vignette|Malouinière de la Chipaudière, à Paramé. Une malouinière est une vaste demeure de plaisance construite par des négociants et armateurs de Saint-Malo (France) aux . On en compte 112 dans la région.

Le corps de logis central est prolongé de deux ailes qui abritent les services et qui permettent aussi d'éviter une façade trop uniformément étirée, contribuant

Habitées pour la plupart, plusieurs malouinières sont tout de même ouvertes à la visite, notamment lors des Journées du Patrimoine en septembre.

Histoire La prospérité de Saint-Malo date des , époque à laquelle commence le déclin de Saint-Servan. Sous les guerres du Roi Soleil, l’aventure maritime de Saint-Malo prend son envol. Dès la seconde moitié du , la prospérité malouine amène les riches négociants, capitaines et armateurs à construire des formes architecturales propres qui répondent à leurs besoins de délassement en profitant de l'espace et de la lumière de l'arrière-pays. Après avoir réaménagé les petits manoirs, ils construisent ainsi de nouvelles grandes « maisons des champs » qui symbolisent leur ascension sociale..

La plupart des malouinières (on disait jadis « les malouines » avant que l'ingénieur ordinaire de la ville de Saint-Malo, Picot, baptise ainsi ces demeures en 1703). sont des maisons des champs avec leurs dépendances (chapelles, pavillons d'angles, communs) construites entre 1680 et 1730 dans un rayon de 12 à autour de Saint-Malo par les armateurs (les « Messieurs de Saint-Malo » qui pouvaient revenir à leurs affaires dans la cité corsaire en moins de deux heures de cheval) insatisfaits de l'espace exigu de la ville « intra-muros » qui développait des odeurs délétères au retour des beaux jours. Ces derniers restaient ainsi à proximité de la sécurité des remparts de la ville en cas de visite impromptue des Anglais, et se délassaient dans ces résidences situées dans le bocage ou sur les bords de Rance mais dont le type architectural renvoyait à leurs hôtels particuliers urbains. Ces derniers leur rappelant leur travail, leurs propriétés rurales ressemblant aux folies des faubourgs urbains étaient par opposition non tournées vers la mer (à l'exception de la Malouinière du Bosc, de La Basse-Flourie, de Montmarin et de Vaulérault) avec l'avancée de la pièce principale qui permettait de jouir d'une vue plus dégagée vers la campagne..

Ces maisons de campagne sont construites d'abord dans les paroisses les plus proches de Saint-Malo, Paramé et Saint-Servan puis dans la presqu'île du Clos Poulet et au-delà, jusqu'à la baie de Cancale et tout le long de l'estuaire de la Rance, sur les deux rives. Les responsables de l'inventaire ont recensé cent douze malouinières subsistant sur près de deux cent édifiées (plusieurs ayant disparu car elles n'étaient plus à la mode au )..

Les historiens s'interrogent encore sur le degré d'attraction qu'a exercé l'investissement foncier sur la bourgeoisie malouine à cette époque, et sur les finalités réelles de cet investissement rural foncier..

Fonctions Leurs fonctions principales étaient, pour les armateurs et capitaines qui habitaient dans la ville close. :

villégiature et réceptions (d'où leur nom au de « vide-bouteilles » ); poste : toutes ces demeures étaient dotées de pigeonniers qui permettaient à l'armateur de communiquer avec les différents ports de France (lorsque l'armement faisait du cabotage, le capitaine lâchait des pigeons quand il arrivait dans un port et l'armateur savait le lendemain que le bateau était arrivé à bon port); jardin à la française, composé d'un quadrillage de compartiments (parterre, labyrinthe végétal, bosquet, miroir d'eau, théâtre de verdure, tapis vert, arboretum, saut de loup) et qui produisait une polyculture d'agrément ou de subsistance (d'où la présence de vergers, potagers, étables, basse-cour) que chaque famille ramenait à Saint-Malo intramuros.

Architecture La plupart des malouinières sont traditionnellement enfermées dans de hauts murs et peu visibles ou invisibles, tendant à recréer tous les attraits d'un petit domaine champêtre. Les propriétaires privilégiaient la discrétion dans ces havres de paix à la campagne mais affichaient leur réussite sociale en investissant dans de luxueux intérieurs (boiseries sculptéesLes lambris et planchers en chêne pouvaient provenir de la récupération de ce bois à partir du pont des navires désarmés, mobiliers de prix, bibelots exotiques, porcelaines chinoises, tentures indiennes de la compagnie des Indes). Leurs façades d'une longueur relativement restreinte (corps de logis typiquement sur cinq ou sept travées), ont des murs en moellons de schiste granulitique enduits d'un crépi à la chaux. Le granite de Chausey en pierre de taille est réservé aux ouvertures des fenêtres et des lucarnes à l'aplomb des travées, aux angles, aux corniches et aux bandeaux d'étage, ces derniers étant caractéristiques de l'architecture classique nationale, apportée à Saint-Malo par les ingénieurs venus travailler aux fortifications de la ville, notamment Siméon Garangeau. La tradition attribue à ce disciple de Vauban la paternité architecturale de plusieurs de ces résidences de campagne, en raison de leur sobriété et de leur rigueur militaire (façades sévères, précision de l'appareillage, rigueur du rapport entre les pleins et les vides, rareté du décor limité aux ouvertures couvertes d'une plate-bande ou à des détails importés par leurs propriétaires voyageurs, notamment pour les modénatures ou certains dessins de lucarnes). Les grandes toitures à arêtiers et croupes ornées d'épis de faîtage en plomb ou en terre cuite, et cantonnés de hautes cheminées à épaulements enjolivées ou non de volutes et épaulées de contreforts, sont des traits stylistiques propres aux malouinières..

Jusqu’au , les ouvertures sont percées selon les besoins. Au , elles sont symétriques et alignées comme dans l’architecture militaire.

La corporation des menuisiers de Saint-Malo qui comptait un ou plusieurs représentants par quartier vivait grâce à la riche clientèle des familles installées dans les malouinières. Les registres de la capitation font apparaître que trois maîtres menuisiers étaient soumis à l'impôt en 1701. La corporation ne cessa de se développer et, en 1725, on compte encore onze membres actifs..

Malouinières notables

Château de la Motte-Jean,

La Ville Bague thumb|right|200px|La malouinière de la Ville Bague La malouinière de la Ville BagueSite web de la malouinière de la Ville Bague (Saint-Coulomb) fut construite en 1715 par Guillaume Éon, issu d’une famille de riches négociants malouins qui avaient ouvert de nombreux comptoirs à l’étranger et notamment à Cadix.

Un manoir plus modeste se tenait à l’emplacement de l’actuelle malouinière, le pigeonnier, la chapelle et les murs d’enceinte sont donc antérieurs (1666).

À la Révolution française, la maison fut abandonnée par ses propriétaires.

Propriété successive des familles Éon (en 1670), Magon seigneurs de la Chipaudière (en 1676), Éon (en 1776). En 1768, Julie Marie Éon du Vieux Chastel épouse Jonathas de Penfentenyo, Marquis de Cheffontaines. Le marquis de Cheffontaines devient propriétaire de la ville bague en 1789. Après la révolution, la propriété passe à la famille Esnoul Le Sénéchal qui l'occupe de 1892 à 1946. Le domaine a été morcelé il y a vingt cinq ans mais l’allée centrale menant à la pièce d’eau a été conservée, ce qui protège l’effet de perspective du jardin actuel.

Le papier peint du grand salon date de 1820 (manufacture Dufour et Leroy) et représente l'arrivée de Francisco Pizarro chez les Incas. Exemplaire exceptionnel, ce panoramique est classé Monument historique.

La malouinière de la Ville Bague propose une visite guidée du parc, de la chapelle, du pigeonnier ainsi que de l'intérieur avec les salons, de la salle à manger et du hall d'entrée.

Autres malouinières

Malouinière de la Balue, à Saint-Malo (), abrite aujourd'hui le lycée Jacques-Cartier, construite par Luc Magon de la Balue, le petit-frère de François-Auguste Magon de la Lande, en 1715, sur la métairie de la Blinais, apportée en dot par sa femme Hélène Porée, qui donnera son nom à leur fils Jean-Baptiste Magon de la Blinais. Château de Beauchêne, à Langrolay, classique début , édifiée sur les ruines de l'ancien château par le navigateur malouin Gouin de Beauchêne qui découvrit l'une des Malouines (Île Beauchêne) près de la Terre de Feu. Malouinière du Bosc, à Saint-Jouan-des-Guérets, construite entre 1715 et 1718. vignette|250x250px|Malouinière de la ChipaudièreMalouinière de Château Doré, à Saint-Malo (). L'une des premières malouinières dont la construction pourrait être attribuée à la famille d'armateurs Magon. L'architecture laisse supposer une construction des années 1660. La sobriété, la symétrie de l'architecture, le bandeau dessiné sur l'enduit annoncent l'architecture des malouinières. L'intérieur conserve d'origine le grand escalier et la cheminée de la cuisine. Le parc présente toujours des communs, un puits, un jardin, les murs de clôture et une rabine d'accès. Malouinière de la Chipaudière, l'une des plus vastes malouinières de la région, avec une superficie de et des dimensions de château, classée Monument historique, construite entre 1715 et 1720 par François-Auguste Magon de la Lande, armateur et corsaire sous Louis XIV, puis directeur de la Compagnie des Indes orientales, et l'un des plus puissants armateurs de la ville au temps de la splendeur de Saint-Malo Malouinière du Demaine (Le Mur Blanc), à Saint-Méloir-des-Ondes. Construite vers 1730, très probablement par la famille Dufresne (corsaires et armateurs), sur un plan classique à cinq travées. Le décor intérieur, très soigné, (plafonds à voûte, alcôves, buffet d'attache entre deux niches, cheminées…) subsiste pratiquement intact. Malouinière de la Bardoulais. (), à Saint-Méloir-des-Ondes. Malouinière du Grand Val Ernoul (), à Saint-Méloir-des-Ondes. Malouinière de la Fosse-Hingant, à Saint-Coulomb. Malouinière de la Grande Gâtinais, à Saint-Coulomb, construction du () Manoir de la Giclais, construit par la famille d'armateurs Magon de La Giclais et récupérée après la révolution par Nicolas Surcouf. Malouinière de La Haute-Motte (), et la motte féodale en La Ville-ès-Nonais Malouinière de La Houbarderie, construite en 1712 par un membre de la famille Le Fer de La Gervinais. D'une superficie de avec un parc de à Quelmer-La Passagère commune de Saint-Malo Malouinière de Launay-Guibert, à Miniac-Morvan, elle portait au le nom de ses propriétaires, Launay-Québriac. Au siècle suivant elle était la propriété de la famille Lelarge, armateur originaires de Saint-Malo. La bâtisse actuelle fut construite en 1731 par un Le large, sieur de Launay. Malouinière des Longchamps, à Saint-Jouan-des-Guérets (). Malouinière de la Mettrie-aux-Louëts, à Saint-Coulomb. Malouinière La Chênaie, Lieu-dit Chesnaye., commune de Plesder, Tinténiac (Ille-et-Vilaine). La Chênaie peut dater du milieu du 18e siècle tant son parti architectural emprunte aux caractéristiques des demeures contemporaines appartenant aux armateurs malouins. vignette|270x270px|La Chenaie Octobre 1924; Malouinière en Plesder. Pastel dans collection du musée de Bretagne|alt=vignette|Malouinière de La ChênaieMalouinière du Mont Fleuri (). Malouinière de La Motte-Jean, à Saint-Coulomb. Malouinière Le Valmarin, à Saint-Servan. Possession de l'ancien maire de Saint-Malo Marcel Planchet. Rachetée dans les années 1980 par des particuliers qui la transforme en un hôtel. Malouinière de La Motte aux Chauff (1660), à Saint-Coulomb.