Charles Trenet, né le à Narbonne et mort le à Créteil, est un auteur-compositeur-interprète français.
Surnommé à ses débuts « le Fou chantant », il est l'auteur de près de mille chansons à l'inspiration souvent poétique, dont certaines, comme Y a d'la joie, Ménilmontant, Douce France, La Mer ou encore L'Âme des poètes, demeurent des succès populaires intemporels, au-delà même de la francophonie.
Sa carrière, qui débute en 1933, traverse plusieurs décennies, lui permettant de se produire sur les plus grandes scènes françaises et internationales. Malgré les épreuves, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, Trenet reste une figure incontournable de la chanson française, célébrée pour son talent d'auteur-compositeur-interprète. Ses contributions à la culture française lui valent de nombreuses distinctions et reconnaissances tout au long de sa vie.
vignette|Trenet jeune.
Biographie Enfance thumb|gauche|Maison natale de Charles Trenet, à Narbonne, aujourd'hui ouverte aux visiteurs. Louis Charles Augustin Georges Trenet. naît en 1913 à Narbonne, quatre ans après son frère Antoine (1909-1969), dans la maison de ses parents, Lucien Trenet (1882-1966) et Marie-Louise Caussat (1889-1979), au 2 rue Anatole-France (à l'époque, maintenant le 13 avenue Charles-Trenet) — maison devenue depuis le musée Charles-Trenet. Son père est mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, mais sa famille garde le niveau de vie de la bourgeoisie de province grâce à son grand-père maternel Auguste, marchand de bois qui s'est opportunément reconverti en tonnelier et fournit en vin les soldats en guerreSa Route Enchantée, portail des amis de Charles Trenet..
En 1920 ses parents divorcent. Charles partage alors son enfance entre Narbonne, où réside sa mère, et Saint-Chinian où habite son père, notaire et violoniste amateur. Plus tard, Trenet évoquera sa vision de la féminité à Narbonne comme celle de la masculinité pour Perpignan.. Il développe sa sensibilité à la musique et au rythme grâce à sa mère, qui joue au piano le morceau et écoute sur le phonographe familial des standards de jazz de George Gershwin, et aussi grâce à son père qui a découvert ces rythmes par les soldats américains pendant la guerre.
Charles et son frère Antoine sont placés chez les Pères de la Trinité, un collège religieux de Béziers. confie-t-il plus tard. Il garde de ses années de pensionnat le souvenir douloureux de l'absence maternelle, thème récurrent dans son œuvre (Le Petit Pensionnaire, L'Abbé à l'harmonium, Vrai vrai vrai…).
Son père se remarie en 1927 avec Françoise Prats (1900-1992) et a 2 autres enfants : Claude ( - ) et Lucienne ( - ).
Trenet découvre le théâtre, la poésie et le sens du canular grâce à Albert Bausil, poète de Perpignan, ami de son père qui y a acheté une étude de notaire en 1922, et de son journal hebdomadaire Le Coq catalan, dont le titre est déjà un calembour ("coq à talent"). Dès l'âge de il y publie des poèmes sous le pseudonyme de ou , et joue dans différentes pièces. Pendant deux ans il dévore les ouvrages de poésie de la bibliothèque de Bausil, développant sa culture littéraire. Période joyeuse faite de complicité intellectuelle, où Bausil l'initie aux jeux de mots mais aussi probablement aux jeux sexuels.
En 1928, après avoir été renvoyé du lycée à la suite d'une injure envers le surveillant général, Trenet quitte Perpignan pour Berlin, où vivent sa mère Marie-Louise et son second mari, le réalisateur Benno Vigny, tandis que son père s'est remarié l'année précédente avec Françoise Prats, une jeune Catalane de . Pendant dix mois Trenet fréquente une école d'art et rencontre des célébrités allemandes, amies de son beau-père, comme Kurt Weill ou Fritz Lang, et voyage également à Vienne et Prague aux côtés de sa mèreInterview à la sortie du livre Mes jeunes années sur le site de l'INA.. À , à son retour en France, il se rapproche du poète Albert Bausil. Il se destine à la peinture — son premier vernissage a lieu en 1927 — prépare un roman, Dodo Manières, qui va finalement être publié en 1939, et s'identifie totalement au monde des arts.
Charles et Johnny Mon destin de poésie a jeté bas son masque, a déchiré son costume, a revêtu le mien et nous sommes partis, tous deux – et je suis parti tout seul, sur la voie dont certains aiguillages me séparaient souvent du reste du monde.Fin du texte intitulé Quel est mon destin ?, écrit par Charles Trenet pour son examen d’entrée à la Sacem en 1933.
Au début de il quitte Narbonne pour Paris dans le but de poursuivre dans le journalisme, tout en ayant convaincu son père qu'il y étudie à l'école des arts décoratifs le dessin et l'architecture, comme son grand-père architecteSa passion du dessin se retrouve dans ses affiches qu'il réalise pour la plupart.. Pour gagner sa vie à son arrivée à Paris, sur les recommandations d'Albert Bausil il travaille dans les studios de cinéma Pathé de Joinville en tant qu'accessoiriste : il est chargé de faire les « claquettes » annonçant le début d'une scène et se mêle au groupe d'artistes de Montparnasse. Il rencontre Antonin Artaud, Jean Cocteau et Max JacobC'est Jacob qui lui conseille de ne pas publier ses poèmes mais de les chanter., auxquels il confie ses envies littéraires, et qui le surnomment le . Il compose ses premières chansons pour le film Bariole de son beau-père Benno Vigny. S'inspirant des duos Pills et Tabet et Gilles et Julien. . alors en vogue, il forme en 1933 le duo « Charles et Johnny » avec le pianiste suisse Johnny Hess, qu'il rencontre en 1932 au club de jazz le College InnEn 1933, ils créent et répètent les chansons de leur répertoire dans une chambre à Montrouge. (cf. Jacques Pessis, Livret de l'intégrale ''Y'a d'la joie'', 2017). Les deux compères, familiers du cabaret Le Bœuf sur le toit, y rencontrent souvent le chanteur Jean Sablon, auquel ils confient l'interprétation de la chanson qu'ils composent un soir, Vous qui passez sans me voir, et qui permet bientôt à Jean Sablon d'obtenir le succès aux États-Unis. Ils passent une audition au Palace devant le directeur Henri Varna et l'agence Audiffred, et Joséphine Baker leur permet d'être engagés en convainquant ceux-ci de prendre les duettistes sous contratJoséphine Baker, qui se trouve par hasard dans la salle, les écoute et glisse à Henri Varna : « Engage-les ! Ils sont si mignons ! ». Ils chantent également au cabaret Le Fiacre jusqu'en 1936.
Des débuts en solo éclatants Le service militaire met fin au duo : en Trenet est appelé sous les drapeaux à la base d'Istres. Aidé par l’impresario Émile Audiffred, il participe à quelques galas en solo ; à l'occasion de l'un d'eux, à Marseille au cabaret du Grand Hôtel Noailles, il est surnommé le « Fou chantant ». C'est à ce moment de sa carrière qu'il compose et écrit ses chansons les plus célèbres : Y'a d'la joie, Je chante, Fleur bleue. Ces chansons sont dans un premier temps confiées à d'autres interprètes : Y'a d'la joie est d'abord chantée par Maurice Chevalier au Casino de Paris, dans la revue Paris en joie, pour l'Exposition internationale de , puis dans le film L'Homme du jour de Julien Duvivier. La Valse à tout le monde est interprétée par Fréhel, et Quel beau dimanche par Lys Gauty. Isolé et éloigné de Paris, Charles Trenet parvient à se faire muter à la base de Vélizy dans les Yvelines.
Libéré du service militaire en , il commence véritablement sa carrière en solo par une première séance d'enregistrement chez Columbia EMI : Je chante et Fleur bleue. En Trenet grave Y'a d'la joie et se réapproprie « son » œuvre par la même occasion. En , grâce à Émile Audiffred et Mitty Goldin, vient son premier grand triomphe sur la scène d'un music-hall, à l'A.B.C.Il s'y produit pour la première fois le en vedette américaine de Lys Gauty.. Il chante également au micro de Radio Cité, notamment le titre Boum !, pour lequel il reçoit sa première consécration : le grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros. Il se lie d'affection pour le jeune poète et chansonnier Gabriel Arnaud, dont il soutient l'édition du premier roman Le Paroissien - Roman Picaresque.
En 1938, il tourne en vedette dans les films La Route enchantée et Je chanteL'intrigue de Je chante a pour cadre une institution pour jeunes filles du grand monde. Un jeune professeur (Charles Trenet) y déclenche cette sorte d'allégresse que seul le Fou chantant peut déclencher fin 1938, entraînant dans une folle farandole tous les gens du château, dont une bande de collégiennes sexy et extatiques..
N'aimant pas son visage poupin, il se crêpe les cheveux, visse sur sa tête un chapeau de feutre mou rabattu en arrière, s'habille avec un complet-veston bleu et plante un œillet rouge à sa boutonnière : le « Fou chantant » entame dès lors une longue tournée internationale qui le conduit en Angleterre, en Espagne, en Italie, au Maroc, en Grèce, en Turquie et en ÉgypteCharles Trenet, le « Fou chantant », émission diffusée sur Europe1, le 18 février 2011..
La guerre thumb|Inscription sur le mur d'une maison de Narbonne, proche de la cathédrale Saint-Just. Sa ville natale rend hommage à Charles Trenet en retranscrivant une chanson interprétée en 1951, L'Âme des poètes. D'autres murs de la ville célèbrent également le Fou chantant, dont un portrait quai de Lorraine. La Seconde Guerre mondiale éclate et Trenet est mobilisé. Les journaux annoncent même officiellement sa mortParis-Soir, édition du 30 juillet 1940.. Il donne une entrevue en au quotidien L'Éclaireur de Nice, dans laquelle il déclare :
Pendant l'Occupation Trenet se consacre essentiellement au cinéma et joue dans six films dont Je chante, Romance de Paris et Adieu Léonard. Écrit par Jacques Prévert en collaboration avec son frère Pierre et réalisé par ce dernier, Adieu Léonard est le seul de ces films à rester dans la mémoire des cinéphiles. Sa carrière cinématographique prend fin avec la fin de la guerre.
À partir de 1941, il chante à Paris aux Folies Bergère, où il interprète des chansons telles quEspoir – « Tous les jours noirs ont leurs lendemains » – et Douce France, dont la salle reprend le refrain comme un hymne de la résistance, la chanson étant un soutien moral aux « expatriés de force » et non un acte de collaboration. Trenet dénonce son contrat au bout de quatre jours, en découvrant dans le public la présence de soldats allemands..
En 1944, il est dénoncé dans le journal Je suis partout pour sa ressemblance avec « le juif Harpo Marx » ou dans le journal Le Réveil du peuple, au motif que Trenet est une anagramme de Netter, . En fuyant la Gestapo, il est blessé par des agents d'une balle dans la jambe. Hospitalisé, il doit retourner chez sa mère pour trouver les papiers qui prouvent sa « non-judéité » sur quatre générations, réfutant ainsi ces assertions, ce qui lui vaut de ne plus être inquiété par la GestapoRichard Cannavo, Monsieur Trenet, ..
À la Libération, la commission d'épuration le critique, notamment pour avoir composé des hymnes pour le régime de Vichy et chanté un concert en Allemagne (sur les trois prévus) avec Tino Rossi. Il est condamné à d'inactivité, ramenés à , et préfère partir pour l'Amérique« Charles Trenet : bio-express et discographie », dans Le Nouvel Obs, 19 février 2001...
Trenet évoque cette période de l'Occupation dans deux chansons, Jeunesse plumée, écrite en 1962, et Nous, on rêvait, écrite en 1992. Il admet que cette sombre période a tari son inspiration : selon lui, ses œuvres postérieures à la guerre n'ont plus la fraîcheur et l'insouciance de ses premiers refrains.
L'Amérique vignette|Charles Trenet donnant un spectacle accompagné de quelques musiciens lors d'un rodéo présenté au stade Delorimier à Montréal, au Québec, 24 juillet 1946.