Les bombardements stratégiques sur le Japon sont les raids aériens, menés par les forces armées américaines pendant les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale contre l'empire du Japon, qui détruisirent les principales villes du pays et tuèrent entre , sans compter les bombardements atomiques d'Hiroshima () et de Nagasaki (). En plus des pertes humaines, les bombardements aériens causèrent d'importants dégâts aux villes japonaises et contribuèrent au profond déclin de la production industrielle.

Si, dans les premières années de la guerre du Pacifique, les attaques aériennes se limitèrent au raid de Doolittle en et à des attaques limitées contre des positions militaires dans les îles Kouriles à partir de 1943, les bombardements stratégiques sur le Japon commencèrent en pour s'achever à la fin de la guerre en . Pendant l'année 1945, s'ajoutèrent à ces attaques massives les raids menés par les unités aériennes tactiques embarquées ou basées à terre.

Alors que des plans d'attaque contre le Japon avaient été préparés avant le début de la guerre, ils ne purent pas être menés avant l'entrée en service du bombardier à long rayon d'action B-29 Superfortress. De jusqu'en , les B-29 stationnés en Inde utilisaient des bases en Chine pour bombarder le Japon mais les résultats espérés ne furent pas au rendez-vous. La campagne de bombardement s'accéléra fortement à partir de lorsque des bases dans les îles Mariannes furent ouvertes à la suite de l'opération Forager. Ces attaques furent initialement dirigées contre les complexes industriels mais à partir de , elles ciblèrent généralement les centres urbains. Les appareils alliés stationnés sur les porte-avions et dans les îles Ryūkyū menèrent également des bombardements en préparation de l'invasion du Japon prévue pour . Le 6 et le , les villes d'Hiroshima et de Nagasaki furent rasées par des bombes atomiques.

Les défenses militaires et civiles du Japon furent incapables d'empêcher les attaques alliées. Le nombre de chasseurs et de canons anti-aériens assignés à la défense de l'archipel japonais était insuffisant, et la plupart des appareils et des canons avaient du mal à atteindre l'altitude à laquelle volaient les B-29. Le manque de carburant, d'entrainement et de coordination entre les unités réduisit également l'efficacité de la chasse japonaise. Malgré la vulnérabilité des villes japonaises face aux bombardements incendiaires, les services d'incendie manquaient d'entrainement et d'équipement, et il n'y avait que quelques abris anti-aériens construits pour les civils. En conséquence, les B-29 furent capables d'infliger de sévères dégâts aux centres urbains tout en ne subissant que quelques pertes.

Depuis la fin de la guerre, un long débat sur la moralité de ces attaques contre les villes japonaises s'est engagé et l'usage des armes atomiques est particulièrement controversé.

Contexte Plans américains LUnited States Army Air Corps (qui fut intégré dans lUnited States Army Air Forces ou USAAF en ). commença à développer des plans d'urgence pour une campagne aérienne contre le Japon en 1940. La même année, l'attaché naval à l'ambassade américaine à Tokyo rapporta que les défenses civiles du Japon étaient faibles et les pilotes américains furent encouragés à se porter volontaires pour servir avec les forces chinoises dans le cadre de la Seconde Guerre sino-japonaise.. Le premier groupe de volontaires (les « Tigres volants ») commença à opérer au sein de la Force aérienne de la république de Chine à la fin de l'année 1941 avec des chasseurs P-40 Warhawk. Un second groupe de volontaires fut également formé à la fin de l'année 1941 pour attaquer le Japon depuis des bases en Chine avec des bombardiers moyens Hudson et A-20 Havoc. L'attaque de Pearl Harbor le ouvrit les hostilités entre les États-Unis et le Japon et mit un terme aux opérations secrètes. Le petit nombre de personnels du second groupe de volontaires qui avait été détaché des États-Unis en fut bloqué en Australie par le déclenchement du conflit...

Les succès japonais durant les premiers mois de la guerre du Pacifique empêchèrent l'application des plans de guerre américains contre l'archipel japonais et une série de tentatives pour lancer une campagne à petite échelle depuis la Chine échouèrent. Avant le déclenchement de la guerre, l'USAAF avait planifié de bombarder le Japon à partir de Wake, de Guam, des Philippines et des régions côtières de la Chine. Ces bases furent cependant rapidement capturées par les forces japonaises et sur les 35 bombardiers lourds Boeing B-17 Flying Fortress de l'USAAF basés aux Philippines, 18 sont détruits lors de l'attaque de la base de Clark Field le .. L'USAAF tenta ensuite d'envoyer treize bombardiers lourds Boeing B-17 Flying Fortress en Chine en pour attaquer le Japon. Ces appareils arrivèrent en Inde mais y restèrent car la conquête japonaise de la Birmanie causa des problèmes logistiques et le dirigeant chinois Tchang Kaï-chek était réticent à l'idée d'avoir des bombardiers américains opérant depuis son territoire. Treize autres bombardiers lourds B-24 Liberator furent envoyés des États-Unis pour opérer depuis la Chine en mais ils furent redéployés pour soutenir des opérations alliées en Méditerranée.. En , le commandant des Tigres volants, le colonel Claire Lee Chennault, requis une force de cent chasseurs P-47 Thunderbolt et de trente bombardiers moyens B-25 Mitchell qui selon lui seraient suffisants pour l'industrie aéronautique japonaise. Trois mois plus tard, Chennault déclara au président américain Franklin D. Roosevelt qu'une force composée de modernes et de quarante bombardiers (dont douze lourds) serait capable en six à douze mois. Le quartier-général de l'USAAF considérait ces affirmations comme peu crédibles et les demandes de renforts de Chennault furent refusées.

Défenses japonaises vignette|alt=Photographie en noir et blanc montrant des hommes et des femmes construisant un monticule en terre avec une ouverture sur le côté. L'entrée est bordée de sacs de sable.|Construction d'un abri anti-aérien au Japon en .

Les plans japonais d'avant-guerre pour protéger le pays d'une attaque aérienne se concentraient sur la neutralisation des bases aériennes ennemies. Avant la guerre, on considérait que les appareils soviétiques déployés en Extrême-Orient russe représentaient la plus grande menace. Les militaires japonais planifiaient de détruire les bases aériennes à portée de l'archipel japonais si le Japon et l'Union soviétique entraient en guerre.. Au début de la guerre du Pacifique, le gouvernement japonais considérait que le meilleur moyen d'empêcher les raids aériens américains serait de capturer et de tenir les régions en Chine et dans le Pacifique depuis lesquelles de telles attaques pouvaient être lancées. Il supposait que les Alliés ne seraient pas capables de reprendre le contrôle de ces bases. Cependant, les Japonais anticipèrent que les Alliés pourraient toujours mener des attaques à petite échelle contre l'archipel japonais avec des appareils embarqués sur des porte-avions. Le gouvernement décida de ne pas développer de fortes défenses pour faire face à la menace d'une attaque aérienne car les ressources industrielles du pays n'étaient pas capables de mener des opérations offensives en Chine et dans le Pacifique et des opérations défensives en métropole..

vignette|gauche|Canon antiaérien japonais Type 88 de calibre en 1949. Avec construits entre la fin des années 1920 et la reddition du Japon, il s'agit de la principale pièce d'artillerie anti-aérienne de l'armée impériale japonaise mais elle est inefficace contre les bombardements à haute altitude.

Peu d'unités aériennes et de batteries anti-aériennes étaient stationnées dans l'archipel japonais durant les premiers mois de la guerre du Pacifique. Le Commandement général de défense (CDG) avait été formé en pour superviser la défense des îles principales mais toutes les unités de combat dans la région étaient assignées à quatre districts militaires régionaux (les districts Nord, Est, Centre et Ouest) qui étaient directement responsables devant le ministère de la Guerre. En conséquence, les fonctions du CDG étaient limitées à la coordination des communications entre le quartier-général impérial, la plus haute autorité militaire du Japon, et les districts militaires.. Au début de l'année 1942, les forces allouées à la défense du Japon comprenaient cent appareils du Service aérien de l'Armée impériale japonaise (SAAIJ) et deux cents appareils du Service aérien de la Marine impériale japonaise (SAMIJ), dont la plupart étaient obsolètes, ainsi que cinq cents canons anti-aériens affectés à l'armée de terre et deux cents à la marine.. La plupart des formations du SAAIJ et du SAMIJ étaient des unités d'entraînement qui n'étaient donc pas vraiment capables de s'opposer aux attaques alliées.. L'armée de terre opérait également un réseau de postes d'observation civils et militaires afin de prévenir de l'approche des bombardiers et elle commençait à mettre en place des stations radars. Le commandement et le contrôle des défenses aériennes étaient fragmentés et le SAAIJ et le SAMIJ ne coordonnaient pas leurs activités et communiquaient rarement ensemble. Par conséquent, les forces étaient incapables de réagir à une attaque aérienne soudaine.

Les villes japonaises étaient particulièrement vulnérables aux bombes incendiaires à cause de la structure de l'habitat et du mauvais état des organisations de sécurité civile. Les centres urbains étaient très densément peuplés et de nombreux bâtiments étaient construits avec des matériaux très inflammables comme le papier et le bois. De plus, les complexes industriels et militaires se trouvaient souvent en zone urbaine et étaient donc entourés par des quartiers résidentiels densément peuplés... Malgré leur vulnérabilité, peu de villes avaient des unités de pompiers professionnels et beaucoup reposaient sur des volontaires. Ces forces de lutte contre l'incendie ne disposaient pas d'équipements modernes et employaient des tactiques obsolètes.. Des exercices d'entraînement en prévision de bombardements aériens étaient organisés à Tokyo et Osaka depuis 1928 et à partir de 1937, les gouvernements locaux durent distribuer aux civils des manuels expliquant comment réagir lors d'une attaque aérienne.. Peu d'abris anti-aériens et d'installations de défense pour les civils et l'industrie avaient été construits avant la guerre du Pacifique..

Premières attaques Raid de Doolittle

thumb|alt=Photo en noir et blanc d'un porte-avions en haute-mer. Il transporte plusieurs avions à la poupe et un appareil vient de décoller à la proue|Un B-25 Mitchell décolle de l' le .

Les appareils de l'USAAF bombardèrent le Japon pour la première fois au mois d'. Au cours d'une opération menée principalement pour remonter le moral des Américains, seize bombardiers moyens B-25 Mitchell furent embarqués à San Francisco à bord du porte-avion pour les amener à proximité du Japon. Ces appareils furent lancés le et bombardèrent des cibles à Tokyo, Yokohama, Yokosuka, Nagoya et Kobe. Les défenses anti-aériennes japonaises furent prises par surprise et tous les B-25 s'échappèrent sans gros dégâts. Ils continuèrent vers la Chine et l'Union soviétique mais plusieurs s'écrasèrent dans les territoires tenus par les Japonais à cause du manque de carburant.. Les pertes japonaises s'élevèrent à 87 tués et 462 blessés. 112 maisons furent détruites..