suffisant.. À Noël, Elizabeth et Mrs Reynolds organisent la fête pour les enfants du domaine comme à l'accoutumée. Louisa semble aller mieux maintenant que l’enfant est retourné chez sa sœur à Birmingham. Wickham est transféré fin décembre à la prison de Coldbath Fields, une prison de Londres, où le procès se tiendra finalement au printemps. Toujours confiant, il reçoit la visite régulière d’un aumônier de prison, le révérend Cornbinder. Les Gardiner proposent aux Darcy de les héberger pendant le procès.

Livre V : Le procès () thumb|left|The Old Bailey en 1808 (gravure de William Henry Pyne) Les Hurst et Miss Bingley s'étant bien gardés de se manifester, la proposition des Gardiner est la bienvenue. Darcy est mal à l’aise, se rappelant que c’est lui qui a introduit Wickham dans sa famille. Il ne regrette pas son mariage, mais le prix qu’il l’a payé.