Une entrée de métro Guimard est un accès à une station du métro de Paris conçu au tout début du par l'architecte de l'Art nouveau Hector Guimard (1867-1942).
Certaines de ces entrées consistent en un édicule couvert plus ou moins important mêlant fer, fonte, verre et lave émaillée ; la plupart sont de simples entourages constitués d'une balustrade et d'un portique en fonte sculptée, dont les hauts candélabres encadrent une enseigne marquée « Métropolitain ».
Dessinés dans le style propre à Guimard, qu'il affirme précisément à ce moment-là contre ses détracteurs, ces accès édifiés à partir du sont abandonnés après 1913 par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, ancêtre de la RATP. Sur les 167 qui ont été édifiés, la plupart des édicules et près de la moitié des entourages sont détruits au cours des décennies suivant la Première Guerre mondiale, l'Art nouveau étant alors passé de mode.
Ces ouvrages n'en contribuent pas moins à la postérité d'Hector Guimard et à la redécouverte de l'Art nouveau. À partir des années 1960, les installations subsistantes font l'objet de mesures de protection et d'une inscription aux Monuments historiques, tandis que quelques pièces partent à l'étranger.
Les entrées de métro Guimard semblent désormais indissociables du paysage et du caractère de la capitale française, devenant par ailleurs un des emblèmes de l'Art nouveau.
Historique Hector Guimard est à l'origine des plus célèbres entrées du métro parisien, installées jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, alors qu'il n'avait pas participé au concours lancé par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris et s'est bientôt retrouvé en conflit avec elle.
Un candidat hors concours Au tout début de l', Hector Guimard, architecte prisé pour ses villas et ses immeubles, se voit confier l'habillage des accès au métro dans des circonstances un peu obscures.
Le concours de 1899 vignette|gauche|upright=1.2|alt=Ancienne carte postale colorisée représentant une arche imposante légèrement ogivale encadrée de deux colonnes|Entrée de l'Exposition universelle de 1900 place de la Concorde : le métro doit faciliter l'acheminement des nombreux visiteurs.
En retard sur d'autres capitales européennes telles Londres, Vienne ou Budapest, Paris espérait inaugurer sa première ligne de transport souterrain avant l'ouverture en avril de l'Exposition universelle de 1900 : dans ce but avait été fondée un an auparavant la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), à qui devait revenir la création des voies et accès ainsi que l'exploitation du réseau. Une fois déterminé l'emplacement des différentes bouches de métro, la compagnie organise un concours d'architecture dont le programme est publié le dans une revue spécialisée, et qui sera clos le pour un examen des projets le Le Cercle Guimard – Le Métropolitain..
Il s'agit d'imaginer d'une part un modèle d'entourage totalement ouvert accompagné d'un poteau indicateur, d'autre part deux types d'édicules pourvus de verrières protégeant de la pluie et prévus pour être largement majoritaires. Ces constructions devront être .
Sur les vingt et un dossiers présentés aucun n'est retenu, et pas davantage ceux de Paul Friesé (architecte de la CMP) et de Jean Formigé (architecte de la Ville de Paris), membres du jury eux-mêmes sollicités face à cette impasse. Il semble que les concurrents se soient tous contentés pour les édicules de variations sur ou sur celui des , négligeant la légèreté qui s'imposait afin de ne pas encombrer visuellement le paysage urbain.
Candidature officieuse Il est difficile de déterminer avec certitude comment Hector Guimard, hors concours, a décroché le contrat.
vignette|upright=1.2|alt=Photo sépia colorisée par endroits montrant un homme barbichu à un bureau dans un décor chargé|Hector Guimard vers 1900, dans son agence-atelier du Castel Béranger.
Il a longtemps été admis que son nom avait été avancé fin décembre par le président de la Compagnie, le banquier Adrien Bénard, féru d'Art nouveau : le conseil d'administration engage en tout cas Guimard le , au vu sans doute de simples croquis et explications qui devront être complétés dans le mois. Mais des archives découvertes plus récemment invitent à exclure cette influence : l'architecte aurait plutôt bénéficié de soutiens officieux au sein du conseil municipal voire de la préfecture, et ce peut-être dès le début, entre autres parce qu'il avait deux ans avant remporté avec son Castel Béranger le premier concours de façades de la ville de Paris. Toujours est-il qu'entre le et le la CMP puis le préfet de la Seine entérinent le choix de Guimard comme concepteur et maître d'œuvre des entrées du métro parisien.
Il est très probable aussi que ce choix a été soumis au baron Empain qui, associé à des partenaires français et principal fournisseur de la CMP en énergie et équipements électriques, tient en fait dans sa main le financement du métro parisien : or pour ce self-made man snobé par les élites belges, y imposer un émule de Victor Horta, au-delà d'un intérêt peut-être sincère pour l'Art nouveau, est une petite revanche personnelle.
En tout état de cause, et même si les croquis sur papier calque non datés du musée d'Orsay ne permettent pas de savoir quand exactement Guimard a commencé à travailler aux entrées du métro, le délai très court dans lequel il a fourni des dessins complets témoigne de sa puissance créatrice.
Les plans de Guimard Indépendamment des spécimens encore debout un siècle après, les plans d'Hector Guimard conservés dans les collections du musée d'Orsay ou de la RATP permettent d'apprécier ses innovations.
Édicules et gares Ses deux modèles d'édicules ont des caractéristiques communes : les trois côtés fermés, constitués de panneaux de lave émaillée d' insérés dans une armature en fer et tôle de fer rivetée, sont surmontés de vitres à environ du sol puis d'un espace vacant où l'air circule, avant la toiture ; la façade porte à l'origine un rideau de fer s'enroulant derrière l'enseigne. Le modèle A mesure de long sur de large et 4 de hauteur ; d'allure plus conventionnelle et ramassée, il possède quatre piliers, un fond orthogonal et une toiture à deux pentes classique. Le modèle B fait de long, de large et 4,70 de haut ; de profil plus audacieux et dynamique, il comporte trois piliers, un fond convexe et une toiture à deux pentes inversées, en forme de V, un chéneau central évacuant l'eau de pluie vers le pilier de fonte arrière évidé à cet effet. Une marquise arrondie complète ces dispositifs du côté ouvert sur l'escalier. Pour chacun des deux modèles est conçue une variante à claire-voie où la verrière abrite une simple balustrade.
Si la plupart des édicules se réduisent en quelque sorte à une descente couverte vers l'intérieur de la station, l'architecte a également dessiné trois « pavillons » différents qui en reprennent certains éléments en plus grand. Ces véritables petites gares, avec guichets et salles d'attente, sont destinées à des arrêts importants de la première ligne du métro (à l'époque ligne A) : Bastille qui reçoit la plus grande (plus de de surface) et Étoile qui en a deux (la seconde réservée à un usage technique). Les verrières ainsi que les façades rappellent les édicules, et les entrées en forme d'oméga ou de fer à cheval les tunnels du métro, tandis les décrochements de la couverture combinés à des marquises relevées évoquent des pagodes chinoises.
Entourages simples Les entourages simples, à fond arrondi ou carré, sont pour les deux tiers d'entre eux constitués d'une rambarde en fonte d'environ de hauteur, dont les potelets très fins encadrent de gros écussons sculptés discrètement ajourés. Le départ de l'escalier est encadré d'un haut portique repérable de loin, fait de deux candélabres en fonte moulurée qui s'élancent vers le ciel : ils supportent une plaque de lave émaillée où le mot « Métropolitain » figure dans un lettrage Art nouveau pour lequel Guimard imagine maintes variantes, ainsi que deux verrines rouge orangé légèrement asymétriques et piriformes ayant pour fonction de signaler l'entrée de la stationF. Descouturelle et A. Mignard, « Hector Guimard, Le Verre et le Métropolitain », Le Cercle Guimard, 2009, p. 21 lire en ligne.. Toutefois, pour un véritable éclairage, la CMP installe à partir de 1901 des ampoules électriques sous les marquises puis derrière les enseignes.
Les entourages restants sont réservés aux accès secondaires ou étroits, la taille standard des trémies étant de : ils sont dépourvus de portique et les écussons cèdent la place à des cartouches rectangulaires moins hauts, dont les motifs largement évidés en leur centre annoncent les fontes créées pour l'immeuble Jassedé en 1903. Dès 1901, la CMP s'inspire du lettrage de Guimard pour leur ajouter des enseignes comportant juste le mot « Métro ».
Conception modulaire vignette|upright=1.1|alt=Photo en couleur et en gros plan d'une partie de balustrade comportant deux fois un socle de pierre claire et des éléments de fonte ouvragés|Deux modules de base d'entourage à écussons avec potelet d'angle.
Quoique ancien élève des Arts décoratifs où il enseigne, Hector Guimard n'est guère plus préparé que d'autres architectes à travailler sur du mobilier urbain : il s'efforce néanmoins d'y allier esthétisme et rationalité.
Il délaisse les matériaux de la maçonnerie traditionnelle au profit de structures plus discrètes mêlant les matériaux modernes en architecture que sont le verre, la lave émaillée, le fer et la fonte moulée, moins coûteuse que la pierre . Surtout, il conçoit, notamment pour les surfaces verticales, des éléments de base standardisés qui se prêtent à une reproduction infinie et dont l'agencement pourra être adapté aux dimensions et particularités des différents sites : ainsi le module de base d'un entourage à écussons comporte-t-il une pierre de socle plus l'ensemble écusson, arceau, barres horizontales et potelets verticaux ; celui d'un édicule inclut une pierre de socle, un panneau de lave, trois étroites vitres verticales et trois panneaux de verrière, le tout relié par des s.
C'est à l'évidence pour cette conception modulaire économique, plus que pour leur style Art nouveau, que les instances décisionnaires du métro et de la ville ont agréé le projet de Guimard . L'examen de ses dessins révèle par ailleurs les retouches auxquelles il a été amené du fait soit d'erreurs techniques de conception, dans l'accrochage des enseignes ou des écussons par exemple, soit de revirements de ses employeurs.
Des créations bientôt abandonnées Passé l'enthousiasme des premiers mois surgissent entre Guimard et la CMP des désaccords, financiers plus qu'artistiques, conduisant à une rupture qui n'empêche pas ses entourages de continuer à être édifiés jusqu'en 1913.
Matériaux et fournisseurs Comme à son habitude, Hector Guimard choisit avec soin ses matériaux et des fabricants en mesure d'exécuter fidèlement ses modèles.
Les pierres calcaires de Comblanchien destinées aux soubassements des ouvrages proviennent de carrières du Jura et de la Côte d'Or, et c'est la Fonderie d'art du Val d'Osne, près de Saint-Dizier, qui produira en série les fontes des balustrades comme des candélabres. . Très gros poste du chantier, la serrurerie nécessaire pour sceller les blocs de pierre autour des trémies et fixer ensuite tous les éléments des superstructures sera, elle, répartie entre trois entreprises.
vignette|gauche|upright=1.2|alt=Photo en couleurs d'un haut de devanture avec des caractères en arabesque sur fond coloré|Enseigne de la maison Coilliot à Lille.