La politique étrangère de l'Arménie regroupe l'ensemble des liens diplomatiques entretenus par la République d'Arménie depuis son indépendance de l'Union soviétique le .
Depuis son indépendance, l'Arménie a maintenu une politique équilibriste en essayant d'avoir de bonnes relations avec la Russie et l'Iran d'une part et l'Occident d'autre part, notamment les États-Unis et l'Union européenne. vignette|Ararat Mirzoian, Chef de la Diplomatie arménienne depuis le 19 août 2021. Très enclavée du fait d'une absence totale d'accès à la mer, l'isolement géographique de l'Arménie est accentué par la fermeture de deux de ses frontières terrestres avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. Les tensions accrues entre l'Arménie et ces deux pays frontaliers concernent le génocide arménien perpétré par les Ottomans à partir de 1915 et la souveraineté du Haut-Karabagh disputée avec l'Azerbaïdjan.
Les relations internationales de l'Arménie sont souvent influencées par le parti pris des gouvernements étrangers sur la question de la souveraineté du Haut-Karabagh, et sur la reconnaissance politique du génocide arménien. La Russie, principal allié historique de l'Arménie, se pose traditionnellement en médiateur dans la guerre du Haut-Karabagh opposant les deux anciennes républiques soviétiques.. Néanmoins, la Russie est aussi régulièrement accusée de bénéficier de ce conflit en profitant de son rôle d'arbitre pour accroître son influence sur ses deux anciens états satellites., et en exportant des armes aux deux pays en guerre..
Enfin, les relations internationales de l'Arménie sont largement influencées par l'importante diaspora arménienne estimée à plus de 8 millions d'individus (descendants de réfugiés pendant le génocide arménien), soit 2 à plus que le nombre d'habitants recensés en Arménie (un peu plus de )... En effet, l'Arménie entretient traditionnellement de bonnes relations avec les États dont les populations comptent d'importantes communautés arméniennes, notamment la Russie (plus de ), les États-Unis (), la France (), et certains pays du Moyen-Orient, principalement l'Iran, le Liban et la Syrie.
L'Arménie est membre de plus de trente-cinq organisations internationales, comme l'Organisation des Nations unies, le Conseil de l'Europe, la Communauté des États indépendants, l'Union économique eurasiatique, ainsi que l'Organisation du traité de sécurité collective.
Le ministre des Affaires étrangères de l'Arménie est Ararat Mirzoian depuis 2021.
Chronologie des relations La Première République d'Arménie La République Démocratique d'Arménie a été fondée le , puis a été intégrée à l'Union soviétique le .
Période soviétique L'Arménie est intégrée à l'URSS de 1920 jusqu'à sa dislocation en 1991, sous le nom de République socialiste soviétique d'Arménie. Entre 1922, l'Arménie fusionne avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie pour former la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, dissoute en 1936..
Depuis l'indépendance L'Arménie déclare son indépendance de l'Union soviétique la , devenant la République d'Arménie.
Entre 1991 et 2025, un enclavement sous pression Depuis lors, l'Arménie à une série de guerres face à son voisin de l'est l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabagh, entre 1988 et 1994, en avril 2016 en juillet 2020, puis entre septembre et novembre 2020, qui aboutissent à la prise de contrôle de ce territoire disputé par l’Azerbaïdjan. À la suite de la perte des trois quarts des territoires de ce territoire de , une normalisation des relations diplomatiques entre l'Arménie et la Turquie est envisagée, alors que le contrôle arménien du Haut-Karabagh en était le principal obstacle pour la Turquie alliée de l’Azerbaïdjan.
Parallèlement, la politique étrangère arménienne est définie par la recherche de la « complémentarité », l’Arménie s’efforçant de maintenir un équilibre stratégique entre son partenariat de sécurité avec la Russie et son intérêt à approfondir les liens avec l’Europe et l’Occident.. L'Arménie est un membre-fondateur de l'Organisation du traité de sécurité collective créée le regroupant avec l'Arménie la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie, et le Tadjikistan, qui a déployé en des forces au Kazakhstan confronté à des émeutes. En 2004, l'Arménie, bien que non francophone, adhère également à l'Organisation internationale de la francophonie, dont elle organise le sommet à Erevan en . vignette|Chefs d'État des pays membres de l'Organisation du traité de sécurité collective lors du sommet de cette organisation en novembre 2018 Mais ses multiples affrontements armés avec l'Azerbaïdjan montrent les limites de cette politique en mettant en exergue la dépendance sécuritaire arménienne à l'égard de la Russie, obligeant Erevan à aligner sa politique étrangère sur celle de Moscou, alors même que l'OTSC est impuissante à soutenir militairement l'Arménie. Lors de l’invasion russe de l’Ukraine en , l’Arménie est confrontée au lourd dilemme, de répondre aux attentes de Moscou en matière de loyauté, sans pour autant soutenir son agression contre l’Ukraine.
En , le président arménien Vahagn Khatchatourian déclare dans la foulée de son élection : ..
Selon le chercheur et journaliste Tigrane Yégavian, si la première guerre du Haut-Karabakh avait les apparences d’un conflit territorial et de décolonisation (le Haut-Karabakh cherchant à s’émanciper du double joug azéri et soviétique), la donne s'est complexifiées depuis la reprise du conflit en 2020. Au conflit arméno-azérie se greffent désormais deux conflits par procuration, l'un entre Russes (côté arménien) et Turcs (côté azéri), l'autre entre Iraniens (côté arménien) et Israël (côté azéri). À noter que ces pays sont aussi adversaires en Syrie où ils se livrent à une guerre par procuration, la Russie et l'Iran dans le camp du régime, la Turquie et Israël dans le camp de l'opposition armée. L'Arménie, de son côté, peine à résoudre le dilemme entre sa souveraineté chèrement acquise, et sa sécurité qui risquerait de l'inféoder de nouveau à son puissant voisin russe, dont le chef d'État Vladimir Poutine rêve de reconstituer la zone d'influence de l'Union soviétique. En , Tigrane Yegavian fait le bilan des trente ans de l'indépendance de l'Arménie en écrivant : .
Le , une attaque brève mais massive de l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh, lancée à la suite de près de plusieurs mois de blocus de l'enclave, pousse cette dernière à la reddition. Plus de habitant dans le Haut-Karabagh évacuent ce territoire dont l'Azerbaïdjan reprend officiellement le contrôle.
Depuis 2025, une nouvelle ère d'intégration et de croissance ? En , la diplomatie arménienne annonce que l'accord de paix avec son voisin, l'Azerbaïdjan, était , quelques heures après que son homologue azérie ait annoncé que les négociations étaient sur le point d'être conclues. Ces deux ennemis de longue date se rapprochent alors que chacun voit ses relations fortement détériorées avec la Russie voisine et médiatrice historique dans leur conflit : Erevan à cause de la passivité de Moscou lors de l'attaque azéri un an et demi avant, et Bakou à cause du crash du vol Azerbaijan Airlines 8243 abattu par erreur par un missile russe Pantsir en . En août, les chefs d'État arménien et azerbaïdjanais annoncent officiellement leur engagement à cesser définitivement tout conflit, à ouvrir les relations commerciales et diplomatiques et à respecter la souveraineté et l'intégralité territoriale de leur voisin. Cet accord de paix historique annoncé depuis la Maison-Blanche en présence du président américain Donald Trump dont la médiation est saluée, marque un virage pro-américain officiellement prs par les deux anciennes républiques soviétiques. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, et l'Iran, ainsi que plusieurs organisations internationales comme l'Union européenne et l'OTAN, se félicitent de cet accord. La création d'une zone de transit reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan est annoncée avec le nom de « Voie Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP, son acronyme en anglais).
Selon le chercheur Albert Grigoryan, . L'Arménie bénéficie au milieu des années 2020 d'une nouvelle donne, avec une croissance économique de plus de 7 % par an permettant des créations d'emplois, un arrêt de l'émigration, et un modernisation des infrastructures.
En , se tiendra en Arménie le sommet de la Communauté politique européenne, qui réunira et de gouvernement européens.
Relations avec l'ex-Union soviétique
Relations avec la Russie Selon les dernières estimations, plus de d'Arméniens habitent en Russie., contre un peu plus de en Arménie. Moscou est à la fois le principal client de Erevan avec 28 % de ses exportations en 2019, et son principal fournisseur avec 27 % de ses importations en 2019..
Historique des relations Pendant plusieurs siècles, les ambitions expansionnistes de l'Empire russe sur l'Empire ottoman ont été largement justifiées par le pouvoir russe par une nécessité de protéger l'importante communauté orthodoxe de l'Empire ottoman. Entre le , éclatent entre les deux Empires, contribuant largement au déclin de l'Empire ottoman ainsi qu'aux revendications indépendantistes de ses communautés chrétiennes.vignette|Ligne de défense arménienne pendant le siège de Van.|alt=À la veille de la Première Guerre mondiale, la plupart des communautés orthodoxes de l'Empire ottoman ont pris leurs indépendances (la Grèce en 1829, et les Balkans après le congrès de Berlin en 1878), à l'exception des Arméniens.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les deux empires s'affrontent de nouveau lors de la campagne du Caucase, au cours de laquelle des volontaires arméniens se battent aux côtés des forces russes. En 1915, le siège de la ville arménienne de Van par les troupes ottomanes est un épisode marquant du génocide arménien, l'un des rares cas où les Arméniens se sont battus contre les forces armées turques. L'intervention de l'armée russe force les troupes ottomanes à se retirer, mais à la suite de la révolution russe de 1917, les troupes russes quittèrent la ville et l'armée ottomane en reprit le contrôle jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Par le traité de Sèvres, la ville fut ensuite brièvement incorporée à la première République d'Arménie en 1920. Mais la guerre d'indépendance turque amputa par la suite l'Arménie de la moitié de son territoire, dont la ville de Van qui fut intégrée à la République de Turquie. Affaiblie, l'Arménie est intégrée à l'Union soviétique après la prise d'Erevan par les bolcheviks le .vignette|Récolte de coton en République socialiste soviétique d'Arménie, dans les années 1930Pour l'Arménie, l'époque soviétique est très difficile économiquement, jusqu’à la mort de Staline en 1953, après laquelle l’agriculture, favorisée par un climat propice, et l’industrie (surtout l’extraction de matières premières) se développent considérablement..
La libéralisation du régime soviétique sous Mikhaïl Gorbatchev permet la mise en place de l’Union pour l’autodétermination nationale en 1987. Le , plus d’un an avant la chute de l’URSS, l’Arménie déclare sa souveraineté par rapport à l’Union soviétique, sous l’influence notable de Levon Ter-Petrossian. La République d’Arménie proclame officiellement son indépendance le et élit son nouveau président, Ter-Petrossian, le .
Relations entre la Russie et l'Arménie indépendante Depuis son indépendance en 1991, l’Arménie a gardé des relations étroites avec la Russie, son indispensable partenaire dans la région, notamment au sein de la Communauté des États indépendants fondée en 1991 et regroupant la plupart des anciennes Républiques soviétiques. Les années suivantes, et particulièrement depuis la première guerre du Haut-Karabagh la protection de la population arménienne de cette région rend l'Arménie, désormais enclavée, tributaire d'une alliance de plus en plus asymétrique avec la Russie.