L'antilibéralisme est un terme désignant des courants de pensée hétérogènes qui ont en commun leur opposition au libéralisme ou à l'une de ses formes.
En France, le sens du mot « libéralisme » a beaucoup évolué depuis le : la critique du libéralisme, d'abord venue des courants contre-révolutionnaires, s'est progressivement élargie au discours de la gauche anticapitaliste par la dénonciation du libéralisme économique.
Au Royaume-Uni, les conservateurs et réactionnaires défendent le laisser-faire économique et la propriété privée mais refusent avec véhémence l'étiquette « libéral », considérée par eux comme de gauche. La comparaison entre libéraux classiques (le centre politique aujourd'hui) et une partie de l'extrême droite s'arrête d'ailleurs sur la défense du capitalisme. Certains défenseurs du capitalisme adhèrent souvent au darwinisme social et rejettent les idées libérales.
Il arrive, de façon ponctuelle, qu'une personnalité politique se déclare « antilibérale » mais, le plus souvent, il s'agit d'un terme de dénigrement employé par les partisans du libéralisme.
Courants de l'antilibéralisme Racines françaises de l'antilibéralisme au thumb|redresse=0.7|« Arlequin actionnaire » : la faillite du système de John Law en 1720 suscite, en France, une méfiance durable envers les marchés financiers. Gravure satirique hollandaise, 1720.
Par leur nature même certaines doctrines s'opposent au libéralisme en tant que liberté de l'individu. Par exemple le libéralisme s'est historiquement construit contre l'absolutisme, ce système politique étant par nature antilibéral. L'antilibéralisme est au départ une réaction de la noblesse contre la bourgeoisie et la minorité protestante. Il s'agit de s'opposer à la liberté religieuse, à la liberté politique (les Lumières au ) et à la liberté de commerce.
Sous la Régence, John Law essaie d'installer une monnaie fiduciaire (billets de banque), afin d'endiguer l'endettement du royaume de France, mais s'attire des inimitiés au sein de la noblesse, jalouse de ses privilèges. Son idée échoue à cause d'une spéculation agressive sur sa monnaie. C'était une première tentative de libérer l'économie. Avec l'importance que prennent les Manufactures au , les corporations sont sur le déclin ; le grand capital se développe au détriment de la petite bourgeoisie. Le libéralisme apparait comme entité politique (l’État moderne) avec les révolutions américaines et française. La droite contre-révolutionnaire apparaît en réaction à la Révolution à la fin du et s'exprime en soulèvement armé avec les Vendéens et les chouans.
Monarchistes thumb|redresse=0.7|Almanach royaliste français de la Chouannerie daté de la « troisième année du règne de Louis XVII », 1795. L'historien Zeev Sternhell, en ne s'intéressant qu'au libéralisme politique, et non pas au libéralisme social, unifie ces courants dans un mouvement antilibéral des « antilumières », qu'il fait aller de la Révolution française jusqu'aux néoconservateurs contemporains.
En France, les principes révolutionnaires de 1789 qui ont renversé la monarchie, vont être combattus par des clercs, des laïques et des organes proches de l'Église catholique romaine : l'abbé Augustin Barruel (1741-1820), le cardinal Pie (1815-1880), Jean Gaume (1802-1879), Louis de Ségur (1820-1881), Ernest Jouin (1844-1932) et la Revue internationale des sociétés secrètes (1912-1922) vont prêcher une doctrine appelée l'« école antilibérale ».
Le philosophe Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880) s'affirme antilibéral tant en économie qu'en politique : il s'oppose à l'industrialisme, au libéralisme, à la démocratie et au socialisme. Ce courant a une certaine importance à la veille de la Première Guerre mondiale, avec par exemple l'abbé Emmanuel Barbier (1851-1925), qui fonde et dirige la revue Critique du libéralisme religieux, politique (1908-1914).
Selon auteur de The Anatomy of antiliberalism, un des inspirateurs de cette tendance remonte en France est le Savoyard Joseph de Maistre (1753-1821).
En Espagne, le carlisme (né en 1833) est historiquement l'un des plus importants représentants du courant catholique, traditionaliste et antilibéral.
Vue d'Europe de l'Ouest, l'autocratie des tsars de Russie était la plus pure représentante de l'antilibéralisme. Flaubert écrivait par exemple :
Catholiques
thumb|redresse=0.7|Pie IX contemplant la pluie de météores de 1872, dessin de José Miralles-Darmanin, v. 1872. Au , l'Église catholique est majoritairement monarchiste et contre-révolutionnaire malgré l'émergence d'un « socialisme chrétien » représentés en France par La Mennais, Henri Lacordaire et Charles de Coux qui, en 1831, lancent l'idée d'une internationale catholique et libérale.
Le , le pape Grégoire XVI publie l'encyclique Mirari vos qui condamne le catholicisme libéral en jugeant « maxime fausse et absurde » voire de « délire » la liberté de conscience, consubstantielle au libéralisme. En 1848, le pape Pie IX s'oppose au « Printemps des peuples » et au mouvement pour l'unité italienne. Chassé de ses États par la proclamation de la République romaine, puis rétabli par l'intervention française, il dénonce le libéralisme comme une subversion. Il publie le l'encyclique Quanta cura complétée par le Recueil des erreurs (Syllabus errorum) qui dénonce les . Il condamne en 80 propositions le libéralisme, le rationalisme, le gallicanisme, le naturalisme. Le premier concile du Vatican, ouvert le , confirme cette orientation antilibérale : il impose le dogme de l'infaillibilité pontificale et renforce le centralisme de l'Église malgré l'opposition de 57 évêques allemands et français.
Le catholicisme conservateur s'oppose au monde capitaliste, industriel et démocratique et développe une image idéalisée de la chrétienté médiévale et de l'ordre des corporations. En 1891, l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII pose les fondements du catholicisme social : il dénonce la misère ouvrière et l'égoïsme capitaliste tout en rejetant le socialisme. Il maintient les interdits de Pie IX et formule des réserves visant la liberté des cultes et celle de la presse mais, contrairement à lui, encourage les catholiques à participer à la vie publique : les partis catholiques qui se développent en Europe à la fin du sont d'inspiration . En France, dans les années 1930, cette évolution aboutit au personnalisme d'Emmanuel MounierFrançois Faure, Emmanuel Mounier : la personne est son engagement, éd. Yves Meillier, 2022, ch. « Le catholicisme antilibéral et social » .
Dans l'entre-deux-guerres, les encycliques Quadragesimo Anno en 1931 et Divini Redemptoris en 1937 formulent encore une sévère critique du libéralisme sous ses trois visages, le parlementarisme, le capitalisme sauvage et la licence morale. Dans les pays catholiques d'Europe et d'Amérique, le corporatisme apparaît comme une alternative à la fois au libéralisme et au socialisme : il est adopté par des dictatures comme celle de Dolfuss en Autriche, Salazar au Portugal, Franco en Espagne, Pétain en France. En Argentine et au Brésil, le renouveau catholique des années 1920 est largement antilibéral et s'inspire des idées de l'Action catholique espagnole et des penseurs français Louis de Bonald, Joseph de Maistre et Jacques Maritain. L'antilibéralisme en Amérique latine est représenté notamment dans la Confédération ibéro-américaine des étudiants catholiques, fondée en 1931.
Nazisme et fascisme thumb|Une du journal fasciste L'Ardito célébrant l'attaque des miliciens fascistes contre le journal socialiste Avanti, 18 avril 1919. Des tendances antilibérales se développent en Europe avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale : des personnes, comme Carl Schmitt (1888-1985), défendant une idéologie clairement antilibérale et anti-marxiste et influençant la révolution conservatrice de Weimar, vont rejoindre le parti naziOn peut se référer à Carl Schmitt : Biographie politique et intellectuelle de David Cumin, publié en 2005 aux éditions du CerfQuand l'antilibéralisme mène au nazisme, critique du livre de David Cumin par Philippe Simonnot ; en Italie, à partir de 1926, le régime fasciste de Mussolini s'oriente vers un retour aux corporations d’État et adopte une politique antilibéraleOn peut se référer aux travaux d'Ernst Nolte comme Der Faschismus in seiner Epoche : die Action française der italienische Faschismus, der Nationalsozialismus ; en France, pendant la Seconde Guerre mondiale, ce mouvement est incarné par la politique du gouvernement de Vichy du maréchal Pétain, qui dénonçant la Discours du 11 octobre 1940 du maréchal Pétain, revient vers une économie basée sur les corporations et la ruralité avec des mesures comme la charte du travail. Cela va à l'encontre des dispositions libérales votées depuis la Révolution française (décret d'Allarde, loi Ollivier ou loi Waldeck-Rousseau). Le gouvernement de Vichy est plutôt contre-révolutionnaire que fasciste, bien qu'ayant des éléments fascistes en son sein. Il s'inspire des idées maurassiennes pour développer sa révolution nationale.
Le fascisme se caractérise par un antilibéralisme violent et virulent. L'idéal fasciste est le guerrier, l'opposé du guerrier étant l'esclave. Le guerrier est l'homme supérieur, tandis que l'esclave est forcément un inférieur. Le fasciste ne rejette pas seulement la modernité pour exalter le retour de la tradition, mais il critique également le manque de vitalité chez l'homme moderne. Aussi, le fascisme se retrouve dans le darwinisme social, le suprémacisme, le déclinisme et la défense de l'esclavage. Les partisans de cette doctrine peuvent se reconnaitre sur certains points de la morale nietzschéenne, comme la morale de maître et l'apologie de l'aristocratie guerrière. Le libéralisme défendrait les faibles et les esclaves. Le populisme défendu par le fascisme repose sur l'idéal aristocrate. Les fascistes parlent de (le guerrier) par opposition à l'homme et (l'esclave). Le nazisme se concentre davantage sur la question raciale et l’antisémitisme que le fascisme mussolinien. Le fascisme est une idéologie à part entière et ne doit pas être évoqué pour généraliser l'extrême droite, dont une partie est conservatrice, contre-révolutionnaire, voire fondamentaliste (l'islamisme et le fondamentalisme chrétien par exemple). Le fascisme est souvent assimilé à tort au socialisme, à cause du national-socialisme de Hitler, mais il n'y a rien de socialiste (au sens moderne du terme selon Ian Kershaw) dans cette idéologie. Cette doctrine se fonde sur le système de corporation. À la différence de l'Ancien régime, ces corporations sont la propriété de l’État. Le caractère totalitaire du régime tient plus d'une volonté fasciste de créer un empire similaire à l'empire romain, plutôt que d'imposer l'égalité parfaite entre les individus, d'où la dénonciation de l'égalitarisme et la lutte contre les asociaux. Il faut rappeler que les fascistes méprisent violemment les socialistes, quitte à les assassiner brutalement (assassinat du député socialiste Matteotti, par exemple).
L'égoïsme anarchiste selon Max Stirner Max Stirner est le défenseur d'un égoïsme radical. Il rejette la morale des Lumières et le libéralisme qui ne font qu'introduire une nouvelle forme de contrainte par l'impératif kantien et la rationalité. En fait, sa théorie de l'Égoïste, au-dessus de la morale et des règles sociales, n'a eu qu'un écho marginal : les auteurs présentés comme proches de Stirner ne le citent jamais ou uniquement pour s'en démarquer. Ainsi, Michel Foucault, malgré des similitudes apparentes de pensée, ne le cite pas une seule fois. L'une des lectrices de Stirner, l'anticonformiste britannique Dora Marsden, va jusqu'à dire que l'Égoïste est un .
Extrême droite anglo-saxonne