L'expédition française à l'Annapurna de 1950 conduite par Maurice Herzog avec Louis Lachenal, Gaston Rébuffat, Lionel Terray, Marcel Ichac (cinéaste), Jean Couzy, Marcel Schatz, Jacques Oudot (médecin), Francis de Noyelle (diplomate) et Adjiba (sherpa), avait pour but de réaliser la première ascension d'un sommet de plus de huit mille mètres d'altitude. Cette expédition permet à Maurice Herzog et Louis Lachenal d'atteindre le sommet de l'Annapurna.

Elle fait suite à une première expédition française en Himalaya de 1936 dirigée par Henry de Ségogne et comprenant déjà Marcel Ichac comme cinéaste, qui avait tenté sans succès un premier dans le Karakoram faute d'autorisation d'entrer au Népal.

Cette expédition a été popularisée en France par la une de Paris Match, le film Victoire sur l'Annapurna de Marcel Ichac et le livre Annapurna, premier 8000 de Maurice Herzog dans lequel il retrace l'ascension. Ce livre vendu à plus de 20 millions d'exemplaires a depuis fait controverse, tournant surtout autour du rôle que Maurice Herzog se serait arrogé. Cependant, un livre récent met à plat l'essentiel de la polémique qui a éclaté dans les années 1990, dont certaines accusations contre Herzog relevaient de l'affabulation. Louis Lachenal présente un récit parfois un peu différent de l'expédition dans ses Carnets du vertige.

L'expédition Préparatifs L'équipe se réunit rue la Boétie, siège du Club alpin français. Le soir a lieu la réunion qui vise à fixer les objectifs de l'expédition. Lucien Devies, qui est le grand promoteur de celle-ci, profite de la réunion pour rappeler à chacun l'historique des expéditions précédentes dans l'Himalaya : « l'Himalaya par son ampleur a bien mérité son titre de troisième pôle. Vingt deux expéditions de toutes nationalités ont essayé de vaincre un , aucune n'y est parvenue. » Devies expose également les objectifs qu'il fixe à l'expédition : « Dhaulagiri à ou Annapurna à en plein cœur du Népal. En cas d'impossibilité, ce qui n'aurait rien d'humiliant, des sommets de "consolation" devront être atteints. ».

Néanmoins, l'expédition part avec un handicap de taille, comme le rappelle Devies : « Nous n'avons sur nos deux aucune documentation. Nous ignorons totalement les voies d'accès. Les cartes dont dispose l'expédition sont sommaires et quasi inutilisables en haute montagne. Si bien que nos camarades [les membres de l'expédition], dès leur arrivée à Tukuche, leur quartier général, devront d'abord reconnaître les deux massifs. Lorsque le terrain leur sera familier, qu'un itinéraire d'attaque sera arrêté, à ce moment seulement ils pourront commencer leur tentative... ».

À la suite de l'intervention de Lucien Devies, chaque membre de l'expédition prête serment (comme avaient prêté serment les membres de l'expédition de 1936) en ces termes : « Je m'engage sur l'honneur à obéir au chef de l'expédition dans tout ce qu'il me commandera pour la marche de l'expédition. »

Départ et marche vers Tukuche L'expédition part de Paris en avion et atterrit à Delhi en Inde. Un autre avion les emmène à Lucknow où les membres de l'équipe prennent contact avec les Sherpas qui les accompagneront : Panzi, Dawatoundu, Sarki, Foutharkey, Aila, Angawa, Adjiba et leur sirdar (un chef), Ang-Tharkey. De là, ils prennent le chemin de fer jusqu'à puis arrivent au Népal le . La suite du voyage s'effectue en voiture jusqu'à Butwal où la route fait place aux montagnes. C'est dans cette ville que l'expédition française fait la rencontre de G.B Rana, un ancien officier népalais envoyé par le maharajah pour accompagner l'équipe. C'est dans cette ville que sont recrutés près de 200 coolies (porteurs) chargés de porter le matériel à raison de quarante kilogrammes de charge par porteur.

vignette|Le village de Tukuche où l'expédition établit son quartier général.

Le , l'expédition rejoint Tansen et y fait halte pour trois jours. De nouveaux coolies sont recrutés. Peu après le départ les coolies se mettent en grève réclamant une avance plus importante pour leur travail. L'intervention du représentant du maharajah fait revenir le calme et de nouveau les porteurs reprennent la route. Sedhi Khola est passée. L'équipe longe la Kali Gandaki. Ils rallient Baglung à une altitude de 700 mètres le . Là encore d'autres porteurs sont recrutés. Après un arrêt, l'équipe repart en direction de Tukuche à d'altitude. Le , ils passent Dana, puis Lete ; enfin, le toute l'expédition atteint Tukuche après quinze jours de marche et y dresse un nouveau quartier général.

Reconnaissance du Dhaulagiri

Deux jours après l'arrivée à Tukuche, Jean Couzy et le Sherpas Panzi effectuent une première reconnaissance au niveau du belvédère qui domine Tukuche afin d'observer les voies d'accès au Dhaulagiri. Ils redescendent au camp avec des croquis qu'ils exposent à Herzog en vue de prendre une décision. Le lendemain, Lachenal et Rébuffat sont envoyés en reconnaissance sur le glacier Est. Oudot et Schatz eux se rendent à cheval au col de Tilicho pour observer l'Annapurna. Quant à Ichac et Herzog, ils partent pour la Dambush Khola pour observer le versant nord du Dhaulagiri. Au cours de leurs observations Ichac et Herzog se rendent compte que leurs cartes sont en grande partie fausses. Ils rentrent au campement.

vignette|upright=1.5|gauche|Carte représentant les différentes voies explorées par l'expédition de 1950.

Herzog, Terray et Ichac accompagnés par des sherpas, retournent explorer la face nord du Dhaulagiri par la Dambush Khola le . L'équipe d'Herzog dresse un premier camp en altitude, puis, le lendemain découvrent à leur grand étonnement une « vallée inconnue » non rapportée sur leurs cartes et qui ne donne nullement sur le Dhaulagiri. Par manque de matériel ils ne poussent pas plus loin l'exploration et repartent pour Tukuche qu'ils atteignent le lendemain.

Deux jours plus tard Terray et Oudot repartent pour la « vallée inconnue ». Herzog, Lachenal et Rébuffat, les sherpas Ang-Tharkey, Foutharkey et Sarki, eux, retournent au glacier Est du Dhaulagiri. Après deux jours passés là-bas, ils renoncent à un passage sur le glacier au vu de sa dangerosité. Le , Noyelle rejoint l'équipe. Avec Lachenal et Rébuffat il part le lendemain pour explorer l'arête Sud-Est du Dhaulagiri tandis qu'Herozg redescend à Tukuche.

vignette|upright=1.5|Comparatif entre la carte indienne (à gauche) utilisée par l'expédition de 1950 et la carte d'Herzog dressée à partir des relevés effectués pendant l'exploration (à droite) pour le secteur du Dhaulagiri.

Le ce sont Couzy et Schatz qui quittent le campement pour retourner sur le glacier Est. Le même jour Rébuffat, Noyelle reviennent à Tukuche. La face sud est jugée infranchissable. Lionel Terray et Oudot arrivent de leur exploration de la face nord : « Pour le Dhaula, mes petits gars !... vous pourrez y repasser ! » En effet, la « vallée inconnue » se poursuit par un glacier encadré par un canyon aux parois hautes de plusieurs kilomètres, faire passer l'équipe serait impossible. Le , Couzy et Schatz redescendent à Tukuche sans être parvenus à trouver la faille du Dhaulagiri. Le lendemain c'est au tour de Terray et Oudot de tenter le glacier Est ; le 11 ils retournent au quartier général : le Dhaulagiri semble imprenable.

Reconnaissance de l'Annapurna Le Couzy, Oudot et Schatz étaient partis accompagnés de sherpas pour trouver un accès à l'Annapurna par la rivière Miristi Khola. Le 27, ils avaient trouvé un passage mais n'avaient pas poursuivi plus loin.

vignette|upright=1.5|Comparatif entre la carte Indienne (à gauche) utilisée par l'expédition de 1950 et la carte dressée par Herzog à partir des relevés effectués (à droite) pour le secteur Annapurna.

Quelques jours plus tard Ichac, Rébuffat et Herzog partent à leur tour pour Manangbhot pour explorer le versant nord de l'Annapurna. Foutharkey, Panzi et Ang-Tharkey partent avec eux. L'équipe d'Herzog passe le village Marpha puis Thinigaon où ils passent la nuit. Le lendemain, tous repartent pour atteindre le col de Tilicho ouest où ils arrivent le jour suivant. La carte s'avère encore fausse : au lieu de voir à leur droite la face nord de l'Annapurna se dresse en fait une immense chaîne de montagne que l'expédition baptise « Grande Barrière » ; pas de trace non plus de la vallée de Manangbhot. L'équipe continue son chemin vers Manangbhot, traverse le Grand lac glacé puis atteint le col de Tilicho Est. Cette fois, au contrebas du col s'ouvre la vallée de Manangbhot.

Le Herzog, Rébuffat, Panzi et Fourtharkey descendent pour faire des provisions à Manangbhot et si possible apercevoir l'Annapurna. Ichac et Ang-Tharkey quant à eux restent au col pour effectuer des relevés. Le village de Kangsar est franchi puis Manangbhot est atteint dans la soirée. L'équipe y passe la nuit. Le 11, Herzog renvoie Foutharkey auprès de Ichac. Rébuffat, Panzi et Herzog continuent le chemin en suivant la Marsiandi Khola et arrivent à Chindi, petit village dans la vallée. Aucun signe de l'Annapurna. L'équipe fait demi-tour et se scinde en deux : Rébuffat et Panzi passent par le Thorungsé pour rejoindre Tukuche ce qu'il leur économisera un jour de marche. Herzog, lui, retourne à Tilicho Est, seul. Il chute dans une rivière mais tente de poursuivre son chemin. Trempé et gelé il atteint difficilement le camp de Tilicho le lendemain.

Le jour même où l'équipe d'Herzog est partie dans la vallée de Manangbhot, Ichac et Ang-Tharkey sont partis à leur tour sur le Muktinath Himal, un promontoire de qui se dresse au-dessus du camp de Tilicho Est. De là ils effectuent des relevés et s'aperçoivent que la « Grande Barrière » face à eux n'est autre que l'Annapurna Himal (le sommet de l'Annapurna est donc de l'autre coté de la barrière). Le 12, de nouveau, Ichac et Ang-Tharkey repartent sur le Muktinath Himal pour tenter d'apercevoir l'Annapurna, ils atteignent l'altitude de mais la visibilité étant mauvaise ils redescendent au campement où ils retrouvent Herzog. Ichac fait état de ses observation au chef de l'expédition. Herzog conclut : « La clé de l'Annapurna est au sud, par le passage du (exploré par Couzy, Oudot et Schatz), par la Miristi ». Le campement du Tilicho Est est démonté le et l'équipe se met en marche pour rallier Tukuche. Le , un conseil est organisé en vue de décider de la marche à suivre. Les explorations du glacier Est étant infructueuses, en conséquence, l'expédition renonce à tenter le Dhaulagiri et tous ses efforts vont désormais se porter sur l'Annapurna.

Approche de l'Annapurna À la suite de la réunion où, d'un commun accord les membres de l'expédition ont choisi de concentrer leurs efforts sur l'Annapurna, Herzog décide de ne pas lancer directement l'assaut sur le sommet : « plutôt que d'attaquer tout de suite en force l'Annapurna, nous allons lancer une reconnaissance lourde dont l'objectif sera de trouver l'itinéraire d'attaque. » Herzog scinde l'expédition en quatre groupes. Couzy, Oudot et Schatz, ayant découvert le passage du , sont désignés guides de chaque groupe.

Le premier groupe à quitter Kutuche le est composé de Lachenal, Terray et des sherpas Adjiba, Angawa et Dawatoundu ; il est emmené par Schatz. Le deuxième groupe avec Maurice Herzog, Gaston Rébuffat est emmené par Couzy. Quant à Ichac Oudot et Ang-Tharkey ils forment le troisième groupe mais restent en attente à Tukuche avec Noyelle et G.B Rana qui forment le dernier groupe.

Le c'est au tour du deuxième groupe de partir en direction de l'Annapurna par le passage du . Le , ils atteignent le camp de base dressé par la précédente caravane. Lachenal et Terray pensent avoir trouvé un accès au sommet par un éperon rocheux. Le , Herzog, accompagné de Sarki, Lachenal, Rébuffat, Adjiba, Terray, Aila et Schatz, tente de nouveau l'éperon nord-ouest. Le soir, Lachenal Rébuffat et Adjiba redescendent avec pour mission de trouver une voie plus accessible sur le glacier de la face nord de l'Annapurna. Herzog et Terray continuent l'ascension mais abandonnent le lendemain.