La bataille de Fuzhou, ou bataille de Foochow, également connue sous le nom de combat naval de Fou Tchéou ou encore bataille navale de la Pagode (en , littéralement bataille de Mawei), est une bataille navale de la guerre franco-chinoise. Elle a eu lieu le au large du mouillage de la Pagode dans le port de Mawei (馬尾), à au sud-est de la ville de Fuzhou (Foochow). Au cours de cette bataille, l'escadre d'Extrême-Orient commandée par l'amiral Courbet réduisit pratiquement à néant la flotte du Fujian, l'une des quatre flottes régionales chinoises.

vignette|gauche|Les différents affrontements de la guerre franco-chinoise.

Contexte La guerre franco-chinoise de 1884-1885 se déroule sur fond de tentatives françaises de colonisation en Extrême-Orient, notamment en Annam et au Tonkin.

Un corps expéditionnaire français tente d'établir un protectorat sur ce qui deviendra l'Indochine française et se heurte aux menées des Pavillons noirs soutenus par les Chinois. Après la défaite de Bac Lê (1884), précédée par la mort du capitaine de vaisseau Rivière au pont de Papier, près d'Hanoï en 1883, la composante navale du corps expéditionnaire français s'est lancée dans une démonstration de force contre l'escadre chinoise dans la rade de Fou Tchéou, à l'embouchure de la rivière Min. L'escadre de l'amiral Courbet tient le blocus quasiment à bout portant en attendant la fin des tractations diplomatiques avec le vice-roi du Fo Kien. Les équipages français restent quasiment en permanence aux postes de combat. La situation de la flotte française est assez inconfortable, non pas tant à cause de l'escadre chinoise de l'amiral Ting (dont les navires ne sont pas blindés) mais par le fait qu'en s'ancrant au mouillage de la Pagode, l'escadre de Courbet est très proche des fortifications côtières chinoises qui verrouillent la sortie de l'estuaire vers la haute mer.

Déroulement thumb|gauche|Image populaire du représentant la bataille de Fuzhou, Bibliothèques-Médiathèques de Metz L'amiral Courbet bénéficie d'une confortable supériorité numérique mais surtout technique (navires cuirassés, équipages mieux entraînés, armement plus efficace) mais il opère loin de ses bases, contrairement aux Chinois, et d'autre part certains des navires de renfort demandés par Courbet n'ont pu le rejoindre, le cuirassé Triomphante, rappelé de Shanghai, calant trop de tirant d'eau pour franchir les passes du port tandis que le La Galissonnière était resté bloqué à Jilong par le mauvais temps.

L'amiral Ting avait concentré le plus gros de sa flotte au mouillage devant l'arsenal naval de Fuzhou (Fou Tchéou) (construit par l'ingénieur français Prosper Giquel dix ans auparavant) afin de le protéger d'une attaque par la mer.

La marée était un élément crucial dans le déroulement du plan d'attaque de Courbet: en effet lors de la renverse de courant à l'étale de haute mer, les navires chinois ancrés par l'avant mais non embossés à l'arrière évitaient avec le courant et ne pouvaient pas tirer sur la flotte française avec leurs batteries latérales, par ailleurs la marée haute devait permettre au cuirassé Triomphante de franchir les passes et de se mettre en bonne position pour bombarder les fortifications côtières.

Pour attaquer les navires chinois au mouillage et notamment le vaisseau amiral Yang-Ou, un croiseur en bois de tonneaux et 10 canons, Courbet comptait sur les torpilleurs et 47 commandés respectivement par les lieutenants de vaisseau Douzans et Latour. Il s'agissait de grosses chaloupes à vapeur, équipées non de torpilles comme nous les connaissons actuellement, mais de torpilles à hampe, c'est-à-dire de charges explosives installées au bout d'un tangon qu'il fallait amener au contact du navire ennemi, après avoir "apiqué" le tangon, de manière à faire détoner l'explosif juste sous la ligne de flottaison du navire cible.

Cette attaque "au contact" était périlleuse, car les deux petits bâtiments se trouvaient sous un feu nourri de mousqueterie, mais elle se révéla pleinement efficace, car en coulant le navire amiral, les Français désorganisaient la riposte de l'escadre chinoise.

Le cuirassé Triomphante ayant enfin pu rallier la flotte de Courbet, la suite du combat, très inégale, vit la destruction quasi totale de l'escadre chinoise qui, cependant, combattit avec acharnement, visant notamment le croiseur Volta, navire amiral de Courbet, qui comptait plusieurs blessés et tués parmi les officiers rassemblés sur la passerelle de commandement.

L'arsenal de Fou Tchéou était l'objectif suivant mais Courbet préféra ne pas risquer un combat terrestre contre les troupes d'infanterie chinoise qui s'y étaient concentrées et ne débarqua pas ses troupes de marine, préférant bombarder avec ses navires les bâtiments de l'arsenal, la destruction n'étant cependant pas complète, car les navires portant les plus gros canons étaient aussi ceux de plus fort tirant d'eau, ce qui les empêcha de s'approcher à bonne portée.

Restait à forcer le passage pour retourner vers la haute mer en passant devant l'embouchure du fleuve Min, défendu par plusieurs importantes fortifications ce qui fut fait le , en bénéficiant du fait que les batteries de ces forts étaient conçues pour tirer vers le large et non vers le port.

La planification intelligente par Courbet de cette bataille lui permit d'infliger aux Chinois une défaite spectaculaire (plus de morts, neuf grands navires coulés alors que les pertes françaises furent légères (10 morts, dont le lieutenant de vaisseau Bouët-Willaumez, et 48 blessés). Un autre facteur déterminant dans l'issue de la bataille fut le fait que l'escadre française avait pénétré dans la rade de Fou Tchéou alors que l'état de guerre n'était pas encore déclaré, ce qui lui évita d'essuyer le feu des batteries côtières. Par ailleurs deux cuirassés chinois modernes, équipés de tourelles et bien plus puissants que les navires de Courbet, les et , construits en Allemagne aux chantiers Vulkan de Stettin furent retenus par les équipages allemands chargés de les convoyer jusqu'en Chine. Leur présence à Fou Tchéou aurait pu largement renverser la balance des forces navales dans la guerre franco-chinoise.

Flotte française Nom Type Tonnage Construction Capitaine Navire cuirassé 4585 tonnes 1879, Rochefort capitaine de vaisseau Baux Navire cuirassé 4645 tonnes 1874, Brest capitaine de vaisseau Fleuriais Croiseur cuirassé 3479 tonnes 1879, Cherbourg capitaine de vaisseau Desnouy Villars Croiseur cuirassé 2363 tonnes 1881, Cherbourg capitaine de vaisseau Vivielle d'Estaing Croiseur cuirassé 2363 tonnes 1881, Brest capitaine de vaisseau Coulombeaud Croiseur de 1820 tonnes 1869, Normand capitaine de frégate Le Pontois Volta Croiseur de 1323 tonnes 1869, Cherbourg capitaine de frégate Gigon Saône Navire de transport 1575 tonnes 1880, Toulon capitaine de frégate Monin Lynx Canonnière composite 465 tonnes années 1870, Cherbourg lieutenant de vaisseau Bonaire Aspic Canonnière 465 tonnes années 1870, Rochefort lieutenant de vaisseau de Fauque de Jonquières Vipère Canonnière 465 tonnes années 1870, Rochefort lieutenant de vaisseau Picard Destelan bateau torpilleur No. 45 Torpilleur 30,58 tonnes vers 1879, Le Havre lieutenant de vaisseau Latour bateau torpilleur No. 46 Torpilleur 30,58 tonnes vers 1879, Le Havre lieutenant de vaisseau Douzans

vignette|Le Duguay-Trouin menant la flotte dans la rivière Min'an devant le Triomphante.

Flotte chinoise La flotte chinoise réunie au mouillage de Pagoda le était réunie en deux groupes, 6 navires de guerre et 6 jonques en amont et 3 navires de guerre en aval. :

Navires Genre Armement Sort Yang-Ou, tonneaux, 10 canons Croiseur en bois type Dupleix 1 canon de , projectile , M.L.7 canons de , projectile , 2 canons en bronze, projectile Explosé, échoué, entièrement coulé, 300 hommes noyés et brûlés. Chi-An, tonneaux, 7 canons Aviso 1 canon de , projectile , M.L.6 canons de , projectile 56 kilos, Vavasseur Coulé. Fou-Po, tonneaux, 7 canons Aviso 1 canon de , projectile , M.L.6 canons de , projectile 56 kilos, Vavasseur Échoué au-dessus de l'arsenal, criblé d'obus, perdu. Fey-Yuen, tonneaux, 7 canons Aviso 1 canon de , projectile , M.L.6 canons de , projectile 56 kilos, Vavasseur Coulé. Fu-Sing, 560 tonneaux, 5 canons Canonnière 1 canon de , 4 Vavasseur Coulé. Chin-Wei, 580 tonneaux, 5 canons Canonnière Coulé Tchen-Hung, 580 tonneaux, 5 canons Aviso-transport Coulé Yang-Pao, 580 tonneaux, 5 canons Aviso-transport Coulé Ye-Sing, 260 tonneaux, 15 canons Canonnière Échoué dans la rivière au-dessus de l’arsenal, perdu 2 canonnières alphabétiques Canonnière 1 canons de 18 tonneaux, projectile . Pénétration à m, de fer Coulées

En plus de ces navires, il faut ajouter : 10 à 12 canots à vapeur armés de torpilles, détruits; 9 jonques de guerre armées chacune de 8 canons en moyenne, coulées; 2 grandes jonques chargées de troupes avec un ou deux canons, coulées.

Pertes humaines chinoises : 5 capitaines, 29 officiers, environ d'équipage et soldats.

vignette|Navire amiral Yangwu et le Fuxing à l'ancre la veille de l'engagement.

Notes et références

Voir aussi Sources et bibliographie En français Ernest Picard-Destelan, Annam et Tonkin : Notes de voyage d'un marin, Paris, 1892

Maurice Rollet de l'Isle, Au Tonkin et dans les mers de Chine, Paris, 1886, Auguste Thomazi, La conquête de l'Indochine, Paris, 1934 René Vienet, « Devant le champ de bataille de Mawei (Chine) », dans La Géographie, , ,

En anglais

J. Rawlinson, China's Struggle for Naval Development, 1839–1895, Harvard, 1967

Lung Chang [龍章], Yueh-nan yu Chung-fa chan-cheng [越南與中法戰爭, Vietnam and the Sino-French War] (Taipei, 1993)

Articles connexes Guerre franco-chinoise Histoire de la marine française Liste de batailles navales Escadre d'Extrême-Orient (France) Flotte du Fujian

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