Thomas Jefferson (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le 2 avril dans le calendrier julien. La Grande-Bretagne n'adopte le calendrier grégorien qu'en 1752. à Shadwell (colonie de Virginie) et mort le à Monticello (Virginie), est un philosophe politique, diplomate, architecte et homme d'État américain. Membre du Parti républicain-démocrate, il est le vice-président des États-Unis, en fonction du au , puis le président des États-Unis, en fonction du au . Considéré comme l'un des principaux Pères fondateurs des États-Unis, il est notamment le principal rédacteur de la Déclaration d'indépendance de 1776, il est également à l'origine de l'achat de la Louisiane et d'une politique d'expansion territoriale décisive. Bien qu'ayant des principes libéraux, il est aussi un important planteur du Sud des États-Unis, propriétaire de plusieurs centaines d'esclaves.

Né au sein d'une famille d'origine britannique, il fait ses études en Virginie. Il sort diplômé du collège de William et Mary et exerce un temps les fonctions de magistrat, défendant parfois des esclaves cherchant à retrouver leur liberté. Pendant la révolution américaine, il représente la Virginie au Second Congrès continental ; il est à l'origine de la loi sur la liberté religieuse et sert en tant que gouverneur de son État pendant la guerre contre les Britanniques de 1779 à 1781. Jefferson occupe ensuite le poste d'ambassadeur en France de 1785 à 1789 puis devient le premier secrétaire d'État des États-Unis sous la présidence de George Washington. Aux côtés de James Madison, il fonde le Parti républicain-démocrate qui s'oppose au Parti fédéraliste quant à la politique du pays et conteste la position du gouvernement au sujet des lois sur les étrangers et la sédition.

En tant que président des États-Unis, Jefferson préserve les échanges maritimes et les intérêts commerciaux américains face aux pirates barbaresques et à l'hostilité des Britanniques. Il négocie avec Napoléon la vente de la Louisiane, doublant la superficie du pays, et à la suite des négociations de paix avec la France, son administration procède à la réduction des moyens militaires. Réélu en 1804, Jefferson voit son second mandat ponctué par des difficultés majeures, incluant le procès du vice-président Aaron Burr et la chute du commerce extérieur des États-Unis à la suite de la mise en place des lois sur l'embargo en 1807, en réponse aux menaces exercées par les Britanniques sur la navigation américaine. Ayant déjà pris en 1803, la décision de transférer des nations amérindiennes vers la Louisiane, il ratifie la loi interdisant l'importation des esclaves en 1807.

Homme de science et polyglotte, Jefferson se passionne pour de nombreuses disciplines, allant de la géométrie aux mathématiques en passant par la mécanique et l'horticulture, et se révèle également être un architecte confirmé de tradition classique ; en outre, son intérêt marqué pour la religion et la philosophie lui valent la présidence de la Société américaine de philosophie. Bien qu'opposé au principe d'une religion organisée, il est cependant influencé à la fois par le christianisme et le déisme. Il fonde l'université de Virginie peu après sa retraite des affaires publiques et continue à entretenir une abondante correspondance avec des personnalités influentes du monde entier.

L'action politique de Jefferson a été commentée de façon très positive par les historiens, notamment sa contribution de premier ordre à la Déclaration d'indépendance des États-Unis, son positionnement en faveur de la liberté religieuse et de la tolérance dans son État de Virginie et l'acquisition de la Louisiane sous sa présidence. Toutefois, certains spécialistes se montrent plus critiques sur sa vie privée, citant par exemple le décalage existant entre ses principes libéraux et le fait qu'il ait possédé jusqu'à 600 esclaves dans le cadre de la gestion de ses plantations. Les études universitaires le classent systématiquement parmi les plus grands présidents de l'histoire américaine.

Biographie

Débuts en Virginie (1743-1773) Thomas Jefferson III naît le à Shadwell, dans la colonie de Virginie, alors en Amérique britannique. Ses parents, Jane Randolph (1720-1776) et Peter Jefferson (1708-1757), issus de familles de notables installées dans la région depuis plusieurs générations, se sont mariés en 1739. Il a des origines anglaises par sa mère, née en Angleterre, et galloises par son père. Thomas Jefferson est l'aîné d'une fratrie de dix enfants, dont deux sont morts prématurément. Il grandit dans la plantation familiale du comté d'Albemarle, dont son père est le constructeur et le propriétaire. Peter Jefferson consacre une partie de son temps à la cartographie et à l'autodidaxie et veille à offrir à son fils Thomas une solide éducation.

En 1752, Thomas Jefferson fréquente une école dirigée par le révérend écossais William Douglas qui lui enseigne plusieurs langues, dont le latin, le grec ancien et le français, mais aussi l'espagnol, l'italien et le vieil anglais. Dans son autobiographie, Jefferson décrit son instruction en ces termes : Il [mon père] me plaça à l'école anglaise à 5 ans et à celle du latin à 9, où je restai jusqu'à sa mort. Mon maître, M. Douglas, un pasteur d'Écosse, n'était qu'un latiniste médiocre, encore moins assuré en grec, mais avec les rudiments de ces deux langues il m'enseigna le français. À la mort de mon père, j'allai à l'école du pasteur Maury, un bon connaisseur des classiques, et j'y passai deux ans, après quoi je fus envoyé au collège William and Mary, au printemps 1760, où je continuai deux ans. gauche|vignette|Plantation de tabac aux États-Unis.À la mort de son père en 1757, il n'est âgé que de quand il hérite de son immense propriété, sur laquelle travaillent des centaines d'esclaves. Jefferson parfait sa culture classique, apprend les sciences naturelles et l'histoire auprès du révérend James Maury, lui-même descendant de huguenots, à Fredericksburg. Il est marqué par le décès de sa sœur aînée Jane en 1765.

En 1760, Jefferson entreprend des études supérieures au collège de William et Mary à Williamsburg où il se forme à des disciplines variées (botanique, géologie, cartographie, grec, latin, droit, histoire, philosophie). Il perfectionne son français. Son professeur de philosophie, William Small, lui donne le goût pour les auteurs anglais John Locke, Francis Bacon, Isaac Newton et lui apprend à utiliser le doute méthodique. Jefferson fréquente le , une société secrète et une fraternité étudiante. Diplômé en 1762, il étudie ensuite le droit auprès de son ami et mentor George Wythe. Il est admis au barreau en 1767 avant d’être élu à l'Assemblée de Virginie en 1769. Jefferson siège à la chambre des Bourgeois de Virginie, entre 1767 et 1775, date de sa dissolution à la suite du déclenchement de la Guerre d'indépendance. vignette|La maison de maître de sa plantation de Monticello. En 1767, Jefferson commence la construction de sa maison au sommet d’une colline d’un domaine vallonné de 2 000 hectares, qui devient plus tard Monticello, un nom italien totalement incongru pour la région. Elle fut accélérée après l'incendie du manoir familial en 1770. En 1772, il épouse une veuve, Martha Wayles Skelton, qu'il avait rencontré deux ans plus tôt, avec laquelle il a six enfants : Martha (1772-1836), Jane (1774-1775), un fils mort-né (1777), Mary (1778-1804), Lucy Elisabeth (1780-1781) et Lucy Elisabeth (1782-1784). Seule l'aînée de ses filles lui a survécu. Son épouse est morte peu après avoir donné naissance à leur dernier enfant. Hormis sa famille, Jefferson ne fait aucune mention sur sa vie personnelle dans son autobiographie.

Engagement dans la révolution américaine (1774-1779)

vignette|upright|Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams écrivant la Déclaration d'indépendance. Huile sur toile de Jean Leon Gerome Ferris. La montée du mécontentement des colons américains contre la Grande-Bretagne provoque l’engagement de Jefferson en politique. Il décide de rejoindre le groupe contestataire de Patrick Henry. Il ne se distingue pas par ses talents oratoires mais la valeur de ses écrits est appréciée. Nourri des œuvres des philosophes du siècle des Lumières, Jefferson publie en 1774 son célèbre pamphlet A Summary View of the Rights of British America, rapport destiné aux délégués de Virginie du premier Congrès continental. Cet essai ouvre une nouvelle voie vers l'indépendance des colonies et range Jefferson parmi les patriotes du peuple américain. Au printemps 1775, Jefferson est choisi pour être délégué du Second Congrès continental à Philadelphie. En , Jefferson prend part à la rédaction de la constitution de la Virginie, ce qui lui permet de proposer les principes auxquels il croit.

Le 1776, l'assemblée de Philadelphie décide la rédaction de la Déclaration d'indépendance des États-Unis ; un comité de rédaction est formé qui comprend cinq hommes, John Adams, Roger Sherman, Benjamin Franklin, Robert R. Livingston et Thomas Jefferson. Ce dernier est chargé de préparer une ébauche et devient de fait le principal auteur du texte, dont l'anonymat put être préservé à l'époque. Jefferson reprend les idées de John Locke sur les droits naturels. Après plusieurs modifications, le document est approuvé le : la déclaration représente l'un des textes fondamentaux du pays puisqu'il proclame l'indépendance américaine et le droit de se révolter contre la Grande-Bretagne.

En septembre, Jefferson se fait élire à la nouvelle chambre des délégués de l'État de Virginie. Dans le cadre de cette fonction, il collabore à la réforme législative vers plus de démocratie : dans le domaine de la religion, la liberté de culte ainsi que la séparation des Églises et de l’État sont établies. Les religions ne sont plus financées par l’argent public. La fonction publique est désormais ouverte à tous, sans distinction de croyance. Jefferson cherche à faire de la Virginie une République modèle pour le monde entier. Il fait des propositions pour réformer le système éducatif et esclavagiste de sa région. Sous son impulsion, la traite des Noirs y est interdite en 1778 mais l'esclavage demeure légal.

Retour en Virginie (1779-1785) Jefferson occupe ensuite le poste de gouverneur de Virginie entre 1779 et 1781. C'est sous son mandat que la capitale de la Virginie est transférée de Williamsburg à Richmond, principalement parce que la ville était éloignée des côtes et donc de la marine britannique. Pendant la guerre d'indépendance, son État est envahi à deux reprises par les Anglais. Il faillit être capturé par la cavalerie britannique à Charlottesville, mais il réussit à s'enfuir grâce à l’héroïque chevauchée nocturne de Jack Jouett pour le prévenir de leur arrivée. Son action est durement critiquée : on lui reproche son manque d’efficacité lors de l'attaque anglaise. Jefferson finit par se retirer sur sa plantation de Monticello pour s’occuper de sa femme enceinte et malade. Le décès de celle-ci en 1782 le plonge dans un profond chagrin et il promet de ne jamais se remarier. Pendant cette période de retraite, Jefferson rédige son unique livre, les Observations sur l’État de Virginie (en anglais Notes on the State of Virginia) dans lequel il détaille sa pensée politique..

Jefferson revient aux affaires en : il devient délégué de la Virginie au Congrès continental ; il propose en 1784 une procédure d’adhésion et de découpage pour les nouveaux territoires de l’Union. Le Congrès s'inspire de ces propositions qui servirent de base à l'ordonnance du Nord-Ouest de 1787.

Ambassadeur des États-Unis en France (1785-1789) vignette|Commémoration de sa visite du Temple d'Auguste et de Livie à Vienne en 1787.. vignette|upright|Plaque commémorative du passage de Thomas Jefferson au 92, avenue des Champs-Élysées (Paris).