Félix d’Hérelle est un biologiste français, né à Paris le sous le nom Hubert Augustin Félix Haerens, et mort à Paris le . Il est devenu célèbre comme spécialiste de microbiologie et des bactériophages pour avoir inventé la phagothérapie.
Biographie La vie de Félix d'Hérelle nous est connue dans de nombreux détails par son autobiographie qui était conservée à l'Institut Pasteur et qui sortit de l'oubli en 2017 lorsqu'elle fut publiée sous une forme légèrement abrégée par le Alain Dublanchet. Elle a permis de corriger ce que l'article nécrologique publié par l'Institut Pasteur en 1949 affirmait sur sa naissance à Montréal, sa jeunesse au Québec, sa venue en France à l'âge de six ans et ses études de médecine à Leyde. Il est probable que ce récit a été inventé par Félix d'Hérelle lui-même pour faire disparaître l'épisode de la désertion de l'armée française. Cela lui a été possible en changeant son nom Haerens en d'Hérelle au Québec, en 1899. L'autobiographie publiée en 2017 ne permet pas de préciser comment il s'est formé à la chimie et à la microbiologie.
De sa naissance à Paris jusqu'à sa désertion de l'armée française Félix d’Hérelle est né Hubert Augustin Félix HaerensNote : Parfois écrit Hoerens. le à Paris, 47 rue de Berri (), ainsi que l'indique son acte de naissanceActe de naissance publié dans le Bulletin de la Société d'histoire de Longueil de mars 2004. et non au Québec comme l'indique l'Encyclopédie BritannicaFélix d'Hérelle - Encyclopædia Britannica. Il est le fils d'Augustine Josèphe Haerens, rentière de 24 ans, et de père inconnu. Il a un frère Félix Daniel Haerens né le , mort en 1938. Félix Haerens fit ses études à Paris au lycée Carnot et au lycée Louis-le-Grand. Il aurait étudié la médecine en Europe, mais on ignore où exactement, peut-être à l'université de Bonn.
À l'âge de , ayant reçu en cadeau de sa mère une bicyclette, il part faire un tour des pays limitrophes de la France à vélo durant les vacances. Un an plus tard il emploie ses vacances à un voyage en Amérique du Sud et il passe brièvement par l'Argentine, le Paraguay et le Brésil. Puis il voyage en Europe mais l'emploi du temps qu'il donne dans son autobiographie coïncide difficilement avec le fait qu'il s'engage dans l'armée le et en déserte le pour une raison inconnueRegistre matricule d'Hubert Augustin Félix Haerens, Archives de Paris, côte D4R1 745, matricule 3059.. Son frère, Daniel Haerens, s'engage dans l'armée française le et a fait les quatre années de son engagement. Durant cette période, Felix rencontre à Constantinople sa future femme, Marie Claire, âgée d'environ qui l'a accompagné dans ses pérégrinations et lui a donné deux filles, Huberte et Marcelle d'Hérelle.
Au Québec Parti au Québec à l'âge de , il y arrive le . Il se monte un premier laboratoire de bactériologie puis accompagne une mission géologique au Labrador pour en assurer le suivi médical. Il fabrique du whisky à base de sirop d'érable à la demande du Ministre des Finances du Québec inquiet de la chute des cours du sirop d'érable. En 1899, sous le nom de Felix Hoerens, citoyen français, il dépose un brevet américain pour la fabrication d'une clef réglable un peu semblable à une clef à molette.
Il fonde une chocolaterie avec son frère Daniel en 1899 à Longueuil, au Québec, où il investit sa fortune personnelle. Dans les transactions et les actes passés à Longueuil sont utilisés les noms Haerens d'Hérelle, Haerens et d'Hérelle. «The Herelle's Chocolate Works» fait faillite en 1901. Augustine Haerens et Félix d'Hérelle, fils, doivent céder leurs biens au bénéfice des créanciersDiane LeBlanc, « De 1899 à 1901, La chocolaterie des frères d'Hérelle ». À , ruiné, marié et père de deux filles, il décide de se consacrer à la bactériologie et de suivre le cheminement de Pasteur : étudier successivement des fermentations, une maladie d'insecte, des maladies animales et enfin des maladies humaines.
En 1901, toujours à Longueuil, il publie un article en se présentant comme « chimiste », dans lequel il prétendait démontrer que les plantes fabriquaient le sans source originale. Ce sera son seul « essai » en chimie.
Étude des fermentations En 1902, il part pour le Guatemala, après y avoir obtenu un poste de microbiologiste. En plus des examens bactériologistes hospitaliers, il donne des cours et accomplit diverses missions dont la fabrication de whisky à partir de bananes fermentées puis distillées. On le charge aussi d'organiser des mesures prophylactiques lors d'une épidémie de fièvre jaune. Puis il étudie une maladie des caféiers d'origine mycologique qu'il traite en alcalinisant le sol après avoir constaté que les caféiers exposés à des cendres volcaniques étaient restés indemnes.
En 1907 d'Hérelle est invité par le Gouvernement du Mexique à venir étudier l'utilisation des résidus de défibrage du hennequen, l'agave qui sert à produire le sisal, pour en tirer de l'alcool. En il rentre à Paris pour faire fabriquer des appareils nécessaires à une distillerie industrielle décidée par le gouvernement mexicain et dépose un brevet sur la production massive en continu de levures. Pendant ce séjour parisien, il obtient de travailler comme assistant libre à l'Institut Pasteur où il étudie l'action inhibante des levures sur les staphylocoques. Revenu au Mexique en novembre avec ses appareils, d'Hérelle installe la distillerie et il décline une offre d'en devenir le directeur.
Chasse aux sauterelles
Une nuée de sauterelles s'étant abattue sur le parc attenant à sa maison, d'Hérelle espère y trouver une maladie de sauterelles. Il y découvre effectivement un coccobacille dans l’intestin de sauterelles mortes et il en teste la létalité sur des sauterelles bien portantes. Puis le gouvernement mexicain lui demande de s'occuper de la modernisation de la fabrication de la boisson alcoolisée locale, le pulque, produit lui aussi à partir d'un agave, et de l'exploitation du jus des agaves du désert.
Mais la tourmente révolutionnaire au Mexique et le besoin de repos le ramènent en France au printemps 1911 et il est de nouveau admis comme assistant libre à l'Institut Pasteur, où il fait la connaissance de Roux et Metchnikoff et où il étudie son coccobacille mexicain. Dès 1911 Roux publie à l'Académie des Sciences une note intitulée "Sur une épizootie de nature bactérienne sévissant sur les sauterelles au Mexique" qui expose les recherches de d'Hérelle.
Cette publication suscite l'intérêt du gouvernement argentin qui propose à d'Hérelle de venir en Argentine pour développer un procédé de lutte contre les sauterelles par propagation du coccobacille. D'Hérelle accepte d'y aller six mois chaque année. À son arrivée à Buenos Aires, d'Hérelle commence par exalter la virulence du coccobacille par des contaminations successives et sélectives de sauterelles en sauterelles, en contaminant à chaque nouveau passage uniquement avec les diarrhées des sauterelles les plus atteintes, selon la méthode des passages en série trouvée par Pasteur. Au bout de 11 transmissions il obtient une virulence élevée qui ne peut être augmentée par de nouveaux passages.
Le premier essai se fit dans la région de Santa Fe et fut un succès: les criquets d'une bande infestée avec le coccobacille moururent tandis que ceux d'une bande témoin non infestée muaient naturellement pour se transformer en sauterelles ailées. Le commencent les infestations massives par d'Hérelle qui se soldent par un succès : les vols de jeunes sauterelles disparaissent. De même d'Hérelle réussit à éliminer un autre acridien, dénommé localement "tucura", par des infestations bactériennes. En Argentine d'Hérelle remarque sur certaines de ses cultures bactériennes sur Boîte de Petri des taches claires où les bactéries ne se développent pas, mais il remet à plus tard l'étude de ces taches.
Durant ces années, d'Hérelle revient aussi à l'Institut Pasteur tous les 6 mois. Il y constate que des lapins naturellement insensibles à certaines maladies, telles le coccobacille des sauterelles ou le choléra, meurent cependant si on leur injecte le germe.
Deux ans après le début de son travail en Argentine, d'Hérelle se trouve pris dans une controverse politique où l'on reprochait au gouvernement de l'avoir fait venir, lui un étranger, pour lutter contre des sauterelles alors que les invasions étaient devenues négligeables. Il réalise que ces invasions étaient la raison d'être de toute une partie de l'administration agricole, la "Defensa Agricola" qui ne peut se permettre de les voir éradiquer. D'Hérelle démissionne alors et rentre en France. Malgré cela la Colombie adopte à son tour son procédé.
De retour chez Pasteur à Paris, il est réclamé par l'Institut Pasteur d'Algérie pour une expérience de destruction de sauterelles locales. L'épizootie se déclare dans toutes les colonies qu'il infecte. Puis il est invité par la Turquie pour visiter la région de Smyrne et proposer un plan d'action biologique contre les sauterelles. Après un bref séjour en Corse il est rappelé à Paris fin juillet avec la guerre qui commence, et il rentre à Pasteur où il restera pendant toute la guerre en tant que chef du laboratoire des vaccins. Lorsqu'il a du temps il essaie de repérer des taches vierges dans d'autres cultures microbiennes que son coccobacille, mais en vain.
C'est alors, en 1915, que le gouvernement tunisien réclame son aide pour lutter contre une invasion de sauterelles à grande échelle. Il couvre le pays de centres d'infection des criquets. Le résultat fut spectaculaire: en 1916 il n'y eut pas d'invasion en Tunisie, l'épizootie déclenchée par d'Hérelle ayant détruit les sauterelles migratrices pendant l'hiver. Au contraire l'Égypte et la Tripolitaine connurent des invasions de sauterelles aussi fortes qu'en 1915. Quant au Maroc, où la méthode de d'Hérelle avait été utilisée de manière limitée en 1915, les vols de sauterelles continuaient à souffrir de l'épizootie en 1916. Au début de l'été 1915, rentré à Tunis une quinzaine de jours pour étudier ses taches vierges, il conjecture qu'elles sont causées par un virus dont il se demande s'il ne pourrait pas être la cause réelle de la mort des criquets qu'il infecte avec le coccobacille.
Découverte du bactériophage
Revenu à Paris en Félix d'Hérelle est chargé d'étudier une épidémie de dysenterie qui sévissait sur un escadron de dragons. Il reproduit avec les selles des malades une expérience qu'il avait faite avec les sauterelles: il filtre sur bougie de porcelaine une émulsion de selles dysentériques dans du bouillon, ce qui élimine les bacilles dysentériques, puis mélange le filtrat avec une culture de bacilles dysentériques. Après quelques heures d'incubation à , il en étale une partie sur la gélose d'une boîte de Petri et d'autre part fait ingérer quelques gouttes par des lapins. Les lapins restèrent en bonne santé et à deux reprises il trouve des taches vierges sur la gélose. Sans bien comprendre le phénomène des taches vierges, d'Hérelle réussit de temps en temps à le reproduire. Jusqu'à ce qu'il réalise en que c'est toujours en utilisant le filtrat de la dernière selle avant convalescence naturelle qu'il obtenait des taches vierges.
Jusque-là il avait cru que la cause de ces taches était liée à la maladie ou en était l'origine, mais il réalise que la cause des taches est peut-être liée au contraire à la guérison. Il décide alors de reproduire quotidiennement l'expérience avec les selles d'une malade, ensemençant chaque jour une culture de bacilles bien trouble avec du filtrat du malade. Le quatrième c'est la révélation : alors que la culture témoin est toujours aussi trouble que la veille, la culture trouble ensemencée la veille est d'une limpidité parfaite. En un éclair, rapporte d'Hérelle, il comprit qu'il avait découvert un virus qui détruisait les bactéries et provoquait la guérison. Il courut à l'hôpital et on lui confirma la guérison de la malade.